mardi 1 août 2017

De la philosophie envisagée comme œuvre d'art









.
« La philosophie peu démontrée d'Héraclite a une valeur artistique plus grande que tous les théorèmes d'Aristote. »

Nietzsche.




« Il n'est pas de condition plus enviable ici-bas que celle des amants libres de contraintes, à l'abri de la critique, n'ayant pas à craindre la séparation, désireux de ne jamais se quitter, éloignés du vulgaire, faits pour s'entendre, pleins d'un réciproque amour.
Que Dieu leur donne l'aisance, une demeure, une vie paisible ! Que leur union se garde sur ce qui plaît à Dieu... »

Ibn Hazm










ÉLOGE DE LA JOUISSANCE
ou
INCITATION
À
L’A-DÉBAUCHE










De la philosophie envisagée comme œuvre d'art


Tel pourrait être, en résumé, le titre du tableau que peint l'Avant-garde sensualiste.
Les “artistes” ont cependant pris soin d'éradiquer autant que faire se peut les herbes maléfiques de leur Jardin afin que leur tableau soit le plus aimable possible...
Réconcilier les sexes dans un libertinage heureux et “ravissant” est le but élégant que l'Europe offre, avec l'Avant-garde sensualiste – en fin mot de l'histoire de son nihilisme et en dépassement de l'ère de la métaphysique du sado-masochisme –, aux femmes et aux hommes de cette planète. Dont on se souviendra...






Réalisme et autres rêveries...
ou
De la liberté, des illusions et de la poésie de l'immanence.






En voulant se libérer des pots de colle du spiritualisme, de l'ascétisme et du conservatisme en politique, les hommes des deux derniers siècles du millénaire écoulé, le plus souvent, sont allés s'engluer dans d'autres pièges à mouches – tout aussi aliénants que les premiers – et qui sont : l'athéisme, le matérialisme, l'hédonisme et la révolution politique (peut-être même permanente) qui ne sont que l'envers de ce pauvre décor instauré par le cauchemar précédent.

On ne déconstruit pas un cauchemar en en prenant le contre-pied. On dissout d'un coup tous les mauvais rêves.

Incapables de cela, lorsqu'ils ont voulu se rendre libres des systèmes d'illusions qui les enfermaient, la plupart des hommes, au moins pour les plus radicaux d'entre eux – ou du moins pour ceux qui se pensaient tels – ont – et pour se défaire des fables de la croyance religieuse – remplacé la fable d'un monde créé par, et fonctionnant selon les desseins d'un grand “vertébré gazeux” (dont Einstein disait qu'il était la façon dont les croyants se représentaient ce qu'ils nomment “Dieu”), par la fable de l'explication “scientifique”, “matérialiste” d'un monde mû par un arrangement de motifs découlant logiquement de mécanismes physiques ; lorsqu'ils ont voulu se libérer de la légende de l'Être ou de l'arrière-monde suprasensible gouvernant le sensible, ils sont allés se perdre dans la fable d'un monde que régirait une mécanique atomique ; pour mettre fin au cauchemar de l'ascétisme et de la haine du corps, de la haine des sens, et du plaisir des sens, ils ont prôné un délire “hédoniste” encourageant une libération, évidemment jubilatoire, des “pulsions” sans s'interroger une seconde sur ce que peut bien être la qualité des “pulsions” de ceux qui ont été nourris et qui ont grandi dans les geôles – qui sont aussi un garde-fou contre la folie qu'elles produisent – de la religion, de la métaphysique, de l'assujettissement politique et de cette haine des sens, du plaisir des sens qui, en Occident, les avaient accompagnées ; et enfin, pour combattre la barbarie de la domination des élites minoritaires féodales puis bourgeoises, ils en ont appelé – sans s'interroger davantage sur ce que l'Histoire avait bien pu faire d'elles – au plébiscite et à la dictature des masses ; résultat, regardez le XXe siècle : en Italie, en Allemagne, en URSS, en Chine, au Cambodge etc. – sous une forme concentrée – aux États-Unis, en Europe plus tard, et dans le reste du monde – sous une forme diffuse – c'était la dictature du prolétariat et de ses goûts, de sa folie infantile, guerrière, moutonnière, idolâtre, consumériste, tantôt “matérialiste”, tantôt “spiritualiste” mais toujours sourdement ressentimentale, habilement exploitée, encadrée, entretenue, intensifiée, le plus souvent par d'anciens “prolétaires”, self-made-men ou apparatchiks, sortis du rang et parvenus, nouveaux riches en finance, en politique ou en dictature.

Pour être libres – lorsqu'ils auront réglé les questions des poubelles, des désertifications, des charniers et des génocides, des haines ethniques, raciales, de sexe, de classe, de caste et bien sûr aussi familiales, c'est-à-dire finalement la question du sadomasochisme – il restera encore aux Hommes à apprendre à se libérer des chimères qu'ils créent eux-mêmes, qu'elles soient “scientifiques” ou “religieuses”, “spiritualistes” ou “matérialistes”.

Il leur restera encore à devenir ces Libertins-Idylliques, sensualistes et intuitifs, enfin libérés de leurs petits bunkers religieux, philosophiques, scientifiques, consuméristes etc. et ouverts à la poésie immémoriale de l'immanence : abandonnés à ses beaux mouvements.

Il leur restera à apprendre qu'il en est de tout comme de la géométrie euclidienne : il faut apprendre à s'en servir, pragmatiquement, pour créer les plus beaux “Palais Idéals (ou idéels)” possibles, tout en sachant qu'elle n'est – et le reste aussi –, avec ses prétendues lois, qu'une illusion qui fonctionne. Ce qui est déjà beaucoup.

Il faudrait écrire sur le néant, le jeu et la liberté, l'ivresse puissante, légère et tendre que pourraient connaître les hommes si, religieusement, scientifiquement, politiquement, matérialistement, spiritualistement, métaphysiquement, ontologiquement, réactionnairement, libertairement, nihilistement etc. ils cessaient d'être des bêtes de somme et des bigots.

Il faudrait écrire sur le néant qui ouvre sur le jeu, la liberté, le ravissement, qui eux-mêmes permettent enfin de saisir la vie et les “visions du monde”, comme des œuvres d'art.

Des autoportraits. Dans le meilleur des cas.

Ce qui est, lorsqu'on la comprend ainsi, la moindre, mais aussi la plus belle des choses.

Il faudrait écrire sur cette “nouvelle noblesse, "primaire" et non réactive, cette fois” – et sa délicatesse – dont nous donnons au monde, pour ainsi dire, les secrets.

Il faudrait écrire de façon décisive sur tout cela.

Et c'est, probablement, ce que je fais en ce moment.

Bref et intense, pulvériser les mauvais rêves ; et libérer l'Homme.  





Avant-garde-sensualiste 4. Juillet 2006/Mai 2008 








.