lundi 29 septembre 2014

De l'amour




J'étais si heureux
Pour cet anniversaire…
La joie d'être vivant…
La joie d'être là…
Dans vos bras…
Qui aurait pu dire que j'en arriverais jusque là
Quand tous mes amis sont sûrement morts…
Quand ils n'ont pas repris les affaires de papa…
Mais qui leur en voudra…

Vraiment quelle grande effervescence de joie !
Au Spritz Aperol et au champagne
Dans notre campagne
Comme à Venise
Grâce à vous, Héloïse —
Et puis plus encore
En découvrant le carrom
Que vous m'aviez caché jusque-là
Qui nous rappelait 
Avec le backgammon
Nos premiers jeux d'amants
Sur le sable
Là-bas
En Inde
Ou plutôt à Goa…
Avant d'y retourner
Avec ces billets
Au bon moment…
J'étais si heureux à cet instant
Il y a un peu plus d'une semaine de cela

Pourtant le tonnerre
Les éclairs
Et surtout la foudre —
Étaient venus quelque jours plus tôt
Saluer à leur façon
Mon apparition dans le monde…
Mais cela ne nous affectait pas
Ces détails nous les balayions dans notre joie

Aujourd'hui ce qui m'émeut
C'est le souvenir merveilleux
Du Paradis
L'amour au ralenti
Vos ondulations
Ultra-lentes
Ultra-sensibles
Vos retraits subtils
—… –
… —
Vos caressements ultra-délicats
Dans l'étonnement de cet abandon
À l'extrême limite du jouissement —
Et de ce désir
Exubérant
Tout aussi ultradélicate
Tout aussi ultradélicate que
Le mouvement
Précieux
De nos âmes s'interpénétrant
À cet instant —
Tout ce long mouvement
De l'amour au ralenti
Moi parfois seulement
… —
Jusqu'à votre retrait délicat
Malgré mes rappels gracieux…

Et puis ensuite
La sensation inédite
De votre corridor de velours
Onctueux
Avec
Après un long et excessif mouvement —
Notre jouissance explosive
Et puis toujours reprenant
Moi pratiquant
Spontanément
L'art du Tao
Prolongeant
Jusqu'à plus soif
Notre merveilleux chaos
Qui est plutôt
La manifestation du mouvement même du monde
À son période le plus somptueux
Le plus beau

Pourtant avant d'en arriver là
Il y a quelques jours de cela —
Nous étions restés longtemps tendus
Par toutes nos préoccupations
Cherchant longuement
Allongés dans la pénombre de notre chambre
En parlant de choses et d'autres —
La porte qui mène à l'Éden
Cette connivence
Ces rires complices
Balayant nos soucis et leurs silences
Tournant longtemps avant de les trouver…

S 'il y a un secret dans notre art d'aimer
C'est que nous ne sommes jamais guidés
Que par notre seul désir :
J'ai perdu avec vous
Depuis près de vingt ans
Le goût du vin et de la fumée
Que vous n'avez jamais eu —
De sorte qu'ils ne président jamais
Et n'ont jamais forcé
Nos émois…
C'est donc de cœur à cœur
Que nous nous ouvrons l'un à l'autre
Et sinon nous en resterions là…
Mais cela n'arrive pas…

Aujourd'hui nous jouions de paraboles
Pour ainsi dire —
Dans un demi crachin
Assis dans le foin :
Cela nous faisait rire…
On se disait en en respirant le parfum
Dans la douceur humide de l'automne :
Il y a pire…
Tu m'étonnes…

Ce qui m'étonne vraiment
C'est de redécouvrir à chaque fois l'amour
Comme un sentiment…
Si délicatement galant…
Si précieusement contemplatif

Héloïse
Je vous aime
Infiniment…




Le 30 septembre 2014



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jeudi 25 septembre 2014

La théorie et l'art des libertins contemplatifs — galants (connus également comme Libertins-Idylliques) vus par un idéaliste allemand, M. Arthur Schopenhauer…





