mardi 4 mars 2014

Antésades





Cher ami,





J'ai trouvé par hasard le livre en question (que je n'avais jamais lu), la semaine dernière, d'occasion, bien sûr, mais comme neuf — et au prix du neuf. Tu devrais le trouver sur Internet, — sinon je t'enverrai le texte original des quelques phrases que j'ai détournées.


Comme tu l'as remarqué, dans mon billet précédent la phrase de Lautréamont qui sert habituellement d'introduction est tronquée. Il n'y avait pas à corriger une idée fausse et à la remplacer par une idée juste — puisque tout me paraît très juste et très poétique dans cet ouvrage, hors le pessimisme philosophique de son auteur, pessimisme philosophique que je ne partage pas – mais on sait bien que je ne suis pas un idéaliste — : dans ce cas, il s'agit donc d'un véritable détournement de la lumière que font ces quelques phrases sur ce que, pour ma part et histoire d'accentuer encore le parallèle, j'appellerais le surf contemplatif — élégant vers ce que je nomme l'amour contemplatif — galant


Que l'époque puisse plus facilement supporter l'idée d'un surf contemplatif — élégant (quoique l'idéologie de la « compétitivité » de l'industrie de masse des « sports de glisse », les loueurs de brèles des mers pour brèles tout court, les partisans des aménagements côtiers pour croisières, et le reste, que je ne nomme pas, l'aient, il me semble, réduit au rang de curiosité plus ou moins folklorique), que l'époque supporte plus facilement l'idée d'un surf contemplatif — élégant, donc, plutôt que celle de l'amour contemplatif — galant ne m'étonne pas. La note, dans mon billet précédent, explique pourquoi il en est ainsi.


Dans le monde d'avant, cette note a pu servir (comme elle pourra servir dans le monde d'après) à diagnostiquer ce qui fait que la grâce et l'extase échappent toujours, et qu'à la place de l'amour contemplatif — galant on se retrouve malheureusement et seulement dans l'amour physique — qui, on le sait, est sans issue.


Elle a pu servir, comme elle pourra servir, à diagnostiquer, à comprendre et à dépasser des violences, des souffrances, des fixations, comme on analyse et on corrige des raideurs et le défaut d'une position ou d'un mouvement : pour aller vers l'assurance, l'abandon, la fluidité, l'harmonie, l'extase, et, finalement, le sentiment océanique.


Mais, pour l'instant, elle ne sert à rien : l'injouissant contemporain, à défaut de mieux, se fait une fierté de ses pesantes et disgracieuses misères névrotiques.


Je te joins, et je mettrai en ligne, ce poème de mai dernier, lorsqu'il pleuvait tant mais qu'il faisait si beau dans nos cœurs, ici ; du coup, il prend une tonalité particulière.




Le 4 mars 2014







ANTÉSADES



Dans le soleil et le crachin de ce soir
De printemps
On bénit ce si beau temps maussade
Grâce auquel
Fin mai… —
Alanguis sur le lit
On a la vie si belle
Loin des fans et des greluches
En regardant
Après avoir fait les Antésades… —
Flamber
Dans la cheminée…
Les énormes bûches




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