mercredi 29 août 2012

Perdre terre — dans le ciel — avec les dames...





Poésies III




Les idées s'améliorent. Le sens des mots y participe. Le plagiat est nécessaire. Le progrès l'implique. Il serre de près la phrase d'un auteur, se sert de ses expressions, efface une idée fausse, la remplace par l'idée juste. 








« La fidélité affermit les grandes passions », a écrit, justement, Porter.


 *


La plus fausse de toutes les philosophies est celle qui, sous prétexte d’affranchir les hommes des dangers de l’amour, leur conseille la légèreté, le cynisme et l’oubli de leur cœur.


*


Monsieur V. faisait remarquer à madame de F. que l’on connaissait déjà du temps de Chamfort le rapport qui existe entre l’abandon à la jouissance amoureuse, le divin sentiment océanique et le sentiment amoureux puisqu’il a rapporté ce qui suit — dans ses Caractères et anecdotes :


« — Une femme disait à M.... qu’elle le soupçonnait de n’avoir jamais perdu terre avec les femmes : "Jamais, lui dit-il, si ce n’est dans le ciel". En effet, son amour s’accroissait toujours par la jouissance, après avoir commencé assez tranquillement. »


« Quel homme, aujourd’hui, oserait évoquer le ciel à propos de ses jouissances ! » disait monsieur V., en conclusion.


« La ruine d’un monde encore contemplatif et pastoral, son remplacement par la guerre permanente menée par les moyens de la Banque, de la Technique, de l’Industrie et du Commerce — telle qu’elle s’est, et qu’elle a été, embrasée au 19e siècle —, deux conflits militaires mondiaux — au XXe siècle — sont passés par là ! » lui répondait-elle.






Le 30 août 2012






mardi 21 août 2012

AU LOIN D'OÙ SE JACASSENT





Au loin d'où se jacassent
 Des arguties
 D'où se ravagent
Des barbaries
Nous voguons
Dans l'immense océan
D'un mouvement lent et profond
Qui irradie en séismes
Tout du long


Nous n'allons nulle part
Nous creusons l'Abîme
Merveilleusement
Infiniment


Vous
À l'astrolabe
Vous consinuez la Voie
Lactée
Déhanchée


Ardemment


Âme du Monde


Et moi
Bourlinguant
Avec le sextant
J'entrouvre
Puissamment
La vague de corail


Amoureusement


Éblouissement du Monde


Je ne vais nulle part
Je suis ancré
Infiniment caressant
Dans la vaste beauté dérivante de la pulsation du Monde
Dont j'amplifie
Sans le vouloir —
Désir aimant —
L'irrépressible tournoiement


Absolument sereinement


Vous n'allez nulle part
Avec maestria
Vous creusez aisément le maelström
Sans le vouloir —
Désir aimant –-
Que vous amplifiez
Au cœur


Du grand Cœur du Temps


Absolument sereinement


Cette voguaison sans fins
Pourquoi y mettrions-nous fin
Qui déchaîne des typhons
Qui éblouit dans le blanc
Qui s'embrase de notre amour aimant
Que pulse notre amour aimant ?


Il faut donc qu'au final
Se soulève le monde


Et nous emporte
Ce qui nous embrasse tant.








Le 28 août 2005.




R.C. Vaudey. 


Journal d'un Libertin-Idyllique (Illuminescences) 2004-2005 


jeudi 16 août 2012

Coquillages et crustacés






Comme Nietzsche et Lin-tsi arrivaient sur la plage, ils trouvèrent, au milieu des coquillages et des crustacés, abandonné, un livre — intitulé Poésies III. Nietzsche — qui lisait le français — le parcourut et lut à haute voix :


« Il y a peu d’hommes qui se permettent un usage abandonné et intrépide de leur volupté, et osent se donner à leur exultation, dans toute sa force. Le temps est venu où il faut que les meilleurs s’y abandonnent et qu’ils appliquent à tous les objets de la Morale, de la Politique et de la Société, aux principes des Sciences, des Beaux-Arts, etc. ce qu’ils en retireront, — sans quoi, on restera dans la barbarie. »


« C’est pas gagné… », dit Lin-tsi.