R.C. Vaudey
 Autoportrait
Le 25 septembre 2014
Acrylique sur toile
80x60 cm


Pour accéder à la galerie et voir l'image du tableau






Ce qu'on appelle l'éveil du génie, l'heure de la consécration, le moment de l'inspiration, n'est autre chose que l'affranchissement de l'intellect, qui, déchargé pour un instant du service de la volonté, au lieu de se détendre, de se plonger dans l'inaction, se met de lui-même, pendant ce court espace de temps, à travailler seul et libre. Il est alors de la plus grande pureté et devient le clair miroir du monde, car, entièrement détaché de son principe premier, la volonté, il n'est plus maintenant que le monde même de la représentation concentré dans une seule et même conscience. C'est en de tels moments que se crée en quelque sorte l'âme des œuvres immortelles. Au contraire, dans toute réflexion intentionnelle, l'intellect n'est pas indépendant, puisque c'est la volonté qui le dirige et lui prescrit son thème. Le cachet de trivialité, l'expression de vulgarité empreinte sur la plupart des visages, tient à ce qu'on y voit marquée la rigoureuse subordination de la connaissance à la volonté, la connexion étroite qui les rattache, et l'impossibilité qui en résulte de concevoir les choses autrement que dans leur rapport à la volonté et à ses fins. Au contraire, l'expression du génie, qui constitue chez tous les hommes bien doués une frappante ressemblance de famille, vient de ce qu'on lit clairement sur leur physionomie l'affranchissement, l'émancipation de l'intellect du service de la volonté, la prédominance de la connaissance sur le vouloir ; et comme toute douleur dérive du vouloir, comme la connaissance au contraire est en soi exempte de souffrance et sereine, voilà ce qui donne à leurs fronts élevés, à leurs regards clairs et pénétrants, détachés du service de la volonté et de ses misères, cette teinte de sérénité supérieure, supra-terrestre en quelque sorte, qui perce de temps à autre sur leur figure, et s'unit si bien à la mélancolie des autres traits du visage, de la bouche en particulier, dans une alliance justement caractérisée par cette épigraphe de Giordano Bruno : In tristita hilaris clinton, in hilaritate tristis.

[…]

Pour un tel homme, sculpture, poésie, pensée est une fin ; pour les autres, ce n'est qu'un moyen. Ceux-ci n'y cherchent que leur affaire, et en général ils savent réussir, parce qu'ils se plient aux goûts de leurs contemporains, prêts à en servir les besoins et les caprices : aussi vivent-ils presque toujours dans une situation heureuse. La situation de l'homme de génie est souvent, au contraire, très misérable : c'est qu'il sacrifie son bien-être personnel à la fin objective, et il ne peut faire autrement, puisque c'est là qu'il place le sérieux. Les autres agissent en sens inverse : aussi sont-ils petits, tandis que le premier est grand. Son œuvre à lui est pour tous les temps, quoique plus d'une fois la postérité soit la première à en reconnaître seulement la valeur ; les autres vivent et meurent avec leur temps.

[…]

Le grand homme, au contraire, se reconnaît en toutes choses, et par suite dans l'ensemble ; il ne vit pas, comme l'autre, uniquement dans le microcosme, mais plus encore dans le macrocosme. Aussi est-ce l'ensemble qui lui tient à cœur ; il cherche à le saisir pour le reproduire, pour l'expliquer ou pour exercer sur lui une action pratique.

Car ce n'est pas là pour lui chose étrangère ; il sent que tout cela le concerne. C'est à cause de cette extension de sa sphère qu'on le nomme grand. Aussi ce noble attribut ne convient-il qu'au vrai héros, en quelque sens que ce soit, et au génie : il énonce que ces individus, contrairement à la nature humaine, n'ont pas cherché leur bien propre, qu'ils ont vécu non pour eux-mêmes, mais pour l'humanité entière.

