samedi 31 octobre 2020

Éclair de Paradis

 

 

 

Dans la nuit

La lune pleine

Comme une merveille

Dans laquelle tout resplendit



Un éclair d’illumination…

De nouveau le Paradis —



 

 

Le 30 octobre 2020

Journal d’un Libertin-Idyllique (Illuminescences) 2020



 

lundi 26 octobre 2020

Joie et silence — Œuvre mystique

 

 

JOIE ET SILENCE

 

Au réveil

Je vous trouve

Fraîche et aérienne comme un ange



À nos baisers et à nos caresses

Seuls

Et à cet amour qui nous unit

Nous devons cette ouverture

De nos âmes

À la beauté de la vie

Non comme Idée

Ou comme théorie

Mais comme sentiment intense

Qui s'impose dans le silence



Dieu sait pourtant si





Le 25 octobre 2020



Journal d’un Libertin-Idyllique (Illuminescences) 2020






ŒUVRE MYSTIQUE

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Cette fois, il faudra comprendre mystique au sens de caché.

Fruit d'une expérience incommunicable, voilà une œuvre qui doit disparaître de la scène du monde. Tel qu'il est. 

 

 C'est la lecture de quelques pages de Trois filles et leur mère de Pierre Louÿs qui m'a fait comprendre à quel point l'expérience contemplative — galante est inaccessible, même intellectuellement, à l'injouissant, puisqu'on y lit et qu'on y découvre ce qui rend l'imbécile heureux.



Il faut admettre qu'une expérience particulière de l'existence et de la sensibilité vous ait rendu étranger à la vulgarité et à l'insensibilité du monde de ceux qui sont étrangers au monde, mais parfaitement adaptés au réel, tel que la névrose des êtres l'a fait, — et qu'il la reconduit en retour.



Je crois aussi qu'il ne faut pas chercher à déstabiliser des représentations intellectuelles qui reposent sur une telle misère vécue, qu'on la considère sous ses aspects caractériel, culturel, sentimental ou autre.



L'existence a déterminé la conscience et la sensibilité des êtres qui font cette époque : leur milieu d'origine, la lutte qu'ils ont menée et qu'ils mènent pour être ce qu'ils sont, leur avenir prévisible ou non : tout concourt à faire d'eux ce qu'ils sont.



Mais il est vrai que j'aurais pu tout aussi bien lire quelques pages de L'amant de lady Chatterley, et me sentir peut-être moins singulier.



 

 

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vendredi 23 octobre 2020

ILLUMINATION D’AUTOMNE

 

 

Au réveil

Le monde est une caresse

Qui nous rend’or

Pour un long moment



L’après-midi

Dans la féerie de l’automne flamboyant

Nous sommes soudain saisis

Assis sur le petit banc —

Par le chant des oiseaux

Et le Silence…



La Vie s’invite alors

Dans l’Illumination

De ce pur Instant



Le monde est un trésor

Caressant

Qui s’offre à peu de gens







Le 22 octobre 2020

Journal d’un Libertin-Idyllique (Illuminescences) 2020

 

 

 

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lundi 19 octobre 2020

Chères lectrices, chers lecteurs

 




Afin que nos abonné)e(s ne reçoivent trop de messages simultanément, le Bureau des recherches sur l’amour et le merveilleux pourrait se trouver en accès restreint aux seuls rédacteurs, — dans les prochaines semaines.



Cependant celles et ceux qui désireraient lire les nouveaux articles pourront se rendre sur le Deuxième Bureau des recherches sur l’amour et le merveilleux (ici), où ils seront disponibles en accès libre.



Prenez soin de vous.



Le Bureau.

 

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dimanche 18 octobre 2020

En présence du Ciel… de nouveau

 

 

 

Au retour du premier concert

Depuis décembre…



Dans la collégiale du Palais

Où chacun porte un masque

Je dois imposer cet engagement pris

À une vieille tête brûlée butée

Et j'y parviens à force d'autorité



On me salue pour cela

Je crains que ce demi-esclandre

Ne nous gâche la soirée



Un violoncelle

Une soprano

Un théorbe

Voilà nos vaisseaux

Pour le baroque précoce



Des airs italiens

Peu joués

Ou inconnus

Le voyage commence doucement

Jusqu'au Ricercar d'Ortiz

Où là j'applaudis

Et où l'assemblée me suit



Elle n'osait pas  

Et n'attendait que cela



Venu choqué

Réellement renversé

Blessé d'avoir failli me faire écraser

Une fois encore —

Par ce portail dégondé

Je suis littéralement bouleversé

Emporté dans un maelström d'émotions



La soprano — juste devant moi — le voit

Mes sourires

Mes pleurs

Ma joie

Elle semble n'avoir d'yeux que pour moi :

