mercredi 26 février 2014

IN EROTICIS suivi de TOUT L'OR DU MONDE







Qu'est-ce que le libertinage idyllique ?
C'est un goût sexuel demeuré noble
Qui n'aime
In eroticis
Ni la brutalité
Ni la perversité
Ni la mièvrerie
Ni l'astuce






Le 29 avril 2011 (Détourné de Nietzsche.)








TOUT L'OR DU MONDE



Après avoir regardé un chat bailler de la plus déliée des manières
Vous me disiez:
Vraiment, les chats ne doutent de rien quand ils baillent !
Et je vous répondais :
Pas plus que vous, lorsque vous aimez, ma chère !


Tout l’or du monde
Tient en peu de choses
Cette capacité à s’abandonner poétiquement au monde
Et à l’amour
Qui vous offre la pure immersion dans la beauté du monde
Dont la plus haute forme est la contemplation galante




Le 19 mars 2013







In  Journal d'un Libertin-Idyllique (Illuminescences) 2010-2013

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lundi 24 février 2014

Vaudey's private road





ANDANTES
 


De beaux andantes
Les aréoles
Encore tout auréolées
Du souvenir des baisers qu'on leur donnait —
De son amante 
Aimée
Quoi d'autre — au matin




CONSTAT


 
L'effervescence du chaudron du Diable
L'injouissance du Temps —
Emboque
De ses effondrilles
Un bétail
Qui
En redemande
Avidement
Course au néant
 







R.C. Vaudey
Février 2014




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mercredi 19 février 2014

CASA DEGLI AMANTI suivi de RETRAIT DU MONDE






Venise 2011






CASA DEGLI AMANTI



On flanibule dans Venise — sur les Zattere
On cherche le glacier
Qui est fermé —
On repart chez les étudiants
On se perd en revenant
On voit le palazetto Bru Zane
Il nous plaît :
On voudrait créer la Maison des amants
(Sous-titre : Bureau des recherches sur l'amour et le merveilleux)
Ici
À Venise
Dans un endroit identique

On se reperd en trouvant le Musée d'histoire naturell
Qui lui aussi nous conviendrait —

On pourrait disposer nos toiles
Faire couler nos sculptures
Un grand Asha d'Héloïse dans le jardin
Des plus petits pour les amants du monde entier
On ferait traduire les poèmes, le Manifeste etc.

Après une venelle en labyrinthe
On retrouve le campo San Giacomo dall'Orio
Sur un banc, on s'assoit
Et on goûte l'après-midi passer
En regardant le ciel, le sycomore et les passants...
Sans paroles…
Une paix immense nous envahit jusqu'au soir


Le 28 juillet 2011






RETRAIT DU MONDE



De retour dans notre petit jardin
Que l'on dirait vénitien
Tant il est dru et sauvage

On apprécie tout ici :
Ce silence
Ce retrait du monde
Le fait d'être sur nos terres
Dans notre palais

Venise qui nous a reçus
Fermés et tendus
Nous a rendus
Souples
Légers
Nonchalants
Où nous avons si galamment
Flanibulé

Venise où nous nous sommes baignés dans la beauté
Et l'insouciance vraie
Où nous avons retrouvé l'inspiration de créer

Venise qui nous a redonné la grande joie pelvienne
Celle qui irradie le monde
Celle qui nous voyait hier
Dans le mouvement indéfiniment prolongé de l'émerveillement retrouvé
Qui nous laisse aujourd'hui
Dans un alanguissement démesuré



Le 7 août 2011




Journal d'un Libertin-Idyllique  



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vendredi 7 février 2014

La Société de l'Injouissance et l'amour contemplatif — galant








R.C. Vaudey. Poésies III


Les idées s'améliorent. Le sens des mots y participe. Le plagiat est nécessaire. Le progrès l'implique. Il serre de près la phrase d'un auteur, se sert de ses expressions, efface une idée fausse, la remplace par l'idée juste. 






