King Fisher
… Le soir, la nuit, la canicule
On boit du vin chilien
Confit comme du sucre d'orge
Et de la bière hollandaise
Fraîche comme de la Kingfisher
On écoute Otis Redding
Pour rire
Et l’on rit
(I've been loving you… Cigarettes and coffee...)
Bon comme la théorie situ de l'époque
Où vous n'étiez pas née
On esquisse un slow
Pour rire
Et on ne rit plus
On se poursuit dans le parc
On s'embrasse
Avec
“Love and emotions”
Et Redding continue
Et nos rires
Et nos émotions avec
La nouvelle carpe est en or
Massif
Flamboyant
Notre amour aussi…
Le 29 juillet 2005.
Journal d'un Libertin-idyllique. (Illuminescences) 2004-2005.
On a réécouté Cigarettes and coffee : les derniers mots font — pour des amants — tout le programme : We don’t want nothing but joy… Nous ne voulons rien d’autre que la joie…
Parfait, pour des amants…
Sinon, repris par plusieurs, on imagine d’ici le mot d’ordre… les banderoles… la déconvenue des usuriers et des camelots… s’interrogeant, tout penauds : où sont nos camés ?...
mardi 31 janvier 2012
vendredi 27 janvier 2012
L'Éther le bleu la pulsation
Vous
m'avez laissé la langue pendante
— Après
les pourlèchements —
Ébahi
éberlué confondu
Les
yeux clos n'en pouvant plus rien voir
Mais
tout vivant dedans
Éblouissamment
Fantastiquement
Dans
l'incroyable délectation
De
votre con fondant
S'ouvrant
en sphère et me saisissant
À
la base du fût de cet arbre très étonnant
— Qui
plonge ses racines
Pour
une part
Du
plus loin de mon cerveau jusqu'à chaque extrémité de tout mon
corps
Incandescent
Et
qui de l'autre
Se
ramifie
Dans
chaque cellule de votre corps
Iridescent
—
À
la base donc du fût de cet arbre si étonnant
Que
nous formons
— Ce
doit être ce qu'on appelle L'Arbre de Vie ou encore L'Arbre de Vit —
Et
qui pulse
L'incroyable
vivant
Méduse
nous médusant
Dans
l'immense océan
Dans
lequel toujours nous baignons
Qui
est l'eau le bain nous le mouvement la danse le divin la jouissance
du Temps le Temps jouissant rien tout l'indicible ce que je dis en ce
moment le battement des ailes des papillons le souffle
De
l'Éther bleu la pulsation
L'Éther
le bleu la pulsation
L'Éther
le bleu la pulsation
Le
blanc et l'or
Ma
main qui n'est pas ma main posée sur votre nuque en caresse
L'infinie
douceur du monde nous enchevêtrant
Tandis
que pulse profondément d'une force incroyable
Délicieuse
Et
qui d'un même mouvement nous broie et nous déploie
— Arc
fabuleux et extraordinaire concélébration nous aspirant
Réinventant
ainsi
Un
perpétuel mouvement —
L'arbre
de vie que nous formons
S'enracinant
gloutonnement
Dans
la pulsation du Grand Cœur du Temps
Ce
n'est rien…
Nous
y sommes…
C'est
la perpétuité…
C'est
La
boucle émerveillante
De
l'Infini…
La
perpétuité…
Le 28 juillet 2003.
Journal d'un Libertin-Idyllique (Illuminescences) 2002-2003
.
jeudi 19 janvier 2012
Des illuminations aux illuminescences
Historique
de l’expédition :
(La
carte du tendre)
Nous
sommes partis de là...
Sensation
Dans
les soirs bleus d'été, j'irai dans les sentiers,
Picoté
par les blés, fouler l'herbe menue :
Rêveur,
j'en sentirai la fraîcheur à mes pieds.
Je
laisserai le vent baigner ma tête nue.
Je
ne parlerai pas, je ne penserai rien :
Mais
l'amour infini me montera dans l'âme,
Et
j'irai loin, bien loin, comme un bohémien,
Par
la Nature, – heureux comme avec une femme.
Mars
1870.
Des
fleuves de sensations...
(Aurore...)
Je
suis revenu mais je n'oublierai pas
Des
piliers plus que d'or
Juste
devant moi
Un
village de conte
Des
voiles d'ouate
Qui
s'en arrachent
De
grands oiseaux sur des pierres
Lisses
et miroirs à la fois
Tous
ensemble qui s'envolent
Et
se détachent sur un incendie de ciel,
Une
forêt, noire,
D'un
autre âge qui veille
4
h et demie je ne suis plus là
La
Lorelei juste devant moi
Ne
saura pas
Jamais
Et
les reflets hallucinogènes du monde dans son dos
Dans
ses mille cheveux
Et
le poids de son corps sur moi
Des
fleuves de sensations
Nouvelles
De
la mer
Se
déversent
En
moi.
Juste
retour.
(Binz.
Plage de la “Freikörperkultur”;
à l’aurore... )
à l’aurore... )
Des
illuminations aux illuminescences.
Nous
sommes donc partis de là... avec cette capacité intacte à
l’illumination qu’ont parfois encore les adolescents (à quinze
ans et demi...) que n’ont abîmés ni l’alcool, ni les drogues,
ni les orgies ordurières, ni les “romances” kitschs et délétères
; et que les routines obsédantes du monde n’ont pas encore saisis.
Ni les identifications sociales.
