jeudi 30 juin 2016

« Seul au loisir et à la guerre il y a noblesse et honneur » : c’est voix du préjugé antique !




Divin enfant





Retour dans le hamac


Le soleil droit dans les yeux
C'est la joie de l'enfance
Aux anges
Et sous les paupières closes
C'est l'orange
Du Bureau des Recherches sur l'Amour
Et le Merveilleux…
Le miracle du Monde…

Loin de l'Immonde
Et de ses micmacs
Je vois aussi des étoiles
Et des Kreiswellen — roses —
Qui papillonnent et se dévoilent
Et me comblent…

Je vois bien des choses
Sous mes paupières closes…


Une brise fraîche m'ajuste
Je l'évite avec mon kimono
Que je rajuste…
Toujours très aïkido

J'ai passé l'après-midi au Bureau
Où j'ai quatre livres commencés…
La brise revient me caresser les pieds…
Le soleil derrière un arbre…
Il est temps de rentrer







Le 26 juin 2016 





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lundi 27 juin 2016

Comment le concept de « Société de l'Injouissance » vint au jouisseur contemplatif — galant











La psychanalyse n'a pas toujours ignoré la génitalité et la forme particulière de l'extase — contemplative — sur laquelle elle débouche, que ceux qui, comme Balint, la haïssent secrètement, pour se savoir l'ignorer, qualifient de « mystique » — ce qui dans leur bouche est péjoratif — ; elle a seulement parfois pensé, de façon tout de même assez étonnante, qu'il était plus facile de s'abandonner aux pulsions secondaires que de rechercher cette forme aboutie de la complétude sentimentale et charnelle.


Si l'on met de côté, pour le dire comme Debord, les échappés du zoo intellectuel de Vincennes (Deleuze et Guattari) et le petit gourou qui était venu s'y faire huer pour avoir rappelé au public d'ahuris qui se trouvaient là qu'en cherchant la Révolution ils se cherchaient un maître, et qu'ils le trouveraient — ce qui arriva effectivement, avec les appointements mensualisés, ou exceptionnels, qui vont avec les rampements de la soumission —, si l'on met de côté, donc, ces clownesques « exceptions françaises », la psychanalyse (Kakar, etc.) n'ignora pas le mouvement de cette maturation de la vie sentimentale et sexuelle qu'avait souligné Freud, mouvement qui doit finir par aboutir à cette forme accomplie de la sentimentalité et de la vie charnelle que représente la complétude génitale, au grand dam de l'infantilisme exacerbé — et parfaitement commercialement exploité — de cette époque de damnés toujours davantage désinhibés, et toujours davantage désespérés — qui avait, il y a déjà un demi-siècle, trouvé sa parfaite idole et son parfait modèle, cynique et suicidaire : je parle bien sûr de ce malheureux Warhol, pour qui l'art, c'est-à-dire l'exploitation « artistique » de ces pulsions infantiles exacerbées, par les drogues et de toutes les façons possibles, était un business.


Libération et exploitation de l'infantile refoulé, exhibition hystérique du régressif présentée comme dépassement, possession par la terreur et la souffrance les plus terribles revendiquée comme transgression progressiste, le tout associé au roi « business », voilà les clefs pour comprendre sur quoi est bâti l'enfer qu'est ce que j'ai défini comme La Société de l'Injouissance.


La remarque du psychanalyste Balint avait été seulement, à l'époque, qu'il était en quelque sorte plus simple de rester fixé sur des comportements infantiles et névrotiques, sur des pulsions secondaires, que de rechercher cette forme aboutie — malheureusement mise en avant par Freud avec ses remarques sur la Zärtlichkeitde la vie sentimentale et amoureuse. Mais, bien sûr, si Balint avait pu si facilement renoncer à la poursuite et à l'éloge de la complétude amoureuse c'est qu'il ignorait, faute de l'avoir vécue, cette forme mirifique de la jouissance qu'est la jouissance génitale, cette jouissance pour ainsi dire viscérale, caractérisée par sa pulsation clonique, harmoniquement accordée, dans la congruence, dans un même mouvement d'abandon, chez l'homme et chez la femme. Que Reich, le premier, avait mise en évidence.