[…]

De ce que le génie consiste dans le travail de l'intelligence libre, c'est-à-dire émancipée du service de la volonté, il résulte encore que ses productions ne servent à aucun but utile. Musique ou philosophie, peinture ou poésie, une œuvre de génie n'est pas un objet d'utilité. L'inutilité rentre dans le caractère des œuvres de génie ; c'en est la lettre de noblesse. Toutes les autres œuvres humaines ne sont faites que pour la conservation ou le soulagement de notre existence, sauf celles dont il est question ici : seules elles subsistent pour elles-mêmes, et sont, en ce sens, comme la fleur ou comme le revenu net de l'existence. Aussi notre cœur s'épanouit-il à les goûter car elles nous tirent du sein de cette lourde atmosphère terrestre du besoin. — Un autre fait analogue au précédent est que nous voyons rarement le beau s'associer à l'utile. Les grands et beaux arbres ne portent pas de fruits ; les arbres fruitiers sont de petits troncs laids et rabougris. La rose pleine des jardins est stérile, mais la petite rose sauvage, presque sans odeur, donne un fruit. […] Un homme de hautes et rares facultés intellectuelles, obligé de se livrer à quelque occupation purement utile, à la hauteur de laquelle serait l'esprit le plus ordinaire, est comme un vase précieux, orné des plus belles peintures, qu'on emploierait pour le service de la cuisine ; et comparer les gens utiles aux hommes de génie, c'est placer sur la même ligne les pierres de taille et les diamants.
Ainsi l'homme simplement pratique applique son intellect à l'usage que la nature lui a marqué, c'est-à-dire à concevoir les relations des choses, soit entre elles, soit avec la volonté du sujet connaissant. Le génie l'applique au contraire, et sans souci de cette destination, à concevoir l'essence objective des choses. Son cerveau ne lui appartient donc pas, il appartient au monde, qu'il doit contribuer à éclairer en quelque façon.

[…]

Le cours des pensées d'un intellect détaché de son sol maternel, de la volonté, et qui n'y fait retour que par intervalles, ne tardera pas à se séparer entièrement de celui d'un intellect normal, encore adhérent à sa racine. Par là, et à cause de cette inégalité dans la marche de l'esprit, il sera impropre à penser en commun, c'est-à-dire à entrer en conversation avec les autres ; les autres, écrasés par sa supériorité, trouveront aussi peu de plaisir dans sa société que lui dans la leur. Ils se sentiront plus à l'aise avec leurs semblables, et il préférera aussi s'entretenir avec ses pareils, bien qu'il ne le puisse en général qu'à travers les œuvres laissées par eux. Aussi Chamfort dit-il très justement : « Il y a peu de vices qui empêchent un homme d'avoir beaucoup d'amis, autant que peuvent le faire de trop grandes qualités. » Le sort le plus heureux qui puisse échoir en partage au génie, c'est d'être dispensé de toutes les occupations pratiques qui ne sont pas son élément, et d'avoir tout loisir pour travailler et produire. — La conséquence générale de ce qui précède, c'est que, si le génie procure la félicité à celui qui le possède, à l'heure où, se livrant à lui sans entraves, il peut s'abandonner avec délice à l'inspiration, il n'est nullement propre à lui assurer une existence heureuse, bien au contraire.

[…]

