lundi 3 juin 2013

Renaissance sensualiste





Et c'est aussi cela la future Renaissance sensualiste que nous envisageons : le dépassement dialectique de la vieille opposition entre le patriarcat et le matriarcat qui, chacun à sa façon, auront préparé ainsi l'avènement de cette ère sensualiste qui vient : le patriarcat — dans ses versions monothéistes — en imposant la Loi et le Livre, et en posant ainsi les prémices du déploiement de la Raison (mais en provoquant, par son organisation rigide et castratrice, la peste émotionnelle, les malformations et la détresse caractérielles, émotionnelles, poétiques, sentimentales, amoureuses, avec les réactions religieuses, guerrières, idolâtres, "économiques" qu'elles impliquent et que le XXe siècle a parfaitement analysées) contre le matriarcat, ses transes paganistes et son univers halluciné — qu'ont ressuscité massivement depuis les années soixante les gens du courant “new-age”, tous sectateurs de la transe sous stupéfiants, de Gaïa, des puissances féminines "occultes", etc. — matriarcat dont l'apport à cette nouvelle ère qui pourrait s'ouvrir pour l'humanité, après les luttes religieuses, culturelles et économiques qui nous occupent, consistera en l'accent indispensable que ce courant met sur la reconnaissance et l'acceptation des rythmes biologiques primaires, impétueux, impérieux, et sur la célébration de la puissance vibrante, palpitante, ondulante, péristaltique et extatique du vivant.

La volupté et la sensualité alliées à la raison, l'humanisation de l'amour, c'est aujourd'hui pour quelques happy few, le plus souvent, et pour tous demain — éventuellement. Mais pour les masses aujourd'hui ce sont le kitsch sirupeux ou le désabusement ou la violence sexuelle que les derniers aristocrates libertins ont rendue depuis deux siècles "chic" aux yeux de tous ceux qui, aujourd’hui, partis de rien et arrivés très vite à la misère poétique, sensuelle, sentimentale, sexuelle, s'empressent de l'exercer dès qu'ils atteignent au moindre pouvoir sur autrui (leurs "partenaires", ou les enfants pauvres de leur province ou de quelque région du monde que ce soit), violence sexuelle que des gens comme le jeune Montesquieu ou Madame de Scudéry pensaient à juste titre être le fait des miséreux puisqu'ils pensaient que "l'amour" était toujours "plus grossier, plus brutal et plus criminel parmi les gens qui n'ont aucune politesse et qui sont tout à fait ignorants de la belle galanterie" (et il revient à chacun de reconnaître sur ce point le miséreux en lui-même), violence sexuelle dont on voit bien qu'à un autre niveau, celui de la phylopsychogénèse, elle est irriguée d'un côté par toute la mythologie et l'histoire de la violence dominatrice patriarcale avec sa terreur, au fond, de la jouissance, et sa rage concomitante de tout soumettre — et surtout les femmes — et, d'un autre côté, par celles de la violence hystérique et extasiée du vieux matriarcat préhistorique enfermé dans cette forme particulière de la non-réalisation de l'humain et de la folie.

En attendant cette subsumation raffinée et délicate, dont nous parlons, de ces courants historiques mêlés et opposés, c'est donc la guerre, et la bêtise des générations d'imbéciles morts pèse lourd dans le cerveau des crétins vivants ; la préhistoire ne nous lâche pas ; le troupeau bêle à la mort ses vieilles pleurnicheries enragées, et nous, tranquillement, nous ensemençons l'avenir.
Pour qu'y brille un jour de tout son éclat l'or du temps dont nous parlait André Breton.

Partir, agir, aimer, jouir, créer. Nager, jouer, danser, marcher, voyager, dormir. Ne rien faire, mais ébloui. Lâcher tout si nécessaire.
Avant tout organiser la vie dans le sens de la vie, vibrante, vivante : voilà, nous semble-t-il, quelques-unes des voies qui mènent à trouver l'or du temps dont on trouvera peut-être quelques traces dans cette ébauche de "Programme Hors du commun", dans lequel Breton, justement, définit les buts et les moyens de l'Avant-garde sensualiste, où Duchamp commente la position de Breton vis-à-vis de l'amour — qui est aussi la nôtre — et où Nietzsche, très en forme, rappelle le type de regard que nous portons sur les Hommes et l'Histoire, donne le sens de "l'opéra fabuleux" et le but du "Coup du monde."



(À suivre... )



Avant-garde sensualiste 1 ; Juillet/Décembre 2003






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