Et parce qu'il ignorait également la jouissance du Temps, la contemplation galante, sur lesquelles débouche cette forme particulière de l'attendrissement amoureux et de la jouissance charnelle que, les premiers, nous avons découvertes, relevées et puis surtout chantées — dans une civilisation européenne si profondément marquée par la haine des sens (ainsi que Nietzsche l'avait déjà remarqué) qu'un médecin français, le Docteur Odile Buisson, pouvait faire remarquer récemment que, si l'Afrique a excisé physiologiquement les femmes, l'Europe, elle, les a excisées théoriquement, — le clitoris n'ayant pour ainsi dire pas eu d'existence dans la littérature médicale avant ses propres recherches.


Civilisation européenne pour laquelle le sexe féminin est un trou, et le sexe masculin un engin, quand le Cheikh Nefzaoui — et même si on peut l'accuser de misogynie —, dans Le Jardin Parfumé, donnait au sexe féminin plus de quarante noms (et presque autant pour le masculin), chacun caractérisant chaque sexe en fonction de sa vitalité et de son caractère propres… (Interviewant cette remarquable gynécologue, la pauvre bourde de ce malheureux Moati, pérorant timidement avec cette idée que « c'est tout de même l'homme qui prend alors que la femme reçoit et ne saurait prendre », et s'étant vu infliger, immédiatement, le plus drôle et le plus imagé des démentis (clic) qui soit, — Moati qui, étant né à Tunis, aurait pu au moins avoir entendu parler — à défaut de l'avoir connu — sinon de El ladid, le délicieux ou de El duhkak, le broyeur, au moins de El addad, le mordeur, ou mieux encore de El meussas, le suceur, « qui, dominé par l'ardeur amoureuse, à la suite de nombreuses et voluptueuses caresses ou d'une longue continence, se met à sucer le membre qu'il reçoit avec une force capable d'épuiser tout son sperme, agissant ainsi avec lui comme l'enfant qui tête sa mère », et que les poètes ont chanté dans de nombreux vers...




Le problème est que la non réalisation poético-génitale entraîne (tout autant qu'elle en découle) la guerre des sexes et la domination de pulsions prégénitales, sadiques-anales, orales etc., chez les hommes comme chez les femmes, pulsions prégénitales qui déterminent des structures caractérielles dangereuses, marquées par le désir de la dépendance, politique ou consumériste, l'avidité et l'insensibilité, la destructivité et l'autodestructivité etc..




Le vrai problème, c'est que tant que l'Homme ne sera pas devenu un jouisseur contemplatif — galant, il restera la pire et la plus insensible — et la plus sadiquement, ou masochistement, heureuse de l'être — des bêtes.










R.C. Vaudey








Le 17 avril 2014

jeudi 23 juin 2016

Ἡμεροκαλλές (BEAUX ET BELLES D'UN JOUR… )












SOIR D'ÉTÉ



C'est le premier soir de l'été
Puisqu'il a fait 35 degrés…

À 7h, le soleil est loin d'être couché
Il brûle encore mon visage et m'éblouit
Il y a quelque chose dans l'air de précis
Une netteté bienheureuse
Qui 
— De chaque arbre 
De chaque fleur
De chaque brin d'herbe
De chaque brindille
Irradie


Paume ouverte vers lui
Il coule encore et brûle
Entre mes doigts
Ce soleil de roi…
Mais j'en ai assez dit :
Il est temps d'aller me baigner…

Vingt poèmes me sont venus à l'esprit
Tout au long de l'après-midi :
Mais trop heureux de ne plus pouvoir rien dire
Rien écrire
Je n'ai pas voulu forcer ma chance :
Je n'ai rien dit rien écrit…


Si la plus perdue de toutes les journées
Est celle où l'on n'a pas vécu un poème
On ne pourra pas dire que celle-ci l'aura été…





Le 23 juin 2016










APRÈS LA NAGE… (Poème de l'époque des Tongs)