À tous ces inconvénients s'ajoute encore un désaccord extérieur, car le génie, dans tout ce qu'il fait, dans tout ce qu'il crée même, est d'ordinaire en opposition et en lutte avec son temps. Les simples hommes de talent arrivent toujours au moment voulu ; car, animés par l'esprit de leur époque, appelés par les besoins de leur temps, ils ne sont capables que d'y satisfaire. Ils interviennent donc dans le développement progressif de leurs contemporains ou dans l'avancement graduel d'une science particulière, et ils trouvent là récompense et approbation. Mais la génération suivante ne peut plus goûter leurs œuvres ; celles-ci doivent céder la place à d'autres, qui ne font pas non plus défaut. Le génie, au contraire, traverse son temps comme la comète croise les orbites des planètes, de sa course excentrique et étrangère à cette marche bien réglée qui se peut embrasser d'un seul coup d'œil. Aussi ne peut-il concourir au développement régulier de la civilisation déjà existante ; mais, semblable à l'imperator romain qui, se vouant à la mort, lançait son javelot dans les rangs ennemis, il jette ses œuvres bien loin en avant sur la route où le temps seul viendra plus tard les rejoindre.

[…]

Le talent a la force de créer ce qui dépasse la faculté de production, mais non la faculté de perception des autres hommes ; aussi trouve-t-il dès le premier moment des gens pour l'apprécier. L'œuvre du génie dépasse au contraire non seulement la faculté de production, mais encore la faculté de perception des autres hommes ; aussi les autres ne le comprennent-ils pas tout d'abord. Le talent, c'est le tireur qui atteint un but que les autres ne peuvent toucher ; le génie, c'est celui qui atteint un but que les autres ne peuvent même pas voir : ils n'apprennent donc à le connaître qu'indirectement, c'est-à-dire tard, et ils s'en rapportent alors même à la parole d'autrui.

[…]


Celui qui ne demeure pas, durant sa vie, en quelque mesure un grand enfant, mais devient un homme sérieux, froid, toujours posé et raisonnable, celui-là peut être en ce monde un citoyen très utile et capable, mais jamais il ne sera un génie. Ce qui constitue en effet le génie, c'est que chez lui cette prédominance, naturelle à l'enfant, du système sensible et de l'activité intellectuelle, se maintient, par anomalie, toute sa vie durant, et devient ainsi continue. Sans doute, chez quelques individus ordinaires, il s'en transmet encore quelques vestiges jusque dans la jeunesse ; de là viennent, par exemple, chez plus d'un étudiant, une aspiration purement intellectuelle et une excentricité géniale qu'on ne peut méconnaître. Mais la nature rentre bientôt dans son ornière : ils se métamorphosent et sortent de leur chrysalide, à l'âge d'homme, sous la forme de philistins incarnés, devant lesquels on recule avec effroi, si on les rencontre dans les années suivantes.

[…]

De même donc qu'il y a une simple beauté de jeunesse, possédée un moment par chacun, la « beauté du diable » (sic), de même il y a aussi une pure intellectualité de jeunesse, une certaine nature spirituelle, désireuse et capable de saisir, de comprendre, d'apprendre, possédée par tous pendant l'enfance, par quelques-uns encore pendant la jeunesse, et qui se perd ensuite comme cette beauté. C'est seulement chez quelques exceptions des plus rares, chez quelques élus, que l'une, comme l'autre, peut persévérer durant toute la vie, de manière que quelques traces en restent encore visibles même dans l'âge le plus avancé : ces exceptions, ce sont les hommes vraiment beaux, ce sont les vrais génies.





