mercredi 20 novembre 2013

Le parti des voluptueux




Des Libertins contemplatifs — galants et du monde




L'extrême misère de cette époque pourrait s'illustrer dans ce simple fait que l'on peut aujourd'hui, en France, voir des maçons, directement ou indirectement, — ou même un chasseur — se présenter avec un parti pour une élection mais qu'il est à peu près inconcevable d'imaginer que se présente, avec tout le “sérieux” que nécessite cette affaire, le représentant d'un Parti des voluptueux.


Il y a un peu plus de 200 ans, dans un cercle restreint de la société européenne, et pour un cercle restreint de cette société, cela aurait pu être admis. On se souvient du mot de Baudelaire parlant de cette époque : “La Révolution a été faite par des voluptueux.”


Aujourd'hui, du haut en bas de l'échelle sociale, d'un bord extrême à l'autre bord extrême de l'échiquier politique, du Nord au Sud et de l'Est à l'Ouest, il n'y a nulle part place, dans le monde — dans aucune classe, dans aucune caste et pour aucune “race”, les jaunes, les blancs, les rouges, les noirs, et toutes les teintes intermédiaires —, aussi sérieusement que l'état du monde l'exige, pour un tel parti.


Des parias, des esclaves, des manœuvres, des mannards, des trimards, des sans-grade, des gagne-petit aux dirigeants des transnationales, des fonds de pension, des États, des banques mondiales, en passant par ceux qui les enseignent, les soignent, les divertissent, sans oublier ceux qui luttent pour le “développement durable”, contre le réchauffement de la planète et contre la disparition de la faune et de la flore, les émissions de gaz à effet de serre, la faim, la soif, la misère, l'illettrisme, et toutes les sortes d'épidémies, ceux qui prônent la croissance ou la décroissance, la domination des riches sur les pauvres ou celle des pauvres sur les riches, la suppression des pauvres par les riches, ou la suppression des riches par les pauvres, les prix Nobel de toutes les disciplines, les savants et les lettrés de tous les pays et de tous les partis — des libertaires-pubertaires aux réactionnaires les plus racornis —, il n'y en a aucun qui pourrait entendre, sans beaucoup se moquer, qu'il existe un tel parti.

Qu'il puisse exister des partis de banquiers, de dévots, d'ayatollahs, de guerriers, de marchands d'armes, de pétrole, de pastis ou de bière, des partis d'ouvriers ou d'enseignants, ou même des partis de chasseurs et de ramasseurs de champignons, et que personne ne puisse envisager, sans rire beaucoup, l'existence d'un Parti des voluptueux, voilà qui signe l'état présent de la misère du monde. Le fait que du haut en bas de l'échelle sociale du monde, la plèbe et les philistins ils sont du même tonneau , pour parler comme Nietzsche, gouvernent.




R.C. Vaudey

(Le 29 avril 2007, suite.)






In A.S. 4 Juillet 2006/Mai 2008










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