Nous
sommes partis de là... et, pour au moins l’un d’entre nous,
exactement au même âge que celui qui avait écrit ces vers –
presque jour pour jour.
Ni
plus ni moins.
Nous
sommes partis de là... du mirifique éveil au monde où l’on ne
parle pas, où l’on ne pense rien mais dans lequel l’amour infini
vous monte dans l’âme ; et, grâce à Rimbaud, en toute
connaissance de cause – privilège des poètes français...
Cet
éveil miraculeux au monde nous lui avons été, nous lui sommes,
toujours, fidèles ; il ne nous a jamais abandonnés ; nous ne
l’avons jamais perdu.
C’est
la base de notre aventure ; et si l’on ne comprend pas cela, on ne
comprendra rien à ce que déploient les sensualistes –
aujourd’hui. Ni à leur désaveu des sociétés, de leurs
“penseurs” et de leurs “histoires”.
Dès
ce départ, nous voulions, nous aussi, aller bien loin, “comme un
bohémien” – ce qu’il nous a fallu imposer au monde qui avait
d’autres projets pour nous, et qui ne l’entend jamais de cette
oreille (mais a-t-il seulement des oreilles ce pauvre monde ? Est-il
seulement ?)
Toutefois,
ce que nous voulions, par-dessus tout, vraiment connaître, c’étaient
cette union et cette jouissance amoureuses de l’homme et de la
femme, que Rimbaud dans ce poème présentait intuitivement, mais
avec raison, comme le lieu et la formule suprêmes où se
révèle l’amour infini qui vous monte dans l’âme, lorsque l’on
ne pense plus rien et que l’on va, dans ce monde, libre et sans
buts ; le lieu et la formule étalons, à l’aune desquels se
jugent toutes les autres illuminations poétiques (“heureux comme
avec une femme”).
Il
s'agissait de trouver cette jouissance avec l'autre sexe ; pour nous,
la femme.
Il
s'agissait donc de trouver ce qui est par-delà l’éveil, au-delà
des mots ; par-delà l'éveil à la beauté sans âge du monde
qu’offre la nature – qui nous possédait déjà, par éclairs ;
par-delà ce qu’avait noté, par exemple, le haïku. Dont l’auteur
d’une “anthologie-promenade”, en français, signalait, bien
avant nous, la pauvreté amoureuse-voluptueuse.
La
rencontre, l'appariement des sexes opposés, et la divine ardeur des
sens, loin, bien loin, comme des bohémiens, par la Nature, voilà ce
qui fut, dès l’origine, notre Graal. Au-delà du satori
“naturaliste...”
Mais
ce qui fait des sensualistes – et pour parler comme Lin-tsi – des
“pionniers d’avant-garde” contre, d’une part, la folie
rageuse du caprice névrotique souffreteux de l’injouissant
contemporain, pervers polymorphe qui s’emporte dans la pensée
techniciste et que la pensée techniciste emporte avec elle encore
davantage, et, d’autre part, contre les réactions passéistes
“spiritualistes”, y compris celle que peut représenter la fuite
dans “l'éveil”, plus ou moins schizoïde, à la nature, c’est
ce que nous avions appris également de Rimbaud qui écrivait encore
:
“La
Poésie ne rythmera plus l’action ; elle sera en avant.
Ces
poètes seront ! Quand sera brisé l’infini servage de la femme,
quand elle vivra pour elle et par elle, l’homme, – jusqu’ici
abominable, – lui ayant donné son renvoi, elle sera poète, elle
aussi !”
Le
mouvement, l’expansion, la création, le jeu, la rencontre et la
reconnaissance des êtres avec, par-dessus tout, l'amour, l’amour
charnel, comme forme supérieure d’accession à l'ouverture du
Temps poétique et à la contemplation, voilà ce que nous
recherchions. Ce que nous avons trouvé. Ce que nous offrons au
monde.
Mais,
à bien considérer les choses et le mouvement du monde, on
s'aperçoit sans trop de peine que c'est aussi ce que recherche
l'époque tout entière, ce qui est au programme “musical” de
cette saison-ci, en quelque sorte : “percer à jour le drame de la
conscience humaine afin d'apprendre à reconnaître pour les détruire
tous ses ennemis intérieurs” pour pouvoir trouver, enfin, par-delà
l'ancestrale Séparation et l'ancestrale guerre des sexes, la
jouissance du Temps et de la vie ; ce qui correspond, dans le même
mouvement, à trouver la clef des champs et des chants possibles d'un
déploiement poétique.
La
lumière.
L'aurore
pour de nouveaux siècles de Lumières.
À
venir.
De
toute façon, c’est à la pensée occidentale, celle qui a produit
le XVIIIe siècle français, que revenait le privilège de poser et
de résoudre la question du rapport voluptueux et égalitaire entre
les hommes et les femmes, et du dépassement de l’éternelle
guerre des sexes ; de liquider cette question du dépassement, d’une
part, du néo-matriarcat — qui progresse régulièrement depuis
quelques décennies et tente de nous préparer le même monde absurde
et “désenchanté” mais “fonctionnel” et régenté cette fois
– “en douceur” ou “en violence” bien castratrices – par
des pondeuses, le plus souvent anciennes agitées de la misère
sado-masochistement sexualisée... — dominé par cette vieille
folie des femmes du patriarcat — résultat de leur assujettissement
à la folie des hommes ; et donc de leur castration à la volupté et
de leur injouissance consécutives — faite de manipulation
narcissique de l’enfance, de régression dans l’analité sadique,
de masochisme pleurard et vengeur, d’hystérie spirite, et,
d’autre part, du patriarcat — résultat de la folie des
fils, des frères et des maris des premières – rendus fous par,
entre autres choses, la folie de leurs femmes, de leurs sœurs et de
leurs mères – et faite de manipulation narcissique de l’enfance
et du reste, de régression dans l’analité sadique, de masochisme
théâtral et vengeur, et donc de leur castration à la volupté et
de leur injouissance consécutives —, patriarcat qui, lui, a
bientôt fini de transformer cette planète en un charnier et une
poubelle invivables : la fameuse “poubelle de l’Histoire”...