Arthur Schopenhauer














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mercredi 17 septembre 2014

Et deest et superest miseris cogitat






Titre du premier film sensualiste ; juin 2001




« Ce surpeuplement de la terre que vous redoutez avec votre myopie sénile fournit justement leur grande tâche aux plus optimistes : il faut qu'un jour l'humanité devienne un arbre qui couvre tout le globe de son ombre, avec des milliards et des milliards de fleurs qui, l'une à côté de l'autre, donneront toutes des fruits, et il faut préparer la terre elle-même pour nourrir cet arbre. Faire que l'ébauche actuelle, encore modeste, grandisse en sève et en force, que la sève circule à flot dans d'innombrables canaux pour alimenter l'ensemble et le détail, c'est de ces tâches et d'autres semblables que l'on déduira le critère selon lequel un homme d'aujourd'hui est utile ou inutile. Cette tâche est indiciblement grande et hardie ; nous en prendrons tous notre part, afin que l'arbre ne pourrisse pas avant le temps. Un esprit historique réussira sans doute à se mettre sous les yeux la nature et l'activité humaine dans toute la suite des temps, comme nous avons tous sous les yeux le monde des fourmis, avec ses fourmilières artistement édifiées. À en juger superficiellement, l'Humanité aussi donnerait lieu dans son ensemble, comme les fourmis, à parler "d'instinct". Nous nous apercevons, à un examen plus serré, que des peuples, des siècles entiers s'évertuent à découvrir et expérimenter de nouveaux moyens par lesquels on pourrait faire prospérer un vaste groupement humain et en définitive le grand arbre fruitier de l'humanité dans sa totalité ; et quelques dommages que les individus, les peuples et les époques puissent subir lors de ces expériences, c'est chaque fois pour certains individus le dommage qui rend sage, et leur sagesse se répand lentement sur les mesures prises par des peuples, des siècles tout entiers. Les fourmis aussi se trompent et se méprennent ; l'humanité peut très bien dépérir et se dessécher par la stupidité des moyens, avant le temps ; ni pour celle-là ni pour celles-ci il n'y a d'instinct qui les guide sûrement. Ce qu'il faut, c'est plutôt regarder en face cette grande tâche de préparer la terre à recevoir cette plante d'une extrême et joyeuse fécondité — tâche de raison pour la raison ! »


Le voyageur et son ombre, § 189
 


J’aime ce texte de Nietzsche qui définit, à mes yeux, le héros, le poète post-nihiliste, comme celui qui sait que le « grand arbre de l'humanité » se développe porté par — mais, aussi, seulement manifesté par — les innombrables bourgeons, fleurs, feuilles, branches, cellules, racines, radicelles — qui apparaissent, bourgeonnent, se déploient, meurent, tombent, sont remplacés par d'autres — que le vent, les saisons, le cycle de la vie, la grêle, les orages, la foudre frappent, emportent.

Qui sait qu'il n'est lui-même qu'un élément transitoire de ce grand mouvement. Qui peut seulement aspirer à se hisser — et à hisser l'ensemble — vers la lumière ; tout en n'ignorant pas, comme le dit encore très justement ce texte, que ce grand arbre peut très bien lui-même dépérir et se dessécher, par la stupidité des moyens, avant le temps : ce qui est une double acceptation du grand mouvement de la vie — que nous faisons être, et qui nous fait apparaître...

Il faut être mort au moins une fois pour savoir que l'expression carpe diem est très optimiste car qui sait si dans l'instant qui suit quelque catastrophe, d'un genre ou d'un autre, ne nous aura pas frappé, nous rejetant, d'une façon ou d'une autre, hors du puissant mouvement de la vie, rendu incapable de faire prospérer le « grand arbre fruitier de l'humanité » de la seule façon qui vaille vraiment : en déployant notre sensualisme contemplatif — galant...

J'ai écrit, à la page 94 du Manifeste sensualiste, ce qu'implique ce grand programme de floraison de l'humanité ; mais, puisque l'imbécile regarde le doigt quand on lui montre la lune, je suppose que ceux qui l’auront lu auront cru que je voulais seulement faire des effets de manche avant-gardistes — passablement éculés — en jouant avec la typographie.

Et, sans doute, certains eussent préféré me voir écrire — pour dire la même chose — un évident Bréviaire du chaos, chargé de mes frustrations et du fiel contempteur qui en découle, mais je crois, moi, tout à l'inverse, que la grande sagesse poétique, dans l'étant et dans les temps chaotiques, consiste — tout en sachant que l'on est, toujours, dans la vie comme un danseur de corde dont le fil d’archal est tendu au-dessus d'un champ de mines cerné par des snipers — à arrêter le monde à sa porte pour lui faire rendre compte, tout en s'abandonnant, en distinguished foreigner, et autant que faire se peut, à ses recherches sur l'amour et le merveilleux.

