Tunnel
d'effroi
Légèreté
dégagée
Attente
anxieuse
Décontraction
insoucieuse
Assurance
insouciante
Suspense
angoissant
Fin
douloureuse
Ou
résultat heureux
Envisager
le pire ne fait pas rire
Pourtant,
on le connaît :
Ce
qui a touché notre ami
Et
sa famille
Nous
le connaissons aussi
Jeudi,
nous le retrouvons
Pour
lui offrir des fleurs
Dans
sa nouvelle et dernière demeure
À
notre goût mal orientée
Et
trop exiguë pour lui
— Lui,
cet homme de grands espaces
Et
de grand air
Pour
moi
J'aimerais
reposer face au soleil
Au
pied des vignes
Ou
au sommet de notre colline…
Je
vous le dis
Voilà
les discours auxquels vous vous exposez
À
aimer un homme de collection…
Vingt ans plus tôt
Cette
idée ne m'aurait certainement pas effleuré l'esprit
À
tort ou à raison
Mettre
de l'ordre dans sa vie
Savoir
ce que l'on laissera…
Quels
textes
Quelles
images
— Avec
qui —
Quels
tableaux
Quel
fatras !
C'est
étrange
Mais
voilà les considérations
Graves
et sérieuses
Qui
voilent nos ris
Cet
après-midi
Toutes
ces choses qu'il faut dire
Lorsque
se produit le pire
Car
le malheur
Lui
non plus
N'attend
point le nombre des années
Notre
ami vient de nous le rappeler
Au
bout de ces considérations
— Dignes
de notaires —
On
se caresse et on s'embrasse pourtant
Délicatement…
Éperdument…
Comme
des amants
Que
le destin épargne encore
Et
on s'aime comme de vrais vivants…
De
tout notre cœur et de tout notre corps
On
s'aime
Tout
simplement…
Intensément…
Montaigne
aimait-il l'amitié ?
En
écrivant à propos de La Boétie :
«
Parce que c'était lui ; parce que c'était moi »
Il
a parlé d'autre chose
Que
de son goût pour les amitiés viriles
— Je
crois
J'ai
écrit que nous faisions l'éloge
D'une
forme flamboyante de l'hétérosexualité :
C'était
une erreur
— L'hétérosexualité
n'est finalement qu'un goût particulier
De
consommateur
Nous
faisons l'éloge d'autre chose
Comprenne
qui pourra
L'amour
qui suit ces réflexions-là
Est
comme une bénédiction insensée de la vie
Une
caresse somptueuse
Du
miracle
et de l’exquisité d'exister
Au
réveil
Je
ne sais plus rien :
Ni
où ni quand ni qui je suis…
Revenu
du Paradis
Je
sais seulement qu'il est cette vie bénie
Maintenant
Tard
dans la nuit
Je
mesure les pauvres et miraculeux privilèges
Qui
nous permettent de nous tenir
Hors
de la guerre du temps
— Et
je mesure aussi toute leur précarité
Et
pourtant je sais qu’il y a toujours eu des gens
Qui
ont eu lieu
— Dans
tous les sens du terme —
Pyrrhon,
Montaigne, La Boétie, Debord
— Aussi
différents qu’ils eussent été —
Avant
nous avaient été de ceux-là
Et
pourtant je sais qu'il faut des amants
Pour
voir se dérouler
Implacablement
Les
logiques du monde injouissant
Et
pour se fondre dans l'Amour, l’Univers et le Temps
Le 2 novembre 2019
R.C.
Vaudey
Journal
d'un Libertin-Idyllique (Illuminescences) 2019
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