Du voile de l'illusion
; et de l'impermanence
Les
êtres, et leurs illusions, sont un moment passager de l'organisation de la pulsation
que la pulsation défait et déchire et éparpille — et recompose.
Jouir
intensément de soi-même et du monde, et s'abandonner sans réserve à la beauté,
à la bonté, aux jeux, à l’amitié, à l’intelligence, à leur charme, et à la grâce
— à celle des autres et à la sienne propre — tout en percevant cette
organisation fugitive, qu'ils sont et que l'on est, du Temps, que le Temps
défait et recompose, nécessairement, voilà la légèreté suprême, le gai savoir qui font la jouissance
exquise des
Libertins-Idylliques.
Nous
sommes donc des jouisseurs contemplatifs
ou, peut-être, des contemplatifs
jouisseurs ; — les contemplatifs avaient eu cette intuition de la vacuité
(mais qui est aussi un plein et un délié…) de ce qui “est” mais, le
plus souvent, ils n'avaient pas aimé la jouissance : ils n’étaient pas des
voluptueux … — mais nous, nous savons que cette vacuité (ce plein
et ce délié...) a la plus belle et la plus voluptueuse intensité et réalité,
tant qu'elle dure, et c’est cette beauté, cette intensité, cette volupté, cette
puissante réalité passagère et si belle que les Libertins-Idylliques veulent
savourer, aimer, caresser, embrasser tendrement, puissamment, étreindre de
leurs beaux sentiments, c'est à ce voile de brume du Temps — mais qui a la
puissante et intense et indicible réalité, puissance, densité de ce qui vit,
palpite, ondule, s'extasie en constrictions divines, en caresses tendres — que
les sensualistes dédient l'intensité de leur vie : ce à quoi avaient renoncé
les contemplatifs qui le plus souvent n'étaient pas des jouisseurs mais
justement des renonçants ; et qu’avaient aussi souvent oublié les “jouisseurs”
dans leur rage de “jouir”, c’est-à-dire — au sens qu’a pour eux ce mot — de
“s’éclater” ou d’ “éclater” les autres.
R.C. Vaudey.
De la philosophie
envisagée comme œuvre d’art
Avant-garde sensualiste
3 ;
Janvier 2005/Juin 2006
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