Pour elle aussi c'est la première fois :

Elle nous le dit



« De nouveau en présentiel »

Ajoute le théorbe



Le mot nous fera rire

Au retour

Mais là

Entre Barbara Strozzi

Et Frescobaldi —

Je me sens plutôt en présence du Ciel

Moi aussi

De nouveau



Après trois ou quatre rappels

Le public est debout



Nous sommes tous merveilleusement émus



C'est un concert que j'aurais préféré évité

Et que je n'oublierai jamais





Je ne suis pas Xi Kang

Moi pourtant si proche de lui —

Lorsqu'il dit que la musique

N'a ni joie ni tristesse



Il faudrait pour qu'il en fût ainsi

Que nous naissions hors du corps de notre mère

Quand nous ne sommes pendant neuf mois

Que le cœur battant de ses propres sensations

Et ces associations de sons et d’émotions

Nous imprègnent



Le devenir prime sur le surgissement :

Ainsi se transmet

Aussi —

L'or du Temps







Le 18 octobre 2020

Journal d’un Libertin-Idyllique (Illuminescences) 2020

 

 

 

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mercredi 30 septembre 2020

Extatique dans la jubilation nue — Ne regardons que le Beau — Bonheur

 

 

 

 Bonheur

 

Soudain le larghetto

Du concerto en la majeur

Pour hautbois d'amour

BWV 1055

De J. S. Bach me touche au cœur

Puis

Allegro ma non tanto

S'épanouit mon bonheur



Merveilleux jour d'automne

Qui suit un jour d'été —

 

Le 20 septembre 2020

 

 

 

Détournement


Ceux qui ont la chance que la vie les caresse de ses grâces ne peuvent que se détourner de tout ce qui est marqué par l'indigence poétique ou sentimentale, l'insensibilité et la nescience de la beauté.

Ce détournement est un mouvement spontané, qui n'implique pas nécessairement un rejet brutal.

Sur la route de Madison, les amants se détournent de la vulgarité et de l’injouissance poétique et sentimentale du monde tel qu'il va pour l'immense majorité, sans s'y attarder, simplement parce qu'un autre monde s'offre à eux, sans même qu'ils l'aient recherché.



Il est hasardeux de prétendre que la Beauté sauvera le monde, — ou même que le monde sauvera la Beauté.


Ce qui est certain c'est que la Beauté sauve déjà le monde, pour ceux qui ont le bonheur de pouvoir la goûter.

 

Céline ne voyait que la beauté « des femmes des riches » pour justifier la laideur et la souffrance du monde. D'où son goût pour les danseuses.

Il ignorait toutes les autres formes du Beau, et l'émerveillement — jusqu'à l'extase mystique — qu'il procure dans toutes ses manifestations « artistiques, faunistiques, floristiques, paysagères », et aussi sentimentales et charnelles.

 

Je repense à ce poème-collage d'il y a trente cinq ans

Ne regardons que le Beau etc, — à reprendre.

 

Le 23 septembre 2020

 

 

 

Extatique dans la jubilation nue



Il est plus facile de se livrer à des rituels orgiastiques, de s'abonner à ses pulsions destructrices ou auto-destructrices (jusqu’à cette pauvre extase masochiste que le malheureux Bataille voyait sur le visage d’un supplicié chinois) que de revivre, d'être de nouveau, le nourrisson, l'enfant, victime de violences, de sévices, hurlant de terreur, pleurant toutes les larmes de son corps, en proie à une rage refoulée folle, jusqu’à par ces revécus, et, une fois revenu, grâce à la profondeur de ces moments de révélations analytiques libérer la puissance orgastique abandonnée, sentimentale, cataclysmique, exultatrice, extatique dans la jubilation nue de la gangue de terreurs, de souffrances, de rages destructrices et auto-destructrices qui l’enferme habituellement.

Donc, les auteurs font les malins.

Avec leurs sataneries « sexuelles », et le reste.

Le monde et la vie mondaine servent à cela.

