Julia
Kristeva (qui n'a bien sûr rien à voir avec l'A.S,
ses thèses et ce qui suit), dans le numéro 99 de L'Infini,
reprenant les observations de Mélanie Klein – à propos de la
position schizo-paranoïde du nourrisson – a bien montré, en
passant, comment la relation à la mère est difficile et
déterminante pour les deux sexes : les hommes et les femmes.
C'est
justement ce point qui permet de bien comprendre pourquoi
le dépassement de cette guerre des sexes qui marque le monde, et
cette réalisation de la rencontre amoureuse entre les sexes
opposés, – dont nous parlons tant et trop au goût de certains –
est le problème essentiel de l'humanité : simplement parce
que sa résolution suppose, mais promet également, des femmes
apaisées et donc un rapport entre ces femmes, ces mères et leurs
nourrissons aussi peu pathologique que possible ; ce qui, à son
tour, peut laisser espérer des hommes moins marqués par la violence
et la folie que ceux que nous connaissons aujourd'hui.
Germaine
Tillon avait noté dans “Le harem et les cousins” combien
les hommes, dans la domination patriarcale, sont eux-mêmes (comme
enfants, comme maris...) victimes du mauvais sort qu'ils font aux
femmes.
D'autres
périodes de l'histoire de l'humanité, et d'autres groupes humains,
ont montré que le degré de folie des mères était variable et que
le degré de perversion et de démence qui entrait dans leurs
relations avec leurs enfants pouvait varier aussi – et à la
baisse, par rapport à ce que nous connaissons – en
proportion de leur degré de liberté et d'influence dans un groupe
donné.
C'est
ce mouvement global (de la métamorphose historique positive possible
des êtres humains) qui tout à la fois se nourrit de la
re-co-naissance des individualités, et de leur intimité,
découvrant la puissance, la délicatesse, la beauté et la
jouissance du Temps et qui, dans un même mouvement, produit (et
devra produire) dans sa progression effective, des individus, des
situations et des caractères, délicats dans la puissance, puissants
dans la délicatesse, beaux dans le temps de la jouissance et
jouissant dans la beauté du Temps, que l'Avant-garde sensualiste
manifeste et veut inspirer ; et pour ces raisons que nous venons de
dire ; sans s'attarder aucunement sur les groupes de pression
du moment, et leurs objections, qui ne font que manifester les
fantaisies, historiquement incontournables, qui les ont menés, les
mènent et les mèneront probablement toute leur vie sans que jamais
ne s'éveille pour eux ce que Julia Kristeva ne peut si bien nommer
que pour l'avoir souvent, probablement comme analyste, vu à l'œuvre
: “le sens du jugement qui accompagne la grâce de la catharsis”.
Qui
a compris cela, a compris le sens de la désoccultation de
l'Avant-garde sensualiste, et pourquoi nous avons pris la
peine de livrer à un public, si restreint soit-t-il, la connaissance
d'œuvres et d'écrits qui appartiennent justement à la sphère de
l'intime, faisant, de surcroît, fi du peu de cas que nous faisons
des goûts et du jugement des hommes de notre époque.
C'est
sur la base de ce noyau – profondément enfoui, généralement
inaperçu, mais intensément et sourdement actif et déterminant –
des souffrances pré et périnatales qui se nourrissent, le plus
souvent, des souffrances des mères – marquées par la guerre des
sexes et donc l'impossibilité de la rencontre amoureuse – que se
construit l'hypersensibilité aux traumas ultérieurs de l'existence
qui entraînent l'affaiblissement névrotique des individus, leurs
fixations collantes à des stades infantiles du développement de
leur personnalité, qui minent ainsi, tout à la fois, la possibilité
de la reconnaissance de l'autre, de la jouissance du monde, de
l'affirmation de soi et donc de l'intimité.
C'est
de cette même zone mortelle, originelle et archaïque, ignorée, que
se nourrissent – quelles que soient les rationalisations qui
prétendent les justifier – tant les fantaisies autour de
l'ectogénèse, de la décorporisation du développement fœtal
de l'humain (c'est-à-dire en fait autour du désir de sa
déshumanisation, de sa désensualisation) que les fantaisies
massacrantes sexualisées.
C'est
faute de pouvoir au moins comprendre cela, au mieux l'explorer un peu
pour avoir la chance de voir s'éveiller ce “sens du jugement qui
accompagne la grâce de la catharsis” que tant d'êtres humains
(hommes et femmes) aujourd'hui manifestent une telle haine et
une telle violence à l'égard des femmes et de leurs ventres, et
fantasment l'élimination de la mère et son remplacement par la
machine (qui, ironiquement, partout dans leur vie quotidienne les
enferme et les broie) jetant ainsi la sensorialité, la
volupté des futurs bébés avec les eaux du souvenir perdu, mais
rémanent, des traumatismes de leur “premier” et mauvais bain.
R.C.
Vaudey
Avant-garde
sensualiste 4
Juillet
2006/mai 2008
