dimanche 17 janvier 2016

De la philosophie envisagée comme œuvre d'art







Distinguished foreigners






(Utopie post-économiste, post-analytique et post-idolâtres, — et probablement, aussi, post-dystopique —, basée sur l'extase harmonique des amants dans la jouissance charnelle, — extase ouvrant sur la béatitude, la jouissance du Temps…) 






Le passage au Nord-Ouest est ouvert !
La route du nord vers les richesses de l'Orient !
Ses esclaves salariés bon marché essentiellement —
Plus courte de vingt-cinq pourcents
Et sans limite de tirant d'eau
C'est ça le plus beau !

D'immenses chantiers sont engagés
On fondera des ports en eau profonde
En Arctique, des armées de main-d’œuvre seront déployées :
Il faudra des grutiers
Des ingénieurs
Des ouvriers
Plus ou moins qualifiés —
Des boulangers, des professeurs
Des amuseurs et aussi des dealers


Le boom économique, Monique !
Et adieu les brise-glace atomiques !


Engagez-vous qu'ils disaient !

Des épiciers, des fonctionnaires
Des gangsters
Des putes et des hommes des différentes fois
Les Hommes ont les fois
Parce qu'ils ont les foies
Les Hommes ont les foies
Vu ce qu'ils sont, y'a de quoi ! —

Enfin, foi ou pas
L'armée industrielle est déployée
Le territoire pour elle aménagé


« La société qui modèle tout son entourage a édifié sa technique spéciale pour travailler la base concrète de cet ensemble de tâches : son territoire même. L’urbanisme est cette prise de possession de l’environnement naturel et humain par le capitalisme qui, se développant logiquement en domination absolue, peut et doit maintenant refaire la totalité de l’espace comme son propre décor. » 

Et aussi :

« La
décision autoritaire, qui aménage abstraitement le territoire en territoire de l’abstraction, est évidemment au centre de ces conditions modernes de construction. La même architecture apparaît partout où commence l’industrialisation des pays à cet égard arriérés, comme terrain adéquat au nouveau genre d’existence sociale qu’il s’agit d’y implanter »

Tu m'épates, mon vieux Guy !
C'est la guerre !
(Contre quoi, contre qui ?
C'est pas dit )


Et quelle armée n'a pas de plans préétablis pour ses camps
Ni de distribution hiérarchique des rôles que l'on doit tenir dans ses rangs !


Engagez-vous qu'ils disaient !


Les lois du Marché...
Les lois du Marché ?!
Laissez-moi rigoler !
La loi de l'injouissant !


« La production capitaliste a unifié l’espace, qui n’est plus limité par des sociétés extérieures. Cette unification est en même temps un processus extensif et intensif de banalisation. L’accumulation des marchandises produites en série pour l’espace abstrait du marché, de même qu’elle devait briser toutes les barrières régionales et légales, et toutes les restrictions corporatives du moyen âge qui maintenaient la qualité de la production artisanale, devait aussi dissoudre l’autonomie et la qualité des lieux. Cette puissance d’homogénéisation est la grosse artillerie qui a fait tomber toutes les murailles de Chine. »

Et fondre la glace des pôles…
Ce qui est moins drôle…


Qu'importe au distinguished foreigner que je suis
À l'aristocratique déserteur
Jouisseur du Temps vécu —
Le déploiement de ces armées de la peur
Et du divertissement mainstream
Il faudra des acteurs
Des écrits vains…
Il y aura des métros…
Des lecteurs — qui seront surtout des lectrices… —
Des galeristes et des artistes…

Qu'importe au
distinguished foreigner
À l'aristocratique déserteur

« L’histoire qui menace ce monde crépusculaire est aussi la force qui peut soumettre l’espace au temps vécu. »

En voiture Marilyn !
C'est toi qui conduis!
C'est moi qui souligne !
(C'est pas Guy, bien entendu...)


 La révolution sensualiste est cette critique de la géographie humaine à travers laquelle les individus (qui survivront à cette guerre — et les communautés dégagées qu'ils formeront) auront à construire les sites et les événements correspondant à l’appropriation, non plus de leur travail, mais de leur histoire totale. Dans cet espace mouvant du jeu, et des variations librement choisies des règles du jeu, l’autonomie du lieu peut se retrouver, sans réintroduire un attachement exclusif au sol, et par là ramener la réalité du voyage, et de la vie comprise comme un voyage ayant en lui-même tout son sens.

