mardi 6 décembre 2011

La société de l'Injouissance (suite)

(Suite du texte précédent.)




Bien entendu, je ne tomberai pas dans l'erreur simplificatrice et aussi anti-humaine et anti-poétique de réduire totalement et absolument la vie amoureuse de ce temps du Spectacle intégré, quasi autogéré, de ce Temps de l’Injouissance, à ce simple micmac caractériel, même combiné avec les tactiques manœuvrières impliquées par les exigences de la survie, ni même recombiné et redessiné par les diktats et les insinuations hypnotiques du Spectacle, puisque à côté des chaînes d'émotions négatives du même ordre qui remontent au plus loin dans la vie de chacun, il y a évidemment celles des émotions positives, et que c'est bien sûr sur les moments de compréhension, de partage, d’intelligence, de jeu, d'éblouissement, sur ces moments qui ont vu la sensation, l'émotion le relier aux autres humains et au monde, sur ces moments d'échange et de joie partagée que peut se construire, pour chacun, sa capacité au bonheur dans la vie c’est-à-dire sa capacité à la découverte et à l’exploration – spontanée ou sciemment mûrie – de la génitalité poétique, extatique.


Ainsi la beauté de certaines rencontres et de certains moments du présent peut – lorsque la vie offre cette chance – stimuler la chaîne des émotions positives du passé, les beautés vécues antérieurement ; on dispose alors de toute son énergie, on est sans ambages, direct, on construit de belles situations, on vit l'amour, l'amitié, sur ces bases vraiment humaines, on laisse libre cours au meilleur de soi-même et, ce faisant, on découvre ce qu'il est vraiment, on découvre des territoires nouveaux de soi-même, on se découvre, on découvre ce que peuvent être l'amour, l'amitié, l'intelligence, le monde à ce moment unique et passager, neuf, de notre vie, on explore la vie au lieu de supporter et de revivre d'une façon plus ou moins difficile, plus ou moins déguisée, le passé ; alors on peut mettre en jeu, tout ce que l'on sait, ce que l'on est, et on a  toujours raison de le faire. Alors les mécanismes individuels de "l'effacement des limites du vrai et du faux par le refoulement de toute vérité vécue individuelle sous la présence réelle de la fausseté qu'assure l'organisation de l'apparence" cèdent devant la puissance poétique individuelle se déployant.


A.S. 2