Où
l'on va
de
la Chanson
de geste
au
Mémoire
sur la conduite et les pratiques
et
de
la Poésie
courtoise
à
l
'
Art
d'apothéose sensualiste .
Légende
Ayant
quitté un beau jour leurs collines, deux libertins idylliques (une
belle et son galant) surgirent au beau milieu du grand château connu
sous le nom de Théâtre
du monde.
Pénétrant dans une salle du grand bâtiment, ils trouvèrent,
perchés sur des piles de livres, toutes sortes de philosophes, de
théoriciens, de théologiens, et autres “scientifiques”,
aveugles, les yeux bandés, engoncés dans de pesantes armures,
peignant au plafond des idées les fresques de leurs visions du monde
ou, plus habituellement, retouchant celles de leurs maîtres.
S'adressant
à chacun d'eux, selon la formule rituelle, ils leur dirent :
“Accroche-toi au pinceau, on retire l'échelle conceptuelle !”,
ce que, joignant le geste à la parole, ils firent. Sans ménagement.
Seuls
Nietzsche bien qu'affligé d'une myopie sévère mais sans cuirasse
ni bandeau et Debord, parce qu'ivre, semblèrent continuer de
peindre : pour le premier “à six mille pieds au-dessus de
l'Homme et du Temps” son tableau intitulé : “La
volonté de puissance & L'éternel retour”,
et, pour le second, sa fresque militaro-industrielle nommée :
“La
société du spectacle & Le jeu de la guerre”.
Quittant
la pièce nos libertins entrèrent ensuite dans une seconde salle où
des camelots entretenaient, pour amuser les foules ou ceux qui les
manœuvrent, des écuries de « phénomènes », peignant, écrivant,
dansant etc. plus ou moins dangereux, plus ou moins affamés d'or et
de gloire, plus ou moins franchement tarés. Ils les prévinrent que
le rideau allait être tiré, et l'ayant fait, ils les abandonnèrent
à leurs affaires.
Enfin,
ils arrivèrent dans un jardin où s'affrontaient deux groupes :
un premier dans lequel des adultes faisaient tout ce qu'enfants on
leur avait fait faire et, tout aussi bien, ce qu'on leur avait
interdit de faire (définissant ainsi l'Homme adulte par l'enfant),
auquel s'opposait un autre groupe, bien sévère, qui poussait des
cris d'orfraie à les voir ainsi faire (définissant de la sorte la
maturité comme une indignation d'enfant sévère face à l'enfant
mauvais)… Ils leur chantèrent un petit air sensualiste et puis les
ayant tous, pour un bref instant, ainsi réduits à quia, ils
abandonnèrent le jardin des enfants tristes et mauvais avant qu'ils
ne réagissent méchamment.
Lorsqu'ils
voulurent quitter cet étrange château pour reprendre leur route nos
Libertins-Idylliques s'aperçurent qu'il n'y avait ni route ni
château : ils décidèrent donc, entre deux immersions dans la
jouissance puissante et paisible du Temps, de peindre leur propre
fresque du monde, pour éclairer les voûtes de leur propre ciel…
Le
numéro 4 d'Avant-garde
Sensualiste rapporte,
à peine plus démontrée, la chanson de cette geste, quelques
exemples d'art d'apothéose sensualiste et les détails de la fresque
dont il est question, où l'on voit :
• remise
sur ses pieds une
affirmation erronée d'André Breton, symptomatique (dans cette
fresque) d'une époque dont cette correction marque la fin.
• corrigé
le tableau qu'avait peint de l'inconscient le célèbre explorateur
Sigmund Freud (que Breton avait cru sur parole) qui dans son
exploration de l'Enfer s'en était tenu à présenter le chaos des
pulsions “secondaires” perverses-polymorphes comme le fons
et origo (mû par une “pulsion de mort”)
de
tout le reste, négligeant le fait que sous
les pavés de cet Enfer il
y avait encore la plage de l'irradiance amoureuse et des pulsions
“primaires”, désignées dans la fresque dont on parle, et pour
la première fois, par l'expression “principe de jouissance”.
• posées
à l'orée du siècle qui s'ouvre, comme œuvres tutélaires (et en
remplacement de celles de Duchamp qui avaient dominé le XXe siècle)
deux œuvres (« LA VIE » et le « Mobile
ontologique ») plus profondément pleines de sens et plus
élégantes, bref, convenant mieux que la « Fontaine » de
R. Mutt à la nouvelle ère du post-sado-masochisme qu'elles
pourraient inaugurer.
• approfondie
la théorie situationniste
du
spectacle
qui
ne peut se comprendre sans celle, sensualiste,
de l'injouissance
(qu'on
essaie un peu, pour comprendre cela, de se représenter les chances
de succès des produits des tour-operators
ou
des animateurs de la « grande surface » mondiale actuelle
face à un public de sadhous shivaïstes ou devant une noble
assemblée courtoise…)
• et
quelques autres merveilles…
L'extase harmonique
est la clef de cette parade sauvage
DU
BUREAU DES RECHERCHES SUR L'AMOUR ET LE MERVEILLEUX .
Héloïse
ANGILBERT ; R.C. VAUDEY. Le 14 juin 2008.
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