Manque de temps, manque de lieux et d'analystes, absence de débouchés (on trouve toujours à intégrer de façon socialement avantageuse un petit groupe de pervers-polymorphes refoulant leurs traumatismes archaïques en les sexualisant dans une transgressivité devenue aujourd'hui la norme (littérairement, artistiquement, affairistement, politiquement etc.), ou dans des sectes, — ayant plus ou moins bien réussi

Personne, ou presque, n'a les moyens d'être l’Homme vrai sans situation dont parlait Lin-tsi, même à deux, mais sans l'appui d'aucun réseau affairiste ou politique, littéraire ou artistique, religieux ou sectaire.

Très peu d’Hommes peuvent, comme lui, se torcher  tous les matins avec les textes fondateurs et mépriser les rituels et les sociétés, — secrets ou non.

Ils pimentent ainsi leur absence, — relevée de conflits.

La présence, elle, est une chance, dont quelques êtres — à travers l’Histoire — passent le secret.

 

Le 24 septembre 2020

 

 


 

 



 Poème-collage

Juin 1985

 

 

 

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samedi 26 septembre 2020

Un-dans-la-Beauté








Plage de la mer d’Arabie
Against the wind






Cher ami,



Lorsque j'étais en Inde, sur les rivages de la mer d’Arabie, je rencontrai pendant la saison 84/85 un jeune médecin expatrié. Nous fûmes présentés par son prédécesseur, et colocataire à Bombay, peu avant que ce dernier ne se suicide, poussé par le chagrin amoureux. Plus tard, ce jeune expatrié m'expliqua en avoir été d'autant plus affecté que sa propre petite amie avait profité elle aussi de leur éloignement pour rompre.


Il effectuait souvent des séjours professionnels à Goa, sillonnant la côte en moto, se faisant poursuivre par les chiens errants et mordre les mollets.


Il venait se « réfugier » sur notre terrasse ouverte à ces plages de la mer d’Arabie, et trouvait que nous formions, Angie et moi, un couple de cinéma.


(Je crois que le charme de la belle Berlinoise, aux yeux bleu-gris et à la voix grave, façon Marlène Dietrich, ne le laissait pas indifférent.)


Das oceanische Gefühl, le sentiment océanique, voilà ce dont nous parlions uniquement, elle et moi, sentiment océanique que nous inspirait non pas tant notre amour charnel, pour le moins compliqué et frustrant, que la beauté mystique des paysages.


Il connaissait la correspondance entre Freud et Romain Rolland ; l'idée l'intéressait.


Il connaissait également cette pratique des Hindous qui consiste, une fois sa vie d'homme faite, carrière remplie, famille fondée, enfants élevés, à tout abandonner, vers soixante ans, pour partir sur les routes, en sâdhu, pour se consacrer à la vie contemplative, et il me disait que je trichais puisque je brûlais en quelque sorte les étapes : et de fait, il avait raison : je n'ai jamais rien recherché d'autre dans l'existence que la vie unitive en renonçant à toute forme de vie sociale, — que je trouvais plutôt punitive. Il avait encore raison sur un point lorsqu'il disait que seuls ceux qui possédaient un minimum de biens pouvaient se permettre ces existences aventureuses, qu'il observait à Goa.


La vie illuminative m’a toujours accompagné, du plus loin que je me souvienne ou du plus loin que je l’ai revécue, — ce qui, dans mon cas, veut dire vraiment très loin.


Pour partir d’un peu plus près, à seize ans elle accompagnait mes premiers émois amoureux dans le cadre idyllique des plages au pied de ces falaises de craie fantastiques qui bordent la mer Baltique, sur l’île de Rügen, et qu’avait peintes, au XIXe siècle, Caspar David Friedrich.
Et, déjà à cette époque, je notais dans des poèmes ces illuminescences.






Plage de Binz
Île de Rügen






Des fleuves de sensations...

(Aurore...)



Je suis revenu mais je n'oublierai pas
Des piliers plus que d'or
Juste devant moi
Un village de conte
Des voiles d'ouate
Qui s'en arrachent
De grands oiseaux sur des pierres
Lisses et miroirs à la fois
Tous ensemble qui s'envolent
Et se détachent sur un incendie de ciel,
Une forêt, noire,
D'un autre âge qui veille


4 h et demie je ne suis plus là


La Lorelei juste devant moi
Ne saura pas
Jamais
Et les reflets hallucinogènes du monde dans son dos
Dans ses mille cheveux
Et le poids de son corps sur moi


Des fleuves de sensations
Nouvelles
De la mer
Se déversent
En moi.