Ainsi seulement est-il possible, à mon sens, de faire grandir en force et en sève le grand arbre fruitier de l'humanité, et de passer — après l'avoir fait resplendir comme jamais — le flambeau de la poésie vécue, pour permettre à d'autres rameaux de se développer toujours plus harmonieusement, toujours plus puissamment, tout en sachant que cet arbre, qui nous porte et que nous faisons apparaître, connaîtra, à n'en pas douter, les dessèchements des hivers civilisationnels et historiques ; et même pourrait disparaître tout à fait, frappé par quelque foudre nucléaire, ou rongé par quelque virus plus ou moins foudroyant...

Connaître l'impermanence — et pas seulement comme la musique d'un mot — et vivre comme si l'on ne devait jamais mourir — en jouissant puissamment et voluptueusement du Temps —, se souvenir toujours que la plus perdue des journées est celle où l’on n’a pas vécu un poème, être le secrétaire, le héraut, le peintre de ses miracles, voilà sans doute ce qui distingue le héros, le poète post-nihiliste, du tout-venant du moment...

On pourra toujours dire que vivre ainsi, c'est vivre seul dans son époque, mais qui se plaindra d'être seul dans une pareille époque...





Le 18 septembre 2014




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mardi 16 septembre 2014

Jouissance du Temps









Ce qui me frappe d'abord
Tandis que je dors
C'est la douceur et l'extrême silence
Qui nous entourent
Dehors

Ensuite
Lorsqu'après mon réveil je sors
Ce sont la chaleur
Et le bleu du ciel immense
Qui me caressent
Sensuellement
Comme une amoureuse chance…

Je marche sur le chemin…
La vigne des murs déjà rougeoie…
Des petites fleurs jaunes sauvages
Lui font comme un parterre…

Voulant dire cela à mon secrétaire
Je ne le peux pas…
J'en reste tout d'abord coi…

Avant l'amour
Mû de désir ardent
Je voulais peindre des scènes voluptueusement explicites…
Après l'amour
Émerveillé et absorbé
Dans la beauté des jours
Je ne le pourrais pas…
Cela ne m'intéresse pas…

C'est ce sentiment extrême
Qui nous saisit 
Après nos rires —
Dès que l'on s'aime
Qu'expriment si intensément
Nos baisers
Nos caresses
Et nos grands mouvements d'abandon ardent
Voluptueusement explicites —
Que l'on retrouve bien plus tard
Le soir
Après nos siestes
Au coucher
Lorsque nos mains se joignent
Et que l'on reste
Dans la paix de la nuit
Sans pouvoir parler
Enveloppés dans le silence
Immensément caressant
De cette amoureuse chance
C'est cette sensation extrême
Cet Indicible
Cette amoureuse béatitude
Comme une miraculeuse habitude
Voluptueusement mystique
Ce sentiment de l'amour
Sans voix
(Que
Faute de mieux
Je nomme
Contemplatif — galant…)
Ce à quoi l'amour et la vie doivent tendre —
Que je voudrais rendre…

Mais par quoi ?
Quel artifice ? 
Expressionnisme-abstrait ? 
Figuratif ?
Non ! 
Expressionnisme-contemplatif — galant !

Peindre le désir est simple... mais peindre la jouissance du Temps !…





Le 16 septembre 2014





Jouissance du Temps
90 x70 cm
Le 16 septembre 2014






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mardi 9 septembre 2014

L'amour contemplatif — galant (Thanks to Héloïse...)




             
Où l'on verra comment nous sommes devenus des inventeurs bien autrement méritants que tous ceux qui nous ont précédés ; des musiciens même, qui avons trouvé, au long de nos courses et de nos dérives, la mine d'un or très rare et peu recherché : celui du Temps ; — et, donc, la clef de l'amour : cette troisième forme historique du libertinage en Europe, le libertinage idyllique… c'est-à-dire l'amour contemplatif — galant




La poésie et l'art gardent des traces de notre vie, mais nous sommes les seuls à connaître vraiment les souffrances et les joies, indicibles, qu'ils représentent ou qu'ils chantent.

