dimanche 13 mars 2016

Jouissance... Dormance... Brillance...








Il y a une brillance génitale comme on parle de brillance phallique — que j’associe pour ma part au caractère phallique-narcissique.

La brillance phallique, entendue ainsi, pourrait être illustrée par le personnage ridicule du dictateur Mussolini qui aimait dire que tous les matins il brisait les reins à une femme et à un cheval. Associée à la puissance érective et éjaculatrice, cette attitude, qui n’est en fait qu’une défense, s’effondre vite — ainsi que Reich l’a rapporté (Cf. l'extrait de La fonction de l’orgasme mis en ligne). Elle peut être reproduite ou stimulée par identification au père castrateur ainsi qu’on le voit chez les adeptes des chefs plus ou moins dictatoriaux (qui peuvent être des prophètes, des hommes politiques, des chefs de guerre ou plus fréquemment encore des maîtres à penser — et parfois tout cela à la fois). Elle est comme une fantaisie d’enfant terrorisé et castré qui, en ignorant tout, imagine la sexualité comme une violence dominatrice ou une passivité soumise quand elle n’est lorsqu’elle est vraiment – c’est-à-dire rarement — qu’abandon affirmatif ardent, volupté et délices enchanteresses, ravissement mystique — finalement.

Cette hâblerie et ce chiqué de façade sont tout aussi fragiles chez le disciple que chez le maître, et dissimulent la même détresse infantile, les mêmes terreurs. Leur effondrement laisse voir cette immense souffrance sous-jacente, et peut conduire au rejet de toute affirmation, quelle qu’en soit la forme : politique, sexuelle ou théorique. Le XXe siècle a vu beaucoup d’intellectuels s’enthousiasmer d’abord pour des totalitarismes — il n’a presque vu que cela —, pour adopter ensuite des positions de retrait laissant apparaître la détresse individuelle que les gesticulations théorico-politiques premières masquaient. (Sartre finissant en bigot religieux, après l’avoir été toute sa vie en politique etc.)

La brillance génitale (oubliez les vernis mondains et autres produits laquant) procède d’un autre mouvement : elle ne s’affirme pas contre des volontés qu’elle soumettrait mais nous est donnée proportionnellement au degré de confiance et d’abandon dont nous sommes capables dans l’expérience de la génitalité qui associe puissance érective (chez la femme ((chez laquelle les corps caverneux érectiles sont sept fois plus importants que chez l’homme, ce qui explique peut-être, chez les femmes non-hystériques, les rythmes parfois différents de l’excitation amoureuse)) et chez l’homme, chez lequel la turgescence est plus rapide ((pour les raisons que je viens de dire)) et plus « visible »), qui associe la puissance érective, donc, la puissance « éjaculatrice », chez l’homme, et « sécrétive », chez la femme, à la puissance orgastique, cette capacité à l’abandon au puissant et voluptueux clonus orgastique qui, lorsqu’il est partagé dans la seule forme d’extase qui vaille, c’est-à-dire dans l’extase harmonique, fait de cette sorte d’extase ce qu’elle est : l’expression de l’abandon, de la puissance et de la joie accordés… — dans tous les sens de ces deux derniers mots mais particulièrement dans leur dimension quasi-musicale et vibratoire… d’onde d’anti-gravité appelée à résonner dans le Temps et les univers.

C’est en cela — par l’abandon à l’extase harmonique accordée par les clonus orgastiques accordés (à défaut de l’expérimenter, réfléchissez-y… ) — que la brillance génitale et la jouissance du Temps — qui la précède et l’accompagne — ne ressortissent et ne peuvent ressortir qu’à l’accord des sexes opposés.

Bien sûr, les souffrances refoulées que dissimulent les différentes formes que prend la cuirasse caractérielle — cuirasse caractérielle née du brisement des cœurs, et qui rend, comme on le sait, les corps aussi sensibles que le bronze —, bien sûr, les différentes formes de cette cuirasse rendent cet abandon, cette confiance, cette puissance et cette joie problématiques, voire impossibles, et plus particulièrement dans un environnement social, politique, historique où la destructivité fait rage.

Nos contemporains — qu’ils évoluent dans la sphère de la domination ou dans celle de la soumission sociales — sont des morts-vivants parce que la vie les a forcés à se blinder — pour le dire ainsi. Et plus ils vieillissent, et plus le cuir s’épaissit toujours davantage : l’inverse est rarement vrai.

Cette insensibilité psychique acquise, allant toujours en s’aggravant, n’a d’égal que leur insensibilité physiologique : d’où cette violence qu’ils exhibent partout, et qui ne les satisfait nulle part ; d’où ce goût généralisé pour le quantitatif — l’excès – sans succès — ; d’où leur goût pour le grand-guignolesque et les attractions de fêtes foraines (les « bêtes de foire ») en « amour » comme en « art » comme partout.

La brillance phallique, ainsi entendue, est certes affirmative mais raisonneuse, dominatrice et normative mais coupée de l’extase du monde ; elle est un des principaux produits et un des moteurs essentiels de l’ère patriarcale, esclavagiste, sado-masochiste : toujours servie, et le plus souvent manipulée, par le goût — poussé jusqu’au délire — des obsessionnels pour l’ordre et le complot (politique, religieux, financier, guerrier etc.) ; et adulée par les oralo-dépressifs, et leur besoin d’un bon père ou d’une bonne mère (par exemple, au milieu des années soixante, le trio : De Gaulle, Pompidou, la France profonde).

Elle va bien avec les singeries d’une domination de tréteaux à l’adresse d’un public de veaux — mort-nés. 
Et qui peuvent à tout moment libérer cette sauvagerie qu’on ne voit qu’aux bêtes longtemps encagées.

La brillance génitale, elle, est affirmative, certes, mais comme la joie qui la porte : c’est-à-dire sans raison. Elle est liée à l’extase du monde, à la jouissance du Temps.

Si elle donne une norme, c’est comme le font la beauté et la grâce sur les (sur)vivants : par l’attraction et la joie — encore elle — qu’elle provoque en nous (ainsi, essayons-nous, enfants, de reproduire quelque geste gracieux et beau qui nous est venu ou que nous avons vu faire à ceux qui nous serviront ainsi de modèles…).

Si elle montre un chemin, c’est comme le fait à ses compagnons celui qui a trouvé, au bout d’un interminable sentier — ou, inespérées, derrière une dune dont on ne voyait pas la fin —, une plage, des vagues…

C’est une joie fière et heureuse quand l’autre est une vanité rogue en surface et misérable au fond — ridicule et dangereuse – toujours.

Qu’on se rassure :

Le monde appartient aux obsessionnels sado-masochistes — fanatiques et organisateurs  du secret et du complot (politique, religieux, financier, guerrier etc.) — ; aux phalliques-narcissiques — qui sont le plus souvent leurs marionnettes — ; aux hystériques — qui sont de tous ceux-là les bouffons — ; aux oralo-dépressifs — de la dépendance et de la misère affectives desquels tous tiennent leur puissance. (Bien sûr, personne n’est jamais une illustration exclusive de ces catégories.)

La brillance génitale n’existe pas — ou presque : elle n’est qu’une expérience isolée et sans portée, et, aussi, une utopie poétique, post-dystopique, et comme la base de ce qui serait un monde contemplatif — galant

À bâtir sur les plages et loin des ruines que laisseront ceux dont il est question plus haut.

Rien qui ne mérite que les dominés ou les dominants du moment s'inquiètent ou s’y attardent — donc.
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