Juste retour.





(Binz. Plage de la “Freikörperkultur”;
à l’aurore... )








Quelques années plus tard, j’entreprenais le grand voyage de l’analyse primalo-reichienne.


Un jour, s'ouvre une séance pour moi inoubliable : d’abord anxieux ou colérique, je sais, parce que j’en ai déjà l’expérience, que quelque chose veut remonter. Je rejoins la pièce où se déroulaient les analyses et je commence à pester contre telle ou telle situation de mon enfance, tel ou tel personnage liés à cette remontée de souvenirs qu’avait réveillés telle situation vécue la veille ou le matin même. Rapidement, je régresse et je redeviens ce petit enfant plein de colère et de rage, mais cette fois je peux laisser libre cours à ma furie. Je suis donc un enfant qui hurle sa rage, insulte et frappe comme un sourd le matelas posé au sol sur lequel je suis allongé — matelas qui dans ce genre d’analyse remplace le divan —, avec la raquette que nous avions pour ce genre de revécus émotionnels autonomes violents.


Puis, la rage passe et je descends encore plus loin dans mon passé, je suis un nourrisson terrorisé : je ne peux plus articuler mais seulement la vocaliser, comme à l’époque ; je ne peux plus insulter, comme l’instant d’avant : je braille de terreur.


Cette séquence se finit quand soudain tout s’apaise et s’illumine en un instant : je découvre le monde, la merveille du monde tel que je l’avais découvert, tel que je le découvrais dans ces premiers mois de ma vie. Il se trouve qu’il y avait des jonquilles dans cette pièce, qui me faisaient comme un éblouissement de bonheur, qui me rappelaient ceux que me procuraient les premières fleurs vues dans ma vie. Partout où mon regard se posait, l’extase du monde me saisissait. Tout m’était neuf et merveilleux, comme dans ces premiers moments où le monde est pour nous une suite de découvertes incessantes et éblouissantes.


Ce n’est pas rien de vivre.


C’est un miracle, le monde.


Retrouver ainsi, vivre ainsi de nouveau cette fraîcheur et cet éblouissement premiers s’accompagnait de cette sensation que l’on prête aux nourrissons, dont on dit qu’ils sourient « aux anges ». C’était prodigieux. Après un long moment, mon regard se posa sur la jeune femme qui me guidait dans cette analyse. Dans cette état « premier », elle représentait peut-être ma mère, ou ma grand-mère, ou une autre femme de mon entourage d’alors. Je voulais lui dire que je l’aimais mais je ne savais pas encore articuler et je faisais, pour tenter d’exprimer ces sentiments, des sons incompréhensibles, comme le font les enfançons (ainsi qu’elle me le rapporta par la suite). Et puis, mon esprit s’attrista un peu car je percevais, immédiatement, le sentiment de cette jeune femme. Et pour l’être que j’étais alors, son visage était imprégné de tristesse, que je percevais intensément, — quand une heure avant seules ma mauvaise humeur, et ma colère ensuite, existaient pour moi.


J’ai compris beaucoup de choses en revenant de cette régression intense (et de celles qui l’avaient précédée comme de celles qui la suivraient), et, dans la profondeur qui suit ces moments de révélations analytiques, j'ai  senti que les enfançons ont une perception immédiate de ceux qui les entourent, qu’ils déchiffrent comme à livre ouvert mais d’une façon différente de l’adulte, plus ou moins de marbre, que nous sommes devenus, et j’ai compris aussi que j’avais voulu parler, pour dire mon amour, pour dire combien j’aimais telle ou telle personne, et à quel point le monde m’enchantait, m’émerveillait.


Finalement, sur ce point, je n’ai pas changé, ce qui, compte tenu de ce qu’est la vie, le plus souvent, est plutôt étonnant.


Près de vingt ans plus tard, j’ai écrit un poème qui résumait ces années d’analyse intense :





Homme-enfant-sage...



Homme solaire
Évidemment.
De bleu de blanc
De rose et d'or
Homme au cœur
D'or
Homme d'amour


C'est aussi un enfant
Aux mains de feu
Et de paix
Aux magies
Bien comprises
Aux lèvres
Délicates de baiser
C'est aussi
Un enfant-caresse
Fort
Au cœur d'enthousiasme
Encore ! Encore !


