mardi 16 décembre 2014

Plaisir d'amour








Plaisirselon Lenôtre




 

Joie d'amour
Sautent ! Sautent !
Cabris !

C'est le petit air
Que j'avais au réveil :

Joie d'amour
Sautent ! Sautent !
Cabris !

Quelle grande joie !
Quel grand appétit !

Ce qui vous faisait rire
C'était ce que vous aviez trouvé dans le lit
En y entrant
En m'y rejoignant
Tandis que nous commencions
À nous frôler
À nous effleurer
L'un contre l'autre
Pour discuter comme des enfants
Sous la couette —
Et qui
— Aussitôt la trouvaille faite
Appelait à la fête
Aux folâtreries
Et à la badinerie
Ce pourquoi – après tout – sont faites
La vie, les siestes et les après-midi

Nous en riions énormément
Décidant aussitôt de jouer à la pâtisserie…
Et parmi tous les gâteaux
Nous avons choisi
Puisque nous avions le moule, la crème
Les noix et le rouleau
L'épeautre
Et la vanille
De nous faire un Plaisir
Selon Lenôtre…
Cela va sans dire…

Et entre mille baisers
Et mille caresses
Sans impatience mais fébriles tout de même
De tester notre recette —
Pendant que je pétrissais la pâte
Vous maniiez le fameux rouleau à pâtisserie
À l'origine de nos envies —
Tandis que j'allumais et s'échauffait le petit four…

Quand il nous a paru chaud à craquer
Et puisque la bûche était depuis longtemps prête
Finalement nous avions amélioré notre recette… —
Nous avons tenté d'enfourner notre gâteau

— Le paradoxe de cette pâtisserie-là
C'est qu'on s'en régale le plus à ce moment-là :
Lorsqu'on la cuit… —

Évidemment nous n'avions pas bien calculé
La taille du moule et de ce que nous devions y couler :
Le four était bouillant
Le moule ne rentrait pas dedans
Cela nous en laissait bouche bée

Bien sûr
En prenant bien notre temps
Nous avons fini par l'enfourner

Et nous étions déjà dans l'extase des confiseurs…
Quel bonheur !

Mais ce qu'il y a de magique
J'allais dire d'extatique… —
Avec le petit four dont je parlais
C'est qu'il est à chaleur tournante
Enveloppante
Une chaleur vibrionnante
Plongeante
Sans arrêt
Et qu'on le sentait façonner d'amour et comme avec un immense appétit
Le Plaisir en forme de bûche
Que l'on y avait introduit

C'est probablement à ce moment-là
Qu'est né ce
« Joie d'amour
Sautent ! Sautent !
Cabris »
Un air comme en chantent les pâtissiers
On le sait —
Quand ils perdent la raison
Sous l'effet des effluves lascives de la vanille Bourbon

Le danger cependant avec ce four-là
C'est le thermostat
Il n'en a pas —
Et s'échauffe tellement
Qu'il risque de vous lâcher
Avant que la cuisson de l'entre-mets ! ne soit terminée

C'est un risque que vous connaissez si bien
Que plus d'une fois
Vers la fin —
Vous avez voulu le sortir
Tandis que je vous taquinais pour l'y laisser…
Marivaudage suprême
Des pâtissiers qui
À l'extrême —
Jouent et s'aiment

Finalement j'ai arrêté de vous marivauder
Et nous nous somme rendus à vos raisons
En interrompant la cuisson
Pour laisser le petit four reposer
Avant qu'il ne soit totalement liquéfié

En l'orientant différemment
Nous avons repris l'intromission
De ce Plaisir tant désiré
Dont nous voulions bien sûr l'accomplissement

À la fin nous avons perdu le contrôle
Plus question d'être drôle —
Le four
S'est dilaté
S'est contracté
S'est ouvert en boule…
Il ne savait plus ce qu'il faisait
Il a fondu…
Le Plaisir qui y était
Dans ces conditions
A tellement gonflé
Que bien sûr la crème a coulé

Nous nous étions dans la Beauté convulsive
Et l'Extase édénique
Que donne le Plaisir réalisé
Aux pâtissiers
Lorsqu'à force de folichonner
On le sait —
Ils perdent finalement la raison
Sous l'effet des effluves lascives
De la vanille Bourbon


La pâtisserie, malgré tout, c'est tuant…
Et nous avons dormi comme des bûches trois heures durant


Mais au réveil
Quelle merveille 
De joie et de gaieté !

Et je chantais :
« Joie d'amour
Sautent ! Sautent !
Cabris ! »
Sans arrêt…


J'avais connu
Il y a longtemps —
Les effets des space-cakes
Faits avec l'afghan
Du fournisseur de l'ancien roi de l'Afghanistan
Que se procurait un contrebandier hollandais
Lorsque j'habitais le pays des fervents Catholiques goannais —
Mais il ne sont rien
En comparaison
De ceux que nous offre ce Plaisir
Ni vin ni fumée… —
Qui est le nôtre
Que l'on fait avec les ingrédients
Que l'on a sous la main
Si j'ose dire —
Dans notre grand lit d'amants

Mon amour
Avant de vous rencontrer
On peut le dire
Dans la recherche du Plaisir
J'ai parfois perdu du temps…
Mais je me console
Car je me rends compte
Que vous n'étiez vous-même
Alors qu'une enfant

Parfois
Frivoles
On rigole
En pensant à notre rencontre
[…
…]
Et on rit sous cape… de joie… comme des enfants…

Tout cela durera bien sûr ce que cela durera
Mais qu'est-ce qu'on aura ri…
Savouré la pâtisserie…
— Qui la suit

Aujourd'hui
C'était un jour d'été de Noël
Où nous nous sommes promenés dans l'Amour et la Beauté
Heureux et salués comme le sont les amoureux…
Unis par cette splendeur 
Du Ciel
Et la douceur de nos cœurs







Le 15 décembre 2014.





.