Le détournement ramène les conclusions critiques passées qui ont été figées en vérités respectables, c’est-à-dire transformées en mensonges. Kierkegaard déjà en a fait délibérément usage, en lui adjoignant lui-même sa dénonciation : « Mais nonobstant les tours et détours, comme la confiture rejoint toujours le garde-manger, tu finis toujours par y glisser un petit mot qui n’est pas de toi et qui trouble par le souvenir qu’il réveille » (Miettes philosophiques). C’est l’obligation du jeu avec ce qui a été institutionnalisé en vérité respectable qui détermine cet emploi du détournement, avoué ainsi par Kierkegaard, dans le même livre : « Une seule remarque encore à propos de tes nombreuses allusions visant toutes au grief que je mêle à mes dires des propos empruntés. Je ne le nie pas ici et je ne cacherai pas non plus que c’était volontaire et que dans une nouvelle suite à cette brochure, si jamais je l’écris, j’ai l’intention de nommer l’objet de son vrai nom et de revêtir le problème d’un costume historique. »



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Un véritable jouisseur, une véritable jouisseuse, des jouisseurs contemplatifs — galants, donc, fuient les épisodes infantiles, et laissent aux médiocres le soin de s’arrêter à cueillir toutes les fleurs des pulsions partielles qui se trouvent sur le chemin de la régression — qui est le plus souvent le cadeau empoisonné de l’angoisse, de la rage ou du ressentiment.
Ils recherchent dans l’art d’aimer un point de perfection, comme de bonté et de maturité — qu'un Juif viennois, Sigmund Freud, avait bien aperçu, et offert à notre jeune curiosité, lorsqu'il associait la génitalité et la tendresse , point de perfection où l'abandon aux grâces corporelles et sentimentales s'allie à la puissance déployée des amants pour leur offrir les plus harmoniques des extases. (Et c'est encore un autre Juif qui nous le rappelait, en le chantant, plus sentimentalement que narcissiquement, à son amante : « Ô mon amour, je vais et je viens, entre tes reins, et je me retiens... Non... Maintenant ! Viens ! » et aux enseignements de ces deux-là, et de quelques autres, nous avons seulement ajouter les observations tirées de notre propre expérience qui nous a appris que la contemplation, la jouissance du Temps toujours associées à la misère religieuse, indigène ou exotique et donc jamais libertines, au sens premier du terme ou, pire encore, à la haine des sens suivent nécessairement cette forme accomplie de l'amour, de la poésie... qui constitue le chemin le plus exquis, le plus bouleversant et le plus direct aussi — pour atteindre cette jouissance contemplative — galante du Temps...)
Eh quoi ! Ces jouissances mystiques peuvent-elles se comparer aux rages ressentimentales et instrumentalisantes, aux désespoirs sexualisés, plus ou moins reconnus, à ces injouissances hystérisées qui se nourrissent aussi malheureusement et de la rupture des freins sociaux et du renversement de toutes les lois de la délicatesse et de la complicité — lorsqu'ils existent encore  ?




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Tremblez, haïssez : vous régresserez ; analité, oralité, voyeurisme, sado-masochisme etc.: c’est à eux d’amuser les néo-petits-bourgeois, qui « font l’amour » sans objet, sans goût, et sans pénétration —  si l’on peut dire.

 

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Avec la consommation sexuelle, la Société de l’Injouissance — qui détruit l’ancienne vie amoureuse, y compris ses formes lyriques – livrées au kitsch ou, à l'inverse, la répétition, « démocratisée », de ses manifestations négatives — devient ouvertement dans ce secteur « sexuel » ce qu’elle est implicitement dans sa totalité : la jouissance de l’injouissance.
La destruction extrême du rapport poétique et sentimental peut s’y trouver platement reconnue comme une valeur positive officielle, car il s’agit d’afficher une réconciliation avec l’état dominant des choses, dans lequel tout rapport poétique et sentimental est joyeusement proclamé absent.
La vérité critique de cette destruction en tant qu’anéantissement de l’amour et de la relation sentimentale est évidemment cachée, car la Société de l’Injouissance, qui a la fonction de faire oublier l’amour, la poésie, dans l’a-culture entre autres sexuelle —, applique dans la pseudo-nouveauté de ses moyens modernistes la stratégie même qui la constitue en profondeur.
Ainsi peut se donner pour nouvelle une école néo-sadienne, qui simplement admet qu’elle admire la destructivité pour elle-même. Par ailleurs, à côté de la simple proclamation de la beauté suffisante de la dissolution du communicable, la tendance la plus moderne de la culture injouissante — et la plus liée à la pratique festive de l’organisation générale de la société — a réussi à recomposer, par des « festivités d’ensemble », un milieu néo-libertin — au sens précédent du terme : sadien — simplet, à partir d’éléments largement décomposés ; notamment en intégrant des débris artistiques ou des hybrides esthético-littéraires dans l’animation sexuelle, culturelle ou artistique.
Ceci est la traduction, sur le plan de la pseudo-vie amoureuse de la Société de l’Injouissance, de son projet général qui vise à ressaisir le travailleur parcellaire comme « personnalité bien intégrée au groupe », tendance décrite par les récents théoriciens américains des genders. C’est partout le même projet crânement affiché de constituer une communauté mondiale de bo(no)bos névrosés dont les caprices névrotiques, fièrement revendiqués, sont tout à la fois techniquement satisfaits et économiquement exploités, en tant que nouvel Eldorado et filon intarissable du capitalisme généticard et casinotier.



