Infantilisme
sexuel pas ludique
On
pourrait parler d'accès ou de crises d'infantilisme sexuel — pas
ludiques donc… — comme l'on parle d'accès ou de crise de
“paludisme”.
Les
marécages de la misère ancienne de chacun, ceux dans lesquels la
plupart pataugent, au présent, ceux vers lesquels ils se voient
aller et craignent, demain, de se perdre, sont les régions où se
contracte et s'intensifie cette maladie.
En
détournant la définition du paludisme on obtiendrait :
“L'infantilisme
sexuel est la maladie la plus répandue dans le monde. Longtemps
contenue par l'embrigadement social dans une forme endémique qui
donnait lieu à diverses formes de sublimations, guerrières,
religieuses, philosophiques, politiques, artistiques, littéraires,
et à leurs exaltations et à leurs transes — ou, encore, à des
rituels orgiastiques saisonniers ou élitistes —, il se manifeste
aujourd'hui de plus en plus par des accès de fièvre de compulsion
sexualisée, plus ou moins intermittents, sans périodicité
caractéristique particulière.”
La
visibilité de la maladie, sinon sa virulence, semble donc ainsi en
relation directe avec l'effondrement des structures sociales et
individuelles des anciennes formes de l'embrigadement historique et
sociétal, religieux et culturel.
Il
est à noter que, frappés par l'insatisfaction et le sentiment
torturant d'être en marge de l'existence qui caractérisent la
maladie, les sujets atteints, lorsqu'ils ne sont pas possédés par
cette fièvre de compulsion sexualisée, tentent le plus souvent de
conjurer cette insatisfaction et cette angoisse et les pulsions
destructrices et autodestructrices qu'elles entraînent — tout autant
que celles-ci les produisent — dans des formes plus ou moins
ritualisées d'un certain nombre de jeux basés sur la prédation et
l'accumulation — symptomatiques de la régression sadique-anale le
plus souvent associée à cette affection — dont, le plus répandu, le
jeu économiste — lui-même, donc, produit par cette peste
endémique de l'infantilisme sexuel et poétique — qui l'aggrave
encore en retour en se chargeant toujours davantage d'une violence
qui se nourrit elle-même de la désagrégation des structures
sociales, religieuses, comportementales, politiques etc. que ce jeu
entraîne : ces structures coercitives et castratrices — quoique
responsables de l'étiologie de ce mal — ayant contenu, en quelque
sorte et jusque là, ses ravages sous des formes historiques et
sociales plus ou moins stabilisées.
L'injouissance — c'est-à-dire l'incapacité à la jouissance poétique, puissante et
paisible de soi-même, de l'autre, du monde, et, finalement, du
Temps — caractérise cette maladie infantile du sensualisme, cette
maladie infantile de l'humanité qui se manifeste par une
dégradation de la sensibilité, une forme d'anesthésie
sentimentale et corporelle due à une fragmentation et une
diminution de la perception sensorielle provoquées par la formation,
à la suite des agressions pré et périnatales, d'abord, et puis
familiales et sociales ensuite — agressions qui doivent elles-mêmes
être replacées tant dans le cours de l'histoire de l'évolution des
êtres humains, depuis leur origine, que dans l'organisation présente
du monde —, d'une forme de rigidité et de dureté caractérielles dont
on peut observer les manifestations aussi bien au niveau du
cuirassement musculaire qu'au niveau de la rigidité et de la fixité
de l'organisation neuronale que révèlent les progrès de l'étude
du cerveau et de son fonctionnement.
En
tant que peste endémique, l'infantilisme sexuel et poétique doit
cependant être compris comme une forme d'adaptation à un milieu —
et à son histoire — lui-même pathogène : l'histoire de
l'humanité soumise depuis les temps historiques à la loi du
sado-masochisme donc de l'enrégimentement et de la soumission
sociale.
Seules,
au XXe siècle et en ce début de XXIe siècle, des conditions
particulières, propices à la compréhension et au dépassement des
conditions de vie et de relations interpersonnelles favorisant ce
mal, ont pu le faire apparaître pour ce qu'il est, ou du moins pour
ce qu'il pourrait être : une forme encore immature, plus ou moins
douloureuse et violente du pré-humain, dans le mouvement
d'apparition de l'humanité.
La
forme — physiologiquement et caractériellement profondément
structurée et enracinée, hautement transmissible, et recréant
toujours les conditions de sa reproduction — de la préhumanité,
mais qui pourrait laisser place, peu à peu, par sa
compréhension-dépassement à l'émergence de l'humain.
Avant-garde
sensualiste 4 ; Juillet/Mai 2008
.