Il
y a une brillance génitale comme on parle de brillance phallique —
que j’associe pour ma part au caractère phallique-narcissique.
La
brillance phallique, entendue ainsi, pourrait être illustrée par le
personnage ridicule du dictateur Mussolini qui aimait dire que tous
les matins il brisait les reins à une femme et à un cheval.
Associée à la puissance érective et éjaculatrice, cette attitude,
qui n’est en fait qu’une défense, s’effondre vite — ainsi
que Reich l’a rapporté (Cf. l'extrait de La fonction de l’orgasme mis en ligne). Elle peut être reproduite ou stimulée par
identification au père castrateur ainsi qu’on le voit chez les
adeptes des chefs plus ou moins dictatoriaux (qui peuvent être des
prophètes, des hommes politiques, des chefs de guerre ou plus
fréquemment encore des maîtres à penser — et parfois tout cela à
la fois). Elle est comme une fantaisie d’enfant terrorisé et
castré qui, en ignorant tout, imagine la sexualité comme une
violence dominatrice ou une passivité soumise quand elle n’est —
lorsqu’elle est vraiment – c’est-à-dire rarement —
qu’abandon affirmatif ardent, volupté et délices enchanteresses,
ravissement mystique — finalement.
Cette
hâblerie et ce chiqué de façade sont tout aussi fragiles chez le
disciple que chez le maître, et dissimulent la même détresse infantile,
les mêmes terreurs. Leur effondrement laisse voir cette immense
souffrance sous-jacente, et peut conduire au rejet de toute
affirmation, quelle qu’en soit la forme : politique, sexuelle
ou théorique. Le XXe siècle a vu beaucoup d’intellectuels
s’enthousiasmer d’abord pour des totalitarismes — il n’a
presque vu que cela —, pour adopter ensuite des positions de
retrait laissant apparaître la détresse individuelle que les
gesticulations théorico-politiques premières masquaient. (Sartre
finissant en bigot religieux, après l’avoir été toute sa vie en
politique etc.)
La
brillance génitale (oubliez les vernis mondains et autres produits
laquant) procède d’un autre mouvement : elle ne s’affirme
pas contre des volontés qu’elle soumettrait mais nous est donnée
proportionnellement au degré de confiance et d’abandon dont nous
sommes capables dans l’expérience de la génitalité qui associe
puissance érective (chez la femme ((chez laquelle les corps
caverneux érectiles sont sept fois plus importants que chez l’homme,
ce qui explique peut-être, chez les femmes non-hystériques, les
rythmes parfois différents de l’excitation amoureuse)) et chez
l’homme, chez lequel la turgescence est plus rapide ((pour les
raisons que je viens de dire)) et plus « visible »), qui
associe la puissance érective, donc, la puissance « éjaculatrice »,
chez l’homme, et « sécrétive », chez la femme, à la
puissance orgastique, cette capacité à l’abandon au
puissant et voluptueux clonus orgastique qui, lorsqu’il est
partagé dans la seule forme d’extase qui vaille, c’est-à-dire
dans l’extase harmonique, fait de cette sorte d’extase ce
qu’elle est : l’expression de l’abandon, de la puissance
et de la joie accordés… — dans tous les sens de ces deux
derniers mots mais particulièrement dans leur dimension
quasi-musicale et vibratoire… d’onde d’anti-gravité
appelée à résonner dans le Temps et les univers.
C’est
en cela — par l’abandon à l’extase harmonique accordée
par les clonus orgastiques accordés (à défaut de
l’expérimenter, réfléchissez-y… ) — que la brillance génitale
et la jouissance du Temps — qui la précède et l’accompagne —
ne ressortissent et ne peuvent ressortir qu’à l’accord des sexes
opposés.