Le libertin idyllique apprécie l'oisiveté et la quiétude
La cour, sous le grand tilleul vert
Qui me semblait l'autre jour
Alors qu'allongé par terre, le matin,
Je regardais le ciel –
Une immense et somptueuse fleur toute remplie d'abeilles —,
Est secrète
À l'abri de la chaleur accablante

Ici,
Alors que s’entrouvrent les hortensias
Et s'épanouissent les belles-d'un-jour
Le calme et le repos sont inestimables

Dans le vent parfumé par les fleurs
Au bord du bassin où nagent les carpes
Là où
Comme un encens céleste
Nous enivre le parfum des roses
Nous deviserons, ce soir,
Assis tranquillement
En parfaite concorde…
Et nous oublierons toutes les doctrines…




(Détourné de Yen Wei, époque des Tang)


Le 23 juin 2016, suite.



R.C. Vaudey

Journal d'un Libertin-Idyllique (Illuminescences) 2016




mercredi 22 juin 2016

JOUÏSSEMENT DE L'AMOUR










AU SORTIR DE L'AMOUR


L'amour est un séisme
Qui balaie
Dans son prodigieux mouvement
Ma conscience au-delà de toute espérance
Je m'en réveille abasourdi
Comme au retour d'un voyage interstellaire
Qui m’aurait vu tout entourbillonné
Par d'immenses galaxies

Et je me souviens encore
De votre appel
Et de nos cris
Des délices lactescentes
Où jouissait notre abandon
Et s'épanouissait notre déhiscence
Au miracle de l'amour
Au miracle de la vie



Le 14 juin 2016









PRODIGE



Sur la petite route qui mène
À la ville étrange
Nous passons près du barrage
Toutes vannes ouvertes
Se débonde le fleuve
Torrentueux impérieux…
Comme nos amours…
Pareilles à un miracle pérenne

Un jour vous m’ouvrez
Un monde beau et bon
Comme un petit beurre délicieux
Une autre fois ce sont des avenues
De satin somptueux
Et tout toujours à tout coup nous emmène
Jusqu'au jouïssement prodigieux
Dont je ne me réveille qu'à grand-peine
Pour flotter avec vous
Dans un silence bienheureux…

Les gourous, les sâdhus
Les mauresques, leurs youyous
Les jokers, leurs courroux
Le poker et les sous
Le soccer et ses fous
Les ivrognes, les poètes même les saouls
Les mégères
Et tout le restant
M’indiffèrent
Depuis que j’ai rendez-vous avec vous


Vous dont l’amour est une bénédiction… un succès fou…



Le 20 juin 2016




R.C. Vaudey

Journal d'un Libertin-Idyllique (Illuminescences) 2016





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vendredi 17 juin 2016

Avant-garde sensualiste











Opulence amoureuse
26 avril 1996





Cher ami,


...


Tu notes, à juste titre, l'utilisation plus fréquente de cette expression de « l'amour contemplatif — galant » — où tu auras remarqué que je fais une utilisation personnelle du cadratin en l'utilisant à la place du trait d'union — dont, à vrai dire, je suis presque plus heureux que de celle de « libertinage idyllique ».
En effet, dans cette époque d'injouissants, productivistes-consuméristes — tout se tient —, serviteurs surmenés et du vide et de leurs grands argentiers-usuriers de maîtres, cette dernière formule pourrait être comprise comme recouvrant ce qui a lieu lors d'un séjour « idyllique » et « libertin » sur un de ces bateaux de « croisière » si semblables à une barre d'HLM flottante.


Évidemment, seuls des esprits profonds peuvent vraiment comprendre et mesurer l'importance de tout ce que représente ce surgissement inattendu (et merveilleux) du « libertinage idyllique » tel que nous l'avons défini ; cette « troisième forme du libertinage européen », ainsi que je l'ai précisé. Et c'est ce qui fait toute l'importance de cette expression.


Tout de même, « idyllique » prête aujourd'hui plus à confusion que « contemplatif — galant ». Disons que la seconde formule contient tout ce que l'on entend ordinairement par la première, avec cette précision supplémentaire que ce qui est véritablement idyllique — y compris l'amour galant — ne l'est, toujours, que parce qu'il rejoint la contemplation. Et seulement à cette condition.