Supériorité
française selon Céline : “... le marivaudage, croyez-moi, est
notre bien ultime aimable clef !... Amérique, Asie, Centre-Europe
ont jamais eu leurs Marivaux... regardez ce qu'ils pèsent,
éléphantins ! balourds maniéreux !....” (D’un château
l’autre).
Avant-garde
Sensualiste 3. (Janvier 2005-Juin 2006)
.
dimanche 15 janvier 2012
RIEN... VRAIMENT...
Vous
me saisissez au cœur et au corps…
Rien…
Vraiment…
Ne
peut se comparer aux subjugations
… Ô
subjugations…
De
l'étreinte exclusive
Où
m'entraîne en vous tout mon amour aimant
C'est
l'attraction irrésistible
– Bel
amour –
Du
haut en bas de tout mon corps…
C'est
un pur saisissement
Rien
dans la sensation
Rien
Vraiment
Aucune
des excitations
De
ce que l'on nomme le sexe
Ni
aucune de toutes les ivresses
– Et
il n'en est presque aucune que je ne connaisse –
Il
n'est rien
Qui
se puisse comparer à ce bouleversement
À
cet emportement de tout
Qui
me pénètre et m'emporte
Quand
à votre instance je vous pénètre et que nous emportent
L'ardeur
exquise et divine
L'ivresse
délicate et profonde
Des
profondeurs et des cimes
Le
long cheminement
Me
défaisant
Dans
la sphère liquide où respire et palpite
L'or
du Temps
Nous
accédons à cet Intense
Toujours
nonchalamment…
Le
grand calme de notre vie
Dans
ces après-midi
Nous
voit aller tranquillement
Vers
ces extases mirifiques
Ces
fabuleux anéantissements
Ces
prodigieux éblouissements
De
l'or du Temps
Nous
avons vraiment trouvé la mine
Et
nous nous y promenons à l'envi...
Négligemment…
Partout
ailleurs le monde expire
Du
souffle blême et méphitique
Des
vieilleries historiques
Et
des inaccessibles solitudes rageuses
Aux
désespoirs aguichants
Et
des gestes vides et séduisants
En
attraction ou en répulsion
Des
spectateurs
«
… Comme des suppliciés que l'on brûle
Et
qui font des signes sur leurs bûchers… »
Et
ils s'enfoncent dans la terreur et la mort
Les
tourments la souffrance le mauvais sort
La
famine ou la misère de tout
Boulimiques…
Pourtant
Le
monde est une pure extase
D'amour
tendre et incandescent
Et
nous y accédons sans y penser davantage
Et
tout commence par un baiser
Ardent
Le
21 avril 2002.
Journal
d'un Libertin-Idyllique (Illuminescences) 2002-2003
jeudi 12 janvier 2012
Le génie de l’allégresse voluptueuse
LE
PROGRAMME HORS DU COMMUN. (Suite)
Voix
1 :
Mais
qui sont donc ces sensualistes qui dans un tel enfer parlent de la
“sexensualisation” du monde?
Rimbaud
:
Ce
sont les conquérants du monde
Cherchant
la fortune chimique personnelle ;
Le
sport et le comfort voyagent avec eux ;
Ils
emmènent l’éducation
Des
races, des classes et des bêtes sur ce Vaisseau
Repos
et vertige
A
la lumière diluvienne
Aux
terribles soirs d’étude.
Le
Chœur des Libertins-Idylliques :
Les
sensualistes reviennent – pour ce qui est de la question de cette
présence-absence “poétique” au monde, “où l’on ne parle
pas, où l’on ne pense pas” – à une forme de pragmatisme sans
affaires tel qu'on le trouve parfois exprimé chez les anciens
Chinois ; mais ce qui dérange le plus dans la façon qui est la leur
c'est que non seulement ils affirment que cette affaire-là est une
histoire sans paroles, qui s’offre ou ne s’offre pas –
et à laquelle rien ne prépare vraiment : ni l'étude des traités,
ni les contorsions physiques, ni les longues méditations (ce qui
chagrine déjà beaucoup de monde...) –, mais qu'en plus, non
contents de rejeter l'ascèse (ce qui met hors d'eux les souffreteux
masochistes... et qui ne l'est pas un peu) et de se moquer des
exégètes (ce qui a le don d'exaspérer ceux qui trouvent là un
moyen d’occuper le mauvais temps ou de libérer un peu de
ressentiment... et qui n'en a pas un peu), ils prétendent tout au
contraire que si quelque chose peut bien amener le poétique à vous
saisir, ce serait plutôt le génie de l’allégresse
voluptueuse, l’expérience de la beauté et de la volupté, de
l'insouciance et de la légèreté, si possible amoureuses,
l'idylle, telle qu'ils l'entendent, la construction heureuse des
situations, et tout ce qui y prépare ou les permet ; bref, pour
presque tout le monde, sectateurs de l’Ouest ou de l’Est, de
l’Europe, de l’Orient ou de l’Extrême-Orient : le scandale
et l’abomination !