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Le parallélisme entre l’idéologie et la schizophrénie établi par Gabel (La Fausse Conscience) doit être placé dans ce processus de matérialisation de l’injouissance. Ce que la conscience défaite était déjà, la société l’est devenue. La désinsertion de la praxis, et la fausse conscience anti-sensualiste qui l’accompagne, voilà ce qui est imposé à toute heure de la vie quotidienne soumise à la Société de l’Injouissance ; qu’il faut comprendre comme une organisation systématique de la « défaillance de la faculté de rencontre », et comme son remplacement par un fait hallucinatoire social : la fausse conscience de la rencontre, l’« illusion de la rencontre » — enfin, là où l’on prétend encore à la rencontre...
Dans une société où personne ne peut plus être reconnu mais seulement instrumentalisé par les autres, chaque individu devient incapable de reconnaître sa propre réalité névrotique. La perversion est chez elle ; la séparation a bâti son monde.



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Le caractère fondamentalement tautologique de la Société de l’Injouissance découle du simple fait que ses moyens sont en même temps son but. Elle est le soleil qui ne se couche jamais sur l’empire de la névrose moderne  névrose dans un premier temps décorsetée, puis tout simplement déniée. Elle recouvre toute la surface du monde et baigne indéfiniment dans sa propre gloire.



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La société qui repose sur l’injouissance moderne — que reproduit, d’un même mouvement, la société moderne — n’est pas fortuitement ou superficiellement injouissante, elle est fondamentalement injouissiste. Dans le projet socio-économique, image de l’injouissance régnante, le but n’est rien, le développement est tout. L’injouissance ne peut en venir à rien d’autre qu’à elle-même.


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En tant qu’indispensable parure des objets produits maintenant, en tant qu’exposé général de la rationalité du système, et en tant que secteur économique avancé qui façonne directement une multitude croissante d’images-objets, l’injouissance — festive ou guerrière — est la principale production et le principal filon de la société actuelle.



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La Société de l’Injouissance se soumet les hommes vivants dans la mesure où leur misère caractérielle — et bien sûr matérielle, aussi — les a totalement soumis. Elle n’est rien que l’injouissance se développant pour elle-même. Elle est le reflet fidèle de la production des choses, et de l’objectivation tout aussi fidèle, et croissant toujours davantage, des producteurs.



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La première phase de la domination du productivisme industriel — menée par l’usure capitaliste — sur la vie sociale avait entraîné dans la définition de toute réalisation humaine une évidente dégradation de l’être en avoir. La phase suivante de l’occupation totale de la vie sociale par les résultats accumulés de ce productivisme avait conduit à un glissement généralisé de l’avoir au paraître, dont tout « avoir » effectif devait tirer son prestige immédiat et sa fonction dernière, où toute réalité individuelle était devenue sociale, directement dépendante de la puissance sociale, façonnée par elle et où en ceci seulement qu’elle n’était pas, il lui était permis d’apparaître. Dans la Société de l’Injouissance, cette dégradation de l’être en avoir ne se doit pas seulement de paraître, elle doit paraître jouir, jouir de cette perte, en quelque sorte : paraître jouir de l’injouissance, tel est son commandement.



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Le Domaine des Amants, le 8 février 2014.





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dimanche 2 février 2014

L’amour contemplatif — galant et la plus abominable des perversions modernes








R.C. Vaudey. Poésies III

Les idées s'améliorent. Le sens des mots y participe. Le plagiat est nécessaire. Le progrès l'implique. Il serre de près la phrase d'un auteur, se sert de ses expressions, efface une idée fausse, la remplace par l'idée juste. 