Et puis, la contemplation, la jouissance du Temps, telle que je l'ai nommée depuis le Manifeste sensualiste, est quelque chose auquel le « libertin » — pessimiste ou hédoniste —, au moins dans ses moments « libertins », ne prétend pas. Et pour cause : pour lui la seule formule qu'il revendique — et que l'expérience pratique lui confirme toujours — c'est : post coïtum animal triste.


On a pu dire qu'il existait avant Sade, d'un côté, des traités d'érotologie et, de l'autre, des traités de martyrologie, mais qu'il a été le premier, dans son œuvre, à combiner les deux.
On pourra dire — on peut écarter le Taoïsme et le Tantra qui ont peu à voir avec le libertinage idyllique et la galanterie contemplative, le premier recherchant la longévité, le second l'union avec la "Déesse" — on pourra dire, donc, qu'il existait avant les Libertins-Idylliques, d'un côté, des traités sur l'amour et l'érotologie et, de l'autre, des traités sur la contemplation, et que nous avons été les premiers à associer, dans nos œuvres et dans nos écrits, les deux : mais, à la vérité, c'est d'abord dans l'expérience vécue de l'amour que nous avons découvert ce qui suit l'extase que donne la complétude amoureuse : cette fameuse jouissance du Temps — sans paroles, bouche bée — cette véritable contemplation, tout à l'opposé de la pseudo contemplation, finalement pensive, telle que la philosophie l'a comprise avec et après Platon.


Platon qui a en fait donné une idée de la contemplation qui correspondait à ce moment du déploiement historique du patriarcat esclavagiste-marchand — bien qu'il se soit défié, dans son utopie, des ports et du commerce, donc des marchands.


Avec lui, la véritable contemplation, c'est-à-dire « le ravissement d'étonnement que l'homme éprouve devant le miracle de l'Être considéré comme un tout », « l'émerveillement muet, purifié philosophiquement » « par lequel tout commence », s'est retrouvé contaminé « dans son contenu, mais aussi dans le vocabulaire et dans les exemples employés », par des expériences tirées du monde de l'artisan qui « voit devant son regard intérieur la forme du modèle d'après lequel il fabrique son objet », — monde de l'artisan qui, pour lui, a constitué le modèle de ce qu'il comprenait comme la « contemplation ».


Ainsi, la contemplation a cessé d'être « l'étonnement qui s'empare de l'homme et l'immobilise », et c'est plutôt « par l'arrêt conscient de l'activité, de l'activité de fabrication » que l'on a pu accéder à une forme de l'état contemplatif mais déjà dégradé et calqué sur celui que connaît l'artisan qui s'interrompt dans son activité pour « contempler » le modèle idéal de ce qu'il tend à réaliser dans la pratique.


La contemplation s'est donc trouvée contaminée par l'esprit même de l'homme fabricateur soit parce que l'auteur de La République avait pensé que « le regard studieux de l'artisan était connu du grand nombre » tandis que « l'étonnement muet semblait une expérience réservée à l'élite », et qu'il avait pensé qu'ainsi — s'il se référait à une expérience plus commune même si elle était corrompue — son système serait mieux compris, soit parce qu'il ne comprenait lui-même la contemplation qu'en « ouvrier-philosophe » — pour reprendre cette expression de Nietzsche, qui qualifiait ainsi Hegel et Kant ; — « ouvriers-philosophes » dont on sait, par ailleurs, qu'ils ne sont jamais avares de grands systèmes complexes et pompeux. Et on connaît la suite de l'histoire de la philosophie.


De la sorte, « ce ne fut donc pas en premier lieu les philosophes et la stupeur philosophique qui modelèrent les concepts et la pratique de la contemplation, de la « vita contemplativa » : ce fut plutôt l'Homo faber travesti : l'homme artisan et fabricateur... ».


Hannah Arendt qui, comme tu viens de le lire, avait si bien senti et exprimé — avec et grâce à d'autres… — ce qu'il y avait de dénaturé, dès son tournant platonicien, dans la philosophie, ne m'en voudrait donc sans doute pas d'être revenu à une forme préplatonicienne, c'est-à-dire aussi préphilosophique — si l'on pense que la philosophie est ce qui commence avec Platon et tout ce qui s'est développé d'après lui —, de l'expérience et de la définition de la contemplation, ni même, peut-être, d'avoir — chose inédite dans le monde hellénique-chrétien – et contraire à l'enseignement qu'elle avait reçu — expérimenté et affirmé que l'extase harmonique — l'accord des puissances et des délicatesses réciproques et partagées, dans la jouissance amoureuse d'un homme et d'une femme qu'unit l'amour — était en quelque sorte la voie royale vers cette forme authentique — et débarrassée de ses divagations religieuses ou platoniciennes, donc idéalistes — de la contemplation. D'avoir osé écrire — pour le vivre — : On s’est trompé lorsqu’on a cru que l’amour et la contemplation étaient deux choses différentes. La contemplation n’est que l’extrême de l’amour ; on s’y fond dans toutes les choses et n’y remarque plus du tout ce qu’on croit, habituellement, qu’il faut y remarquer ; et ce qu’on ressent est indicible... Ainsi, sans tous les effets que produit ordinairement l’abus de l’entendement, les amants peuvent demeurer en accord, et dans l’étendue de leur propre lumière — dans la flottance. 
Et d'avoir ainsi ruiné, par avance, les objections des sectateurs de l'idéalisme — qu'il s'agisse de l'idéalisme en beau ou de l'idéalisme en laid —, qu'on voit partout aujourd'hui, victimes tardives — et inconscientes le plus souvent de cela — de cette dénaturation et de cette définition appauvrie de l'expérience contemplative, et sous-produits de ce mouvement qui après avoir empoisonné l'expérience même de la poésie vécue, a empoisonné, philosophiquement et religieusement d'abord, techniquement ensuite, l'existence pratique de tous les hommes.


Mais si cette ère historique patriarcale esclavagiste-marchande, et finalement idéaliste-techniciste, qui nous contient et qui s'amorce avec le néolithique, était condamnée dès son origine par sa perte — progressive d'abord, brutale ensuite — de l'expérience contemplative authentique, elle l'était tout autant par cette guerre des sexes et la victoire du patriarcat qui la caractérisent.


L'amour contemplatif — galant, le libertinage idyllique, ce n'est donc pas seulement un goût particulier que l'on aurait, parmi d'autres possibles et équivalents, c'est bien plutôt cette expérience poétique et sentimentale qui aboutit à cette certitude « philosophique » que seul le dépassement de la guerre des sexes — qui ne se réalise jamais si bien que dans cette forme de l'extase amoureuse que nous évoquons ainsi — permet et permettra de connaître cette forme supérieure de la contemplation dont nous parlons ; supérieure bien entendu à la contemplation platonicienne affadie par les modes de sentir de l'homme fabricateur, mais supérieure aussi à celles — telles que la poésie et les diverses formes de la spiritualité nous les avaient montrées — des hommes de l'ère patriarcale esclavagiste-marchande, parce que née de la volupté, de l'union voluptueuse des sexes opposés, c'est-à-dire, pour la première fois, de l'humanité dans son entier, donc d'une forme supérieurement civilisée, et inédite, de cette humanité.


Si l'on veut bien accepter, comme nous l'affirmons, que le degré de civilisation se mesure au degré d'égalité, dans la volupté contemplative, entre les hommes et les femmes, on comprendra sans peine que la poésie et l'extase de cette sorte produites par l'humanité dans sa totalité, c'est-à-dire grâce à l'accord de l'homme et de la femme — ce nègre de l'humanité, selon une formule qui n'aurait pas déplu à Chamfort et que j'ai lue sous la plume de Pierre Jourde... — seront toujours supérieures à ce qu'avait pu, ou pourrait, réaliser une seule moitié de cette humanité — quelle que soit la moitié que l'on veuille considérer.


Hannah Arendt avait peut-être ignoré que Rimbaud avait prédit que la femme deviendrait poète, et il n'est pas étonnant qu'elle n'ait pas remarqué à quel point elle était, elle-même, ce genre inédit de femme, cette préfiguration, au minimum, d'une femme dotée d'une sensibilité supérieurement poétique et d'une intelligence supérieurement philosophique permettant d'envisager le dépassement tant de la domination patriarcale, idéaliste et techniciste, que des vieilleries matriarcales et de la guerre des sexes dont nous parlons.


De sorte que — pas plus que ceux qui l'avaient formée — elle n'a pas ajouté aux griefs qu'elle faisait, justement, à la philosophie platonicienne et à ses développements historiques, cet autre, essentiel à mes yeux, d'être le produit d'une moitié de l'humanité, qui plus est amoindrie, c'est-à-dire castrée — dans le registre de la volupté et de la poésie (contemplative — galante… ) — par la domination de son autre moitié : et donc aux facultés poétiques et contemplatives gravement dégradées. Et — par le fait — d'autant plus portée à être idéaliste-techniciste.


Aujourd'hui, cette pensée idéaliste-techniciste a si bien réussi que l'on trouve des femmes qui, lorsqu'elles se veulent « libres », rêvent qu'on les remplace, pour donner la vie, par des machines, afin de pouvoir être, elles aussi, performantes dans ce monde démocratico-populiste de chiens de guerre informatisés, renonçant par-là même à ce qui avait fait à un moment de l'histoire de l'humanité leur pouvoir sur les hommes.
Et — leur pouvoir s'étant toujours étendu bien au-delà — renonçant également à celui de donner la capacité d'aimer, puisque c'est bien dans le ventre des femmes, et sur leurs ventres et dans leurs bras ensuite, que les êtres humains, hommes et femmes, comme nourrissons, aiment et sont aimés — la première fois.
C'est même tout le problème de l'analyse que de permettre à l'individu de retrouver, sous les violences destructrices et autodestructrices de la névrose — et par leur allégement et leur dépassement-compréhension — cette capacité primale à l'amour, afin qu'il puisse réussir le transfert de cet amour, avec toutes les béatitudes qui l'accompagnent, sur celui ou celle qui, plus tard, en sera digne, et ce afin de pouvoir faire éclore et de connaître une forme de l'amour, de la jouissance et de la contemplation jusqu'alors inconnue de lui: celle que seules la maturité et la complétude peuvent offrir.


Mais cette civilisation, finalement sadienne, techniciste et idéaliste — et ses servants et leurs fantasmes — qui après avoir tué l'idée de la contemplation rêvent de tuer — avec l'ectogenèse, littéralement dans l'œuf — l'idée de l'amour n'auront qu'un temps, quels que soient leurs rêves de développement.


Freud, dans Malaise dans la civilisation, se demandait : « Quant à l'application thérapeutique de nos connaissances... à quoi servirait donc l'analyse la plus pénétrante de la névrose sociale, puisque personne n'aurait l'autorité nécessaire pour imposer à la collectivité la thérapeutique voulue ? En dépit de toutes ces difficultés, on peut s'attendre à ce qu'un jour quelqu'un s'enhardisse à entreprendre dans ce sens la pathologie des sociétés civilisées. »
Il pensait, on le voit, à une forme d'évolution progressivement corrigée de la civilisation — même s'il n'imaginait pas comment cette correction progressive pourrait être apportée.


Caraco, penseur très lucide sur ce point mais très misérable dans le domaine de la volupté, castré par sa mère, évoquait non pas une correction progressive mais un écroulement de la civilisation patriarcale qui laisserait place, selon lui, à un retour au vieux matriarcat préhistorique.


Pour nous, on pourra sans doute dire que nous aurons œuvré, en amants, en artistes et en poètes, à ce que ce dépassement ou cet écroulement — quels que soient la forme et le temps qu'ils prennent — soient suivis non par un retour, sur les ruines et les décombres du patriarcat esclavagiste-marchand, au vieux matriarcat et à ses folies mais par une subsomption raffinée et voluptueuse de ces deux formes inaccomplies de l'humanisation de l'Homme.


On pourra dire que nous en aurons donné l'idée ; et, aussi, l'idée même de la forme que ce dépassement pourrait prendre, au travers de cette poésie contemplative — galante que la vie nous fait la grâce de vivre et de pouvoir célébrer.


Et l'on sait — et cela Hannah Arendt ne l'ignorait pas — que les poètes fondent ce qui demeure.


Pour ma part, j'avais écrit, dans le Manifeste sensualiste, citant Shelley, qu'ils sont les législateurs non reconnus du monde, mais aujourd'hui je dirais qu'ils sont plus encore ceux qui font surgir et inventent — comme l'on dit de ceux qui découvrent des trésors — la grâce de l'humanité.


Hegel, qui n'était pourtant pas Prussien mais qui vibrait à la vue de tout ce qui touche à la guerre — par exemple, un empereur à cheval à Iéna —, voyait ce genre de surgissement, inattendu et merveilleux — qui prenait un tout autre sens, dans le tableau qu'il peignait de l'Histoire et du monde, que celui qu'il a pour nous —, comme un « coup de pistolet » qui dessine en un éclair l'avenir.
Pour moi, qui suis, par la force des choses, plus Sudiste que Prussien, je préfère me représenter ce surgissement inattendu et merveilleux de la grâce dans l'histoire des hommes sous la forme, plus aimable à mes yeux, de ce saut en hauteur que je vis faire, pour ainsi dire en direct, à Fosbury, à Mexico.


Il y a quelque chose d'extraordinaire et de merveilleux à voir ainsi un homme inventer le monde — qui après lui ne sera plus jamais le même parce qu'il contiendra davantage de beauté — et réussir dans l'abandon, et par l'abandon, avec grâce et élégance, d'une façon totalement inédite et parfaitement inattendue, ce que tant d'autres avaient échoué à faire avec un acharnement, une opiniâtreté et une violence finalement impuissantes.


...



Freud, qui peignait un tableau du monde où l'on voyait s'affronter deux « puissances célestes », Éros et Thanatos, concluait son Malaise en écrivant : « Et maintenant, il y a lieu d'attendre que l'autre des deux « puissances célestes », l'Éros éternel, tente un effort afin de s'affirmer dans la lutte qu'il mène contre son adversaire non moins immortel. »


Son tableau n'est pas le mien mais il me semble que, sans efforts (j'oublie les années d'analyse...) et avec beaucoup d'ardeurs enchanteresses, nous avons relevé Éros qui était, à notre entrée dans le monde, plutôt à terre. Aux mains des sectateurs de Thanatos, sous la forme des mafias marchandes et de leur bétail soudain décorseté et en folie — dont je dois à Reich et, finalement, à Freud de ne pas avoir fait partie.




Porte-toi bien et embrasse Vera de notre part.




Le 23 octobre 2013



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mercredi 15 juin 2016

L'amour aimant









C'est la douceur
L'amour aimant
Votre âme d'enfant
Mon âme d'enfant
C'est l'innocence maintenant
Une tranquillité souriante
Votre âme aimante
C'est la brillance du regard
L'éclat vif et frais des choses
La brillance du regard
L'éclat vif et frais des choses


C'est paisible avec dans les yeux
De l'émerveillement
Celui qu'on voit tout autour
Tout tranquillement
C'est aussi assis
Dans l'herbe
Le matin avec un peu de vent


C’est l'innocence
Au vert brillant
Au feuillage dense
Aux feuillées denses
C'est l'innocence absolument
La violence, l'amertume et le désespoir
Avec ses airs de violent
De dur
Laissés pour le compte


C'est toujours le calme
De l'enfance
Son innocence
L'émerveillement


On ne pourrait ni peindre ni écrire ni rire
Ni aimer vraiment
Ni faire l'amour absolument
On ne pourrait pas
Vivre
Sans cet éclat de l'âme —
Tendrement


C'est la confiance
Aux choses aux gens
Le désir de jeu
De rire
L'émerveillement
Je l'ai dit
L'innocence


On ne pourrait pas vivre en ravissements
Ni illustrer l'essence du monde
La beauté
L'émerveillement
On ne pourrait pas aimer
En caresses tendres
En lents et puissants
Emportements


C'est là l'essentiel
Du monde
Cet air d'enfance
L'innocence
Absolument




Le 25 août 1995




R.C. Vaudey
Journal d'un Libertin-Idyllique (Illuminescences) 1995





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mercredi 8 juin 2016

Nos terres poétiques






R.C. Vaudey 

Poésies III


Les idées s'améliorent. Le sens des mots y participe. Le plagiat est nécessaire. Le progrès l'implique. Il serre de près la phrase d'un auteur, se sert de ses expressions, efface une idée fausse, la remplace par l'idée juste. 





