Et c'est
aussi cela la future Renaissance sensualiste que nous envisageons :
le dépassement dialectique de la vieille opposition entre le
patriarcat et le matriarcat qui, chacun à sa façon, auront préparé
ainsi l'avènement de cette ère sensualiste qui vient : le
patriarcat — dans ses versions monothéistes — en imposant la Loi
et le Livre, et en posant ainsi les prémices du déploiement de la
Raison (mais en provoquant, par son organisation rigide et
castratrice, la peste émotionnelle, les malformations et la détresse
caractérielles, émotionnelles, poétiques, sentimentales,
amoureuses, avec les réactions religieuses, guerrières, idolâtres,
"économiques" qu'elles impliquent et que le XXe siècle a
parfaitement analysées) contre le matriarcat, ses transes paganistes
et son univers halluciné — qu'ont ressuscité massivement depuis
les années soixante les gens du courant “new-age”, tous
sectateurs de la transe sous stupéfiants, de Gaïa, des puissances
féminines "occultes", etc. — matriarcat dont l'apport à
cette nouvelle ère qui pourrait s'ouvrir pour l'humanité, après
les luttes religieuses, culturelles et économiques qui nous
occupent, consistera en l'accent indispensable que ce courant met sur
la reconnaissance et l'acceptation des rythmes biologiques primaires,
impétueux, impérieux, et sur la célébration de la puissance
vibrante, palpitante, ondulante, péristaltique et extatique du
vivant.
La volupté
et la sensualité alliées à la raison, l'humanisation de l'amour,
c'est aujourd'hui pour quelques happy few, le plus souvent, et pour
tous demain — éventuellement. Mais pour les masses aujourd'hui ce
sont le kitsch sirupeux ou le désabusement ou la violence sexuelle
que les derniers aristocrates libertins ont rendue depuis deux
siècles "chic" aux yeux de tous ceux qui, aujourd’hui,
partis de rien et arrivés très vite à la misère poétique,
sensuelle, sentimentale, sexuelle, s'empressent de l'exercer dès
qu'ils atteignent au moindre pouvoir sur autrui (leurs "partenaires",
ou les enfants pauvres de leur province ou de quelque région du
monde que ce soit), violence sexuelle que des gens comme le jeune
Montesquieu ou Mademoiselle de Scudéry pensaient à juste titre être le
fait des miséreux puisqu'ils pensaient que "l'amour" était
toujours "plus grossier, plus brutal et plus criminel parmi les
gens qui n'ont aucune politesse et qui sont tout à fait ignorants de
la belle galanterie" (et il revient à chacun de reconnaître
sur ce point le miséreux en lui-même), violence sexuelle dont on
voit bien qu'à un autre niveau, celui de la phylopsychogénèse,
elle est irriguée d'un côté par toute la mythologie et l'histoire
de la violence dominatrice patriarcale avec sa terreur, au fond, de
la jouissance, et sa rage concomitante de tout soumettre — et
surtout les femmes — et, d'un autre côté, par celles de la
violence hystérique et extasiée du vieux matriarcat préhistorique
enfermé dans cette forme particulière de la non-réalisation de
l'humain et de la folie.
En
attendant cette subsumation raffinée et délicate, dont nous
parlons, de ces courants historiques mêlés et opposés, c'est donc
la guerre, et la bêtise des générations d'imbéciles morts pèse
lourd dans le cerveau des crétins vivants ; la préhistoire ne nous
lâche pas ; le troupeau bêle à la mort ses vieilles pleurnicheries
enragées, et nous, tranquillement, nous ensemençons l'avenir.
Pour qu'y
brille un jour de tout son éclat l'or du temps dont nous parlait
André Breton.
Partir,
agir, aimer, jouir, créer. Nager, jouer, danser, marcher, voyager,
dormir. Ne rien faire, mais ébloui. Lâcher tout si nécessaire.
Avant tout
organiser la vie dans le sens de la vie, vibrante, vivante : voilà,
nous semble-t-il, quelques-unes des voies qui mènent à trouver l'or
du temps dont on trouvera peut-être quelques traces dans cette
ébauche de "Programme Hors du commun", dans lequel Breton,
justement, définit les buts et les moyens de l'Avant-garde
sensualiste, où Duchamp commente la position de Breton vis-à-vis de
l'amour — qui est aussi la nôtre — et où Nietzsche, très en
forme, rappelle le type de regard que nous portons sur les Hommes et
l'Histoire, donne le sens de "l'opéra fabuleux" et le but
du "Coup du monde."
(À
suivre... )
Avant-garde
sensualiste 1 ; Juillet/Décembre 2003
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