Certaines de leurs manifestations, les plus terribles pour nous, sont comme ces traces que laissèrent sur des murs ceux que l’explosion brutale du monde, un jour d'août 1945, au pays du Soleil levant, vaporisa, tant il est vrai que, lorsque le malheur nous frappe, le monde, qui nous était familier, explose, et, pour chacun d'entre nous, comme s'il n'existait que pour nous seuls , nous laissant tels un nourrisson qui vient de naître, qui vient de sortir du cœur même de la vie qui bat à 37°2 , et que l'on abandonne à l'Inconnu, à la Solitude, au Froid, au Silence pour lui interstellaires d'une pouponnière de maternité, ce qui est une souffrance archaïque extrême, innommable à vivre, et même à revivre dans le cours d'une analyse, prototypique quoiqu'évitable de toutes les pertes de la suite de notre vie. 

D'autres traduisent ce qui en nous se redéploie, plus ou moins craintivement sous les airs suffisants ou bravaches que les souffrances refoulées qui prennent leur violence à ces sources primales-là donnent, et sont comme un soleil qui se relève sur le monde que l'on redécouvre alors plus beau qu'on n'aurait jamais pu l'imaginer.

Les plus belles, enfin, resplendissent comme la vie qui, toujours renaissante, resplendit à son zénith.

Voici quelques-unes de ces traces.


  
 Le début de la fin (1)

7 octobre 1991
Acrylique et pigments sur toile
2,75 x 1,90 m


L'explosion finale

24 avril 1992
Acrylique et pigments sur drap
3,10 x 2,10 m


 ...



L'aurore

Thanks to Héloïse
24 août 1992
Acrylique et pigments sur toile
3,00 x 2,20 m




Shakti (Looking... Looking at Héloïse...)


Lucidité du matin
Aux collines d'aurore
Aux sentiments d'aise
Aux amitiés chantantes
Mais de la voix parlée
Seulement
Aux jeunes amants passionnés
De deux ans —
Aux sourires d'extase
Aux moyens terribles
Déjà
De vous éloigner du centre
De leur monde
De leur tout
De leur flambée de vie

Lucidité du matin
Aux collines d'aurore

Considérant la belle, dans ce sens, l'excessive, j'ai dû oublier l'amour partagé et le désir.
Nul ne saurait s'enfermer dans le jeu caractériel de la séduction narcissique, le caprice.
Très malheureusement — parce que je la trouve superbe — l'étincelle divine commune n'est pas notre lot.
Quelle shakti cependant !

Agréable compagne des nuits de rires. Sourire d'extase.
Avec vous quelle belle explorée. ..
Ni l'esprit, ni la vie, ni le sentiment, ni le désir…
So, my dear, just think about it and go back to your world
Désir de faire réellement le tour du monde divin des sentiments océaniques de l'extase et des sentiments partagés.
Aucune envie de l'agitation désespérée
Et du micmac caractériel

Lucidité d'aurore
Collines du matin
Jardins de rêve
Et d'utopie
Just far away

Considérant la belle
Dans ce sens, l'excessive… —
J'ai dû oublier l'amour partagé
Et le divin

Yeux de braise
Adorant
Étant aimée
Aimant
Étant adorée

Impeccable sirène. Brune

Les imperfections de l'oubli me rappellent les mêmes et tellement anciennes
de mes premières amours. Vous tenez au féminin.
Moi aussi

Considérant la belle
Dans ce sens, l'excessive —
Je n'oublie pas l'amour partagé
Et le divin

Yeux de tendre
Adorant
Étant aimée
Aimant
Étant adorée

Exquise douceur sauvage

Les fuyants profonds m'attirent plus qu'ils ne lui nuisent avec mon éternel désir de tout réanimer. Enfant vous fûtes celui qui le fit...

