dimanche 5 mai 2013

L’amour après le Déluge suivi de À Ciel Ouverts




L'AMOUR APRÈS LE DÉLUGE



Le ciel tombe sur nos têtes
Les talus s'effondrent et se dissolvent
Gorgés d'eau
Il fait un ciel noir et beau que zèbrent et qu'emplissent
Les fulgurances électriques
Des rivières sortent des prés
Comme par enchantement
Les courants des fossés se détournent de leur course
Des fleuves dévalent dans notre jardin
On habite dans l'eau qui fait un mur
Ininterrompu
On marche sur des torrents
La terre se creuse
Les roches se dévoilent
Le monde explose en eau
Se dissout en bas
Se fait océan au milieu
Nous sommes d'une force incroyable et  tranquille
Pour détourner cette furie liquide en déplaçant des montagnes

A la fin tout se calme et nous retournons à nos affaires d'amour
On mange des œufs coque
Le pain sort du four
L'eau chaude coule sur nos corps
Comme une amie paisible et bonne

Au lit on rit
On parle de Venise
L'eau est dans nos caves
Les chemins sont impraticables
Nos tapis détrempés
La route est barrée par des coulées de boue
La région est en alerte
Les voitures emportées et les macadams éventrés
Et nous on est là à s'embrasser
Et à rire
Comme si de rien n'était

C'est un amour
Diluvien
Immense et fantastique
Comme ce qui deux heures auparavant nous possédait
C'est un rythme de tonnerre
Parcouru d'éclairs
Que rien ne semble pouvoir arrêter
Qui fait trembler
Et se dissoudre le monde tout entier
Un cataclysme dans la volupté
En outrance délectée
C'est une mousson qui s'est installée et qui veut tout emporter
Qui emporte tout
C'est une puissance tellurique
La même qui il y a peu nous frappait
Qui nous emporte
Sans discontinuer

Enfin c'est un déluge de feu et d'eau

Dans un tonnerre de jouissance
Nous nous liquéfions
Littéralement
Dans un grondement sans fin
Qui toujours reprend...

La formidable présence du monde se multipliant de lui-même
De tonnerre
D'éclairs
Et d'eau
Qui ravage le monde dans sa beauté
Catastrophique
À quelques kilomètres de nous
C'est elle qui
À cet instant
Nous anime et nous mène
Divins et diluviens
Fulgurants
Après le déluge
D'amour magnifique










Le 7 septembre 2008.







À CIEL OUVERTS…



Poursuivant le Déluge
Nous volons vers Venise
Où nous l'y retrouvons

Sur la place où finit l'Enfer
Que balaient les trombes
Ceux qui sortent du Paradis
Rient encore

C'est la joie dans les bourrasques
Les parapluies remplissent les poubelles
La petite vendeuse de cirés, elle, est coréenne
Mais nous
Fièrement
Nous allons
Rincés mais élégants
Tête nue
Vers cet endroit
Incroyable
Où des dames
Élégamment en cheveux
Dans des robes de taffetas de soie
Verte
Nous attendent
Avec leurs étoles de vison
Et leurs étonnantes ombrelles
Aux manches d'or
Ornés
Au bout
D'une pierre
Verte également
Et puis nous repartons
Sur le Grand Canal
Qui lui aussi nous attend…
Riant dans la tempête
Heureux comme des enfants
Sur le pont

À San Stae
Il y a un palais
Bien sûr
Un petit labyrinthe
Un petit jardin
Avec au fond
Un grand lit
Où l'amour
Nous attend

La nuit venue
Nous repartons dans la tempête
Le ciel et la cité
Magnifiques
Sont ornés d'éclairs
Le ciel gronde énormément
Tendrement sur ce joyau
Où terriblement enlacés
Ivres de joie enfantine
Et de vin
Nous rions
Vous très sûre
De notre chemin

S'aimer en riant
Dans des palais sur l'eau
Qu'enveloppe le Déluge
Que leur beauté de marbre
Laisse très secs
Insensibles à l'eau
Allégés du poids des boues
Des provinces françaises
Et des indigènes
Et de leur inconnaissance
Parfois lourde
Parfois collante
Parfois méchante
Parfois bête ou vicieuse
Du Beau
Où il faut
Comme eux
Rester très sec
Un peu
Insensible et de marbre
Dans son Palais Idéal
Environné
Du Beau
S'aimer au milieu des pierres
Précieuses et belles
Qui ne sont plus des pierres
Mais le rêve de l'Homme
L'expérience extrême
De sa puissance
Et de son appétit du Beau
Ciseler en riant
D'amour
Une passion précieuse
Claire et légère
Comme un diamant
De belle eau
Au milieu des lourdes provinces
Du monde
Et de leurs indigènes
Et de leur injouissance du Beau
Parfois lourds
Parfois collants
Parfois bêtes
Parfois vicieux
Parfois dangereux
Dériver
Terriblement enlacés
Ivres de joie enfantine
Et de vin
En riant
En allant
Très sûrs
Notre chemin
Voilà donc ce que nous faisons
Ciselant cet amour
Très pur et d'une très belle eau
Apportant notre pierre
Si précieuse parce que singulière
À l'édifice du Bon
À l'édifice du Beau
Que nous extrayons de la mine de l'or si rare
Si peu recherché et si pur
Celui du Temps
Dont
À Ciel Ouverts 
Et sans entraves
Nous avons la jouissance…
Continûment…





Le 14 septembre 2008.






R.C. Vaudey. Journal d'un Libertin-Idyllique (Illuminescences) 2006-2009