lundi 25 mars 2013

La haine pour les Libertins-Idylliques










 Poésies III


Les idées s'améliorent. Le sens des mots y participe. Le plagiat est nécessaire. Le progrès l'implique. Il serre de près la phrase d'un auteur, se sert de ses expressions, efface une idée fausse, la remplace par l'idée juste. 






 

La haine pour les Libertins-Idylliques n'est autre chose que l'amour du libertinage idyllique. Le dépit de ne pas le connaître se console et s'adoucit par le mépris que l'on témoigne à ceux qui le vivent ; et ceux qui leur refusent leurs hommages le font de ne pouvoir leur ôter ce qui leur attirera ceux de tout le monde — dans une tout autre époque.


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Se servir d’esprits auxiliaires


C’est où consiste le bonheur des plus chanceux que d’avoir choisi, dans leur jeunesse, des gens d’esprit qui les ont tirés de l’embarras de l’ignorance en débrouillant leurs affaires névrotiques et amoureuses — donc philosophiques. De se nourrir des poètes et des sages, c’est une grandeur qui surpasse la bêtise barbare de ceux qui se sont laissés éduqués, en amour et partout ailleurs, par des barbons pervers, des laideronnes vicieuses — et des maffieux — qui, sous prétexte de les servir dans leur « libération »,  les ont dupés à leurs jeux. 
C’est un nouveau genre de domination que de faire — par la liberté — des serviteurs de ceux que la nature a fait libres d’eux-mêmes mais les esclaves des souffrances de leur passé et des afflictions, et des addictions, qu’elles leur donnent. L’homme a beaucoup à savoir, et peu à vivre ; et il ne vit pas s’il ne jouit pas idylliquement. C’est donc une singulière adresse d’étudier les Traités de savoir-jouir à l’usage des jeunes générations sans qu’il en coûte, et d’apprendre ainsi beaucoup en apprenant des meilleurs. Après cela, vous voyez un homme jouir de la grâce et de son existence — et ne jamais faire état des moments nuls de sa vie — par le fait de plusieurs autres ; et ce sont autant de poètes et de sages qui parlent par sa bouche, dont il s’est instruit auparavant — et qu’il sauve, par transfert ; — puisque, on le sait, le détournement est le contraire de la citation, de l'autorité théorique toujours falsifiée du seul fait qu'elle est devenue citation.
Ainsi, la conscience, le plaisir et les contemplations poétiques d’autrui lui ont permis d’avoir lieu — à son tour —, en lui offrant des conseils, et en lui distillant le savoir de la quintessence.





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Tout individu est le centre de l’univers. Une idée individuelle n’est que la représentation, la copie d’un individu. Toute idée individuelle peut donc être le centre de toutes les autres.




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Il faut dire avec Chamfort : « Il y a deux classes de moralistes et de politiques, ceux qui n’ont vu la nature humaine que du côté odieux ou ridicule, et c’est le plus grand nombre : Lucien, Montaigne, La Bruyère, La Rochefoucauld, Swift, Mandeville, Helvétius, etc. Ceux qui ne l’ont vue que du beau côté et dans ses perfections ; tels sont Shaftersbury et quelques autres. Les premiers ne connaissent pas le palais dont ils n’ont vu que les latrines. Les seconds sont des enthousiastes qui détournent leurs yeux loin de ce qui les offense, et qui n’en existe pas moins. »


Mais il ne faut pas croire avec lui  que : Est in medio verum.
Il n’y a pas de nature humaine.
Rien n’est — tout devient.
Et puisque rien n’est vrai tout est possible.


Et il faut me croire lorsque j’écris :


La grâce de la jouissance amoureuse est au corps ce que la contemplation qui la suit est à l'esprit


car j’ai ce rare privilège de connaître très parfaitement ce dont je parle là.




Un homme n’est grand qu’en proportion de l’estime continue qu’il peut avoir pour lui-même.


Ainsi évitez les rôles inférieurs et la compagnie des gens méprisables : ces miséreux qui voudraient finir par se faire croire.






R.C. Vaudey.


















