Divin boudoir
Les
jours passent
—
Qui
nous délassent —
Tantôt
on vit dans la fraîcheur
Derrière
nos grands rideaux tirés
Tandis
que sur notre lit de lin
On
se prélasse
Tantôt
on s’offre au plus merveilleux de tous les astres
Qui
ne fait rien qu’à nous griller
Et
ne nous laisse pas d’autre choix
Que
celui d’aller nous baigner
Alors
que revenu à l'intérieur
Je
commence à écrire ceci
Le
sommeil passe…
Pourquoi
lui résister ?
Après
une micro-sieste épanouie
Je
me réveille de trop b…
Ce
qui toujours l'homme réjouit :
Deux
heures à peine ont passé
Dehors
vous êtes toujours ouverte à l’astre
Le papillons — eux — ne font toujours que voler :
En
fait, ils surfent des vagues d'air chaud
Puis
rebattent des ailes
Pour
en reprendre de nouvelles
Et
se laisser porter à nouveau
Puis
ils se posent sur des fleurs de luzerne
—
Elles
aussi ouvertes et gorgées —
Et
s'enivrent de leur nectar
De
la jouissances du Temps
Le
monde est le divin boudoir
Le 7 juillet 2017
La vie ne vaut d'être vécue sans amour
Nous
faisons ce que nous aimons faire :
Rien…
—
Absolument
rien…
On
passe la journée
Allongés
dans notre grand lit…
L’un
contre l’autre…
On
rit…
On
se frôle…
En
frissonnant d'aise…
Sans
y penser…
On
se raconte des choses…
Drôles…
Ou
belles…
—
Enfin,
qui nous paraissent telles…
En
quelque sorte, on ose :
Danser
la javanaise…
Et
ainsi :
On
se prélasse…
On
se délasse…
Et
on paresse…
Perdus
dans notre mystique flottance…
Ce
qui berce nos silences
Ou
nos douces caresses
Ce
sont des vagues
Qui
dans nos cœurs et dans nos corps
Encore
dansent…
Le
souvenir de cette accordance
Et
de ses flamboyances…
La
rémanence
Du
tsunami
Qui
nous emportaient
—
hier
Ce
qui nous y avait menés ?
Notre
philosophie…
Et
notre philanthropie…
Tandis
que tout en riant et en se disant des je
t’aime
Nous
rêvions de notre Abbaye
de Thélème…
Et
de la meilleure façon de dépenser
Tous
nos milliards…
Après
avoir racheté les grands bâtiments
De
notre village
—
Qui
sont vacants –
Et installé un facteur de clavecin
Et installé un facteur de clavecin
Et
un luthier —
Nous avions décidé que leur meilleur usage
Serait
d’y accueillir et d'y former des musiciens
Où
installer le Grand
Salon Baroque
Où
seraient donnés les concerts
Et
les soupers fins qui les suivraient ?
Ça,
je n’en dirai rien…
Nos
grands moyens nous le permettant
—
Maintenant…
—
Nous
avions aussi fait l’acquisition de ce palazzetto
—
À
Dorsoduro —
Afin
de toujours garder ce lien
Avec
ce prêtre roux vénitien
—
Que
nous nous étions choisi comme parrain…
Avec
quelques autres…
dont Couperin —
Grâce
à nos investissements intelligents
À
la qualité des gens que nous avions invités
—
Ou
que celle de nos instruments attirait —
Notre
petite localité s’était vite transformée
En
un parfait écrin
Pour
tout ce que nous aimons :
Les
mets les plus fins…
Les
meilleurs vins…
La
résurrection des grands musiciens…
Des
grands sentiments
Et
puis, évidemment :
L'amour
contemplatif —
galant…
Ainsi
avions-nous créé
En
peu de temps une situation
Favorable
à cette Thélème
—
Bâtie
autour d’une sensibilité retrouvée…
Débarrassée
Grâce
à notre générosité
(Puisque
fantasques et
anonymes
mécènes
Nous
dépensions notre fortune sans compter)
Des
affres du calcul et de la nécessité
Et
du besoin d'arriver
Et
donc de
s'éclater
et de défouler
Dans
la violence et l'intempérance
Les
frustrations de la misère ainsi
accumulées
—
Misère
considérée sous tous ses aspects
Que
nous avons si souvent nommés —
…
Thélème
ainsi
élégamment
peuplée de tous ces gens doués
Pour
faire exister la vie que l’on aime…
Et
ce n’est qu’une fois ainsi rassurés sur le fait de savoir
Ce
que nous allions faire de tous nos milliards
—
À
savoir permettre à de belles personnalités
De
s’adonner sans soucis à l’humanité
— Qui
est l’expérience poétique
Mystique
De
la Beauté
Et
de la sensibilité
(Tout
le reste : connaissances techniques, métiers
Habilités
superficielles
Pouvant
être abandonné sans regrets
À
cette malheureuse Intelligence
Artificielle
Qui,
au mieux —
si elle existe jamais —,
Ne
pourra être que le diligent valet
de pied
Des
maîtres
sans esclaves
dont nous avons parlé
si
souvent
Ces
contemplatifs — mais
galants —
Bien
supérieurs à ceux que Platon ou Heidegger avaient imaginés
Et
tout entiers possédés par cet état
mystique
Que
Nietzsche
—
Dans
un de ses bons moments
—
Avait
lui aussi invoqué)
Et
ce n’est qu’une fois ainsi rassurés, dis-je,
Sur
le fait de savoir ce que nous allions faire de tous nos milliards
—
Tous
ces beaux prodiges
Que je viens d'évoquer
—
Que
nous nous étions laissés aller à nous aimer…
…
Avec
toutes les conséquences dont j'ai parlé :
Ce
tsunami
d’extase…
Ce
merveilleux sommeil de volupté
—
Qui
l'avait suivi —
Et
—
aujourd'hui —
Ces
folichonneries…
Ce
délicieux nonchaloir…
Qui
— lorsqu'on
envisage
les questions de
métaphysique
—
Sont
les seules
conclusions
physiques
Auxquelles
on doit arriver
Et
qui vous font savoir
Que vous avez fait
Le
seul usage qui vaille de la philosophie...
De
la philanthropie…
Et du boudoir
Le 9 juillet 2017
Journal
d'un Libertin-Idyllique (Illuminescences) 2017
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