De grands yeux émerveillés
Dans des silences


C'est aussi un enfant
De grand silence
Émerveillé


Ce n'est pas un enfant
C'est une force
Force solaire évidemment
Très calme
De bleu de rose de blanc
Et d'or
De vert très très frais
Et de jaune


Il y a des champs
De jonquilles et de boutons d'or
Des prairies infinies
Rire infini
Tape dans les mains
Saute balance
Danse danse
C'est aussi un enfant
Qui danse
Qui tourbillonne


L'amour est un fleuve
Très pur
L'amour est l'âme
De mon âme


Après la paix
La guerre
Les drames
La haine et les carnages
Nous en avions tant à réaliser !
Les beaux massacres que nous avons faits
Mordre frapper déchirer
Marteler piétiner !


Et à coups de bassin
Qu'est-ce qu'on pile bien !


Nous avons tordu
Étouffé
Étranglé
Réduit au plus rien
Assis sur leurs ruines
Ayant hurlé des rages
Et des peurs et des peurs
Et des rages
Que de revanches prises !
Pleurer des heures
Des jours et des années
Nous avons bien haï
Bien détruit
Bien massacré
Toutes les horreurs du monde
Les pires
C'était nous garanti
Nous avons bien haï
Bien détruit
Bien massacré


Et puis le monde
Bascule
S'ouvrent des cœurs
Immenses
Un grand esprit étonné
Retrouvant sa beauté
Un grand esprit
Étonné et retrouvant
Sa bonté...
Nous sommes resté
Sans voix
Sans parole
Immense
Ou sur des rires fous
Des enthousiasmes que
Je ne saurais vraiment pas
Rendre
Je m'y essaie
Je m'y essaie
Sans parole
Immense
Sur des enthousiasmes
Qui sont le bonheur même
Sans mélange ni crainte


Il y a forcément
Ce moment où la vie est le bonheur
Est l'espoir toujours
Réalisé
Où la capacité
D'aimer est immense
La sensibilité une aile de couleur
De perroquet


Il y a forcément ces moments où la vie
Est immense
Où le bassin danse
Où le vit
Est immense
Le regard ouvert émerveillé


Il y a forcément
La puissance immense
Et l'honneur
Le sens aigu des préséances


L'innocence
Émerveillée
L'enthousiasme
Sans limite
La bonté
Aux mains
Au corps tout entier
De bonté
La sagesse infinie


Enfant j'étais un sage
Percevant sous les mouvements bavards
L'âme
Les cœurs
Les souffrances
Les gaietés
Les peurs


J'ouvre des yeux
Rieurs
J'ouvre des mains
De feu
L'amour vous rendra bons”


Nous avons retiré de nos yeux
Le voile
Le gris de la vie
La vie nous le redonne
Quelque peu
Mais l'âme du monde
Toujours à la fin s'éclaircit


Nous avons
Retrouvé la mine
D'or
Je l'ai dit


Nous ouvrons de grands
Yeux d'étonne
Nous caressons des âmes
De la seule douceur de nos âmes
Nous ne faisons rien d'autre
Nous appelons cela
La poésie


C'est forcément quelque part
Derrière vos cris
Vos pleurs
Vos rages
Et cet abattement
Discret qui vous fait
Gris des yeux
Des corps
De l'âme


C'est un calme
Immense
Qui exige le respect
Des couleurs de merveille


Enfants vous étiez des sages
Connaissant la paix
L'enthousiasme
La force le désir
Le partage


Enfants vous étiez
Sans âge
La sagesse c'est sûr
Plaisanté-je ? —
N'attend pas
Le nombre des années


Homme solaire
Évidemment
De bleu de blanc
De rose et d'or
Homme à l'amour
De long vol plané
Homme sans limites
De caresse d'extase
Homme…
Enfant…
Sage…


Qui n'a pas bien haï
Ne saurait bien aimer
Qui n'a pas bien massacré
Ne saurait caresser


Qui n'a pas pleuré
Tout le gris de la vie
Ne saurait voir l'or
Du Temps
Brillant
Qui n'a pas bien pilé
Ne saurait caresser
Du ventre ou du vit
Et les ventres et la vie


Qui n'est pas resté
Glacé en terreur
Sans nom
Ne saurait danser
En extase
Des orgasmes
Calmes puissants profonds —
De bonheur
Ne saurait rester
Illuminé
Tranquille
Immobile
Paisible
De bonheur
Caressant de son âme
La douceur de votre âme


Homme solaire
Évidemment
De bleu de rose et de blanc
Et d'or...
Homme-enfant-sage...