 La plus grande idée révolutionnaire à propos de l’urbanisme n’est pas elle-même urbanistique, technologique ou esthétique. C’est la décision de faire reconstruire intégralement le territoire selon les besoins du pouvoir des Conseils de ladies et de gentlemen contemplativ(f)(e)s galant(e)s, par des machines, robotiques, elles aussi idylliques, sur les cadavres et les ruines qu'auront laissés le prolétariat — en Occident, gavé, punkisé, hipstérisé, boboïsé, c'est-à-dire hystérisé, et partout ailleurs, affamé et fanatisé religieusement ou autrement — et ses contremaîtres, usuriers entechnicisés et embigotés, prolétariat et contremaîtres tous autant qu'ils sont belle bande d'injouissants, qui bêlant, qui frimant, qui psalmodiant, tous puante vermine qui couine — et court à la ruine.

 Et le pouvoir de ces Conseils de maîtres sans esclaves, qui ne peut être effectif qu’en transformant la totalité des conditions existantes, ne pourra s’assigner une moindre tâche s’il veut se reconnaître lui-même dans son monde.




J'ai dit !



Post-scriptum


En 1967, Debord écrivait au responsable d'I.C.O., Henri Simon : « Dans le développement maximum du mouvement possible, pour notre part nous croyons que la majorité des ouvriers doivent devenir des théoriciens. Sur ce point, nous ne sommes pas aussi « modernes » que les provos : nous sommes aussi naïfs que d'autres ont pu l'être il y a cent vingt ans. Vous me direz que c'est difficile. Nous répondrons que, le problème dût-il rester posé pendant trois autres siècles, il n'y a absolument pas d'autres voies pour sortir de notre triste période préhistorique. »
 

En 2016, je vous déclare donc ceci : « Dans le développement maximum du mouvement possible, pour notre part nous croyons que la majorité des salariés et des autres doivent devenir des Libertins-Idylliques. Sur ce point, nous ne sommes pas aussi « modernes » que certains : nous sommes aussi naïfs que d'autres ont pu l'être il y a cent soixante-dix ans. Vous me direz que c'est difficile. Nous répondrons que, le problème dût-il rester posé pendant trois autres millénaires, il n'y a absolument pas d'autres voies pour sortir de notre triste période préhistorique-historique. ».




Exemple concret de « conseil » de jouisseurs contemplatifs — galants
(Première mise en ligne, le 11 avril 2012) http://les-passions-affirmatives.blogspot.fr/2012/04/r-c-vaudey-ou-lantesade.html




Alors que le soleil se couchait et qu'ils étaient tous sur la plage de B… près de C…, sur les rivages de l'océan Indien, l'assistant de Lin-tsi demanda à R.C. Vaudey quelle importance il attribuait, dans le fameux Tableau du monde qu'il peignait, à la sensualité. 

Vaudey répondit : « La sensualité est la possibilité permanente d’arracher le monde à la captivité de son insignifiance et, dans l'époque présente, de s'extraire de la civilisation moderne : cette invention d’ingénieur blanc pour roi nègre. »

Lin-tsi dit :
C'est comme le vieil air : "Au bord de la rivière recommençaient le soir ; et les caresses ; et l'importance d'un monde sans importance." ; même si on ne les a pas écrits, cette phrase et ces aphorismes le mériteraient ! 
Et il éclata de rire.

Ou bien, dit Ikkyu, comme ce constat, non de Debord, comme cette phrase que vous venez de citer, mais toujours de Nicolás Gómez Dávila :
« Un corps nu résout tous les problèmes de l’univers ».

Ou encore comme cela, que l’on trouve dans le Kuttini Mahatmyam, dit Héloïse :
« Quelles que soient les pensées qui nous occupent, elles s'évanouissent lorsque vient le moment de l'étreinte.
Quand l'homme et la femme s'unissent et ne font plus qu'un, il n'y a rien sur cette planète qui saurait dépasser la joie de ce moment. »

Shinme, la belle fiancée de Ikkyu, dit à son tour : « Elle s'agrippe au profond ciel nocturne de ton corps, ses rauques soupirs d'amour exhalent un secret parfum qui se répand furtivement dans le monde entier : que sont donc les étoiles resplendissantes qui remplissent cet univers dansant, sinon les perles de sueur dispersées par leur violente bataille d'amour »

La belle Lise, qui accompagnait toujours Lin-Tsi, déclama élégamment : « La Fleur de Lotus, l'organe sexuel de la partenaire, est un océan de béatitude.
Cette fleur de Lotus est également un endroit transparent, où la pensée de l'illumination peut s'élever.
Lorsqu'elle est unie au Sceptre, l'organe mâle, le mélange de leurs fluides se compare à l'élixir produit par la combinaison de la myrrhe et de la muscade.
De leur union émerge une pure connaissance qui explique la nature de toutes choses. »

Et tous riaient et applaudissaient, et l’assistant avec, caressant lui aussi sa belle.