Rimbaud
:
Eux
chassés dans l’extase harmonique,
Et
l’héroïsme de la découverte.
Aux
accidents atmosphériques les plus surprenants,
Un
couple de jeunesse s’isole sur l’arche
– Est-ce
ancienne sauvagerie qu’on
pardonne
? –
Et
chante et se poste.
Le
Chœur des Libertins-Idylliques :
En
attendant le coup de grâce qui clôt le bec et laisse sans
paroles et sans pensées, perdu dans la source profonde, et
puisqu'il faut bien s'occuper en attendant l'ouverture du Temps
poétique, les sensualistes laissent les uns à leurs exercices, les
autres à leurs études, d'autres encore à leur ivresse profonde,
et, pour leur part, c'est dans le jeu léger ou ardent qu'ils aiment
à se laisser surprendre.
Lin-tsi
et Casanova, Tchouang-tseu et Nuage-Fou, Nietzsche et
Rimbaud (qui donne le “la” et le “là”) ! Voilà
le cocktail, my dears !
Les
Upanishads :
Si
quelqu'un ne voit rien d'autre en dehors de soi-même, n'écoute rien
d'autre, ne connaît rien d'autre, voilà la grandeur ; si quelqu'un
voit, écoute, connaît quelque chose d'autre, voilà la petitesse...
Dans
notre monde on appelle grandeur l'abondance de vaches, de chevaux,
d'éléphants, d'or, d'esclaves, de femmes, de champs, de terres.
Mais ce n'est pas cela que j'entends, ce n'est pas cela que j'entends
parce qu'alors une chose toujours se fonde sur l'autre...
"...
La grandeur, le bhu-man, se découvre en soi-même, dans le
pivot intérieur de la vie."
Cette
grandeur est tout ce qui existe... Celui qui pense ainsi, médite
ainsi, connaît ainsi... celui-là est le seigneur absolu. Il peut
tout ce qu'il veut dans tous les mondes. Ceux qui pensent autrement,
sont dépendants et voués aux mondes qui périssent.
Debord
:
Rien
n'est plus naturel que de considérer toute chose à partir de soi,
choisi comme centre du monde ; on se trouve par-là capable de
condamner le monde sans même vouloir entendre ses discours
trompeurs. Il faut seulement marquer les limites précises qui
bornent nécessairement cette autorité : sa propre place dans le
cours du temps, et dans la société ; ce qu'on a fait et ce qu'on a
connu, ses passions dominantes. “Qui peut donc écrire la vérité,
que ceux qui l'ont sentie ?”
Lin-tsi
:
Jeunes
gens, jeunes filles, il y a certains chauves qui appliquent leur
effort à l'intérieur, s'imaginant chercher en eux une voie de
sortie du monde. Ils se trompent ! Chercher le Bouddha, c'est perdre
le Bouddha ; chercher la voie, c'est perdre la voie ; chercher les
patriarches, c'est perdre les patriarches. Ne vous y trompez pas,
vénérables ! Je ne tiens pas à ce que vous expliquiez les Textes
ou les Traités, ni à ce que vous soyez de grands sujets du roi, ni
à ce que vous discutiez intarissablement comme cascades, ni à ce
que vous fassiez preuve d'intelligence et de sagesse. Tout ce que je
veux, c'est que vous ayez la vue juste.
Belle
jeunesse, mieux vaut être un maître sans affaires, que de savoir
interpréter cent volumes de Textes ou de Traités, ce qui conduit à
mépriser les autres, tels les Asura qui ne pensent qu'à être
victorieux ou battus. L’inscience, qui fait croire à la
personnalité et au moi, nourrit des actes ayant pour fruit l'enfer.
C'est ainsi que le moine Bonne-Étoile, qui connaissait le Dodécuple
Enseignement, tomba vivant en enfer ; la terre n'avait plus de place
pour lui. Mieux vaut être sans affaires et se mettre au repos ;
“Lorsque
vient la faim, je mange mon grain ;
Quand
vient le sommeil, je ferme les yeux.
Le
sot se rit de moi ;
Le
sage me connaît.”
“Jeunes
gens, jeunes filles, ne cherchez rien dans la lettre ! Vous vous
fatigueriez l'esprit ; vous inhaleriez sans profit de l'air froid.
‘Mieux vaut ne laisser naître aucune pensée de production
conditionnée : on dépasse ainsi et les Trois Véhicules et les
Bodhisattva avec toutes leurs études qui ne sont qu'expédients.’
Rimbaud
:
Personne
à Aden ne peut dire du mal de moi. Au contraire. Je suis connu en
bien de tous, dans ce pays, depuis 10 années.
Avis
aux amateurs !
Quant
au Harar, il n'y a aucun consul, aucun poste, aucune route ; on y va
à chameau, on y vit avec des nègres exclusivement. Mais enfin on y
est libre, et le climat est bon.
Telle
est la situation.
Le
Vieux :
Connais
le masculin.
Adhère
au féminin.
Soit
le Ravin du monde.
Quiconque
est le ravin du monde,
La
vertu constante ne le quitte pas.
Il
retrouve l'enfance.
Connaît
le blanc.
Adhère
au noir.
Soit
la norme du monde.