Le 23 juillet 1993.






Homme-enfant-sage
Acrylique sur papier
23 juillet 1993






Je connaissais bien Lin-tsi dont la première traduction mondiale des Entretiens, par Demiéville, était parue deux ou trois ans plus tôt ; traduction que j’avais achetée dès sa sortie et dont la lecture me passionnait. Pour moi, il était clair que nous évoquions la même chose : ce regard premier, et cet état d’avant la conceptualisation, ce « ravissement d'étonnement que l'Homme éprouve devant le miracle de l'Être considéré comme un tout » (pour le dire comme Hannah Arendt que je ne connaissais pas encore vraiment, et que j’ai citée, entre autres, ici (clic)) par lesquels il s’agit d‘accepter de se laisser de nouveau, durablement, éblouir. Notre personnalité, notre intelligence sociales, bourrelées de souffrances, de colères et d’âpres — et souvent légitimes — préoccupations pratiques étant justement ce qui nous empêche d'être de nouveau éblouis, de nouveau « éveillés » à la Merveille.


La « légitimité » est cependant une notion floue, et on a vu Apollinaire, à la guerre, du temps qu’il était artiflot, se laisser encore éblouir par les triples croches des « mitrailleuses boches ». 


Notre personnalité et notre intelligence, pratiques ou philosophiques, sont donc ce qui empêche cet état unitif : et toutes les explications que nous voulons lui trouver, après coup, comme les miennes en ce moment, en renforçant notre réflexion cognitive, sont également ce qui nous éloigne de son expérience et nous en distrait : d'où les méthodes abruptes (analytiques, ou celles du Tch’an) qui, en créant une rupture de la cuirasse intellectuelle (comme le fait quelques fois l’absurde des koans), permettent parfois son surgissement ; mais la douceur, l’amour, la mirobolante extase harmonique de l'amour contemplatif — galant, la Beauté, le silence, la halte du promeneur — solitaire ou non — offrent à cet état unitif tout autant d'occasions de se manifester… Et par des voies bien plus agréables.


La méditation peut-elle y mener ? Elle fait sans aucun doute beaucoup de bien, à la santé, au moral etc., et on peut certainement la pratiquer pour cela mais il est bon de se souvenir de cette anecdote concernant Mazu, dont Houang-po est un descendant spirituel.



Le maître Nanque Huirang demanda un jour a Mazu :



 — Dans quel but êtes-vous assis en méditation ? 
 — Pour devenir Bouddha, répond Mazu. Huirang prit alors un morceau de brique et se mit à le polir devant l’ermitage de Mazu.
 Celui-ci demanda :
Que voulez-vous faire en polissant ce morceau de brique ?
Je la polis pour en faire un miroir.
Mazu : Comment peut-on obtenir un miroir en polissant une brique ?
Huirang : Si l’on ne peut obtenir un miroir en polissant une brique, comment peut-on devenir Bouddha en restant assis en méditation ?
Mazu : Alors que dois-je faire ?
Huirang : Il en est comme d’un buffle attelé à une charrette. Si la charrette n’avance pas,
doit-on fouetter le buffle ou la charrette ? »



Mazu resta sans réponse, et à cet instant il atteignit l’Éveil.

La méditation mène à tout, on le voit, mais à condition d’en sortir.


Cependant, avec les autres pratiques extérieures, elle a permis à des moines de justifier leur genre de vie, leur mendicité, leur oisiveté même, aux yeux des autres membres des groupes sociaux qui les acceptaient ; comme elle a permis à ces groupes sociaux de canaliser, dans ces temples et ces pratiques, l’énergie de la jeunesse, ailleurs que dans le travail ou dans la guerre, tout en offrant des consolations spirituelles au reste de leurs membres, et des postes et des carrières à des enfants issus de milieux modestes, ou non. Comme la philosophie, les religions, l'analyse etc. 


Seulement, retrouver l'Homme vrai sans situation, ce n'est pas seulement "sortir de la vie de famille", c'est surtout faire une expérience bouleversante de soi-même et du monde.


