mardi 28 août 2018

Étreintes d'éternité : aux sources psychogéographiques de l’amour et de l’extase contemplative











Chère amie,




Pourquoi cette extase-là, pourquoi cette beauté, pourquoi maintenant ?

Même si suivant en cela Breton je ne fais pas état des moments nuls de ma vie, je connais assez l'histoire tant individuelle que collective pour savoir qu'il faut déployer ces instants d’extase s'ils vous en laissent encore la force ou après en avoir été joui et en être sorti —, quels que soient les moyens utilisés : poème, peinture, sculpture, musique etc. :

Ce n'est pas le spectateur qui fait le tableau : 

(le spectateur a déjà été parfaitement conditionné : la propagande de l’industrie culturelle n'est pas faite pour les chiens ; et lorsqu’il n’est pas conditionné par la propagande de l’industrie culturelle, il l’est par sa névrose

C'est la poésie qui doit faire l’œuvre d’art.

On dira : prendre la poésie pour argent comptant, c’est accepter d’être payé en mots nés de songes.

Mais cette critique, outre qu’elle dévoile l’usurier et le spéculateur (c’est la même engeance d’injouissants) qui tiennent l’industrie culturelle, se trompe : certes, la poésie peut être une phrase, ou une suite de « phrases de réveil » mais selon nous elle n’est rien si ces « phrases de réveil » ne sont pas celles d’un réveil de « sommeil d’amour » (qui à quatre heures du matin, l’été, dure encore ), si elle ne naît pas d’un réveil d’un sommeil qui suit l’extase harmonique, et si ses mots ne naissent pas du et n’ouvrent pas au sentiment océanique. Pour nous ;

L'expérience contemplative est le fons et origo

C'est elle qui doit être à l'origine de l’œuvre d'art, et c'est ce que l’œuvre d'art doit provoquer chez la femme ou l'homme sensualistes qui se sont ouverts à elle.






« Que l'enthousiasme soit intensité musicale et étreintes d'éternité dans l'instant et que l'infini du monde soit un infini de sensations. » a écrit un écrivain roumain que j’approuve sur ce point et avec lequel je partage le fait d’avoir été étudiant en philosophie à la Sorbonne et d’avoir vécu un temps à Paris dans une soupente , qui notait également justement  : 

« Sans l'impérialisme du concept, la musique aurait tenu lieu de philosophie : c'eût été le paradis de l'évidence inexprimable, une épidémie d'extases. »

Que j’approuve pareillement, mais que je corrigerais cependant ainsi : 

« Dépassé l'impérialisme tant du concept que de la sexualité pré-génitale, l’extase harmonique de la complétude génitale tient lieu de philosophie : c'est le paradis de l'évidence inexprimable, une épidémie d'extases. »

À me lire, vous savez sans doute que c’est le genre d’épidémie qui nous frappe ici où nous avons, suivant une autre formule de Breton, réduit l’art à sa plus simple expression qui est l’amour

Certains me diront que les responsables de ces états extatiques sont les arbres, qui émettent des phéromones, dans lesquelles nous baignons, ou les plantes, comme le datura, et leur parfum spécifique ; d’autres soupçonneront la faille géologique sur laquelle nous habitons, qui libère, peut-être, du radon mais surtout énormément de délicatesse, tout en modifiant le champ électro-magnétique terrestre, et donc celui de nos beaux esprits… mais vous savez que nous transportons, heureusement, ces manifestations poétiques avec nous, où que nous soyons, même si je crois que certains lieux sont plus « chargés poétiquement » que d’autres, ce que sait encore mon voisin, qui chasse le sanglier, et que j’ai vu promener une fourche de coudrier sur nos terres pour y trouver de l’eau, ce qu’il a fait lorsque, d’elle-même, la fourche s’est retournée vers le sol : c’est une expérience très impressionnante, impossible à contrefaire, et que je n’ai pas personnellement pu reproduire, mais qui m’a conduit à théoriser une sorte de nouvelle psychogéographie — tellurique et abstème, cette fois — assez particulière dans ce sens où son seul objet est de rechercher et de trouver les sources psychogéographiques de l’amour et de l’extase contemplative qui l’accompagne, c’est-à-dire les lieux « magnétiquement » et esthétiquement favorables à cette forme aboutie de l’amour, très loin, donc, de la dérive avinée et hallucinée, souvent malheureuse, que nous avions pratiquée à Paris, sur les traces des surréalistes, et des situs — qui l’avait nommée.


Mais ce nouvel art de la dérive demande une sensibilité qui manquera toujours à l’injouisssant contemporain, « hors-sol », et à son sens esthétique — toujours armé d'un bulldozer.