Quiconque
est la norme du monde, la vertu constante ne s'altère pas en lui.
Il
retrouve l’illimité.
Voix
1 :
Mais
cette vraie vie comment se manifeste-t-elle, pratiquement ?
Rimbaud
:
(énonçant la voie parfaite...)
(énonçant la voie parfaite...)
C'est
le repos éclairé, ni fièvre ni langueur, sur le lit ou sur le pré.
C'est
l'ami ni ardent ni faible. L'ami.
C'est
l'aimée ni tourmentante ni tourmentée. L'aimée.
L'air
et le monde point cherchés. La vie.
Voix
1 :
La
beauté se perd-t-elle
dans
le tourbillon de la vie ?
Voix
2 :
NON
!
Nous
affirmons la magnificence du monde !
Nietzsche
:
Si
nous disons oui à un seul instant, nous disons oui, par-là, non
seulement à nous-mêmes, mais à toute l'existence. Car rien
n'existe pour soi seul, ni en nous, ni dans les choses, et si notre
âme, une seule fois, a vibré et résonné comme une corde de
joie, toutes les éternités ont collaboré à déterminer ce seul
fait – et dans cet unique instant d'affirmation, toute l'éternité
se trouve approuvée, rachetée, justifiée, affirmée.
Rimbaud
:
J’ai
tendu des cordes (de joie) de clocher à clocher ; des
guirlandes de fenêtre à fenêtre ; des chaînes d’or d’étoile
à étoile, et je danse.
Le
Chœur des Libertins-Idylliques :
Les
sensualistes proposent, pour accéder à cette autre attitude au
monde, que le dépassement tant de l'esprit techniciste et prédateur
que le retour des fadaises “spiritualistes”, “religieuses” ou
“mystiques” nécessite, le génie de l’allégresse de la
volupté, l'empire des sens, la jouissance tendre,
amoureuse-abandonnée, la musique, les chants, l’art, la beauté
des situations, des lieux, des mets, des vins, des hommes et des
femmes, de l'âme des hommes et des femmes, quelque chose du XVIIIe
siècle (français, vénitien ?), donc, surtout le dépassement de
l'antique guerre des sexes, la refonte du monde par la poésie – en
avant – et, sur cette base essentielle, la tendresse, les jeux,
les extases de l'amour compris comme voie royale à la jouissance
de l'or du Temps, c'est-à-dire une attitude
contemplative-active, mystique-sensualiste, en un mot
voluptueuse-émerveillée.
Rimbaud
:
Quand
nous sommes très forts, – qui recule ? très gais, – qui tombe
de ridicule ? Quand nous sommes très méchants, – que ferait-on de
nous ?
Parez-vous,
dansez, riez. – Je ne pourrai jamais envoyer l’Amour par la
fenêtre.
Voix
2 :
Il
s’agit donc de faire l’Action paradoxale, de planter le
grand Arbre de Vie, onduleux, et inutile au commun, dans les
vastes jardins de l'Infini amoureux, pour se prélasser dessous sans
rien faire ou dormir, insouciant, à son pied ?
Voix
3 :
Il
s’agit !
(A.S. 3)
vendredi 6 janvier 2012
Amants de l'amour dans un monde qui croit à la prostitution...
LE
PROGRAMME HORS DU COMMUN.
Nietzsche
:
Qu'un
homme résiste à toute son époque, qu'il l'arrête à sa porte et
lui fasse rendre compte, cela exerce forcément de l'influence !
Qu'il le veuille, peu importe, qu'il le puisse voilà le point.
Breton
:
Le
Dieu qui nous habite n'est pas près d'observer le repos du septième
jour.
Le Chœur des Libertins-Idylliques :
Dans
l'émouvant mouvement
Du
sable mouvant
Aspirant
De
votre corps aimant
De
mon corps aimant
La
dérive heureuse
Océane
L'exploration
tendre
Profonde
Détachée
du Temps
Des
méandres voluptueux
De
la sensitive
Explosive-fixe
Chaque
mouvement, chaque retrait, chaque pénétration, chaque constriction
aspirante
Nous
découvre les terres fermes
Les
grottes sous-marines du Grand Cœur du Temps
La
main dans la main nous découvrons les enchantements de vos Palais
Idéaux
Aquatiques
Je
suis le plongeur qui dérive
Vers
votre cœur
Sans
hâte
Amplement
Vous
êtes l'océan
La
houle tous les deux
Nous
prend.
Breton
:
L'idée
de l'amour allait droit devant elle sans rien voir; elle était vêtue
de petits miroirs isocèles dont l'assemblement étonnait par sa
perfection. C'étaient autant d'images de la queue des poissons,
quand, de par leur nature angélique, ceux-ci répondent à la
promesse qu'on peut se faire de toujours se retrouver
Le
Chœur des Libertins-Idylliques :
Notre
aura bleue
Liserée
d'or
Cette
vapeur bleutée
Entourant
nos corps
Au
paroxysme
-–
Savouré puissamment dans le ravissement étonné -–
Du
plus ardent du plus doux du plus pénétrant
Du
plus éblouissant du plus irradiant
Mouvement
De
leur corps à corps
Si
loin de tout
De
mes yeux si lointains
Je
l'ai vue
Puissance
altière
La
vôtre la mienne
Sensations
en excès délicieux
Extraordinaire
ardeur printanière
En
renouveau d'excès voluptueux
Délices
débordés sentimentaux
Tout
concourait
Il
est vrai
-–
Ton con court et
Ardent
De
feu et d'eau
Mon
sexe turgescent
Long
et lent
Vif
et ardent
Parfaitement
Et
tous leurs emportements -–
Tout
concourait excessivement
À
cette palpitation de bleu et d'or
Irisant
En
brume divine
Nos
corps
Éternité
du Temps
Rien
ne passera
Et
souvent des amants
Dans
la suite du Temps
Relisant
cela
S'embrasseront
S'embraseront.