L'éblouissement n'est pas une carrière.


C’est un aspect — le jeu entre l'acceptation sociale et le bouleversement radical de l'être par le plongeon dans le sentiment océanique — que l’on retrouve avec la transmission des objets marquant la reconnaissance par un maître d’un successeur : s’ils sont refusés dans un premier temps par ce dernier, pour qui tout cela est vulgaire et sans intérêt, le vieux maître — qui connaît le monde, le pouvoir des symboles, les réflexes pavloviens du commun — insiste toujours en disant : « Prends les quand même ».


Donc à la question : « Est-il tout, cet éveil ? », la réponse est : « Non », évidemment, — quoique le boucher de Tchouang-tseu nous ait appris que son « complément » — le régime du « céleste », ainsi qu’il le nomme — est d’une grande efficacité même, et surtout, dans les affaires courantes. 


Disons qu’entre la nuit dans laquelle est plongé le fond mystique des Hommes, aujourd’hui — au profit de leur petite conscience sociale, spectaculaire et techniciste —, et une existence totalement dédiée à la vita contemplativa, il y a sûrement un autre équilibre et une autre forme d’organisation de la vie humaine que l’on peut imaginer.


La « vie contemplative » semble impliquer un regardeur.


La « vie illuminative » paraît plus proche de la réalité, bien qu’en français elle sonne comme quelque chose d’un peu péjoratif.


La « vie unitive », qui désigne d’ailleurs un stade plus abouti, plus complet de l’abandon à la « poésie du monde », convient mieux, il me semble.


Car, enfin, c'est très simple : d'un coup, Un-dans-la-Beauté.


Il est trois heures du matin : vous regardez dans le phare de la torche le palmier, ses fruits jaunes énormes… Et hop ! Vous êtes dedans…


Là, vous ne pensez plus…


Et il ne faut surtout pas y penser…


Vous y êtes… 


Ce n'est vraiment pas grand chose le bouddhisme de Houang-po… 


Le secret c'est de savoir que tout est là, et de ne pas avoir peur de cet état, — que le Père Wieger, jésuite et traducteur de Tchouang-tseu, qualifiait avec mépris de coma d’abrutis (je résume… ).


Lorsque il m'arrive, très rarement, d'en parler avec des gens, ils me disent souvent avoir connu de tels états, dans les montagnes, en hiver en faisant du ski, dans une crique où ils nageaient etc.
Mais ils l'ont chassé comme on chasse une mouche importune. Le plus souvent, simplement en s’en faisant la réflexion. 


Apprendre à être dans la Lumière, et à rester dans l’Irréflexion.  


« Atteins à la suprême vacuité et maintiens-toi en quiétude », disait Lao-tseu. C’est pourtant très clair.


En Europe, le quiétisme, où se mêlent à des résurgences gnostiques et panthéistes du Moyen-Âge, des éléments du Zen irrévérencieux à la mode de Ikkyu (mort en 1481), du Taoïsme, du Tantrisme et d’autres sources asiatiques, toutes ramenées en Occident par les Jésuites qui y étaient partis évangéliser dès 1533 (un spécialiste de ces questions écrit : « le Diario du chroniqueur romain Giacinto Gigli, publié en 1958 par Ricciotti, relate, à Rome, en 1615, la visite d’un groupe de Japonais qui y séjourna trois mois et qui venait précisément des Indes. Une satire manuscrite due sans doute à la plume de B. Dotti ironise sur les « missionari dei Giappone » qui importent en Italie la pernicieuse doctrine de l’« orazione di quiete ». Bien entendu, « missionari » est à prendre dans son acception polémique : il ne s’agit pas de prêtres nippons, mais d’ecclésiastiques italiens, des Jésuites en l’occurrence, qui, dès 1553, étaient allés en Extrême-Orient avec des projets d’évangélisation »), en Europe, donc, le quiétisme n’a jamais pu se développer profondément.


En France, c’est de la victoire de Bossuet sur Fénelon et de l’emprisonnement à la Bastille de Jeanne-Marie Bouvier de La Motte, connue comme Madame Guyon, que date plus précisément le crépuscule des mystiques. 