Pour le reste, le pape est bien aimable de ne réserver la « psychiatrie » (je pense qu’il entendait par là la psychanalyse) qu’aux seules formes homosexuelles de l’injouissance (telle que nous l'avons définie) quand elle serait nécessaire à toutes les formes de l’injouissance (hétérosexuelle, a-sexuelle et autres), si l’on voulait imaginer une utopie démocratique

(C’était le projet révolutionnaire d’un psychanalyste « rouge », dans les années vingt et trente du siècle dernier)

Par exemple, si je reprends l’exemple de notre camarade de fac qui associait « l’amour » aux coups et au viol, reçus et subi d’un homme, parce qu’il avait été abusé (ainsi que sa sœur) par son père dans son enfance, devant l’indifférence de sa mère (ce qui lui faisait mépriser les femmes), il est assez anecdotique qu’il fût « homosexuel » : il aurait pu aussi imiter inconsciemment son père, comme la plupart des garçons, et faire subir aux femmes ce qu’il avait subi de ce dernier : « hétérosexuel », l’injouissance, la misère sexuelle, poétique et sentimentale fussent restées les mêmes : ce qui importe, c’est que la puissance poétique, extatique soit libérée de la souffrance, des traumatismes du passé, et des scenarii relationnels prototypiques et misérables par eux acquis, afin que l’injouissance et la séparation soient enfin dépassées.

Nul n’a jamais subi ni connu la complétude génitale, et son extase harmonique, dans son enfance : ce sont des virtualités que seuls des adultes peuvent découvrir ; et lorsqu’ils les découvrent, ils ne les redécouvrent pas : c’est toujours pour la première fois dans leur vie : tout le reste est littérature, pornographique ou à l’eau de rose.

En clair, tout (sadisme et masochisme inclus) ce que vous faites dans le domaine « sexuel », et que vous auriez pu faire, ou subir, enfant, ressortit à la névrose et à l’incomplétude : la complétude amoureuse est une expérience neuve, et bouleversante, dans la vie de tout névrosé, quel que soit son genre.

Mais c’est un discours révolutionnaire (ou poétique, ou amoureux, ou mystique, comme on voudra ) qui, ainsi que je l’écrivais dans l’introduction au Manifeste sensualiste, ne peut plus être tenu au sectateur inconscient (qui en est aussi un sous-produit) de l’ère usuraire-sadienne, dont il est le plus souvent le critique « rebelle », tout en en étant le vecteur reproductif essentiel, et dont la caractéristique première, depuis la Seconde Guerre mondiale, est d’être tenu en laisse par la désublimation répressive, c’est-à-dire par l’exploitation marchande de ses phantasmes et de ses caprices névrotiques, l’ensemble formant et ayant formé, avec ses compulsions, le nouvel Eldorado des usuriers et des spéculateurs dont je parlais pour commencer, en parlant de l’art : ce qui est une forme effectivement « moderne » et « neuve » de la domination, dans laquelle l’industrie de l’art (en tant que « soft-power ») a tenu et tient un rôle essentiel, et de laquelle les artistes « révolutionnaires », au vingtième siècle (surréalistes et situs compris), ont été les promoteurs inconscients, bref, les idiots utiles


Enfin, pour répondre à votre question : les meilleures choses qui me sont arrivées, ce sont les huit premières années de ma vie, que ma famille m’avait offertes, l’analyse dans laquelle j’ai eu le courage (l’inconscience de la jeunesse ) de me jeter, corps et âme, à vingt ans, et les vingt-six années que je viens de vivre, ici, avec Héloïse


Pour finir, je ne peux que vous redire ce que je vous écrivais dans un précédent courrier : nous avions intitulé notre première sortie dans le monde, en 2001 : Prolégomènes à un troisième millénaire sensualiste ou non.


Un millénaire, c’est long. On peut comprendre que ces considérations ne concerneront pas les « maîtres sans esclaves », de demain ou d’après-demain, dont nous parlons, — s’il y en a jamais.


Enfin, on peut aussi penser que notre poésie, notre philosophie et notre art (de vivre et d’aimer) sont d’une trempe très particulière, — unique, et appelée à le rester.


Et qu’ils ne devraient jamais embarrasser personne.


Avec mes respectueux hommages,




R.C. Vaudey, le 28 août 2018




.

.

samedi 25 août 2018

Explandissement tellurien







Nous reposons dans le silence intense
Qui suit le réveil…
Qui suit la sensation miraculeuse
(Miracle dans l'infini de la misère :
Misère comme étrangeté
Miracle comme complicité
Complicité comme éclair d’unicité
Dans l'immensité de la diversité —
Comme extase partagée dans l'unicité)


Quelle charte !
Mon dieu ! Quelle charte !
Voilà ce qu’à un moment j'ai pensé
Bien après que nous eûmes ri de notre vigne-arte
Dont nous avions décidé
Par ce pacte – signé du souffle de nos âmes —
De lui donner la forme de votre monogramme
Tandis que j'en suivais extatiquement tous les reflets
Et toutes les quartes


Dix neuf, me dites-vous
Débordante de gaieté…
C'est le nombre de boutons de fleurs
De brugmansia que vous avez comptés



Je vous suis dans le jardin
Il y en a encore bien plus que ça !