Nietzsche continua :


« Parvenir à mettre fin à la guerre des sexes pendant quelques siècles — in fine, et après – ou par ce fait – avoir mis fin à toutes les autres —, et permettre à l’amour de se déployer à partir de certaines exigences esthétiques et sentimentales, sera une entreprise miraculeuse et fragile. »


« Tu m’étonnes ! », fit le bonze ; et il se dirigea vers le rivage, sa planche de surf sous le bras.


Nietzsche, que cela faisait rire tant il trouvait la chose singulière, se répétait : « Mettre fin à toutes les guerres ! Et à la guerre des sexes ! ». Puis, saisissant à son tour sa planche, il suivit le moine, en chantonnant un vieil air, de Percy Bysshe Shelley — sans doute.



Between the eyes of love I call your name
Behind the guarded walls I used to go
Upon a summer wind there's a certain melody
Takes me back to the place that I know
Down on the beach

The secrets of the summer I will keep
The sands of time will blow a mystery
No-one but you and I
Underneath that moonlit sky
Take me back to the place that I know
On the beach

Forever in my dreams my heart will be
Hanging on to this sweet memory
A day of strange desire
And a night that burned like fire
Take me back to the place that I know
On the beach


 

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mercredi 15 août 2012

La plus perdue de toutes les journées



Poésies III



Les idées s'améliorent. Le sens des mots y participe. Le plagiat est nécessaire. Le progrès l'implique. Il serre de près la phrase d'un auteur, se sert de ses expressions, efface une idée fausse, la remplace par l'idée juste. 




Monsieur de F., sortant à peine d’une extase hypnagogique,

lundi 13 août 2012

LES BEAUX-ARTS AMOUREUX




Description de : “LA VIE”
et de l'installation-vidéo-théorique :  “Manifeste sensualiste”.

(Exposition : Prolégomènes à un troisième millénaire sensualiste ou non. Juin 2001.)




L'Avant-garde Sensualiste, qui redéploie le genre du manifeste et ceux de la théorie et de la poésie, redéploie également celui des arts qui doivent chanter les très riches et très “grandes heures de l'Homme”, pour parler comme Nietzsche. 

Ainsi le Manifeste Sensualiste n'a-t-il pas attendu plusieurs années après avoir été écrit pour se retrouver au centre d'une nouvelle forme d'art. À peine avait-il été rédigé qu'aussitôt nous en fîmes, dans l'esprit de celui de qui avait fait Critique de la séparation, un montage vidéo qui se présentait  ainsi :  un écran noir avec une voix off, celle d'Héloïse Angilbert, lisant le Manifeste avec, de temps en temps, apparaissant sur cet écran, des cartons (“Pour en finir avec la Séparation” etc.), quelque chose entre Hurlements en faveur de Sade (que, cette fois, l'on aurait pu nommer Feulements d'amour en défaveur de Sade), et le film La société du spectacle, ce qui était une façon, avec le titre de l'exposition pour Breton , de saluer ceux à qui nous devions en quelque sorte ce beau voyage.

