C'est
en riant dans notre grand lit au frais
Dans
la pénombre de l'été
Que
l'on s'aimait
En
chantant en chœur
En
anglais
Que
l'on croyait que l'on pouvait voler !
Quelle
hilarité !
Épuisés
de rires
On
a fini par s'embrasser
De
grands baisers langoureux
Parfaitement
liquoreux
Comme
une porte dérobée qui s'ouvre
Et
qui vous dérobe au monde entier
Et
vous bascule dans un univers
De
féeries
Caressantes
et enfiévrées…
Le
rire est le propre des amants
Ils
y perdent leur tête assurément
Il
est le signe de cette ivresse
De
cette gaîté
Qui
les ont déjà emportés
Il
efface les préoccupations séculières
Et
ouvre au Temps
Voluptueux
Sans
affaires
L'amour
lorsque l'on s'aime
Est
une pulsation élémentaire
Dont
la plus pure illustration
— Si
l'on en croit le vieux Wilhelm —
Est
la méduse…
Qui
pulse élégamment
Comme
pulsent les corps que méduse
L'Abandon…
Sans
tensions
Dans
ce grand abandon
À
la pulsation élémentaire
Le
sexe de la femme est une anémone contractile
Qui
s'ouvre se ferme se déploie se resserre et se tend
Le
phallus
— Que
l'anémone désire tant —
Pourrait
être la clef de l'amour
— Mais
qui peut dire de source sûre
Qui
est la clef et qui est la serrure
– Dans
cette affaire ? —
Chez
les amants palpitants
Son
intromission n'est pas un déchirement
Un
éclatement
Un
défoncement
— Rien
de tout ce qu'elle est
— Ou
voudrait être –
Chez
l'Injouissant
L'ordinaire
mort-vivant
Le
malheureux chien de guerre —
C'est
un déclenchement :
Le
déclenchement encore plus grand de cette pulsation
Clonique
Involontaire
Sentimentale
extatiquement
Qui
dans la délicatesse des Soi qui s'ouvrent
Et
de leur mouvement congruent
Emporte
et va emporter les deux amants
Au
gré des découvertes prodigieuses
Que
leur procurent ce grand battement
Cette
transe…
Miraculeusement…
«
Une caresse de ton doigt
Déclenche
tous les courants ondulants…
Et
commence la nouvelle harmonie !
Un
peu de toi, de plus en moi…
C'est
la levée du nouvel Homme
Et
son en-marche
Dans
la Beauté convulsivement !
Ton
sexe s'introduit en moi : le nouvel amour !
Mon
sexe te saisit péristaltiquement — le nouvel amour !
Viens
!
Change
le temps en Temps ! »
Chante
l'amante à son amant
«
Élève n'importe où la substance de nos fortunes et de nos vœux
Je
t'en prie ! »
Et
l'amant lui répond :
«
… Arrivés de toujours, nous nous en irons partout… ».
«
Ô mon Bien !
Ô
mon Beau !
Harmonie
somptueuse où je ne trébuche point !
Envolée
féerique !
Hourra
pour l'œuvre inouïe et pour le corps merveilleux, pour la première
fois !
Cela
commença sous les rires des enfants
Cela
finira par eux. »
Chantent
les amants heureux…
«
Ces élixirs vont rester dans toutes nos veines même quand
— La
fanfare tournant —
Nous
serons rendus à l'ancienne inharmonie
Ô
maintenant, nous si dignes de ces extases !
Rassemblons
fervemment cette promesse surhumaine
Faite
à notre corps et à notre âme créés :
Cette
promesse, cette puissance !
L'élégance,
l'insouciance, la jouissance !
Nous
avons enterré dans l'ombre l'arbre du bien et du mal
Et
déporté les honnêtetés tyranniques
Afin
de pouvoir trouver notre très pur amour
Cela
commença par notre grand goût très doux
Et
cela finit
— Ayant
été saisis sur-le-champ de cette éternité —
Cela
finit par une éclampsie au ralenti dans des parfums de Paradis... »
Rires des enfants
Festivisme
des esclaves bruyants
Bunga-bungas
des injouissants dominants
Orgie
romaine et tutti quanti
Austérité
des vierges
Horreur
des figures et des objets d'ici…
Sacrés
soyons-nous par le souvenir de nos féeries…
«
Ma vie commençait par toute la rustrerie
Voici
que cela se poursuit par des anges de flamme et d'extase. »
Se
dit l'amant
«
Incomparables expériences d'ivresse, sainte !
Quand
ce ne serait que pour la joie dont tu nous as gratifiés
Nous
t'affirmons, amour contemplatif — galant !
Nous
n'oublions pas que tu as glorifié chacun de nos âges
Nous
ne pouvons qu'aimer ce nonchaloir, cet abandon
Nous
savons donner notre vie tout entière tous les jours à l'amour
— Enfin,
on l'espère… —
… Voici
le temps des idylliques libertins… »
Chantent
encore les amants complices
Et,
plus tard, le soir
Tout
doucement :
«
Quand nous somme très forts, — qui recule ?
Très
gais, qui tombe de ridicule ?
Quand
nous sommes très méchants, que ferait-on de nous ?
… Parez-vous,
dansez, riez, — nous ne pourrons jamais envoyer l'Amour par la
fenêtre.»
…
Le
jour s'allonge
Et
tonne l'orage
Je
remercie le ciel…
Je
peux me taire
J'ai
dit...
R.
C. Vaudey. Le 29 juin 2014.
.