Pour
l'heure
Tout
à notre gloire
Tout
alanguis de ces rayonnements
Après
avoir traversé la terre
De
notre sommeil si lourd et si bon
Excessivement
Nous
restons sans paroles et sans force
Dans
la langueur attendrie du soir
L'amour
est le feu ardent
La
vie même
Son
éblouissement
Y
demeurer
Décidément.
Breton
:
L'aurore
boréale en chambre, voilà un pas de fait ; ce n'est pas tout.
L'amour sera. Nous réduirons l'art à sa plus simple expression qui
est l'amour...
Marcel
Duchamp (s'adressant au public…) :
Je
n'ai pas connu d'homme qui ait une plus grande capacité d'amour. Un
plus grand pouvoir d'aimer la grandeur de la vie et l'on ne comprend
rien à ses haines, si l'on ne sait pas qu'il s'agissait pour lui de
protéger la qualité même de son amour de la vie, du merveilleux de
la vie. Breton aimait comme un cœur bat. Il était l'amant de
l'amour dans un monde qui croit à la prostitution. C'est là son
signe.
...
La
grande source d'inspiration surréaliste, c'est l'amour. L'exaltation
de l'amour électif, et Breton n'a jamais accepté que quiconque du
groupe, par libertinage, démérite de cette idée transcendante. Il
l'a écrit : “J'ai opté en amour pour la forme passionnelle et
exclusive, contre l'accommodement, le caprice et l'égarement...”
...
Qui
plus que lui a médité sur la dérision du bonheur humain, a médité
sur les causes de conflit et d'antagonisme qui pourraient surgir,
même lorsque la société sans classes sera instaurée ; qui mieux
que lui a frôlé la grande explication surréelle de la vie; cette
prise de conscience totale d'une vérité sans frontières, qui a
plus aimé que lui, ce monde en dérive ?
.
jeudi 5 janvier 2012
Accord...
Le
problème dans la volupté, ce n'est pas la puissance individuelle —
ou la délicatesse : c'est l'accord des puissances ; l'accord
des délicatesses. Et l'abandon à la puissance, l'abandon à la
délicatesse ; comme l'abandon à l'accord.
Vos
cœurs mis à nu…
Il
y a cinquante ans, un poète — que l'on qualifie ordinairement de
mineur, et qui écrivait des ritournelles — l'avait chanté : «
S'il n'entend le cœur qui bat, le corps non plus ne bronche pas ! »
En
cinquante ans, cette si simple considération semble s'être perdue,
dévastée, comme le reste, par les gesticulations — littéraires,
« philosophiques », « artistiques » — de l'injouissant
contemporain, régressif, pervers polymorphe.
Un
autre poète — qualifié, lui, de majeur — l'avait prédit : «
Le désert croît »
.
mardi 3 janvier 2012
Fil d'Ariane...
L'allégresse
voluptueuse
Voilà
le fil d'Ariane
Et
les draps de notre lit
Sont
tissés de ce fil
D'une
qualité très pure
Au
pays des morts-vivants
Qui
balancent
Dangereusement
Entre
violence
Cynisme
Et
mépris
Ils
nous font une voile
Que
dilate
Surabondamment
Le
souffle ardent
Suave
Et
mêlé
Des
déclarations
Qu'exaltés
de tendresse enflammée
Nous
nous soupirons
Et
qui nous transporte
Sur
l'Océan-Présence
Au
monde
Où
l'on habite
Depuis
qu'on se connaît
(Le
20 octobre 2005.)
R.C.
Vaudey. Journal d'un Libertin-Idyllique. (Illuminescences)
2004-2005
.
La société de l'Injouissance (suite)
(Note
du 2 janvier 2012 : ce qui change et demeure, en se délocalisant
peut-être, en 2012.)
15.
Bien
entendu, ces mécanismes individuels de l'effacement des limites du
vrai et du faux par le refoulement de toute vérité vécue
individuelle sous la présence réelle de la fausseté qu'assure
l'organisation de l'apparence (d'abord dans la famille, et
socialement ensuite), qui favorisent finalement l'effacement des
limites du Moi et du monde, par cet avortement du Moi qu'a
assiégé et qu'assiège la présence-absence du monde, n'expliquent
pas, seuls, le monde tel que nous le voyons : les structures
sociales, l'enrégimentement et la division du travail, avec la
violence scientifique, technologique, guerrière, sociale,
architecturale, relationnelle, qui sourd d'eux comme leur fiel
évident, et dont ils sont, tout aussi bien, le fruit,
complètent le tableau de l'aliénation, à chaque génération
répétée, de l'individu.
16.
La
société de l'Injouissance, c'est l'exploitation de ce filon
immense de la souffrance et de la misère matérielles,
caractérielles, poétiques, amoureuses, intellectuelles,
relationnelles et sociales, refoulées, et du ressentiment, et de
leurs manifestations réactives-infantiles qui se débondent, pour
s'ignorer, dans la consommation des marchandises et des comportements
sociaux spectacularisés.