Pour provoquer les grimaces d'un visage douloureux, l'injouissant, possédé par la peste émotionnelle et sa rage destructrice, est capable de n'importe quelle ignominie.

*

Le théâtre grec et les autels chrétiens avaient donné une nécessité fumeuse à l'horreur de la malignité. La pensée analytique, au XXe siècle — grâce à W. Reich, notamment —, a donné un début d'explication à sa généalogie.

*

Ce qui nous sauve dans ce monde d'atroce contingence, c'est le saisissement par la contemplation qui s'installe devant la mystérieuse complétude de chaque objet isolé, comme elle s'installe entre deux amants galamment mystiques dans la merveilleuse complétude de leur amour.

*

Les seules amours durables qui méritent d’être chantées sont celles qui se nourrissent des extases contemplatives — galantes (des miracles…) partagées.

*

Les vignobles de nos terres poétiques fleurissent pour des amatrices et des amateurs qui sont encore à venir.


*

Écrire pour la postérité, ce n'est pas désirer qu'on nous lise demain. C'est couronner, sans rien y pouvoir, notre vie galante et contemplative, — même si personne ne nous lit jamais.





Le 8 juin 2016






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mercredi 1 juin 2016

EXTASE HARMONIQUE… HARMONIE EXTATIQUE… (Pantoum sensualiste)








L'amour contemplatif — galant
Naît dans la volupté et les délices enchanteresses
Des transports de l'amour charnel et de ses caresses
Dans cette forme de l'amour charnel
Qui trouve son accomplissement
Dans l'orgasme génital surréel
Tel qu'il flamboie
Apothéotique —
Dans l'extase harmonique
Qui elle-même ouvre à une forme épiphanique
Du sentiment océanique
État fait de contemplation et de transport
De calme et de ravissement
De certitude et de vertige
Où l'on se retrouve autre en devenant soi-même
Et ce parfois trois jours durant

Qui voient s'ouvrir le Temps où vibrant sur sa tige
Chaque fleur s'évapore ainsi qu'un encensoir ;
Les sons et les parfums tournant dans l'air du soir ;
Valses extatiques et langoureux vertige !

Chaque fleur s'évapore ainsi qu'un encensoir ;
Un piano jaillit comme un cœur qui voltige ;
Valses extatiques et langoureux vertige !
Le ciel est beau et bon comme un grand reposoir.

Un piano jaillit comme un cœur qui voltige ;
Un cœur tendre, qui est ce Présent aux vastes moires !
Le ciel est beau et bon comme un grand reposoir ;
Le soleil resplendit dans le Temps qui se fige.

Un cœur tendre, qui est ce Présent aux vastes moires,
Du passé lumineux recueille tout vestige !
Le soleil resplendit dans le Temps qui se fige
Tout souvenir par moi luit comme un ostensoir

Et qu'est-ce auprès de cette félicité
Que l'épilepsie d'une chair ébranlée
Durant trois minutes par un coït masturbatoire
Eût-il duré trois journées ! —
Ou par n'importe quelle autre forme illusoire
De l'auto-érotisme — collectif ou solitaire — exutoire  ?

C'est cette forme inouïe
Au sens strict —
De l'amour qui nous ravit
Et nous rend bien gracieux et sades
Comme il sied aux deux seuls Antésades… —
Et qui me fait jouer avec de vieux amis passés
Et que j'aime —
Que la vie et l'amour auront moins chéris
Dont je détourne les poèmes
Pour faire ceux que je dicte
Avant de retourner
Aux valses extatiques
Aux langoureux vertiges
Et aux autres prodiges… —
Que vous voulez bien m'accorder

 


 Le 2 juin 2016



R.C. Vaudey

Journal d'un Libertin-Idyllique (Illuminescences) 2016








Pour Charles Baudelaire et Albert Caraco 





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