Mais cette installation vidéo théorique puisqu'il faut la nommer ainsi qui était jouée dans une salle sombre était elle-même partie d'un tout qui est la vraie, et absolument inédite, réalité du Manifeste sensualiste qu'elle composait avec une autre forme d'installation réalisée, elle, d'un cube de lin écru de 3 m de côté, dans une pièce contiguë, sombre elle aussi, cube à l'intérieur duquel on apercevait par un œilleton le lit et les draps blancs défaits d'amour, éclatant de  l'extraordinaire  blancheur que leur donnait la lumière noire, et les lettres :“LA VIE” (en rose, fluorescent, bien sûr) qui montaient et descendaient et qui semblaient être responsables du grincement significatif — de ce lit — que l'on entendait, installation qui est un poème, (comme le Manifeste) mais en trois dimensions, d'une jeune femme, à l'amour, et aussi à l'amour charnel, et à leurs émerveillements ; et ce sont ces deux éléments : l'humour et la poésie du lit qui grince et de LA VIE qui danse, associés aux propos que je tiens dans le Manifeste et avec, pour y accéder (ce qui dans la réalité n'avait pas pu être vraiment réalisé), un long labyrinthe composé de draps blancs, qui constituaient une situation tout à fait neuve et poétique — au-delà des bêlements sur la fin de tout — et qui, pour ceux qui auraient pu en comprendre la portée, manifestait, chargée d'un tout nouveau sens, et tout à fait inédite par la  forme de vie et d'association qui avait présidée à son inspiration, cet art neuf — après tant d'années de famine poétique — où s'allient le très personnel et l'impersonnel dont je parlais dans les “Précisions”, où se déploie le style de chacun pour célébrer ce qui en même temps dépasse l'un et l'autre, et qui est — en même temps qu'un hymne à l'amour — un appel à la vie, à l'amour, et à leur belle révolution historique nécessaire. Un art de la longue vue. Un art de la longue vie.

Je peux décrire facilement ce à quoi ressemble l'art des sensualistes puisqu'il n'a été montré que très rarement au public.  Mais, puisque je l'ai décrit, on ne pourra pas dire plus tard qu'il était impossible de faire en ce début de troisième millénaire une forme d'art vraiment neuve, puisqu'on a vu qu'en reprenant des éléments de l'ancienne avant-garde du cinéma, ou de sa destruction, du milieu du siècle dernier, la vieille image familière et poétique du labyrinthe, le principe de l'installation — qui n'est rien si l'on n'y met pas un sens historique et personnel — et aussi, tout simplement, l'écriture, bref en combinant quelques éléments que l'on connaissait déjà, et seulement par l'interaction de ces éléments placés dans cette perspective personnelle, historique et philosophique-là, et évidemment grâce à la conjonction particulière de ceux qui les avaient réunis (conjonction qui avait d'ailleurs présidé à la création de ces éléments) on pouvait faire quelque chose d'aussi poétique qu'un koan ou une calligraphie zen que l'on devait faire, également, au sortir d'un moment de grâce ; et beaucoup dans ce que j'ai décrit de ces combinaisons d'éléments théoriques et visuels avait été fait au sortir d'un instant de grâce amoureuse —, mais placés là aussi dans un esprit de bouleversement tendre du monde.

Ceux qui voudront de leur côté s'essayer à l'existence des Libertins-Idylliques telle que je l'ai décrite dans les Précisions (“Jeunes gens, jeunes filles, quelque aptitude à l'amour abandonné et à la poésie, si beaux ou intelligents, vous pouvez donner un sens à l'Histoire, avec les sensualistes... Vivez, aimez, écrivez, créez !”), si la chance des rencontres leur sourit, et s'ils parviennent à s'en donner les moyens, trouveront eux aussi, très facilement, ces phrases de réveil d'un genre particulier dont  je parlais, dont ils pourront faire une très nouvelle et  très ancienne poésie, et aussi l'inspiration de nouvelles formes d'art pour marquer les très riches et très grandes heures de leur propre humanité et de leur propre histoire, en combinant ou non les éléments de l'ancien art du XXe siècle, qui avait commencé avec Dada sur la base du : “Rien n'est vrai tout est permis” (qui sous-entendait quelque chose de violent et de négatif), XXe siècle dont nous avons marqué le terme en retournant cette proposition en un : “Rien n'est vrai tout est possible”, où le possible est chargé cette fois de toute notre puissance et de tout notre désir poétiques créateurs positifs, XXe siècle enfin qui a donné à l'art la plus grande liberté. 