Joie d'enfants…


Peut être…


Mais joie


Joie d’amants


Si nous étions riches, nous ne pourrions l'être plus que cela…


Assis là
Dans le soir
Dans l'atelier d'été
Avec l'odeur du foin fraîchement coupé
(De ce printemps)
Qui sert de lit aux joyaux couronnés
Et emplumés
Auxquels nous devons
Accompagné de pain frais et beurré —
Notre brunch illuminé


La fine équipe
Des chattes
Des poules
Des libellules
(Hier se promenait aussi
Monsieur l'énorme crapaud…
Très beau)
Des genettes
Ultra-discrètes —
Des chevreuils
Des écureuils
Des sangliers
Des tourterelles
Des tourtereaux
Des lièvres
Des corbeaux
Des lapins
Des renards
Des blaireaux
De tant de différents oiseaux
Dont le pic vert
La mésange
Et le colibri…
Aussi… —
Sans oublier
Dans l'eau —
Les carpes apprivoisées


Assis là
Tous me font
Sans le vouloir —
Comme une compagnie…
Amie


Si nous étions riches, nous ne pourrions l'être plus que ça


Dans cette clôture du monde
Où règnent en maîtres
Seulement le silence
La mélodie du vent
Et les chants de l'extase
Toujours regorgeant

D’où provient
Cet explandissement tellurien



Écrit le 24 août 2018
Dans notre nymphée
Près de la source sacrée
Dans cette faille extra-temporelle
Où rayonnent les êtres et les choses…
Dans notre amour nimbé
D'amour…
Et de volupté…
Prodigue en grâces et en illuminescences
Fruits de nos extases partagées…
Dans ce lieu chargé
Vibré du magnétisme du monde
Qui sourd de terre
Du caressement des veines de roches qui s'y rencontrent —
Et dans ce halo tellurique
Favorable à l'expérience mystique…
Bref, dans ce lieu beau comme la rencontre
Des conditions propices à l’ancestrale vigueur
Et de deux amants joueurs et rieurs




R.C Vaudey
Le 25 août 2018
Journal d'un Libertin-Idyllique (Illuminescences) 2018





.

dimanche 19 août 2018

Féerie post-orgastique






I


Mon Dieu !
Le mur
La vigne
L'ombre
Le soleil
Composent
D'où je suis assis
Dans le salon
Près du bassin
Face au tilleul
Une féerie
Pour moi seul


L'écureuil
La vasque
La musique de l'eau
Le roucoulement des tourtereaux
L'arche de pierre de l'antique four à pain
Partout
La beauté rayonne
Qui m'a en elle à présent comme un cœur battant
Calmement
Dans son sein


Il me faudra essayer de l'écrire
Pour tenter de revenir
De si loin.


Mon Dieu !
Le monde me reprend soudain


C'est l'extase post-orgastique, en plein !


Pas moyen d'y échapper :
Le merveilleux silence intérieur
Et la féerie
De laquelle sans y pouvoir rien je ris
M'aspirent à nouveau


Silence


Un dans le beau


Le rêve :
Pouvoir toujours
Être aspiré ainsi
À l'envi
Par le merveilleux et la vie




Berger de l’Être
Aujourd'hui
Je rêvais de l'être
Sinon de l’Être...
Du moins de bêtes
De brebis
M'imaginant guidant
Sur nos terres un troupeau
Chevauchant l’Éclair
Passant mon temps sous le Ciel
Entouré d'innocentes créatures
Qui pâturent




C'était le début de nos rires
Et de nos délices extatiques
D'où me vient cet émerveillement mystique
Récurrent
Étonnant


J'écris cela
Et soudain :
Je n'y suis de nouveau
Plus pour personne ni pour rien


Trop bien


L'âme du monde dans mon sein
Comme un jeu taquin


Jouer
Enfant
Jouer
Bien




II




Il y a quelques jours de cela
L'enfer, en plein :
La foudre
Le tableau
Les flammes
La crainte de l'incendie :
L'ouverture sombre et brutale
De l’infernal
Juste un aperçu
Impromptu
Pour qu’on ne l’oublie


Puis, nous apprenions l'existence des Écossais
Que j’imaginais tout à l'heure accompagner
En pâtre contemplatif
Dans le parc des amants galants
Ayant toujours préféré les moutons
Innocents animaux à poils
Laineux et grégaires
Qui vivent en rond
Et pâturent
Aux mutins
Méchants fauves
Qui vivent à poil
Haineux, vulgaires et grégaires
Qui tournent en rond
Dans la nuit de leur vie
En moto ou en voiture




III




Le soir
On contemple le ciel
Et le « Vaisseau mère »
Qui énorme, rouge brille plein sud
En craignant qu’il ne prenne notre allée éclairée
Pour piste d’envol
Pour venir nous enlever
Pour nous emporter dans les étoiles
Alors que déjà l’on y est.