17.
Le
passage de l'exploitation de la force de travail à l'exploitation de
ce filon, à l’exploitation de cette souffrance et de cette misère
transformées en potentiel de consommation, ce passage d'un type
d’exploitation à un autre représente un saut “qualitatif”
historique (pour la première fois il ne s’agit pas de produire du
surplus mais d’écouler du surplus) qui nécessite une mise
au point théorique : jusqu'à la première moitié du XIXe siècle,
la production était majoritairement réservée aux classes
dominantes, et même jusqu'à la fin de la première moitié du XXe
siècle, on pouvait, en s'abusant un peu, le croire encore.
La
deuxième partie du XXe siècle a vu le développement, totalement
évident pour tous, de la société spectaculaire-marchande : “le
capital à un tel degré d'accumulation qu'il en devient image” ;
et on a pu comprendre ce fait que l'essentiel de la production (tous
les biens de consommation mais aussi l'architecture, l'aménagement
du territoire, les loisirs etc.) étaient maintenant destinés
d’abord aux pauvres, comme le notait ainsi Guy Debord en 1967 :
“Pour la première fois une architecture nouvelle, qui à chaque
époque antérieure était réservée à la satisfaction des classes
dominantes, se trouve directement destinée aux pauvres.”
18.
La
définition de la société de l'Injouissance comme
exploitation du ressentiment et des fantasmes nés de la misère de
la vie, des mœurs et du caractère, et de la division du travail
(ancienne et actuelle) — ce qui (combiné avec l’imprégnation
par la famille et le milieu) est le secret de la servitude volontaire
moderne – l’ensemble se déroulant sur la base de la dissolution
de l’ancien ordre moral et religieux laissant ainsi apparaître les
formes infantiles que cet ordre coercitif masquait tout en
entretenant les conditions de leur reproduction — cette définition,
donc, s'applique évidemment à la vie sentimentale et sexuelle, et
explique l'existence de l'industrie gigantesque qui est née de
l'exploitation de ce gisement particulier.
Mais
cette définition de la société de l'Injouissance comme
résultat de l'exploitation du ressentiment et de la misère
caractérielle – et matérielle, bien sûr – des anciens
esclaves-producteurs, et des fantasmes que ce ressentiment et cette
misère avaient provoqués, s'applique, pratiquement, à l'ensemble
des activités “économiques”.
Voilà
la mine. Voilà le filon.
19.
On
savait déjà qu'“à l'acceptation béate de ce qui existe peut
aussi se joindre comme une même chose la révolte purement
spectaculaire” et que “ceci traduit ce simple fait que
l'insatisfaction elle-même est devenue une marchandise dès
que l'abondance économique s'est trouvée capable d'étendre sa
production jusqu'au traitement d'une telle matière première.”
(Debord ; souligné par nous).
Dans
la définition que donnent les Libertins-Idylliques de la société
de l'Injouissance, celle-ci est déterminée par le fait qu’elle
est ce traitement de toute la gamme des émotions réactives,
de toutes les pulsions secondaires infantiles et de leurs
manifestations, et pas seulement de la révolte ; la société de
l'Injouissance est donc essentiellement cela : ce traitement
“économique” par les uns et les autres, des fantaisies réactives
des uns et des autres, du ressentiment des uns et des autres ; la nef
des fous où tous les fous sont égaux, même si, bien sûr, certains
le sont, comme toujours, plus que d'autres.
20.
Pas
seulement le complot : essentiellement la misère...
21.
L'injouissant,
le névrosé spectacularisé, est une proie facile où tout est bon,
tout est exploitable ; mais c'est aussi un exploiteur en puissance de
cette souffrance et de cette misère matérielle, caractérielle,
poétique, amoureuse, intellectuelle, relationnelle, et de ce
ressentiment de ses congénères ; il est prêt à tout pour assouvir
son propre ressentiment, ses propres compulsions que lui donnent sa
souffrance et sa misère personnelles.
22.
Ainsi,
dans ce nouveau mouvement du jeu, les prolétaires,
c’est-à-dire les salariés, ici ou là dans le monde, peuvent
parfaitement, individuellement ou collectivement, par leurs passions
boursicoteuses ou leurs fonds de pension, causer la ruine des anciens
bourgeois d’ici ou d’ailleurs. Le mot d’ordre semble être :
impuissance poétique et génitale pour chacun, et satisfactions
sadiques-anales pour tous.
23.
La
théorie du spectacle décrivait les spécialistes du pouvoir du
spectacle, pouvoir absolu à l'intérieur de son système du langage
sans réponse, comme étant corrompus absolument par leur expérience
du mépris et de la réussite du mépris ; car ils retrouvaient leur
mépris confirmé par la connaissance de l'homme méprisable qu'est
réellement le spectateur.
Dans
la théorie de la société de l'Injouissance, les
spécialistes du pouvoir n'ont bien entendu pas perdu leur mépris du
spectateur, qui est lui aussi toujours aussi méprisable : simplement
ce mépris s'est démocratisé.
À
tous les niveaux de la société, il y a de moins en moins de dupes
et de plus en plus de chacals et de prédateurs. Pour le dire
autrement : le désert croît.
24.
