lundi 16 décembre 2013

L'ère de l'Injouissance




Infantilisme sexuel pas ludique

On pourrait parler d'accès ou de crises d'infantilisme sexuel pas ludiques donc… comme l'on parle d'accès ou de crise de “paludisme”.
Les marécages de la misère ancienne de chacun, ceux dans lesquels la plupart pataugent, au présent, ceux vers lesquels ils se voient aller et craignent, demain, de se perdre, sont les régions où se contracte et s'intensifie cette maladie.

En détournant la définition du paludisme on obtiendrait :
L'infantilisme sexuel est la maladie la plus répandue dans le monde. Longtemps contenue par l'embrigadement social dans une forme endémique qui donnait lieu à diverses formes de sublimations, guerrières, religieuses, philosophiques, politiques, artistiques, littéraires, et à leurs exaltations et à leurs transes — ou, encore, à des rituels orgiastiques saisonniers ou élitistes —, il se manifeste aujourd'hui de plus en plus par des accès de fièvre de compulsion sexualisée, plus ou moins intermittents, sans périodicité caractéristique particulière.

La visibilité de la maladie, sinon sa virulence, semble donc ainsi en relation directe avec l'effondrement des structures sociales et individuelles des anciennes formes de l'embrigadement historique et sociétal, religieux et culturel.

Il est à noter que, frappés par l'insatisfaction et le sentiment torturant d'être en marge de l'existence qui caractérisent la maladie, les sujets atteints, lorsqu'ils ne sont pas possédés par cette fièvre de compulsion sexualisée, tentent le plus souvent de conjurer cette insatisfaction et cette angoisse et les pulsions destructrices et autodestructrices qu'elles entraînent tout autant que celles-ci les produisent dans des formes plus ou moins ritualisées d'un certain nombre de jeux basés sur la prédation et l'accumulation symptomatiques de la régression sadique-anale le plus souvent associée à cette affection dont, le plus répandu, le jeu économiste lui-même, donc, produit par cette peste endémique de l'infantilisme sexuel et poétique qui l'aggrave encore en retour en se chargeant toujours davantage d'une violence qui se nourrit elle-même de la désagrégation des structures sociales, religieuses, comportementales, politiques etc. que ce jeu entraîne : ces structures coercitives et castratrices — quoique responsables de l'étiologie de ce mal — ayant contenu, en quelque sorte et jusque là, ses ravages sous des formes historiques et sociales plus ou moins stabilisées.

L'injouissance c'est-à-dire l'incapacité à la jouissance poétique, puissante et paisible de soi-même, de l'autre, du monde, et, finalement, du Temps caractérise cette maladie infantile du sensualisme, cette maladie infantile de l'humanité qui se manifeste par une dégradation de la sensibilité, une forme d'anesthésie sentimentale et corporelle due à une fragmentation et une diminution de la perception sensorielle provoquées par la formation, à la suite des agressions pré et périnatales, d'abord, et puis familiales et sociales ensuite agressions qui doivent elles-mêmes être replacées tant dans le cours de l'histoire de l'évolution des êtres humains, depuis leur origine, que dans l'organisation présente du monde , d'une forme de rigidité et de dureté caractérielles dont on peut observer les manifestations aussi bien au niveau du cuirassement musculaire qu'au niveau de la rigidité et de la fixité de l'organisation neuronale que révèlent les progrès de l'étude du cerveau et de son fonctionnement.

En tant que peste endémique, l'infantilisme sexuel et poétique doit cependant être compris comme une forme d'adaptation à un milieu — et à son histoire — lui-même pathogène : l'histoire de l'humanité soumise depuis les temps historiques à la loi du sado-masochisme donc de l'enrégimentement et de la soumission sociale.

Seules, au XXe siècle et en ce début de XXIe siècle, des conditions particulières, propices à la compréhension et au dépassement des conditions de vie et de relations interpersonnelles favorisant ce mal, ont pu le faire apparaître pour ce qu'il est, ou du moins pour ce qu'il pourrait être : une forme encore immature, plus ou moins douloureuse et violente du pré-humain, dans le mouvement d'apparition de l'humanité.

La forme — physiologiquement et caractériellement profondément structurée et enracinée, hautement transmissible, et recréant toujours les conditions de sa reproduction — de la préhumanité, mais qui pourrait laisser place, peu à peu, par sa compréhension-dépassement à l'émergence de l'humain.





Avant-garde sensualiste 4 ; Juillet/Mai 2008





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