Et l’aube, pour la masse de perdition, n’est pas pour demain, semble-t-il, malgré les lueurs d’aurore boréale de notre Avant-garde sensualiste (dont l’intitulé est une private joke, due à Lin-tsi, que je citais à peine détourné, dans Avant-garde sensualiste 1 ; daté ainsi : Juillet / décembre 2003. (clic)


« Chers lecteurs, vous prenez pour argent comptant les paroles de toutes sortes de maîtres, et vous vous dites que là est la véritable pensée, que ce sont là des penseurs admirables : « Ce n'est pas à moi, avec mon esprit de profane, d'oser sonder ni mesurer ces grands penseurs! »
Gnomes aveugles ! Voilà les vues auxquelles vous vous livrez pendant toute une vie, allant contre le témoignage de votre paire d'yeux. Et vous êtes là à trembler comme des ânons sur la glace, les dents serrées par le froid. « Ce n'est pas moi qui oserais dire du mal de tous ces grands penseurs ! J'aurais trop peur de commettre une faute contre la bienséance. »


Chers lecteurs, il faut être un grand ami de la vie pour oser dire du mal de ceux qui nous ont précédés, pour oser critiquer le monde, incriminer leur enseignement, et injurier les petits-enfants qui viennent à vous, pour aller chercher l'Homme, soit en le prenant à rebours, soit en s'adaptant à lui. C'est ainsi que depuis déjà longtemps nous en avons cherchés qui aient des dispositions, mais que nous n’avons pu en trouver. Il semble que l'on ait à faire qu'à des apprentis théoriciens, à des jouisseurs novices, pareils à de jeunes mariées, et qui n'ont qu'une crainte, celle de perdre leurs maîtres, leurs idoles, leurs respects, et aussi leurs prébendes, leurs connexions, leurs réseaux, et de se voir privés du coup du grain qu'on leur donne à manger, de leur sécurité et de leurs aises.


Jamais, depuis bien longtemps, l'on a cru aux pionniers d'avant-garde, et il a fallu qu'ils fussent délogés par d'autres pour que leur valeur fût reconnue.


Celui qui est approuvé par tout le monde, à quoi est-il bon ?


C'est ainsi qu'un rugissement du lion fait éclater la cervelle du chacal. »




Enfin, pour finir : 


Un adepte, amateur de citations, rencontre Lin-tsi, en train de se prélasser dans un pré.


« [… ]Qu'est-ce que l'Homme dans la nature? Un néant à l'égard de l'infini, un tout à l'égard du néant, un milieu entre rien et tout. Infiniment éloigné de comprendre les extrêmes, la fin des choses et leur principe sont pour lui invinciblement cachés dans un secret impénétrable, également incapable de voir le néant d'où il est tiré, et l'infini où il est englouti. », lui dit-il.


Lin-tsi place ses deux mains l’une contre l’autre. « Et là, il est où, le néant ? » 


L’autre reste sec. 


Bim ! Lin-tsi lui colle une avoinée.


Quelques jours plus tard, l'adepte revient avec une nouvelle citation, pensant plaire au moine :


« L’Homme est visiblement fait pour penser. C’est toute sa dignité et tout son mérite ; et tout son devoir est de penser comme il faut. Or l’ordre de la pensée est de commencer par soi, et par son auteur et sa fin. Or à quoi pense le monde ? Jamais à cela, mais à danser, à jouer du luth, à chanter, à faire des vers, à courir la bague etc. et à se battre, à se faire roi, sans penser à ce qu’être roi et qu’être Homme. »


Lin-tsi trace un trait avec son bâton, sur la terre. « Et à ça, il y pense, l’Homme ? »


L’autre reste interloqué. 


Nouvelle avoinée. 


Quelques jours plus tard, il revient à la charge : 


« Rien n’est si insupportable à l’Homme que d’être en plein repos, sans passions, sans affaires, sans divertissement, sans application.
Il sent alors son néant, son abandon, son insuffisance, son impuissance, son vide.
Incontinent il sortira du fond de son âme, l’ennui, la noirceur, la tristesse, le chagrin, le dépit, le désespoir. »


Lin-tsi descend de sa banquette cordée, l’empoigne, lui donne un soufflet, puis le lâche.


L'adepte reste debout, figé. Les moines qui se trouvent à ses côtés lui disent : « Pourquoi ne saluez-vous pas ? » 

À peine l'adepte a-t-il salué, qu’il atteint le grand éveil…


Que cet éclat vous foudroie souvent et vous garde.


Portez-vous bien,




R.C. Vaudey 
 
 
 
Le 6 mai 2019












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