jeudi 8 juin 2017

Plaisir des larmes — Catharsis galante







Nous nous aimons
Jouissant de concert
Dans la Joie
Les beaux cris et les larmes
Mais aussi
Jouissant au concert
Dans la joie
Les bravi et les larmes
Pleurant de toute notre âme
Sans nous regarder
À la fin de Didon et Énée
Transportés par Purcell
Que nous avions enfin rejoint
Bravant les cataractes
Et cette terrible nuit
De fin d’après-midi
Que faisait l'orage
Avant de déboucher
Dans cette pure Merveille
Comme une oasis de lumière et de Beauté
Au milieu d'un monde climatiquement dérangé
Pris dans sa folie planétaire

Les yeux encore baignés de larmes
Sortant dans la douceur revenue du soir
Bouleversés
Enthousiasmés
On croisait d'inquiétants barbus endjellabalisés
Du genre de ceux dont on apprendrait
Le lendemain
Que tandis nous jouissions de Purcell
Ils poignardaient avec rage
À Londres
Pas très loin de l'endroit
Où avait été donné cet opéra
La toute première fois


Cherchant pourquoi cela me touchait tant
Je me souvenais enfin
Qu'il y a trente ans
J'avais enjambé des rangs de spectateurs
Couru et bondi sur une scène
Pour détourner et désarmer
D'un implacable mouvement de aïkido
Un taliban afghan illuminé
Armé de son Pech-qâbz
Décidé à massacrer
Une danseuse balinaise
À ses yeux le diable incarné
Sur laquelle il s'était jeté

Et je réalisais alors seulement
En pensant aux morts
Et aux blessés
Et aux vies
Définitivement meurtries de ces derniers
Ce que j'avais fait
Et pourquoi la danseuse m'avait tant remercié
De lui avoir sauvé la vie


Plus tard, je relisais ce que j'écrivais deux jours auparavant
Au réveil de l'amour
Sortant tout juste de notre lit
Où nous aussi nous déchaînions des cataractes
Notre lit… cette pure Merveille
Comme une oasis de lumière et de Beauté
Au milieu d'un monde climaxtiquement dérangé
Pris dans sa folie planétaire  :


Pure magie
Coin de Paradis
Vous avez quelque chose d'un ange
Héloïse Angilbert









Journal d'un Libertin-Idyllique (Illuminescences) 2017






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