Des
Libertins contemplatifs — galants et du monde
L'extrême
misère de cette époque pourrait s'illustrer dans ce simple fait que
l'on peut aujourd'hui, en France, voir des maçons, directement ou
indirectement, — ou même un chasseur — se présenter avec un
parti pour une élection mais qu'il est à peu près inconcevable
d'imaginer que se présente, avec tout le “sérieux” que
nécessite cette affaire, le représentant d'un Parti
des voluptueux.
Il
y a un peu plus de 200 ans, dans un cercle restreint de la société
européenne, et pour un cercle restreint de cette société, cela
aurait pu être admis. On se souvient du mot de Baudelaire parlant de
cette époque : “La Révolution a été faite par des voluptueux.”
Aujourd'hui,
du haut en bas de l'échelle sociale, d'un bord extrême à l'autre
bord extrême de l'échiquier politique, du Nord au Sud et de l'Est à
l'Ouest, il n'y a nulle part place, dans le monde — dans aucune
classe, dans aucune caste et pour aucune “race”, – les
jaunes, les blancs, les rouges, les noirs, et toutes les teintes
intermédiaires —, aussi sérieusement que l'état du monde
l'exige, pour un tel parti.
Des
parias, des esclaves, des manœuvres, des mannards, des trimards, des
sans-grade, des gagne-petit aux dirigeants des transnationales, des
fonds de pension, des États, des banques mondiales, en passant par
ceux qui les enseignent, les soignent, les divertissent, sans oublier
ceux qui luttent pour le “développement durable”, contre le
réchauffement de la planète et contre la disparition de la faune et
de la flore, les émissions de gaz à effet de serre, la faim, la
soif, la misère, l'illettrisme, et toutes les sortes d'épidémies,
ceux qui prônent la croissance ou la décroissance, la domination
des riches sur les pauvres ou celle des pauvres sur les riches, la
suppression des pauvres par les riches, ou la suppression des riches
par les pauvres, les prix Nobel de toutes les disciplines, les
savants et les lettrés de tous les pays et de tous les partis —
des libertaires-pubertaires aux réactionnaires les plus racornis —,
il n'y en a aucun qui pourrait entendre, sans beaucoup se moquer,
qu'il existe un tel parti.
Qu'il
puisse exister des partis de banquiers, de dévots, d'ayatollahs, de
guerriers, de marchands d'armes, de pétrole, de pastis ou de bière,
des partis d'ouvriers ou d'enseignants, ou même des partis de
chasseurs et de ramasseurs de champignons, et que personne ne puisse
envisager, sans rire beaucoup, l'existence d'un Parti
des voluptueux, voilà qui
signe l'état présent de la misère du monde. Le fait que du haut en
bas de l'échelle sociale du monde, la plèbe et les philistins — ils sont du même tonneau —,
pour parler comme Nietzsche, gouvernent.
R.C. Vaudey
(Le
29 avril 2007, suite.)
In
A.S. 4 Juillet 2006/Mai 2008
.