samedi 31 octobre 2015

Avant-garde sensualiste 4 (2008)







Où l'on va
de la Chanson de geste
au 
Mémoire sur la conduite et les pratiques
et
de la Poésie courtoise
à
l ' Art d'apothéose sensualiste .

 

 

Légende


Ayant quitté un beau jour leurs collines, deux libertins idylliques (une belle et son galant) surgirent au beau milieu du grand château connu sous le nom de Théâtre du monde. Pénétrant dans une salle du grand bâtiment, ils trouvèrent, perchés sur des piles de livres, toutes sortes de philosophes, de théoriciens, de théologiens, et autres “scientifiques”, aveugles, les yeux bandés, engoncés dans de pesantes armures, peignant au plafond des idées les fresques de leurs visions du monde ou, plus habituellement, retouchant celles de leurs maîtres.

S'adressant à chacun d'eux, selon la formule rituelle, ils leur dirent :  “Accroche-toi au pinceau, on retire l'échelle conceptuelle !”, ce que, joignant le geste à la parole, ils firent. Sans ménagement.

Seuls Nietzsche bien qu'affligé d'une myopie sévère mais sans cuirasse ni bandeau et Debord, parce qu'ivre, semblèrent continuer de peindre : pour le premier “à six mille pieds au-dessus de l'Homme et du Temps” son tableau intitulé : “La volonté de puissance & L'éternel retour”, et, pour le second, sa fresque militaro-industrielle nommée :  “La société du spectacle & Le jeu de la guerre”.

Quittant la pièce nos libertins entrèrent ensuite dans une seconde salle où des camelots entretenaient, pour amuser les foules ou ceux qui les manœuvrent, des écuries de « phénomènes », peignant, écrivant, dansant etc. plus ou moins dangereux, plus ou moins affamés d'or et de gloire, plus ou moins franchement tarés. Ils les prévinrent que le rideau allait être tiré, et l'ayant fait, ils les abandonnèrent à leurs affaires.

Enfin, ils arrivèrent dans un jardin où s'affrontaient deux groupes : un premier dans lequel des adultes faisaient tout ce qu'enfants on leur avait fait faire et, tout aussi bien, ce qu'on leur avait interdit de faire (définissant ainsi l'Homme adulte par l'enfant), auquel s'opposait un autre groupe, bien sévère, qui poussait des cris d'orfraie à les voir ainsi faire (définissant de la sorte la maturité comme une indignation d'enfant sévère face à l'enfant mauvais)… Ils leur chantèrent un petit air sensualiste et puis les ayant tous, pour un bref instant, ainsi réduits à quia, ils abandonnèrent le jardin des enfants tristes et mauvais avant qu'ils ne réagissent méchamment.

Lorsqu'ils voulurent quitter cet étrange château pour reprendre leur route nos Libertins-Idylliques s'aperçurent qu'il n'y avait ni route ni château : ils décidèrent donc, entre deux immersions dans la jouissance puissante et paisible du Temps, de peindre leur propre fresque du monde, pour éclairer les voûtes de leur propre ciel…

Le numéro 4 d'Avant-garde Sensualiste rapporte, à peine plus démontrée, la chanson de cette geste, quelques exemples d'art d'apothéose sensualiste et les détails de la fresque dont il est question, où l'on voit :

•  remise sur ses pieds une affirmation erronée d'André Breton, symptomatique (dans cette fresque) d'une époque dont cette correction marque la fin.

•  corrigé le tableau qu'avait peint de l'inconscient le célèbre explorateur Sigmund Freud (que Breton avait cru sur parole) qui dans son exploration de l'Enfer s'en était tenu à présenter le chaos des pulsions “secondaires” perverses-polymorphes comme le fons et origo (mû par une “pulsion de mort) de tout le reste, négligeant le fait que sous les pavés de cet Enfer il y avait encore la plage de l'irradiance amoureuse et des pulsions “primaires”, désignées dans la fresque dont on parle, et pour la première fois, par l'expression “principe de jouissance”.

•  posées à l'orée du siècle qui s'ouvre, comme œuvres tutélaires (et en remplacement de celles de Duchamp qui avaient dominé le XXe siècle) deux œuvres (« LA VIE » et le « Mobile ontologique ») plus profondément pleines de sens et plus élégantes, bref, convenant mieux que la « Fontaine » de R. Mutt à la nouvelle ère du post-sado-masochisme qu'elles pourraient inaugurer.

•  approfondie la théorie situationniste du spectacle qui ne peut se comprendre sans celle, sensualiste, de l'injouissance (qu'on essaie un peu, pour comprendre cela, de se représenter les chances de succès des produits des tour-operators ou des animateurs de la « grande surface » mondiale actuelle face à un public de sadhous shivaïstes ou devant une noble assemblée courtoise…)

•  et quelques autres merveilles…

 

 

L'extase harmonique

est la clef de cette parade sauvage









DU BUREAU DES RECHERCHES SUR L'AMOUR ET LE MERVEILLEUX .
Héloïse ANGILBERT ; R.C. VAUDEY. Le 14 juin 2008.