samedi 9 juillet 2016

L'Enfer et le Paradis













Homme-enfant-sage
Acrylique sur papier
23 juillet 1993



Homme solaire.
Évidemment.
(Le 8 août 2003.)


Les dernières formes de l'exploration analytique telles qu'elles se sont manifestées à partir de la seconde moitié des années soixante du siècle dernier correspondent précisément à l'exploration de l'enfer et du paradis par chaque individu, à l'intérieur de lui-même.
Dans le processus analytique, et particulièrement dans la réactivation émotionnelle autonome dont j'ai parlé, chacun est confronté au démoniaque à l'intérieur de lui-même, chacun est possédé par sa rage, ses démons, sa violence incommensurable ; nul besoin d'aller chercher des exemples historiques chez tel ou tel barbare politique et historique, ou dans telle ou telle période féroce de l'histoire : la violence satanique est là : c'est la vôtre ; mais cette fois, lorsque ce réseau de défense cède — et c'est  toujours un réseau de défense — la détresse abyssale, la souffrance infinie, le désespoir absolu, à faire exploser le cœur, se libèrent : des niagaras de pleurs, toute la misère du monde, se débondent, et le diable qui en vous se manifestait n'apparaît plus que comme ce pauvre diable que vous êtes.
On est martyrisé, on meurt, le monde est martyrisé, meurt, du fait de pauvres diables ; rien de plus abominable que le pauvre diable.
Et après avoir longtemps vidé les égouts de votre haine, de votre folie meurtrière, dévoratrice, mutilatrice, déchireuse, folle, sadique, le paradis s'offrira à vous sous la forme des émerveillements primitifs, du désir d'amour irrépressible, primitif ;  et vous découvrirez, par exemple, l'origine de la parole, et que vous avez voulu parler, la toute première fois, par amour, ou pour exprimer toute la beauté que vous ressentiez, et toute la joie, débordante et infinie, que vous aviez de sentir un autre être humain en face de vous ; et pour avoir voulu communiquer avec lui. S'impose un poème :






Homme solaire
Évidemment.
De bleu de blanc
De rose et d'or
Homme au cœur
D'or
Homme d'amour


C'est aussi un enfant
Aux mains de feu
Et de paix
Aux magies
Bien comprises
Aux lèvres
Délicates de baiser
C'est aussi
Un enfant-caresse
Fort
Au cœur d'enthousiasme
Encore ! Encore !


De grands yeux émerveillés
Dans des silences


C'est aussi un enfant
De grand silence
Émerveillé


Ce n'est pas un enfant
C'est une force
Force solaire évidemment
Très calme
De bleu de rose de blanc
Et d'or
De vert très très frais
Et de jaune


Il y a des champs
De jonquilles et de boutons d'or
Des prairies infinies
Rire infini
Tape dans les mains
Saute balance
Danse danse
C'est aussi un enfant
Qui danse
Qui tourbillonne


L'amour est un fleuve
Très pur
L'amour est l'âme
De mon âme


Après la paix
La guerre
Les drames
La haine et les carnages
Nous en avions tant à réaliser !
Les beaux massacres que nous avons faits
Mordre frapper déchirer
Marteler piétiner !


Et à coups de bassin
Qu'est-ce qu'on pile bien !


Nous avons tordu
Étouffé
Étranglé
Réduit au plus rien
Assis sur leurs ruines
Ayant hurlé des rages
Et des peurs et des peurs
Et des rages
Que de revanches prises !
Pleurer des heures
Des jours et des années
Nous avons bien haï
Bien détruit
Bien massacré
Toutes les horreurs du monde
Les pires
C'était nous garanti
Nous avons bien haï
Bien détruit
Bien massacré


Et puis le monde
Bascule
S'ouvrent des cœurs
Immenses
Un grand esprit étonné 
Retrouvant sa beauté
Un grand esprit
Étonné et retrouvant
Sa bonté...
Nous sommes resté
Sans voix
Sans parole
Immense
Ou sur des rires fous
Des enthousiasmes que
Je ne saurais vraiment pas
Rendre
Je m'y essaie
Je m'y essaie
Sans parole
Immense
Sur des enthousiasmes
Qui sont le bonheur même
Sans mélange ni crainte


Il y a forcément
Ce moment où la vie est le bonheur
Est l'espoir toujours
Réalisé
Où la capacité
D'aimer est immense
La sensibilité une aile de couleur
De perroquet


Il y a forcément ces moments où la vie
Est immense
Où le bassin danse
Où le vit
Est immense
Le regard ouvert émerveillé


Il y a forcément
La puissance immense
Et l'honneur
Le sens aigu des préséances


L'innocence
Émerveillée
L'enthousiasme
Sans limite
La bonté
Aux mains
Au corps tout entier
De bonté
La sagesse infinie


Enfant j'étais un sage
Percevant sous les mouvements bavards
L'âme 
Les cœurs
Les souffrances
Les gaietés 
Les peurs


J'ouvre des yeux
Rieurs
J'ouvre des mains
De feu
L'amour vous rendra bons”


Nous avons retiré de nos yeux
Le voile
Le gris de la vie
La vie nous le redonne
Quelque peu
Mais l'âme du monde
Toujours à la fin s'éclaircit


Nous avons
Retrouvé la mine
D'or
Je l'ai dit


Nous ouvrons de grands
Yeux d'étonne
Nous caressons des âmes
De la seule douceur de nos âmes
Nous ne faisons rien d'autre
Nous appelons cela
La poésie


C'est forcément quelque part
Derrière vos cris
Vos pleurs 
Vos rages
Et cet abattement
Discret qui vous fait
Gris des yeux
Des corps
De l'âme


C'est un calme
Immense
Qui exige le respect
Des couleurs de merveille


Enfants vous étiez des sages
Connaissant la paix
L'enthousiasme
La force le désir
Le partage


Enfants vous étiez
Sans âge
La sagesse c'est sûr
Plaisanté-je ? —
N'attend pas
 Le nombre des années


Homme solaire
Évidemment
De bleu de blanc
De rose et d'or
Homme à l'amour
De long vol plané
Homme sans limites
De caresse d'extase
Homme… 
Enfant… 
Sage…


Qui n'a pas bien haï
Ne saurait bien aimer
Qui n'a pas bien massacré
Ne saurait caresser


Qui n'a pas pleuré
Tout le gris de la vie
Ne saurait voir l'or
Du Temps
Brillant
Qui n'a pas bien pilé
Ne saurait caresser
Du ventre ou du vit
Et les ventres et la vie


Qui n'est pas resté
Glacé en terreur
Sans nom
Ne saurait danser
En extase
Des orgasmes
Calmes puissants profonds —
De bonheur
Ne saurait rester
Illuminé
Tranquille
Immobile
Paisible
De bonheur
Caressant de son âme
La douceur de votre âme


Homme solaire
Évidemment
De bleu de rose et de blanc
Et d'or...
Homme-enfant-sage...




Le 23 juillet 1993.









Avant-garde sensualiste 3. Janvier 2005/juin 2006








Première mise en ligne. Le 21 septembre 2012