lundi 30 avril 2018

Fin’amor contemplative — galante









J’oscille ces temps-ci entre le silence et Haendel
Entre la beauté confondante du monde
Et l’extase harmonique
Dans nos ondes magmatiques


En quoi serais-je qualifié pour plaire à un public ?


Être des amants contemplatifs — galants
Est une étrange chose
Qui ne sert à rien dans ce monde —


Comment en dire le grandiose
Ou même seulement quelque chose —
Dans cette époque et usuraire et guerrière
Et perverse et pudibonde  ?


L’injouissance s’affaire
La brutalité et le cynisme bruyants et grossiers du vulgaire prospèrent
De même que son goût pour la guerre  :
À chacun sa croisade
Pour oublier de la Joie l’ignorance ou la dérobade


«  La poésie n’a pas de place dans le monde.
C’est un flamboiement qui s’infiltre par ses failles.  »


Je ne l’invente pas  :
C’est ce qu’a écrit Nicolás Gómez Dávila
Un autre genre de vieux samouraï



Si les musiciens restent le sel de la terre
Notre nouvelle fin’amor
Ce mystère —
En est la lumière


Par exemple, pour les chants des amants
Je vous joue sensualistement un grand air
Noble et tendre et savamment galant
Pourléchant-désarrimant —
Ce qui unit nos souffles et nos âmes et nos cœurs
Qui s’envolent en torrents
Pour le dire en quiétiste


Le lendemain — quittant le Vercors —
On traverse la tempête et la plaine
Afin que Louise Audubert
En muse galante, en virtuose, en artiste —
Nous fasse pleurer — à Givors —
En interprétant son Concerto de Haydn


En rentrant, j’apprends que la belle Jessie nous a quittés 
Reste seul son Éclair


Il n’y a de plaisir des larmes que si elles sont d’émotion et non de peine


Voilà au moins une chose qui est claire




 
 
 
Le 30 avril 2018
 
 
R.C. Vaudey
Journal d'un Libertin-Idyllique (Illuminescences) 2018 
 
 
 
 
 
 
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mardi 24 avril 2018

Les perles du contentement










Les fleurs
Les buissons
Le ciel noir
L’orage tonnant


Fin d’après-midi de printemps


Hier, nous roulions au vent
Dans le plein été fleuri
D’avril
Et nous écoutions à l’abbaye
Michel de La Barre
Enfin, celle qui nous chantait  : «  …  »
Et surtout Bach :
«  Ouvre-toi mon âme…  »


Ici, nous pratiquons l’extase :


C’est une surbrillance du monde
Dans le silence
C’est très bon

Nous appelons ça des illuminescences
Pourquoi non  ?





Le 23 avril 2018
Journal d'un Libertin-Idyllique (Illuminescences) 2018 





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lundi 16 avril 2018

L'hacienda












L’hacienda




Par la fenêtre
L’éblouissement vient dans le vert
Qui rayonne d’or mêlé


Ici, même les murs semblent irradier
Tandis que j'écoute le luth de Kaspsberger


(Et quoi de plus printanier
Que le luth de Kaspsberger ?)


Le duveteux nuage de vie
Qui danse légèrement dans le souffle du vent —
S'est déployé
Autour des branches et des brindilles


Maintenant
Tout le ciel à cette hauteur est empli
De cette danse heureuse de la vie


Au bout du couloir
Sur la terrasse du petit jardin
En plein soleil
Vous apprenez à jouer pour le ciel


Tout autour dans son silence
Et sa poussée surnaturelle
La douceur du monde
Nous enveloppe de sa tendresse surréelle


Et, dans ce havre amoureux et ce nid d'élégance libre
Où l'Amour naturellement galant
Les illuminescences langoureuses
La beauté extatique
Récurrente
Totale
Composent une
Vie d'aventure unique dans l'éclat de vos yeux
Ma belle Héloïse –
Que dominent depuis toujours une
Harmonie éblouie, lascive, dans un océan infini de silence extasié,
Une force absolue, un nirvana tendre —
Notre hacienda
Oasis de noblesse —
Je la bénis




Et je continue d’écouter
O’Dette jouer,
Au chitarrone, la Toccata aspergiata
De Kaspsberger











Le 16 avril 2018
Journal d'un Libertin-Idyllique (Illuminescences





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dimanche 8 avril 2018

L’abandon amoureux à l'harmonie des révélations célestes de l’amour charnel (Parade galante)






I


L’émerveillement mystique


En roulant vers le bleu du ciel
J’entre dans l’émerveillement mystique
Qu’en dire ?
Dans la beauté du monde : un


L’extase harmonique


Emportés par les vagues successives de la jouissance
Nous sommes enlevés par l’extase harmonique
Qu’en dire ?
Dans la beauté et le triomphe de la volupté : un