Bien
sûr, les souffrances refoulées que dissimulent les différentes
formes que prend la cuirasse caractérielle — cuirasse
caractérielle née du brisement des cœurs, et qui rend, comme on le
sait, les corps aussi sensibles que le bronze —, bien sûr, les
différentes formes de cette cuirasse rendent cet abandon, cette
confiance, cette puissance et cette joie problématiques, voire
impossibles, et plus particulièrement dans un environnement social,
politique, historique où la destructivité fait rage.
Nos
contemporains — qu’ils évoluent dans la sphère de la domination
ou dans celle de la soumission sociales — sont des morts-vivants
parce que la vie les a forcés à se blinder — pour le dire
ainsi. Et plus ils vieillissent, et plus le cuir s’épaissit
toujours davantage : l’inverse est rarement vrai.
Cette
insensibilité psychique acquise, allant toujours en
s’aggravant, n’a d’égal que leur insensibilité
physiologique : d’où cette violence qu’ils exhibent
partout, et qui ne les satisfait nulle part ; d’où ce goût
généralisé pour le quantitatif — l’excès – sans succès — ;
d’où leur goût pour le grand-guignolesque et les attractions de
fêtes foraines (les « bêtes de foire ») —
en « amour » comme en « art » – comme
partout.
La
brillance phallique, ainsi entendue, est certes affirmative mais
raisonneuse, dominatrice et normative mais coupée de l’extase
du monde ; elle est un des principaux produits et un des moteurs
essentiels de l’ère patriarcale, esclavagiste, sado-masochiste :
toujours servie, et le plus souvent manipulée, par le goût —
poussé jusqu’au délire — des obsessionnels pour l’ordre et le
complot (politique, religieux, financier, guerrier etc.) ; et
adulée par les oralo-dépressifs, et leur besoin d’un bon père ou
d’une bonne mère (par exemple, au milieu des années soixante, le trio :
De Gaulle, Pompidou, la France profonde).
Elle
va bien avec les singeries d’une domination de tréteaux à
l’adresse d’un public de veaux — mort-nés.
Et
qui peuvent à tout moment libérer cette sauvagerie qu’on ne voit qu’aux bêtes longtemps encagées.
La
brillance génitale, elle, est affirmative, certes, mais comme la
joie qui la porte : c’est-à-dire sans raison. Elle est
liée à l’extase du monde, à la jouissance du Temps.
Si
elle donne une norme, c’est comme le font la beauté et la grâce
sur les (sur)vivants : par l’attraction et la joie — encore
elle — qu’elle provoque en nous (ainsi, essayons-nous,
enfants, de reproduire quelque geste gracieux et beau qui nous est
venu ou que nous avons vu faire à ceux qui nous serviront ainsi de
modèles…).
Si
elle montre un chemin, c’est comme le fait à ses compagnons celui
qui a trouvé, au bout d’un interminable sentier — ou,
inespérées, derrière une dune dont on ne voyait pas la fin —,
une plage, des vagues…
C’est
une joie fière et heureuse quand l’autre est une vanité rogue en
surface et misérable au fond — ridicule et dangereuse –
toujours.
Qu’on
se rassure :
— Le
monde appartient aux obsessionnels sado-masochistes — fanatiques et organisateurs du
secret et du complot (politique, religieux, financier, guerrier etc.)
— ; aux phalliques-narcissiques — qui sont le plus souvent
leurs marionnettes — ; aux hystériques — qui sont de tous
ceux-là les bouffons — ; aux oralo-dépressifs — de la
dépendance et de la misère affectives desquels tous
tiennent leur puissance. (Bien sûr, personne n’est jamais une
illustration exclusive de ces catégories.)
— La
brillance génitale n’existe pas — ou presque : elle n’est
qu’une expérience isolée et sans portée, et, aussi, une utopie
poétique, post-dystopique, et comme la base de ce qui serait un monde contemplatif —
galant.
À bâtir
sur les plages et loin des ruines que laisseront ceux dont il est
question plus haut.
Rien
qui ne mérite que les dominés ou les dominants du moment s'inquiètent ou s’y attardent —
donc.
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