Dans
La société du spectacle, Debord notait aussi, très
justement, que : “L'aliénation du spectateur au profit de l'objet
contemplé (qui est le résultat de sa propre activité inconsciente)
s'exprime ainsi : plus il contemple, moins il vit ; plus il accepte
de se reconnaître dans les images dominantes du besoin, moins il
comprend sa propre existence et son propre désir.” Mais il
ajoutait plus inexactement : “L'extériorité du spectacle par
rapport à l'homme agissant apparaît en ce que ses propres gestes ne
sont plus à lui, mais à un autre qui les lui représente. C'est
pourquoi le spectateur ne se sent chez lui nulle part, car le
spectacle est partout.”
Mais
l’Employé, l'Homme du spectaculaire-diffus (tout comme
l’Homme du spectaculaire-concentré, dans son tyran) découvrait
déjà dans l'agent du Spectacle, dans la vedette, une
expression hypertrophiée de ce qu'il refoulait péniblement chez
lui, et cette découverte le mettait déjà dans un état
d'excitation particulièrement hystérique ; et l'Injouissant,
aujourd'hui, bien davantage encore, se sent partout chez lui, non
seulement parce qu’il a été totalement formé par le Spectacle et
n’a jamais connu que lui et que le monde dans sa totalité est
reconstruit pour lui, à son goût, par lui-même et ses semblables,
mais, plus encore, parce que la société de l'Injouissance et
ses agents – les "people", les vedettes, du sport, du
sport sexuel, de la consommation ostensible du néant etc. –
extériorisent, plus parfaitement qu'il désespère de pouvoir le
faire lui-même – sur une scène maintenant mondialisée – ses
délires et ses fantasmes d'enfant malheureux, frustré, terrorisé,
abattu, plein de ressentiment, et, qui plus est, dernier avatar d’une
longue lignée de chiens couchants, le plus souvent féroces et
dangereux.
Dans
le secteur avancé de cette société de l'Injouissance, il
est même devenu, lui-même, dans la rue ou sur les écrans, la
vedette.
25.
Ainsi
s’est accompli ce vieux fantasme revanchard des masses asservies.
Les anciens esclaves-producteurs – qui étaient eux-mêmes les fils
des serfs et des domestiques de l'Ancien Régime – rêvaient
d’imiter leurs anciens maîtres et de se tuer (puisqu’étant
faits du même mauvais bois historique, sado-masochiste, qu’eux, la
grande question était, et est, toujours, de détruire et de se
détruire) non plus à la tâche mais, si possible, dans l’orgie ;
on leur a donc (et ils se sont) organisé le temps des vacheries
modernes, où tout, veaux, vaches, cochons, poulets, compagnes et
compagnons de débauche, spiritueux et vins, est en toc ou en
plastique, et a le même mauvais goût ; et dans ce mouvement tout
s’est vicié : la table, même sans excès, les empoisonne, et le
lit lui-même est mortel. Dans cette grande moquerie, les
“consommateurs-rois” ont maintenant tout ce dont ils rêvaient,
et leurs aïeuls avant eux, à l'identique de leurs anciens maîtres,
mais en plastique et en dangers.
26.
Même
le droit – qu'ils subissaient plus ou moins depuis des générations
– d'abuser des plus démunis, des pauvres et de leurs enfants, ils
peuvent – grâce à des agences de voyages – aller l'exercer à
l'autre bout de leur laisse.
Tous
les fantasmes des maîtres anciens – fantasmes qui leur paraissent
si brillants mais qui étaient produits, eux aussi, par le désespoir
de vivre dans le monde de la Séparation – ils les rejouent en toc
et en kitsch.
27.
La
dernière “avant-garde” (de masse, bien entendu...) est libertine
au sens où le libertinage pouvait être avant-gardiste il y a 200
ans. Elle a ses clubs et ses plages. Elle rejoue, en miteux, la
misère des derniers aristocrates qui avaient pour eux leur race et
une longue tradition de la domination – et une sorte d'élévation
qu'elles leur donnaient, même dans ces misères – et, aussi, la
grandeur d'être les premiers à explorer ouvertement, et
littérairement, ces noirceurs du désespoir.
28.
Et
quand elle ne présente pas comme dernière nouveauté, et n'essaie
pas de singer, les arriérations et les misères aristocratiques nées
sur le terreau des lieux de la domination, elle le fait avec les
inclinations des pauvres et de la séparation (et particulièrement
de l'éternelle séparation – même au simple niveau géographique
et matériel – des sexes), inclinations qui depuis des siècles se
reproduisaient dans les lieux de l'asservissement, de l'enfermement
et de la punition : les prisons, les couvents, les pensions, les
corps de l'armée ou de la marine, les cuisines ou les intérieurs
domestiques etc. dans lesquels étaient relégués, d’un côté,
les hommes pauvres et, de l’autre, les femmes pauvres ou, pour les
autres, ceux qui n'étaient pas les aînés.
Les
seuls lieux de l'épanouissement des individualités, et,
conséquemment, de la rencontre et de la critique de la séparation
(et particulièrement de celle, majeure, entre les hommes et les
femmes) qui étaient également ceux du goût, de la volupté, de
l'intelligence et de l'égalité — d'une égalité basée justement
sur le goût, la volupté, et l'intelligence – ce que furent en
partie, et différemment, des palais, ou des ermitages dans des
forêts de bambous, de l'ancienne Chine ou du Japon, les cours de
l'amour courtois ou, plus tard, les salons, par exemple —, elle les
ignore ; bien entendu.
Extrait
de La société de l'Injouissance ; R.C. Vaudey. (Hors
commerce ; 2005).
À
paraître aux Éditions Sensualistes.
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