Bonheur
Soudain le larghetto
Du concerto en la majeur
Pour hautbois d'amour
— BWV 1055 —
De J. S. Bach me touche au cœur
Puis
— Allegro ma non tanto —
S'épanouit mon bonheur
Merveilleux jour d'automne
Qui suit un jour d'été —
Le 20 septembre 2020
Détournement
Ceux qui ont la chance que la vie les caresse de ses grâces ne peuvent que se détourner de tout ce qui est marqué par l'indigence poétique ou sentimentale, l'insensibilité et la nescience de la beauté.
Ce détournement est un mouvement spontané, qui n'implique pas nécessairement un rejet brutal.
Sur la route de Madison, les amants se détournent de la vulgarité et de l’injouissance poétique et sentimentale du monde tel qu'il va pour l'immense majorité, sans s'y attarder, simplement parce qu'un autre monde s'offre à eux, sans même qu'ils l'aient recherché.
Il est hasardeux de prétendre que la Beauté sauvera le monde, — ou même que le monde sauvera la Beauté.
Ce
qui est certain c'est que la Beauté sauve déjà le monde,
pour ceux qui ont le bonheur de pouvoir la goûter.
Céline ne voyait que la beauté « des femmes des riches » pour justifier la laideur et la souffrance du monde. D'où son goût pour les danseuses.
Il ignorait toutes les autres formes du Beau, et l'émerveillement — jusqu'à l'extase mystique — qu'il procure dans toutes ses manifestations « artistiques, faunistiques, floristiques, paysagères », et aussi sentimentales et charnelles.
Je repense à ce poème-collage d'il y a trente cinq ans
Ne regardons que le Beau etc, — à reprendre.
Le 23 septembre 2020
Extatique dans la jubilation nue
Il est plus facile de se livrer à des rituels orgiastiques, de s'abonner à ses pulsions destructrices ou auto-destructrices (jusqu’à cette pauvre extase masochiste que le malheureux Bataille voyait sur le visage d’un supplicié chinois) que de revivre, d'être de nouveau, le nourrisson, l'enfant, victime de violences, de sévices, hurlant de terreur, pleurant toutes les larmes de son corps, en proie à une rage refoulée folle, jusqu’à — par ces revécus, et, une fois revenu, grâce à la profondeur de ces moments de révélations analytiques — libérer la puissance orgastique — abandonnée, sentimentale, cataclysmique, exultatrice, extatique dans la jubilation nue — de la gangue de terreurs, de souffrances, de rages destructrices et auto-destructrices qui l’enferme habituellement.
Donc, les auteurs font les malins.
Avec leurs sataneries « sexuelles », et le reste.
Le monde et la vie mondaine servent à cela.
Manque de temps, manque de lieux et d'analystes, absence de débouchés (on trouve toujours à intégrer de façon socialement avantageuse un petit groupe de pervers-polymorphes refoulant leurs traumatismes archaïques en les sexualisant dans une transgressivité devenue aujourd'hui la norme (littérairement, artistiquement, affairistement, politiquement etc.), ou dans des sectes, — ayant plus ou moins bien réussi
Personne, ou presque, n'a les moyens d'être l’Homme vrai sans situation dont parlait Lin-tsi, même à deux, mais sans l'appui d'aucun réseau affairiste ou politique, littéraire ou artistique, religieux ou sectaire.
Très peu d’Hommes peuvent, comme lui, se torcher tous les matins avec les textes fondateurs et mépriser les rituels et les sociétés, — secrets ou non.
Ils pimentent ainsi leur absence, — relevée de conflits.
La présence, elle, est une chance, dont quelques êtres — à travers l’Histoire — passent le secret.
Le 24 septembre 2020
Poème-collage
Juin 1985
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