samedi 11 mai 2013

Jouisseurs contemplatifs — galants




Du voile de l'illusion ; et de l'impermanence


Les êtres, et leurs illusions, sont un moment passager de l'organisation de la pulsation que la pulsation défait et déchire et éparpille — et recompose.

Jouir intensément de soi-même et du monde, et s'abandonner sans réserve à la beauté, à la bonté, aux jeux, à l’amitié, à l’intelligence, à leur charme, et à la grâce — à celle des autres et à la sienne propre — tout en percevant cette organisation fugitive, qu'ils sont et que l'on est, du Temps, que le Temps défait et recompose, nécessairement, voilà la légèreté suprême, le gai savoir qui font la jouissance exquise des Libertins-Idylliques.

Nous sommes donc des jouisseurs contemplatifs ou, peut-être, des contemplatifs jouisseurs ; — les contemplatifs avaient eu cette intuition de la vacuité (mais qui est aussi un plein et un délié…) de ce qui “est” mais, le plus souvent, ils n'avaient pas aimé la jouissance : ils n’étaient pas des voluptueux … — mais nous, nous savons que cette vacuité (ce plein et ce délié...) a la plus belle et la plus voluptueuse intensité et réalité, tant qu'elle dure, et c’est cette beauté, cette intensité, cette volupté, cette puissante réalité passagère et si belle que les Libertins-Idylliques veulent savourer, aimer, caresser, embrasser tendrement, puissamment, étreindre de leurs beaux sentiments, c'est à ce voile de brume du Temps — mais qui a la puissante et intense et indicible réalité, puissance, densité de ce qui vit, palpite, ondule, s'extasie en constrictions divines, en caresses tendres — que les sensualistes dédient l'intensité de leur vie : ce à quoi avaient renoncé les contemplatifs qui le plus souvent n'étaient pas des jouisseurs mais justement des renonçants ; et qu’avaient aussi souvent oublié les “jouisseurs” dans leur rage de “jouir”, c’est-à-dire — au sens qu’a pour eux ce mot — de “s’éclater” ou d’ “éclater” les autres.





R.C. Vaudey.

De la philosophie envisagée comme œuvre d’art



Avant-garde sensualiste 3 ; Janvier 2005/Juin 2006






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