Au retour du premier concert
Depuis décembre…
Dans
la collégiale du Palais
Où chacun porte un masque
Je dois imposer cet engagement pris
À une vieille tête brûlée butée
— Et j'y parviens à force d'autorité
On me salue pour cela…
Je crains que ce demi-esclandre
Ne nous gâche la soirée…
Un violoncelle
Une soprano
Un théorbe
Voilà nos vaisseaux
Pour le baroque précoce
Des airs italiens
Peu joués…
Ou inconnus…
Le voyage commence doucement
— Jusqu'au Ricercar d'Ortiz
Où là j'applaudis
Et où l'assemblée me suit
— Elle n'osait pas
Et n'attendait que cela
Venu choqué
Réellement renversé
Blessé d'avoir failli me faire écraser
— Une fois encore —
Par ce portail dégondé
Je suis littéralement bouleversé
Emporté dans un maelström d'émotions
La soprano — juste devant moi — le voit…
Mes sourires
Mes pleurs
Ma joie
Elle semble n'avoir d'yeux que pour moi :
Pour elle aussi c'est la première fois :
Elle nous le dit
« De nouveau en présentiel »
— Ajoute le théorbe
Le mot nous fera rire
Au retour…
Mais là
— Entre Barbara Strozzi
Et Frescobaldi —
Je me sens plutôt en présence du Ciel
— Moi aussi…
De nouveau…
Après trois ou quatre rappels
Le public est debout
Nous sommes tous merveilleusement émus
C'est un concert que j'aurais préféré évité
— Et que je n'oublierai jamais
Je ne suis pas Xi Kang
— Moi pourtant si proche de lui —
Lorsqu'il dit que la musique
N'a ni joie ni tristesse
Il faudrait pour qu'il en fût ainsi
Que nous naissions hors du corps de notre mère
Quand nous ne sommes pendant neuf mois
Que le cœur battant de ses propres sensations
Et ces associations de sons et d’émotions
Nous imprègnent
Le devenir prime sur le surgissement :
Ainsi se transmet
— Aussi —
L'or du Temps
Le 18 octobre 2020
Journal d’un Libertin-Idyllique (Illuminescences) 2020
.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire