mercredi 31 juillet 2013

ROMANCE





On s'aime dans les orages
Qui dominent le monde
Qu'ils couvrent
Noirs
Comme un enfer
Qui gronde —
Qu'ils irradient d'éclairs
Sur lequel ils lancent leur foudre
Qu'ils incendient
Ou qu'ils réduisent en poudre
Qui font
Le fond lumineux
Et sonore
Où nous nous déployons
Pantelants
Tout d'abord
Dans la volupté
Et puis
À notre réveil
Après nos transes
Tout à fait perdus
Dans notre flottance
Alanguis de tendresses
Rythmées par nos caresses
Dans ce suprême nonchaloir
Qui est l'extrême et l'unique jouissance
De notre romance

On s'aime dans les orages
Et puis la foudre
Y jouissant
De surcroît
De ce que nous avons découvert
Ce vaccin céleste
Contre la rage :
L'amour…
... Enfin sous cette forme si particulière
Où je vous fais
Où vous me faites
Toujours
Le présent absolu :

Le Présent absolu
(L'ultime nonchaloir
Le comble de la jouissance
L'extrême de l'amour…)





Le 30 juillet 2013




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vendredi 26 juillet 2013

LÀ OÙ JE SUIS…







Dans la fournaise d'aise
Le vent et le soleil
— Pures merveilles —
Me caressent
Et moi
Dans l'infinie paresse
Je m'en dore...
Et je m'endors...

Et encore...

Je me rends d'or...
Et je me rendors...

Dans la fournaise d'aise…
Où un soleil comme un mercure
Et un vent léger et sûr
Se sont unis
— Si ! —
Pour que l'Infini paraisse...
...
… Là où je suis…





Le 26 juillet 2013





mercredi 24 juillet 2013

Flottance





 Poésies III



Les idées s'améliorent. Le sens des mots y participe. Le plagiat est nécessaire. Le progrès l'implique. Il serre de près la phrase d'un auteur, se sert de ses expressions, efface une idée fausse, la remplace par l'idée juste. 



 
Nos détournements font revoir sous d’autres apparences ce qu’on croyait avoir assez vu et assez pesé ; ce faisant on ne cherche pas à s’attacher des opinions : on ne s’attache à rien ni à personne. Tout ce qui est de plus opposé et de plus effacé se présente en même temps : on serre de près la phrase de l'auteur, se sert de ses expressions, efface une idée fausse, la remplace par l'idée juste. 
On peut haïr et on peut aimer ce qu’on lit ici mais on aime encore quand on hait, et on hait encore quand on aime. En un mot, le meilleur parti que le lecteur ait à prendre est de se mettre d’abord dans l’esprit qu’il n’y a aucune de ces maximes qui le regarde en particulier, et qu’il en est seul excepté, bien qu’elles paraissent générales ; après cela, je lui réponds qu’il sera le premier à y souscrire, et qu’il croira qu’elles font encore grâce au cœur humain. Voilà ce que j’avais à dire sur ce que j'écris, en général.




*


Peu de choses demeurent aussi longtemps que les poèmes d’amour, et peu de choses inspirent un tel intérêt ou une telle aversion. 
Tout ceci est à prendre comme un poème d'amour; d'un genre nouveau.



*



Les Libertins-Idylliques obtiennent sans avoir désiré, ce que la jeunesse ignore — le plus souvent —, ce que la maturité désire et obtient parfois, et que la vieillesse commence par désirer sans obtenir pour finir par désirer désirer…



*


Ne jamais se résigner ni s’abandonner à l’amertume, vivre avec dignité une vie que la volonté et le destin éloignent de toute entreprise, — et toute consacrée à la flottance.



*


C’est le génie de W. Reich — après – et finalement contre Freud — que d’avoir montré que la perturbation du processus de maturation sentimentale et sexuelle est à l’origine des caractères cuirassés, disgraciés, nocifs et dangereux que l’on voit formés et entretenus par le monde tel qu’il est ; et le nôtre d’avoir montré que l’inverse — un monde qui ne l’est pas moins, formé et entretenu par de tels caractères qui reproduisent, à leur tour, cette même perturbation — est, dialectiquement, vrai.



*


L’amour nous augmente ou nous diminue à proportion de la satisfaction amoureuse et poétique que nous avons de lui ; et on loue nos mérites quand nous lui devons tout.


*


Tout le monde se plaint de l’amour, et personne ne se plaint de son caractère.


*


Nos contemporains, injouissants, préfèrent — le plus souvent — le commerce à la vie : le premier est attisé par nos défauts, et l’autre par nos bonnes qualités.
Leur plus grande ambition tient toute dans l’apparence, dont on sait qu’elle rencontre toujours une impossibilité absolue d’arriver où elle aspire : à la jouissance.


*


Détromper cette époque assurée de son mérite et de ses goûts ne serait peut-être pas lui rendre un aussi mauvais office que celui que l’on rendit à ce fou d’Athènes, qui croyait que tous les vaisseaux qui arrivaient dans le port étaient à lui, — mais probablement impossible.


*


Les Libertins-Idylliques n’aiment pas à donner de bons préceptes  — ils se félicitent seulement de ne pas donner de trop mauvais exemples —, mais l’injonction faite aux poètes est simple : « Si tu parles, tu péris ; et si tu ne parles pas, tu péris quand même. »
Or, on le sait, les silences sur ce qui est grand abaissent, au lieu d’élever, ceux qui les soutiennent. Et tel homme, égoïste, est plus coupable de sa négligence qu’un autre, généreux, de ses largesses.


*


On s’est trompé lorsqu’on a cru que l’amour et la contemplation étaient deux choses différentes. La contemplation n’est que l’extrême de l’amour ; on s’y fond dans toutes les choses et n’y remarque plus du tout ce qu’on croit, habituellement, qu’il faut y remarquer ; et ce qu’on ressent est indicible.
Ainsi, sans tous les effets que produit ordinairement l’abus de l’entendement, les amants peuvent demeurer en accord, et dans l’étendue de leur propre lumière — dans la flottance.


*


Un amour qui n’enchante, ni ne charme, court le risque de perdre le seul plaisir qui vaille : celui que vous offre la jouissance du Temps, et seulement elle.


*


Aujourd’hui, chacun dit du bien de son esprit libertin, et personne n’en ose plus dire de son cœur.

*


Les Libertins-Idylliques ne doivent pas comparer leur situation à la peine de Sisyphe, puisque lui a inutilement roulé un rocher, par un chemin pénible et périlleux : il voyait le sommet de la montagne et s’efforçait d’y arriver, l’espérait quelquefois, mais il n’y arrivait jamais ; tandis qu’eux s’abandonnent tout entiers avec délice et volupté à une voie exquise et assurée, si exquise qu’ils ne se préoccupent jamais des sommets qu’ils atteignent sans efforts, et sans même plus pouvoir y penser.
De sorte qu’ils sont assez heureux pour être libérés par un ravissement infini, auquel ils ne pensent guère, — dans leur flottance.


*


Ceux qui vivent un bel amour se trouvent, avec leur Belle, toute leur vie heureux, et souhaitent ne jamais être privés de leur trésor — par un quelconque impôt confiscatoire sur la bonne fortune.



*



La flottance — la jouissance du Temps — seule nous plaît et nous étonne.
C’est elle qui fait tout le charme, mon amour, de notre amour, — et de votre personne.






Le 22 juillet 2012.





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vendredi 19 juillet 2013

DÉLICATESSE suivi de… L'ÉDEN





DÉLICATESSE…



Délicatement
Je m'envulve
Dans votre vulve
Qui
Délicatement
Sent l'ulve.


Le 11 avril 2006.




L'ÉDEN



Cette chaleur magnifique
C'est Aden
C'est l'Éden
Et là
Epuisés et en (n)age
Nous sommes
Dans le Grand Hôtel de l'Univers.


Le 20 juillet 2006.







R.C. Vaudey.

JOURNAL D'UN LIBERTIN-IDYLLIQUE
                     (Illuminescences)
                        2006-2007





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samedi 13 juillet 2013

Du bon usage de la philosophie






Cher ami,

Le seul usage cohérent de la “philosophie”, à ce qu'il me semble, consiste évidemment à séduire les filles (ou les garçons, selon le sexe). Du moins, c'est comme ça que je l'appréciais, jeune homme. (Pour être tout à fait franc, je lui accordais, à l'époque, une autre importance : j’y mettais un méchant sérieux, pour ne pas en avoir compris tout le sens et senti tout le sel...)
Une belle femme philosophe qui essaierait de me convaincre de l'importance de Parménide dans l'histoire de la pensée européenne ne devrait avoir d'autre but, il faut l’espérer, que de briller à mes yeux et, certainement, y parviendrait-elle parfaitement.
Je lui dirais, pour la taquiner, que l’illusion est ; et les sens aussi.
Ces jeux de séduction une fois effectués, il faut souhaiter aux “philosophes” (hommes et femmes) de pouvoir se rencontrer et s'abandonner à leurs pulsions vaudéennes... (pour reprendre ton expression que je trouve bien plaisante...)
Voilà donc bien longtemps maintenant que le seul bon usage de la philosophie me paraît être ces longues discussions autour du sens du monde, en se promenant dans les jardins surensoleillés surplombant la mer Égée ou la Méditerranée, ou, aussi, à la terrasse de ces cafés — par exemple, ceux de palmes, face à la mer d'Arabie ou à l'océan Indien (qui sait ?) — où se jouaient ces jeux de séduction délicats et raffinés dont on sait maintenant que les Sensualistes espèrent seulement qu'ils aboutissent à d'authentiques rencontres qui permettent aux uns, aux unes et aux autres — pour reprendre le mot d’un autre — de s'emparadiser les uns les autres...
Les promenades, les jardins, les terrasses, les plages, la rencontre, la belle séduction, la reconnaissance de la beauté de l'autre et du monde, l'abandon aux pulsions vaudéennes… l'emparadisement...
Que peut-il bien y avoir d'autre ?
Et à quoi pourraient bien servir d'autre la théorie, la philosophie... et le reste...

