dimanche 24 décembre 2017

Mystiques par excellence







Cher ami,




Il me semble futile de discourir sur les mérites comparés des extases mystiques du bouddhisme, du tantra, du soufisme, de celles des sadhus shivaïtes, de Sainte Thérèse d’Avila, de Saint Jean de la Croix, des Libertins anciens Libertins Spirituels inclus, qui n’étaient après tout peut-être que des paillards , des quiétistes etc. : pour nous, les plus belles extases mystiques sont celles que nous vivons : contemplatives galantes, et poétiques ; et c’est à elles seules que nous devons accorder notre attention. En espérant toujours, dans l’amour, cette « harmonie sans arrière-pensée » dont parlait l’homme du petit film ; et en restant ouverts à l’éblouissement toujours inattendu qui est peut-être là, dans le violon de Vivaldi qui vient de me laisser longtemps sans plus pouvoir rien dire ou écrire (clic)


Discourir sur l’indicible et sur les discours sur l’indicible est bien, mais c’est le fait des érudits et des scholiastes, dont c’est la profession, — profession qu’ils ont choisie en rapport avec leur tournure de caractère : ni l’érudition ni la glose ne présentent d’intérêt pour nous, ni ne sont compatibles avec nos « grands caractères », pour le dire comme Rimbaud.  

Si un homme est un Libertin-Idyllique, il en sait toujours assez long, et s'il ne l'est pas, il peut bien savoir tout ce qu'il veut, cela ne peut que lui nuire. La seule chose qui compte, c’est que nous accédions encore et toujours à notre « déité », pour le dire cette fois comme Maître Eckhart : ce qui importe, ce n’est pas de parler de l’extase mais d’en être fulguré : en montant l’océan à cru (en bodysurfant — nu, ou presque — les vagues) ; en dévalant les pentes enneigées ; en vagabondant par les chemins ; en rallumant un feu dans une cheminée ; en écoutant Vivaldi, Couperin ; ou au réveil du sommeil d’amour. Ce que nous pouvons espérer, c’est que se réveille toujours chez nous — tout en faisant soudainement taire le reste — ce qui fait de « l’Homme un Dieu ; une histoire d’amour ». Et j’avoue que pour cela notre extatisme — galant me paraît la plus aimable des voies du monde.

Enfin, aujourd’hui, réjouissons-nous du fait qu’il y a un peu plus de deux mille ans, un authentique mystique soit né. Pour ceux qu’une telle affirmation pourrait choquer, j’ai pris soin de demander à Georges Hougaulle ce qu’il en pensait : G. Hougaulle m’a immédiatement signalé un article paru dans La Croix, c’est dire, signé du Père Jean-Paul Sagadou, assomptionniste, article où je lis : « Ainsi, si on définit à gros traits le "mystique" comme celui qui vit l’expérience de Dieu, il est clair que Jésus est un mystique, le mystique par excellence. »

Debord avait fait publier par Champ libre « Le meurtre du Christ », de Wilhelm Reich ; je retrouve ce livre dans ma bibliothèque ; je l’ouvre au hasard, et je lis, page 290, « l’humanité se donne en spectacle ». En quelques milliers d’années de règne des marchands du temple et d’ailleurs et de leurs compères esclavagistes — soutenus par toutes les milices de toutes les bigoteries, religieuses, politiques, « économiques » du monde —, l’Humanité a perdu son âme, c’est-à-dire le contact avec sa « déité » : c’est maintenant le règne de ce que j’ai appelé l’Injouissance ; et donc l’Enfer est vide : tous les démons sont ici. Les rabbins ont fait crucifier le Christ, l’inquisiteur général du royaume de France, Guillaume Humbert, a fait brûler vive Marguerite Porete. Sans compter tous les autres : restons discrets.

Vivons la poésie : l’I.A. peindra les tableaux que nous n’avons pas peints : elle le fait déjà pour Rembrandt (clic)   ; elle écrira de la même façon nos thèses philosophiques : il n’est plus temps de prendre du speed et du whisky pour pondre des thèses de « 600 pages » ; elle pourra même écrire des aphorismes que nous aurions pu écrire, et des poèmes sensualistes à n’en plus finir, mais nous seuls pouvons les vivre après un bouleversement, une épiphanie, un miracle.

Seule l’extase est spécifiquement humaine (c’est-à-dire divine), on s’en rendra compte bientôt, et on comprendra pourquoi nous avons parlé d’avant-garde sensualiste.

La musique a eu ses castrats (des êtres globalement diminués pour développer à l’extrême certaines de leurs fonctions) ; la division du travail, l’art commercial et les sciences, de toutes les sortes, ont depuis toujours les leurs. Les castrats de la musique ont disparu au début du XXe siècle. Le siècle suivant verra peut-être la disparition des autres.


Bon, je te laisse : je vais voir si je ne trouve pas l’Illumination dans le champagne rosé.



Bon Noël,



R.C. Vaudey



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