samedi 20 juillet 2019

Pure Grâce






Au cœur de l'été caniculaire
L'amour tourbillonne
Dont l'onde régale —
Solaire
Et rayonne
Sans égal
Dans son empire
Bleu saphir
Smalt
Safre
D'aller
Sans halte
Ni affres
 En chœur
Toujours au cœur
Qui nous agrège
Sans le vouloir 
Jusqu'au point extraordinaire
Dans ce boudoir —
S'abandonne ce qui nous désagrège


Vivre !


La chair est glorieuse
Pure Grâce —
Et j'ai oublié tous les livres











Le 20 juillet 2019


R.C Vaudey
Journal d'un Libertin-Idyllique (Illuminescences) 2019




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vendredi 5 juillet 2019

Ô Belles dames, Ô Gentilshommes !







Voilà, dans le labyrinthe de la vie nous avons trouvé la mine de l'or du Temps.

Des jeunes filles et des jeunes gens, beaux ou intelligents, et qui ont d'autres soucis, sont à leur tour dans ce labyrinthe : pourquoi ne devrions-nous pas laisser à leur disposition des éléments de notre course et de nos dérives, et la carte aux trésors, et même un reflet, si infidèle fût-il, de ces trésors ?

Devrait-on ne garder que les élucubrations de Platon, pour ne parler que de lui (sa philosophie est comme le Parthénon que l'on considère dans sa blancheur parfaite comme un modèle et une représentation du goût quintessencié des Grecs, quant ce Parthénon était, à l'époque, en réalité tout bigarré et peinturluré ; philosophie que, de la même façon, nos contemporains voient comme un modèle du même supposé goût éthéré des Grecs, quand elle est en réalité toute surchargée de croyances et de superstitions toutes bigarrées. Bien orientale.)


*


Je rends compte d'une rencontre.
C'est tout.
Je ne rêve plus de pornographie, je rêve d'amour. C’est ainsi.
Les ressouvenances galantes sont des délices.
Les pulsions pré-génitales, qui font la pornographie, sont un tourment ; aussi « plaisant » que toutes les addictions.
Qu’y puis-je ? C’est ainsi.
Pour tout le monde.


*


Le seul moyen d’y échapper c’est, sinon de tarir totalement la source de ces pulsions prégénitales, du moins de désamorcer leur intensité (par l’analyse, c’est-à-dire par le revécu émotionnel autonome des traumas empêchant leur dépassement, et les insights suivant ces revécus), — ce qui permet (si la vie s’y prête), petit à petit (parfois directement), le dépassement de la pré-génitalité, l’établissement de la puissance orgastique, le déploiement de la génitalité accomplie, qui à son tour retire aux fixations pré-génitales leur énergie libidinale, — en la libérant.

Les tentatives d’y échapper sans cela forment l’ensemble des projections religieuses, idéologiques, sur le monde. Quelle misère !

Je relis le Phèdre : voilà un ouvrage, charmant au demeurant, où l’on perçoit les angoisses que ressentaient cette bande de vieux pédophiles (Socrate, Platon et alii) devant leurs pulsions pré-génitales destructrices et auto-destructrices : la philosophie, finalement, y est présentée comme un moyen de tenir ces pulsions à distance, de les sublimer.


Suit une projection, paranoïaque et superstitieuse, fantasmagorique et délirante : la violence des traumas affectifs refoulés, inconscients, l’intensité de la fixation à ces stades pré-génitaux, l’impossibilité d’une génitalité accomplie s’y transforment en une projection hallucinatoire : comme l’enfant qui voit des monstres, des dragons, des forteresses qu’il élabore avec ses angoisses, ses traumatismes et sa libido « de lait » (et qui ne peut que l’être), Platon élabore, à partir de cette pédérastie grecque, une projection peuplées de fantaisies « philosophiques » : en paraphrasant, on pourrait dire : les traumatismes constitutifs qui ne pouvaient être revécus se sont éloignés dans une représentation. Et quelle représentation !


On se figure, généralement, la pensée de Platon comme un monument de rationalité épurée : c'est un bazar, un souk, qui vaut celui de l'hindouisme : des âmes, des dieux, des processions célestes, de la métempsycose : bref, elle est comme le Parthénon à l’origine : bigarrée et peinturlurée. Bien orientale.

Bazar pour bazar, si j’avais à choisir, je préférerais celui des Hindous : au moins, les femmes y sont-elles désirables, et leur amour source possible d’éblouissements.


*


Seule la génitalité accomplie ne redoute pas le désir, mais désire sans crainte et sans honte : elle seule éblouit l'âme.
Qu’y puis-je ? 
C’est ainsi. 
Elle fait cela à tout le monde
Elle n’a rien à sublimer. Rien à craindre.
On ne s’en repend pas. On ne s’en remet pas.
Elle vous laisse dans cet état tout à la fois originel et abouti dans lequel vous ne vous faites plus d’idées sur le monde mais où, bouche bée, vous êtes le monde, dans le silence de l’esprit.

(Heureusement, elle n’est pas la seule à permettre et à offrir cela.)

Les fantasmagories philosophiques ou religieuses ont en commun d’être produites par la réflexion cognitive, qui est un régime subalterne de présence à soi-même et au monde de l’humain (de plus envenimé par les traumas refoulés) ; — et d’y condamner, si on ne les prends pas pour ce qu’elles sont : des « fleurs de rêves », des œuvres d’art, au mieux, qui peuvent agrémenter aimablement le ciel de votre lit, entre deux plongées dans la Beauté, mais qui ne sauraient vous donner ce qu’elles ne connaissent pas, et ce à quoi elles ne sont pas faites pour mener.

