dimanche 30 septembre 2018

Gentilhommerie contemplative — galante





Maistresse, embrasse moy, baise moy, serre moy ;
Haleine contre haleine échauffe moy la vie ;
Mille & mille baisers donne moy, je te prie ;
Amour veut tout sans nombre, Amour n’a point de loy.

Baise & rebaise moy ; belle bouche, pourquoy
Te gardes tu là bas, quand tu seras blesmie,
À baiser (de Pluton ou la femme ou l’amie),
N’ayant plus ny couleur, ny rien semblant à toy ?

En vivant presse moy de tes lèvres de roses ;
Begaye, en me baisant, à lèvres demy-closes,
Mille mots trançonnez, mourant entre mes bras.

Je mourray dans les tiens, puis toy ressucitée,
Je ressuciteray ; allons ainsi là bas
Le jour tant soit-il court vaut mieux que la nuitée.

 Pierre de Ronsard (Sonnets pour Hélène)



Carte du Pays de Tendre



Sitôt que le sommeil, au matin, m’a quitté
Le premier souvenir est du con de Nérée
De qui la motte ferme et la barbe dorée
Égalent ma fortune à l’immortalité.

François de Malherbe





La joie me possède





Ma belle aimée
Nous n'avons pas inventé
Les « phrases de réveil de sommeil d'amour »
Nous avons simplement poussé l'exploration du Pays de Tendre plus avant

Loin des amours contingentes ou furtives
Nous avons placé l'amour au centre du monde et de notre vie
À l'exclusion de toute autre chose

Nous avons posé l'amour comme un art qui serait notre seul art
Et ce faisant
Poissons solubles dans les eaux de la jouissance —
Nous avons
Comme il était prédit, et dans un même mouvement —
Réduit l'art à sa plus simple expression
Qui est l'amour

L'amour comme une gentilhommerie
La gentilhommerie comme une galanterie

L'amour comme une voie mystique
L'amour comme une gentilhommerie contemplative — galante

Évidemment, il fallait pour cela négliger le reste
Pouvoir négliger le reste

Et le résultat de tout cela est pour moi miraculeux

J'ai toujours recherché la joie et le bonheur partagés
Dans l'amour ou dans l'amitié…
À vingt ans dans l'utopie pratique…
Puis dans la bohème artistique…
Mais bien que parti dans l'enthousiasme des aventures
Et de la liberté
Je n'aurais jamais pu envisager être aussi heureux
Parce que le bonheur que je connais grâce à vous je ne pouvais l'imaginer…
Parce que cette gentilhommerie mystique dont je parle
Je n'en avais aucune idée…
Parce que je ne pouvais savoir que les conditions pratiques m'en seraient données
Que j'aurais ainsi le loisir de m'abandonner au monde pour m'y confondre
Ce qui est le plus haut degré de l'extase d'exister —
Et que je pourrais y parvenir de la plus mirobolante des façons :
Dans nos étreintes voluptueuses
Sentimentales à l'excès —
Que je ferais ce long chemin avec vous
Qui allie la douceur de notre complicité
Aux découvertes toujours plus intenses
De ces terres de la jouissance du Temps et de l'amour 
Que nous croyons connaître et qui nous bouleversent
Toujours davantage
Toujours plus intensément
Alors même que nous pensons à chaque fois avoir connu
Les extases les plus bouleversantes…

Aujourd'hui, j'ai vécu le plus merveilleux des rendez-vous galants…
Vingt ans…
Mais avec l'aisance, la puissance et l'abandon que m'a donné le temps… —
Le plus bel amour depuis toujours
Expressément lié à votre délicatesse
Et à votre fraîcheur de jouvencelle…
Mêlées à votre souveraineté de femme accomplie
Au plus bel âge de la vie

La joie et un sourire de béatitude entendue
D'aisance maîtresse
M'ont accompagné tout au long de cette longue course
Sans fin —
Jusque à cet abandon à cette Beauté convulsive totale
Toujours répété
Sans hâte —
Jaillissement plénier et régulier
De nos âmes mêlées
Où nous nous sommes éperdument noyés


La jeunesse de l'amour n'a pas d'âge


Comment et qui remercier ?





Le 29 septembre 2018
  

R.C Vaudey
Journal d'un Libertin-Idyllique (Illuminescences) 2018




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