Ils pourront ainsi enrichir l'histoire encore balbutiante de l'individu et faire en sorte que l'on ne puisse plus dire que ce qui aura été important dans leur vie n'aura pas laissé de traces, et qu'elle aura été marquée, uniquement, par le Spectacle régnant; et ainsi, de proche en proche, il est possible que l'intelligence de l'Histoire et le feu de la passion et des beaux sentiments, les beaux-arts amoureux, qui améliorent si bien les mœurs, gagnent.


R.C. Vaudey. Le 12 mars 2002.
  


(Extrait d'un courrier de mars 2002 et mis en ligne dans le Bulletin numérique 1. Juillet/décembre 2003. www. avantgardesensualiste.com)

lundi 6 août 2012

Gentilhomme de fortune


Poésies III



Les idées s'améliorent. Le sens des mots y participe. Le plagiat est nécessaire. Le progrès l'implique. Il serre de près la phrase d'un auteur, se sert de ses expressions, efface une idée fausse, la remplace par l'idée juste. 




Rien n’est dit, et l’on vient à temps depuis plus de trente-sept mille ans qu’il y a des hommes qui aiment, et qui l’écrivent ou le peignent. Sur ce qui concerne les mœurs, le plus beau et le meilleur est à venir ; l’on ne peut se fier beaucoup d’après les anciens, mais seulement d’après les plus  habiles d’entre les modernes. Dont nous sommes.


*

Il faut chercher seulement à aimer divinement, et à en parler juste — si on en parle —, sans vouloir amener les autres à notre goût et à nos sentiments ; c’est une trop grande entreprise.


*

On trouve, dans les Mémoires de Guy Debord, cette phrase : « — Les gentilshommes de fortune se fient généralement peu les uns aux autres, et ils ont raison. » ; pourtant il arrive que, parmi eux, des dames accordent leur confiance à des hommes, et réciproquement : ces Poésies en sont la manifestation.




Le 6 août 2012

jeudi 2 août 2012

The Chairman of the Board



À Mme la princesse de Conti, qui lisait à haute voix un article dans un journal gauchiste, article qui faisait : 

« Dans les pays occidentaux, l'évolution du capitalisme ces 30 dernières années a provoqué une considérable augmentation des inégalités. Elle a conduit à détacher encore plus le groupe des très riches du reste de la société. Ce groupe a acquis un pouvoir énorme, qui lui permet de contrôler les grands choix collectifs. Derrière l'apparence d'une démocratie représentative, le destin de la collectivité est déterminé par un petit groupe de gens, la classe oligarchique.
Le régime oligarchique actuel se caractérise par une extension du pouvoir des acteurs économiques, bancaires et financiers. Et par un affaiblissement du pouvoir relatif de l'État. L'histoire récente l'illustre clairement, avec les exemples de la Grèce, du Portugal, de l'Irlande : ce sont désormais les spéculateurs, les banques, les fonds de pension qui décident des politiques économiques de ces pays. Le dénouement de la crise financière montre également la disproportion entre le pouvoir des États et celui des agents privés. Le système financier est sauvé fin 2008 par l'engagement des crédits et de l'épargne publics. Éviter l'effondrement du système était nécessaire. Mais on est en droit d'attendre que la puissance publique reprenne le contrôle des agents financiers qui avaient conduit à la crise par leur comportement irresponsable. »…

Mme la dauphine de Bavière, prenant la parole sans faire le moindre mouvement, répondit : « Dans les rêves ! Madame, c’est à peu près comme vouloir que les membres élus du Comité d’Entreprise d’un casino de Las Vegas eussent fait la loi dans sa direction, à l’époque de Frank Sinatra. »
Un Américain qui assistait à la scène — et qui ne goûtait pas, à sa juste mesure, la pertinence du trait — s’étonnait que Mme la dauphine ne sût pas qu’il n’y avait pas de Comité d’Entreprise, élu, à Las Vegas, à l’époque de Sinatra ; sans s’étonner qu’elle sût ce qu’était un tel comité.



Le Bureau.

Le 2 août 2012