Jamais le bavardage (et l’Homme est, aussi, bavard) sur la musique, ni même la musicologie, ne vous apprendront quoi que ce soit sur ce que c’est que d'être habité par la musique (quand on la joue ou qu’elle vous emporte), et si vous ne savez pas ce que c’est que d'être habité par la musique, vos connaissances en musicologie peuvent bien être les plus raffinées qui soient, elles ne pourront jamais que vous nuire.

C’est dans ce sens que j’ai écrit, en paraphrasant Wilde :

Si un homme est un Libertin-Idyllique et un gentilhomme de fortune, il en sait toujours assez long, et s'il ne l'est pas, il peut bien savoir tout ce qu'il veut, cela ne peut que lui nuire.


*


J’écris : les ressouvenances galantes sont des délices. Soit. Mais que sont-elles  ces « ressouvenances galantes » ? Car si tout le monde sait ce qu’est le rêve ou le fantasme nocturnes, ou diurnes, de pornographie, qu’est-ce que le rêve d'amour ?


Les « ressouvenances galantes » sont le souvenir, quasi-revécu dans sa chair, dans son esprit, de sensations miraculeuses, de sentiments bouleversants, de caresses somptueuses qui mènent à une extase invoulue, insoutenable, en vagues récidivantes, qui elle-même laisse dans un état de grâce post-orgastique dans lequel le monde même de la représentation a disparu, — et qui vous fait « comprendre », enfin, ce qu’est l’illusion de la connaissance.


Les « ressouvenances galantes », c’est le souvenir d’un mouvement dans lequel n’apparaissent jamais ni la crainte ni la culpabilité, et où l’ambivalence s’est dissoute. Et qui ne demande surtout pas à être évité, et sublimé « philosophiquement ».


La pédophilie n’ayant jamais fait partie de mes fantaisies (mes fantaisies destructrices ne valent pas mieux mais n’ont jamais été de cet ordre-là), j’ignore ce que pouvaient ressentir les philosophes pédophiles grecs, chez lesquels l’amour des adolescents (à partir de douze ans) se mêlait aux pulsions destructrices du sadisme oral ou anal, mais je sais ce qu’un jeune adolescent français, pré-analytique, de la deuxième partie du XXe siècle ressentait lorsque son amour « romantique » d’une jeune fille d’une « camarade », même de son âge, se trouvait envahi, dans l’acte charnel, par ces mêmes pulsions destructrices du sadisme oral ou anal : c’est moche ! (Blanche Gardin a raconté une scène parmi d’autres de cette séquence de notre « sexualité » adolescente : « Et là, le mec me ré-encule »).


À part que nous, jeunes apprentis philosophes, garçons et filles, à l'inverse de Socrate et de ses gitons, nous n’avons pas accepté cette violence, aux sources névrotiques et traumatiques complexes, qui interdit ou dénature le rapport amoureux entre les hommes et les femmes en y imposant une violence qui n’est en rien sexuelle (et encore moins innée) mais uniquement infantile, et totalement auto-érotique et égotique : nous avons plongé dans notre vie affective (ses affres mais aussi ses miracles) — j’allais dire jusqu’à ses origines ! — pour pouvoir finalement nous régaler des délices enchanteresses de la volupté sans ambages, ultra-sentimentale et mystique.

Et de fait, à la fin — ayant eu la baraka — : délices, jouissance, extase, silence, fin de la représentation, — Un dans l’indicible.


Voilà comment on passe de la vie philosophique à la vie véritablement contemplative, — unitive. C’est-à-dire à l’étape suivante, celle du dépassement de l’ère de l’Injouissance (l’ère du sado-masochisme) — qui n’aura duré que quelques milliers d’années —, où se combineront le fond archaïque, tant de l’espèce que de l’individu (fond archaïque unitif, contemplatif, « divin »), avec ce que cette ère du sado-masochisme (basée sur l’esclavage, le viol, l’exploitation etc.) aura produit de plus aimable.

La question est bien sûr : que restera-t-il des ravages de l’ère de l’Injouissance, et laissera-t-elle la possibilité même de son dépassement ?

Caraco, voluptueusement et mystiquement sec, voyait ce dépassement comme un retour au vieux matriarcat crouilleux : nous avons présenté au monde une autre version (inouïe, inédite), contemplative galante, de ce que pourrait être le dépassement de l’Homme, — l’Homme, ce pont jeté vers le futur : on pourra objecter que nous n’en avons présenté que le tableau, et que le projet, lui, comme d’habitude, ne verra jamais le jour : avouons que, partis d’où l’on sait, nous avons découvert le projet à mesure que nous « explorions » et « élaborions » le tableau ; que cette « exploration » et cette « élaboration » sont tout ce qui compte pour nous ; mais disons aussi qu’il est dans l’ordre que des gentilshommes même de fortune défendent les causes les plus belles, qui, comme les chants, sont parfois aussi les plus désespérées.

En attendant, Ô Belles dames, Ô Gentilshommes, la vie est courte !
Si nous vivons, nous vivons pour jouir et nous alanguir comme ne jouissent et ne s’alanguissent pas même les rois. 

Donc, belle vacance ! 


Je vous ai tenus longtemps, salut !




R.C. Vaudey, le 5 juillet 2019



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