Considérant la belle
Dans ce sens l'excessive —

S'aurait-elle aimer ?


Jeudi 4 septembre 1992



 
Premier Poëme…

Accord parfait
À corps parfaits
Ce matin je me suis réveillé de bonheur...
J'avais dormi tard de bonheur...
Ou encore...
Ce matin mon sexe chantait de bonheur...
Et mille autres cajoleries
Et mille autres douceurs...

À celle que l'on aime et qui se découvre
À celle qui force douceur extase enfant
Belle tendre abandonnée offerte ouverte
Donnée soleil d'or soleil d'or âge d'or retrouvé
L'éternité c'est la mer allée avec le soleil —
À celle que l'on aime
À celle du reflet d'or sur le fleuve miroir
Aux lèvres rondes à la langue de délices léchant
L'eau de l'amour
À celle aux fesses de tangage
Aux cuisses de formes fermes
Au sexe rose bouton de rose petite bouche
Qui me parle délicate presque fermée
L'appétit vient en mangeant —
Ouverte offerte donnée soleil d'or âge d'or retrouvé
Éternité mer allée avec le soleil
Aux lèvres rondes de délices léchant l'eau de l’âme
De l'amour
À celle au sexe rose bouton de rose ouvert offert gourmand
Faim du monde faim de toute la vie
Vraie faim sans peur et sans reproches
Douce vie doux vit
À celle que l'on aime
Profondément tendrement
À celle que l'on aime comme l'on doit aimer
À celle que l'on doit aimer
À celle de la lampe d'Aladdin (rechargeable qui plus est !)
À celle de la danse de l'amour adroite
À droite, à gauche
À celle avec laquelle danser tourner ramper plonger se relever
Se retrouver replonger
À celle aux provinces exquises à s'y tromper
À celle qui force douceur extase beauté
S'épanouit sur le monde trouve sa vérité
À ses sommeils partagés confiants
Désarmés désarmants
(Qui voudrait être armé ?)
À celle qui force douceur extase beauté
S'épanouit sur le monde trouve sa vérité

À Héloïse…

À toi mon amour

Avec tout mon cœur mes mains mon âme…



Fin septembre/début octobre 1992.








14 août 1993
Acrylique, pigments, fleurs et herbes sur toile
2,90 x 2,05 m
 



Ni fumée ni vin


Vous n'avez pas peur
Du grand amour
Celui de l'amour-caresse
Au sexe de cœur tendre
Et doux
Vous n'avez pas
Peur du grand amour

L'amour n'est ni un sport
Ni un exploit
Ni un divertissement
Vous le savez bien
Vous qui m'aspirez
Dans votre grand amour

Vous défaites dans
Mes reins
Une crainte
Qui me ferait vif joueur
Même câlin mais
Superficiel

Vous défaites cette crainte
Lorsque votre ventre
S'ouvre d'amour caressant
Au mien
Extases multiples
Subtiles

Vous n'avez pas peur
Du grand amour
Divin

Pas de place pour
L'agitation coquine
Juste maintenant
Vous ouvrez mon cœur
Défaites une
Dureté dans mes
Reins
Vous débondez l'âme
Des sentiments
Vous ouvrez le champ
Du ciel de
L'amour
Divin

Je n'aime que vous
Je ne peux aimer
Que vous
L'amour est au fond
De mon cœur
Emerveillé profond
Chose subtile
Affaire de poètes
Et de belles
A l'âme claire
Sans peur soudain
Jeunes et fraîches
A l'âme claire

J’apprends tout de
Vous
Ni fumée ni vin
Sans défenses
Et sans manières
Vulnérable aimant

Vous n'avez pas peur
Du grand amour
Et moi qui en parle tant
Je vous suis
Laisse mes craintes

Allons de l'avant



Le 31 août 1993





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