Il y a des gens qui n’auraient jamais connu l’amour contemplatif — galant s’ils n’en avaient jamais entendu parler. Les poètes donnent la carte et l’assurance ; le permis de conduire, et le permis de construire, aussi.

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Une des choses qui fait que l’on trouve si peu de gens qui paraissent heureux dans l’amour, c’est qu’il n’y a presque personne qui ne pense à ce qu’il veut plutôt qu’à s’abandonner puissamment mais indolemment à ce qu’il devrait lui inspirer. Les plus habiles et les plus complaisantes se contentent de montrer seulement leur maîtrise technique ou leurs bizarreries — quand on n’est pas au cirque —, au même temps que l’on voit dans leurs yeux et dans leurs mouvements une ignorance absolue pour ce dont je parle, et une précipitation pour retourner à ce qu’ils, ou elles, savent seulement faire; au lieu de considérer que c’est un mauvais moyen de s’enfermer dans son particulier ou de vouloir l’imposer, que de chercher si fort à se fuir ainsi soi-même, et que bien écouter le rythme de la volupté et bien s’en laisser enlever est une des plus grandes perfections qu’on puisse avoir dans l’amour —.pour les femmes, et, plus encore si possible, pour les hommes.

 
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Comme c’est le caractère du bel amour d’atteindre en une fois la plus intense des jouissances celle qui vous laisse dans la contemplation galante, les petites affaires au contraire ont le don de « beaucoup parler, et de ne rien dire. »

 

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C’est plutôt par ses propres émois que par son mérite que l’amant fait naître les plus belles transes amoureuses de son amante ; et c’est lorsqu’il ne recherche plus les louanges qu’il lui en donne — tandis que lui-même s’y abandonne.

 
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On n’aime point à jouir vraiment, quand la vie nous a cuirassé — la jouissance nous terrorise, et on fait tout pour éviter le chemin qui y mène, qui est celui où se trouvent nos terreurs et nos peines – notre cœur, brisé —, et on ne jouit jamais — sauf heureux caractère — sans s’y être de nouveau confronté. La jouissance harmonique est une apothéose de force, de joie et de liberté, puissante et délicate, qui satisfait dans un même mouvement, et comme son nom l’indique, indifféremment celui qui la donne, et celle qui la reçoit — et réciproquement. Elle est comme une récompense pour nos laisser-aller sentimentaux, gracieux et découplés, que la vie nous donne pour nous faire goûter la grandeur et la beauté de l’amour et du merveilleux.

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Madame de C. disait : « Le Moraliste contemplatif galant, l'Antéphilosophe, qui détruit des systèmes en Physique et en Métaphysique, n'a pas encore assez détourné les Maximes — qui ne sont pas toutes bonnes. Je pense à ce que Tacite disait pour les femmes : Neque mulier, amissa pudicitia, alia abnerit — que l’on pourrait généraliser aux hommes, après l’exemple de tant que des penchants malheureux ont empêchés de connaître l'amour contemplatif — galant dans leur jeunesse, et dont on a pu voir jusqu’où cela les avait menés, ensuite. Cependant, j’ai vu ce même Monsieur R.C. V., après une jeunesse certes un peu différente de celle de beaucoup, avoir, dès la fleur de son âge, une passion très idyllique pour la belle Héloïse ».
« Mais cet exemple est d’une morale dangereuse à établir dans les livres. Il faut seulement l'observer et n'être pas dupe de la charlatanerie des moralisateurs, et de leurs contraires, qui dénigrent cet auteur. », ajoutait-elle.


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À propos du même — dont des moralisateurs et des transgressifs, d’un même allant, critiquaient, devant elle, les écrits — Mme de C. répondit : « On ne peut pas lui en vouloir, pas plus qu’on ne peut en vouloir à un maître queux d'écrire sur la délicatesse de son art, au prétexte que la plupart des gens cuisinent comme ils peuvent, ce qu'ils peuvent, avec ce qu'ils ont sous la main ; et qu'ils sont déjà bien contents de manger, sur le pouce, la tambouille qu'ils se sont improviséedans un monde qui, littéralement, meurt de faim ».


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« La plus abominable des perversions modernes est la honte de paraître ingénus si nous ne flirtons pas avec le mal. » a écrit, le plus justement du monde, Nicolás Gómez Dávila. « On peut certainement en reprocher d'autres à ce Monsieur R.C. V., mais il est certain qu'il n'a pas celle-là. » ajoutait encore Madame de C.






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