lundi 10 août 2020

Jeu de luth, nuit de lune





Chère amie, 


Voici le poème promis :




Il y a
Juste là —
Devant moi
Un endroit de douceur céleste
Une petite terrasse
Où repose un chat
Où une paix vous saisit
Comme une chance divine
Qui vous entraîne dans l’Infini



Le 1er août 2020
Journal d’un Libertin-Idyllique (Illuminescences) 2020






Le mystique — de retour dans la Lumière — ne peut plus rien dire.
Aboli-accompli.
Au mieux, revenu dans ce monde, il remercie.
Il poétise.

L’homme religieux prie, supplie. Quémande. Implore. Se mortifie.

Sans succès.

L'athée erre.

L’ignore.

Sec, tout se refuse toujours à lui. Il est sans plus aucune limite. Mais les lendemains de fête sont terribles.

Le philosophe déblatère. Qu’il affirme ou qu’il nie, qu’il pleure ou qu’il rie, il injouit.

À défaut d’illumination, on voit ainsi de pauvres hères qui errent : rois, tyrans, courtisans, conseillers des grands, exploiteurs des petits, Rastignacs, rastaquouères, rien de ce qu'ils bafouillent — avec ou sans style — n'intéresse l'éveillé.

Seuls les poètes…
Et encore, pas tous

On voudrait pouvoir avoir l'art de Lin-tsi d'amener les gens à l'illumination d'un grand coup de bâton ou de chasse-mouches…

À défaut de l’émouchoir ou du bâton de Lin-tsi, j’utilise Bach. Avec encore moins de réussite que lui.
 
Faute de pouvoir le faire moi-même, j’envoie Hopkinson Smith et son luth pour jouer sa chaconne à tous les « gentils seigneurs et à toutes les belles dames » de cette planète, en espérant qu’il s’en trouvera une ou un que cela pourra émouvoir, et qui, d’un coup, rejaillira dans l’Éclat et la Lumière.

Mais, vraisemblablement, comme l’écrivait déjà Wang Tsi, au septième siècle, dans son poème Jeu de luth, nuit de lune

Accordé à la lune ,
Je joue pour un nuage :
Eaux ni montagnes ne résonnent
À l’oreille des sourds

Enfin, que cherche-t-on ? À fixer des vertiges et des illuminations.

À éveiller les déesses et les dieux qui s’ignorent.

À les rendre à leur réfulgence première.

Mais si c’est une élection, elle n’est pas le résultat d’un scrutin.

Que l’on nous aime ou non, qu’importe.

Que l’accide toujours nous fuie, et que nous reposions souvent dans l'irradiance : voilà le point.


À vous,


R. C. Vaudey





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