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mardi 19 mars 2013

CONTEMPLATION GALANTE






Fragonard
L'Instant désiré ou Les amants heureux



“Dans une ferme isolée
Au jour le jour
S'aggravent”
L'émerveillement et la joie
Profonde
Remerciante…
Dans le lit
En saisissant la vie
Dans l'eau aujourd'hui
Dans la puissance du saisissement du monde
Partout poussés
Par le bel appétit
Saisissant la vie
En plein dedans

Tout de même de l'amour
L'inextinguible langueur
Les “heures de réveil”
L' “air de lendemain”
Absolument anéantis

Rendus au beau néant

La prise directe
Sur ce qui est sans force
Sans voix

L'emprise directe
De ce qui est
La force
La voie

Que ne sommes-nous des amants sportifs
Des exécutants de scénarios bien calculés
Plutôt qu'à chaque fois
Toujours plus intensément
Et sans crainte
Si aisément
Si puissamment
Emportés

Le bel anéantissement
Qui suit tout cela
Les retrouvailles
“Exhausted”
Du sans-voix
Dans l'infinie beauté
Du monde
Et de la volonté annihilée

Que ne sommes-nous des amants
Aux scénarios bien calculés
Des amants de tête
Ou d'ivresse
Ou de transes d'angoisse
Plus ou moins spontanément scénarisées !

Au moins nous pourrions manger
Ou fumer des cigarettes
Vider des verres
Rallumer des joints
Réenvisager des fixes
Passer à une nouvelle ligne
Une nouvelle bouffée

Au lieu de cela
Nous nous enfonçons
Dans notre lit
Le plancher
La terre
Le monde
Nous nous éparpillons dans l'univers
Nous nous réveillons l'épaule meurtrie
D'avoir si profondément “dormi”

Si joliment annihilés

Sans force pour rien

Languides et caressants...

L'habituelle présence au monde
N'aime pas forcément
Qu'on la balaye si aisément

La petite habituelle présence au monde
L'amour lui en fait voir de belles...

Et à nous donc !





Le 4 juin 2007




R.C. Vaudey.

Journal d’un Libertin-Idyllique (Illuminescences) 2006-2009

mercredi 13 mars 2013

Des âmes comme les nôtres ...




 Poésies III

Les idées s'améliorent. Le sens des mots y participe. Le plagiat est nécessaire. Le progrès l'implique. Il serre de près la phrase d'un auteur, se sert de ses expressions, efface une idée fausse, la remplace par l'idée juste. 






La cuirasse caractérielle et la névrose font tout, jusqu’en amour.


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Il y a peu d’amours gracieuses, il y en a beaucoup de grossières. Cela a toujours été ainsi ; les hommes et les femmes se piquent rarement d’être aimables mais plutôt d’être indifférents : c’est la mode, qui procède — et tente de prévenir — des déceptions.


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Le particulier du moment c’est que la raison ne rougit plus des penchants dont elle ne peut rendre compte.


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C’est la preuve d’une âme aigrie lorsque l’on veut toujours corrompre, par l’ordurier, ce qui est estimable : les âmes épanouies respectent naturellement tout ce qui est digne de leur estime.


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Il n’y a guère de gens plus aigris que ceux que l’amour a toujours ignorés.


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Le libertinage idyllique fait peu de fortunes.


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Il est faux qu’on ait fait fortune, lorsque l’on ne sait pas jouir : un homme n’est vraiment riche que de l’extase amoureuse.


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La gloire de l’amour fait la grande fortune de la vie.


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Les hommes aiment si peu l’amour, la poésie, qu’ils ne se trouvent pas ridicule d’aimer l’argent.



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Nous sommes aussi indifférents au mépris des sots festifs, qu’à l’estime médiocre que nous concèdent les gens d’esprit.


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Il est parfois difficile d’aimer quelqu’un comme il veut l’être.


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L’immodération des petits hommes ne débonde que leurs vices.


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Si la gloire et si la fortune ne rendent pas les hommes heureux, ce que l’on appelle le monde mérite-t-il nos regrets ? Des âmes comme les nôtres daigneraient-elles accepter ou la fortune, ou la notoriété, ou des positions, s’il fallait leur sacrifier la vigueur de leurs sentiments, ruiner la paix de leur discrétion et abaisser l’essor de leur génie ?
 




Vaudey.
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