Au regard de cela, qu'est-ce que le reste ? Toutes les théories sur l'Être ou sur le Néant, sans parler de la suite ? … : Macache woualou ! dit Lin-Tsi, avec sa façon directe.
Nada ! Rien !, répétaient les autres en chœur.
Du bruit avec la bouche ! disait l'un.
Des millions de volumes de papier noirci pour rien, même pas bon comme torche-cul ! disait l'autre.

Et l'un contrefaisait les théoriciens « libertaires-solaires » nietzschéens-de-gôche, l'autre les « sombres-nihilistes » schopenhaueriens-de-tous-azimuts ; on mimait les pro-situs ombrageux, qui s'entredéchiraient ; les pompeux heideggériens faisaient se gondoler l'assemblée, qui demandait déjà grâce lorsque quelqu'un imita les pratiquants du zen puis les raffolants du taoïsme et d'autres « exoticités » ; les lourds kantiens parurent à tous irrésistibles, et lorsque l'on singea d'improbables sensualistes, les rires étaient à leur apogée.

Le jour, il y avait eu le ciel, le soleil et la mer. 
La nuit, de peine lune, était tombée d'un coup, chaude et étoilée. Les vagues, irréellement, brillaient des reflets roses phosphorescents que leur donne, à cette période de l'année, une espèce particulière de micro-plancton que l'on trouve sur ces côtes.
Comme le feu faiblissait, les couples se levèrent et se quittèrent en riant, enlacés, pressés de se retrouver dans l'intimité.

Tous passèrent devant deux pêcheurs qui se préparaient à partir en mer, dans leur pirogue à balancier ; et qui les saluèrent.

L'un des pêcheurs demanda à l'autre : « Que reste-t-il de tout ça, pour ceux et celles que Vaudey a appelé les injouissants contemporains ? »

Rien ! répondit l'autre, qui ajouta :

Pour paraphraser Guy-Ernest Debord, je dirai qu'au réalisme et aux accomplissements du système qui emploie ces fameux injouissants contemporains — système qu'ils plébiscitent, et qu'ils ont façonné, par leur misérable réalité — on peut déjà connaître les capacités personnelles des exécutants qu'il a formés. Et en effet ceux-ci se trompent sur tout, et ne peuvent que déraisonner sur des mensonges : ce sont des salariés pauvres qui se croient des propriétaires, des ignorants mystifiés qui se croient instruits, et des morts qui croient voter.

Séparés entre eux par la perte générale de tout langage adéquat aux faits, perte qui leur interdit le moindre dialogue ; séparés par leur incessante concurrence, toujours pressés par le fouet dans la consommation ostentatoire du néant, et donc séparés par l'envie la moins fondée et la moins capable de trouver quelque satisfaction, ils sont même séparés de leurs propres enfants, naguère encore la seule propriété de ceux qui n'ont rien.
Ces enfants, ils les ont abandonnés, comme ils se sont abandonnés eux-mêmes, à des machines et aux plus archaïques des robots — dont ils ne sont que les servants — qui leur ont déversé, depuis leur plus jeune âge, et de façon toujours plus violente et réaliste, les images du meurtre, du viol et de la destruction.

Ce sont tous des sadiens — qui se revendiquent comme tels, ou qui s'ignorent — plus ou moins pleurnichards, plus ou moins enragés, qui passent leur temps, d'une façon ou d'une autre, à penser à la mort mais sans en avoir jamais connu le goût. Ils s'en pourlèchent macabrement les neurones sans savoir qu'elle pourrait les saisir dans l'instant même.

Ce sont des brêles, tous et toutes plus tordu(e)s, vicieu(ses)x et mauvais(es) les uns et les unes que les autres, qui ne connaissent et n'aiment que la violence et la mort ; et ça tombe bien parce que l'époque va les servir, comme elle en a déjà servi d'autres auparavant. »

Y a quand même une logique… conclut l'autre, et il se leva pour se diriger vers leur embarcation.

Et ils partirent en mer, pêcher.


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