lundi 14 décembre 2015

Céleste







Allongés et sans force
Dans la pénombre
Nos rires eux-mêmes
Sont doux et feutrés
Comme le sont nos premiers baisers
Qui nous ouvrent cependant rapidement
À la Joie
  Si voluptueuse et si merveilleusement dansée
Qui nous saisit et nous entraîne sans relâche
Et finit comme elle a commencé :
À son rythme et quand elle en a décidé…
Dans notre extase et nos cris
Et nos débordements infinis


Le lendemain
Quelque part dans le Vercors
Arrêtés sur une mythique route en corniche
Pour secourir quelque jeune conducteur mal engagé
Je dois courir de toutes mes forces
Et sauter dans la vieille faové
Qui
Elle aussi sans freins
Et portières fermées
Dévale vers l’abîme…
Ce que je fais
Parvenant à la stopper
Alors qu’elle a déjà une roue dans le précipice…


J’enclenche alors la marche arrière…
Et …
Relâchant le frein à main qui la maintient en équilibre…
Je la ramène brutalement sur l’asphalte…


En tout, quelques secondes se sont écoulées…


Entre la gravité et moi : duel sans pitié…
Un millième de seconde pour perdre ou pour gagner…
Perdant, je n’aurais rien écrit aujourd’hui
Ni demain non plus
Ni plus jamais

Je n’aurais jamais pensé devoir toréer le vide
De façon aussi improvisée
Et je n’aurais jamais accepté de le faire en m'y étant préparé…


Finalement je m’extrais de la bestiole
En claquant la portière avec le sang-froid élégant
D’un matador espagnol

Juste avant, je parlais de frisbee :
Savoir saisir l’instant
Sans penser…
Ici la pensée eût été fatale…
Seul secours : cette incontrôlable grâce primale…

Être leste
Dans sa poésie comme dans ses gestes
Et pouvoir toujours s'abandonner
Au réflexe de l’orgasme
Cette vraie et longue extase
Espèce de catalepsie d'amour
Qui n'enchaîne que les voluptueux et fuit les débauchés
Comme La Mettrie le disait
À ce merveilleux réflexe-ci
Ou à ceux dont dépend notre survie


La vraie vie est ici :
C'est une suite de beaux gestes
Où nous sommes absents
(Tout en y étant merveilleusement présents)
Et qui nous échappent…

Tchouang-tseu
Vieux morveux
Mort très vieux
Fanatique de la sieste
Dans un autre temps
Parlait de s’abandonner au céleste…
Comment le dire mieux ?








Journal d'un Libertin-Idyllique (Illuminescences) 2015 







.