jeudi 7 novembre 2013

Fly me to the moon... (by The Chairman of the Board...)






Il y a un avant et un après l'Avant-garde Sensualiste. Personne n'attendait les Sensualistes.
Presque uniformément le petit monde des Arts et des Lettres roulait tranquillement son train-train en fétichisant, comme d'habitude, des noix creuses, des produits sortis du rang de la misère, la décrivant et à ce titre tout à fait adaptés pour lui plaire : regardez la littérature d'aujourd'hui où seuls quelques rares résistaient et résistent encore.

Les Sensualistes tracent un grand cercle historique : il y a un avant et un après eux. Ils ne laisseraient évidemment pas cet honneur à des barbus troglodytes préhistoriques.
Ils sont comme le coup de pistolet, dont parlait Hegel dans l'Introduction à la Phénoménologie de l'Esprit, qui, en un instant, dessine le monde nouveau. Mais tout reste à faire. Et ce dont ils parlent dans un tel moment du monde paraît à tous extravagant.

Bien qu'ils citent les uns et les autres ou les détournent ou y reviennent souvent, en fait rien ne les intéresse guère que le signe qu'eux-mêmes tracent.

Comme ils ont parlé des Courtois, on rappelle le platonisme qui les inspirait, et du coup on ramène cette vieille histoire d'androgyne qui aurait été scindé en deux, et de l'amour qui serait la réunification de cette unité perdue ! Nous ne garderons que ce qui, dans l’esprit des Courtois, nous convient et qui a pu nous inspirer ; et tant pis pour le reste ! C’est la voie du détournement : sans ambages et sans respect.

La théorie de l’amour des Libertins-Idylliques n'a rien à voir avec ces fadaises “arrière-mondistes” basées sur le mythe de l’androgyne. Ce que les Libertins-Idylliques aiment dans l’amour c’est, comme toujours, la rencontre, le miracle et la puissance, l’œuvre d’art ! Et non la pré-écriture, la pré-destination.

Les Libertins-Idylliques croient à l'amour à peu près comme Mr. Arkadin, le héros incarné par Orson Wells, croyait à l’amitié, qui avait rêvé d’un certain cimetière où toutes les pierres tombales portaient des épitaphes bizarres, 1822-1826, 1930-1934, et qui correspondaient en fait au début et à la fin d'une amitié, elle-même comprise comme la vraie vie.
Les Sensualistes ne sont pas loin de partager ce même point de vue mais à propos de l'amour, celui qui vous entraîne à défaire et à refaire le monde, tel que je le fais en ce moment, celui qui vous fait arriver des aventures; celui qui entre dans votre vie et vous prend ; celui qui entreprend.

Buvons à l’amour !

Donc les Sensualistes croient que dans l'amour, enfin dans la relation charnelle amoureuse, plutôt dans l'acmé de la relation charnelle amoureuse on jouit en comme-un et que l'on est, au moins, trois : soi-même, l'autre et le monde, et qu'un moment après — mais est-ce un moment ? — on n'est plus qu'un, mais qu'en même temps chacun est dans ce moment la vérité de lui-même et plus fort et plus puissant, plus abandonné que jamais : la force, la puissance, l'amour et la douceur, l’abandon qui s'expriment à travers vous ne sont pas vous, et pourtant c'est vous-même porté à l'acmé de vous-même ; le monde ne peut pas être aussi beau et aussi bon, et pourtant de toute éternité et pour toute l’éternité il existe pour être aussi beau et aussi bon, et là est sa vraie réalité.

Dans l'amour les Sensualistes aiment la puissance, l'unité des puissances, la comme-union des puissances : celle des amants et celle de l'univers. Et la beauté qui en résulte. Rien de moins. Sinon à quoi bon aimer ?
C'est la puissance même du monde qui s'exprime là, à travers chacun et à travers le monde. Où est l'unité perdue, où sont les retrouvailles ? Ce qui s'est fait ainsi peut à tout instant se défaire.

C'est seulement le monde comme volonté de puissance orgastique, comme volonté de puissance jouissante, extatique, qui danse là.
C’est humain. C’est la vie.

Pourriez-vous expliquer cela à n’importe quelle autre créature sur cette planète qu’elle n’y comprendrait rien. Par contre, vous, vous comprenez.

Le rire n’est pas le propre de l’Homme, c’est la jouissance — qui aime tant le rire —, la jouissance amoureuse qui l’est.

Au fond tout le monde le sait.

Mais il faudrait changer la vie et réinventer l’amour...

Les poètes ont tendance à se répéter.





R.C. Vaudey




Avant-garde sensualiste I Juillet/décembre 2003





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