jeudi 5 mai 2016

Article premier : Les Français continuent d'inventer l'amour








Parution du  Journal d'un Libertin-Idyllique (Illuminescences) 2006-2009, de R.C. Vaudey ; florilège d'extases de l'amour contemplatif — galant.





Loin de la querelle autour des éditeurs, c'est donc par le biais des Éditions Sensualistes — « maison d'édition de fortune » que nous avons créée pour l'occasion, et qui nous convient parfaitement — que nous publions aujourd'hui le Journal d'un Libertin-Idyllique, livre « vertueux » s'il en est, puisque, selon Stendhal : « la vertu, c'est augmenter le bonheur ; le vice, augmenter le malheur ».


Pour toutes les raisons que l'on voudra, nous avons opté, pour le moment, pour une solution qui permet au lecteur d'adresser sa commande directement à l'imprimeur, qui se charge du reste ; mais, moins radicaux que Xavier Forneret, nous n'exigeons pas de l'éventuel lecteur qu'il nous soumette sa demande, et ses motivations, au préalable.


Ce Journal d'un Libertin-Idyllique est un livre qui fera exquisément autorité, puisque l'on y éprouve et on y contemple la beauté du monde, et que non seulement nous n'avons jamais cru que les « contemplatifs » seraient de simples spectateurs au grand spectacle de la vie, de simples auditeurs au grand concert, mais qu'en plus nous savons bien que nous sommes, tout au contraire, les vrais créateurs, les vrais poètes, les vrais prolongeurs de la vie, et que nous nous distinguons, assurément, beaucoup des acteurs eux-mêmes, — l'homme d'action comme on l'appelle, — et plus encore du simple spectateur, de l'invité assis devant la scène.

Auteurs, nous savons que nous possédons sans doute et la « vis contemplativa » et la faculté de regarder rétrospectivement notre ouvrage, mais, en même temps, et d'abord, la « vis activa » qui manque à l'homme d'action, quoi qu'en disent l'apparence et la croyance traditionnelle.

Nous savons bien que nous qui pensons et qui sentons, c'est nous qui faisons et ne cessons réellement de faire ce qui n'existait pas avant : ce monde éternellement croissant d'évaluations, de couleurs, de poids, de perspectives, d'échelles, d'affirmations et de négations.

C'est ce poème de notre invention que les hommes pratiques apprennent, répètent, traduisent en chair, en actes, en vie courante : rien qui ait tant soit peu de valeur dans le monde présent ne possède cette valeur en soi-même, par nature — la nature n'a jamais de valeur — ; cette valeur lui a été donnée, c'est un présent, c'est un cadeau qu'on lui a fait, et ceux qui l'ont fait c'était nous.

Enfin, (et pour corriger Nietzsche que nous venons, longuement, de détourner, ou plutôt de citer) avec d'autres, mais qui nous ressemblaient.


Nous savons bien que ce petit livre, les amants, éternellement,  se le reliront en riant et en s'aimant : ce qui nous vaudra le renom suprême, qui est le renom auquel on n'a pas travaillé ; et nous remercions le ciel d'avoir voulu que nous soit dévolu de vivre — et d'en être les inventeurs, comme on dit pour ceux qui découvrent des étoiles ou des trésors — cette forme de l'amour et de la grâce, et que nos noms s'attachent à cela plutôt qu'à la célébration de l'alcool et à la considération désabusée du monde ou du passage du temps — même si nous avons beaucoup de tendresse pour Omar Khayyam et pour Debord que, toujours, également, les intempérants et les mélancoliques se reliront.
(Mais la mélancolie, on le sait, est déjà le commencement du doute, qui est lui-même le commencement du désespoir ; lui-même commencement cruel des différents degrés de la méchanceté : on sait où tout cela mène — on le voit en ce moment, et il semble que cela doive aller en s'aggravant.)


Pour finir cette présentation, nous dirons qu'il est manifeste que ceux qui portent les renversements dans la considération de l'amour apparaissent en France, toujours dans des moments historiques de grande effervescence, de grands bouleversements : avant-hier, des Courtois, croyants catholiques et chevaleresques, dans le feu des croisades ; hier, un Sade, libertin roué et pré-nietzschéen, dans le feu révolutionnaire ; aujourd'hui, des Antésades, libertins idylliques et post-nietzschéens, dans le feu des mafias de la banque, du commerce — et du nucléaire.


La noblesse de cœur (et le désintéressement) d'une certaine chevalerie aristocratique avait donc fini par se retourner en son contraire : l'apologie de la « jouissance » dans la prédation maligne et destructrice de tous et de tout, faite par certains de ses descendants libertins du XVIIIe siècle.
Maintenant que cette forme d'« idéal » s'est, à son tour, bien démocratisée — au point que chacun est séparé de son prochain comme le fauve de sa proie (ou l'inverse) — et s'est étendue à toutes les activités humaines, à un point tel que l'on sait bien que — d'une façon ou d'une autre — cela doit finir, apparaît, assez logiquement, et dans un renversement tout aussi complet, cet éloge, que nous vivons et que nous faisons, d'une autre forme de la jouissance et du rapport au monde et à l'autre.

Dans le moment présent, qui est plutôt aux catastrophes, aux bouleversements et aux carnages, que peut-il advenir d'un tel éloge?

Et dans les siècles qui viennent ?


Observons.








(Première mise en ligne : le 7 avril 2011)






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