Bref ,
Tendrement
Amoureusement
Accolés
Dans la nuit
De rire on se gondole








R.C Vaudey
Le 18 août 2018
Journal d'un Libertin-Idyllique (Illuminescences) 2018



.

samedi 11 août 2018

Hortus deliciarum






Hortus conclusus




À Venise,
Où l’on fait une halte
C’est toujours la Folie


Au Rialto,
La marchande des quatre saisons chante
Et c’est très beau
Le professeur de philosophie
Joue de l’alto


Au Lido,
Le plagiste vient de loin


C’est très bien
Mais la canicule et la foule nous fatiguent…


Retour au Jardin —






R.C. Vaudey
Le 6 août 2018
Journal d'un Libertin-Idyllique (Illuminescences) 2018 






 Hortus deliciarum



 
I


Je renais sous la surface de l'eau
D'où je contemple le ciel
Au sortir du lit
Au réveil
Dans le début du soir
Qui caresse le monde
D'un doux soleil de pourpre
(… Viens donc, mon bel ami… )
J’ondule dans le bleu du Temps
Dans ce carré de Paradis


II


Dans le bassin de la fontaine
Sous le tilleul
Jouent les carpes et s'y oublient
Les gentilshommes de fortune
Hommes de l’Être —
Qui les observent
Qui cherchent et trouvent L’Éden
Dans leurs ris et dans leur lit


L’une d’eux est délicieuse
Douce et tendre aux extases
Prompte au sublime de la vie


Pouvoir s'allonger en s’effleurant la main
Seuls sur leurs terres
Si près du monde si loin
En ne recherchant plus rien
Est leur seul — mais immense — privilège…


Quoiqu'en y réfléchissant bien… 
L'Un-Deux, — aussi






R.C. Vaudey
Le 10 août 2018
Journal d'un Libertin-Idyllique (Illuminescences) 2018 





.

samedi 4 août 2018

L'extase à l'âme










À paraître



I


À Saint-Pétersbourg
On fait juste un aller-retour
Le temps d'être conquis
Par les voix de la vieille Russie



II


Ça vient par bouffées
De bonheur intense
De Joie incontrôlée
Dois-je le dire
Je caresse la pierre des murs du couloir
J'embrasse mentalement la cour
Je bénis l'arbre qui la couronne
Ça vient je ne sais ni pourquoi ni comment
Cette gratitude infinie
Envers chaque détail de notre vie


Le soir
Je me fais cueillir par le violoncelle baroque
De la sonate de Marcello
Et plus exactement par la violoncelliste
Qui
Sans discontinuer
Et sans faiblir
Habitée
Par la même émotion qui m’étreint
Et qu'elle déploie tandis qu'elle s'y envole
Me fait fait jouir
Musicalement
Dans les pleurs
Finalement de bonheur


Assis en face d'elle
Elle le sent
Elle le voit
Et dans cette transe mélomane
Nos extases harmoniques
Pour elle, virtuose
Pour moi je ne sais comment dire la
chose
S'entrelacent
Et s’exaltent
Jusqu'à l’acmé final
Qui jaillit chez moi comme un immense bravo


Aujourd'hui, je me fonds
Dans vos caresses enchanteresses
Nous avons l'un pour l'autre
Les plus excessives des délices
Des blandices de l'amour charnel
Pour vous
Un amour extrême
Miraculeusement onctueux et fondant
Pour moi
Une délicatesse émue
Comme un sceptre de roi
Qui nous ouvrent aussitôt
Les portes de la pure délectation
De l'amour et du Temps
À laquelle nous nous abandonnons
De tout notre cœur
Ardemment
Tendrement
Débordés et guidés seulement
Par nos jouissements
Et nos sentiments
Jusqu'à l’acmé final
Qui jaillit comme nos cris
Qui sont les infinis bravi de la vie à la vie
De sorte que lorsque nous nous réveillons
Nous restons longtemps
Sans plus pouvoir parler
Sans plus pouvoir penser
L'extase encore à l'âme


Qui peut dire que je ne dois
Mon bonheur aux dames ?








R.C. Vaudey
Le 3 août 2018
Journal d'un Libertin-Idyllique (Illuminescences) 2018













.