À Venise, sur les Zattere, avec Héloïse, Aristippe et Arété, nous
avons parlé, tranquillement, en flanibulant.
Je
disais :
« Il
y a deux sortes d'Homme dans l'histoire : les dévots (de
toutes sortes : religieux, athées, spiritualistes,
matérialistes, optimistes, pessimistes…) — l'immense majorité
—, et nous... »
Tous
approuvaient…
«
… Nous qui savons qui a créé le monde… »
Tous
souriaient…
«
Il y a ceux qui pensent qu'il est l’œuvre d'un Dieu, ou des dieux,
— bons ou mauvais —, ou de la Vie, ou de la Volonté, ou de la
Volonté de Puissance, ou de l'énergie primordiale etc.
Il
y a ceux qui croient que l'univers — gouverné, pour les uns, par
le hasard, pour les autres – et à l'inverse – par un strict
déterminisme — est unique, et qu'il a été créé lors du Big
Bang, il y a 13,8 milliards d'années, — ou qu'il est en création
permanente ; il y a ceux qui croient que notre « univers »
n'existe que parmi un nombre variable — ou même une infinité —
d'autres « univers » en création perpétuelle, — qui pensent
qu'il a (qu'ils ont) existé avant l'apparition de l'Homme, et qu'ils existeront après sa disparition éventuelle…
Mais
rien de tout cela — qui bien sûr existe, d'une certaine façon…
— n'a existé avant l'Homme. Et rien de tout cela n'existera après.
Ni causalité ni principe de non-contradiction. Ni matière ni
anti-matière. Ni Être ni Néant. Ni immanence ni transcendance :
Le
peintre est dans le tableau, mais pas de tableau sans le peintre…
L'Homme
est un artiste : Il a créé le monde, — le monde disparaîtra
avec Lui. »
Aristippe
réfléchit et dit :
— « Comme
au bon vieux temps, en flanibulant, sous le soleil ardent et le vent
léger de ces Zattere,
comme
à Athènes, lorsque j'y "étudiais" et que Socrate
"enseignait"… »
Puis,
après avoir fait — d'enthousiasme — un délicat baise-main à
Héloïse, comme pour la remercier d'exister, il dit encore en
souriant :
« Ces
vieux Grecs et leurs matrones… obligés de se rabattre sur leurs
mignons, c'étaient malgré tout autre chose que vos professeurs pour
bétail entechnicisé… »
Arété
me souriait.
Nous
nous assîmes à une terrasse face à la Guidecca. Nous allions
attaquer notre quatrième Spritz Aperol. Héloïse, dans un sabir enjoué —
inspiré par les trois premiers — où se mêlait la langue des
troubadours et l'italien, nous rappela en riant un vieux dicton
local, — dont elle avait oublié la version originale : « Uno
spritz va bene, due spritz mèfia-te ! »
Le
serveur, vénitien, pas triste, demanda, en français : « Et
pour nos artistes ? »
La
vie nous souriait !
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