II




Une hermine de fourrure brûlante
La source d’un miel onctueux délicatement
Une petite conque nacrée de ce même miel
Qui lorsqu’on en joue
Tout à notre joie et à l’ivresse de nos célestes baisers d’amants —
Vous envoie dans de merveilleuses transes
Et des émois si immenses
Qu’on n'en rêve même pas


Ai-je dit que le printemps rend fou de joie ? —


Les nacres roses n’aspirent qu'à une chose :
Un sceptre de roi…
On dit « aspirent »
Certes —
[ …
]
Tout à leur somptueuse danse
Tout à leur joie


Ai-je dit que le printemps, justement, rend fou de joie ? —


Somptueux est le mot qui convient le mieux
À cette merveilleuse extravagance
Qui n'en finit pas…


Mais pourquoi finir le jeu merveilleux
De l'amour
De l'abandon total
De l'embrasement sentimental
De l'impensable voluptueux
Et de la chance ?


On pousse plutôt son avantage
De-ci de-là —
En explorant tous les confins
D'un univers de merveilles
Dont on ne sait rien
Et qui se découvre…
Toujours sans pareil…


Ou bien on laisse le coquillage
Qui divinement se ferme et s'ouvre —
Mener le bal et, pour ainsi dire, l’orpaillage…
On ferme les yeux
On s’étire au ciel
On sourit de félicité
Avec ce rythme divin dans la peau
Qui nous entraîne de son miraculeux tempo
Par-delà le Vrai
Par-delà le Bon
Par-delà le Beau
Au-delà de l'Idéal
Dans cette contrée sensorielle
Surréelle
Ignorée de l’injouissance —
Dans la présence-absence immense de l’Immanence




Plus tard, j’accentuerai la chance
En poussant toujours plus loin l’huis de l'Ouvre-Ciel
Ce qui aura pour conséquence
Le déchaînement hallucinant
De notre jouissance surnaturelle




Et lorsque nous reposerons enfin
Bienheureusement anéantis dans le Sans-Vouloir
J’apercevrai dans un brouillard
Sur votre beau visage endormi
Mon bel amour —
Comme toujours
Un extraordinaire sourire d'extase et de ravissement…


(Sans pouvoir voir le mien
Évidemment —
Mais en ne ressentant que lui…
Éperdument… )




III


Symphonia harmoniae caelestium revelationum
(Symphonie de l'harmonie des révélations célestes)


Le contemplatisme monacal c’est :
L’amour du silence
De la musique
Du chant
Et de l’abandon amoureux
Au silence
À la musique
Au chant
Avec finalement
Une immersion dans l’Outre-Ciel
Toujours ici présent




Le contemplatisme galant c’est :
L’amour du silence
De la musique
Du chant
Et de l’abandon amoureux
Au silence
À la musique
Au chant
Mais allié à l’amour sentimental
À la volupté
Et à l’abandon amoureux à l'harmonie des révélations célestes
De l’amour charnel
Avec, finalement,
Une immersion dans l’Outre-Ciel
Toujours ici présent




IV




À la lumières des chandelles
On prend notre brunch
En écoutant les motets de Vivaldi
Ou les chants d’Hildegard von Bingen…


L’amour est un jeu merveilleux…
Comme apprendre à jouer du violon…




Mis en page cet après-midi du 8 avril 2018, sous le regard amusé de quelques Gros-becs qui, perchés sur une branche juste derrière la vitre, ne cessent de m’observer.
(Les Gros-becs, on le sait, ont une parade nuptiale galante : « lorsqu'un Gros-bec mâle a réussi à séduire une femelle, il commence sa parade nuptiale. Le mâle hérisse ses plumes et agite ses ailes et sa queue. Ensuite sa partenaire s'avance vers lui et il commence à faire des révérences.


La parade se termine par un « baiser » entre les deux partenaires, ils collent leurs deux becs. À ce stade le mâle va chercher de la nourriture qu'il dépose directement dans le bec de la femelle. Il arrive que pendant le vol nuptial les Gros-becs se poursuivent en poussant de grands cris. Pendant cette période le Gros-bec se montre très nerveux et agressif. »


Pour les grands cris durant le vol nuptial, d’accord ; pour la nervosité et l’agressivité, c’est tout à fait le contraire.


Enfin, on appelle « ornithologues » ceux qui observent les oiseaux, mais comment appelle-t-on ceux qui, comme nous, en sont observés ? Je suppose en effet que c’est de notre observation constante et discrète que ces genres de passereaux, ordinairement si farouches, ont pris goût à venir passer leur temps juste derrière nos carreaux… )









Journal d'un Libertin-Idyllique (Illuminescences) 2018






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