Car ce n'est évidemment pas non plus par un travail patient et acharné que se déploie la figure de ce qui renverse le monde…

La preuve.


Le 6 juillet 2005.



Avant-garde sensualiste 3 ; Janvier 2005/Juin 2006













dimanche 7 juillet 2013

La bande à Bonnard, suite






Héloïse Angilbert

2004
Allégresse voluptueuse matissée d'extase contemplative — sur fond d'azur






Le grand secret

 
L'air chaud de l'été
Souffle enfin
Mi-juin
Comme un miracle souhaité
À travers toutes les portes et les fenêtres
Ouvertes
De la maison
Tandis que nous reposons
Dans le bonheur
Sur le gazon de la terrasse
Par le soleil grillés
Et que dans la touffeur
Que rafraîchit le vent
Rien ne se passe…
Bien heureusement

Hier
Tandis que nous reposions
Dans notre lit
On riait en se demandant
Ce que l'on ferait de tout cet argent…
Rien pour le moment !
Tel fut notre jugement…
Tant tout ici nous paraît être souverainement bon…
"On attendra au moins l'hiver
Pour savoir ce que peut nous faire
Le fait d'être milliardaires"
Se disait-on

C'était si bon
Si étonnant
Et si émouvant
Que tout soit comme il se doit
Qu'on en riait de joie
Tout en s'embrassant

Forts de nos millions
Dont nous n'avions
Avant l'hiver… –
Que faire —
On se caressait ardemment
Et
Pour ainsi dire :
À cœur de joie ouverts

Si l'on devait donner à des amants
Le secret des grands éblouissements
Des grands acmés contemplatifs — galants
C'est celui-là qui ne faudrait pas taire :
S'aimer complicemment
Complices-aimants
Complices-amants
Et jamais complaisamment —
S'ouvrir de rires et de joie
Dans l'appétit des caresses
Dans les grands baisers brûlants
Et les ondulations des ardeurs enchanteresses
Et pour le reste
Laisser son cœur de désir et de joie
Faire

Ceux qui croient qu'il faut réaliser des exploits
S'y mettre à trois ou à vingt-trois
Essaient de faire du feu avec de la glace
Ou des fureurs
Ou des terreurs —
Et
Quoiqu'ils fassent
Rien
Jamais
Ne se passe

La vérité c'est que l'amour abandonné
Est déjà comblé
Avant même que d'avoir commencé
Et que ses jouissances
Extrêmes
Lui sont déjà acquises
Dès le début de ses tendresses exquises
C'est là sa chance
Et sa fortune même

Pour résumer —
Le grand secret
Pour jouir comme des dieux
Quand on s'aime
C'est de s'aimer…
Tous les deux —
Dans la pure grâce...
Où tout se passe

Aujourd'hui
Sortant du bain
Ayant nagé longtemps
J'erre dans la maison
Qu'emplissent l'air et la lumière
Et des oiseaux le chant
Saisissant de ci de là un volume au choix
Parmi ceux qui s'offrent à moi
Et un esprit paisible me souffle
Je cite —
"A leisured class with immense beds
And large and learned libraries
In their country seats"
Effectivement, ça aide
Me dis-je

Dans notre Parc […]
Je vous rejoins
Dans le Jardin

La nuit je nage encore
Sous la lune et les étoiles...
Le firmament...
Heureux amant…




Le 15 juin 2013





Fulgurance

Au réveil du sommeil d'amour
Les yeux fermés
Encore incapable de bouger
Je sais soudain ce que vous
— Et l'amour que l'on se faisait
M'inspirez... :
Bonté divine !



Le 4 juillet 2013






.Journal d'un Libertin-Idyllique



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