lundi 16 décembre 2019

L'Immatériel, la Pangée, l'amour contemplatif — galant et la jouissance du Temps








Un jour on admire la « Joconde des Géologues »
Quelque part sur le bord d'une petite route
Dans les gorges du Doux


Il y a un peu plus de trois cents millions d'années
Si ma mémoire est bonne —
Les forces telluriques y ont laissé une empreinte
Magnifique
À qui sait la voir —
Et le grès aujourd'hui à cet endroit a deux teintes
Là où une grande flèche blanche
A traversé alors un mille-feuilles de pierre rose
Déjà solidifié


Avec nous son inventeur
Ou peut-être faut-il dire son inventrice ? —
Comme il est d'usage de nommer
Celles et ceux qui découvrent des trésors
Lit pour nous dans ces roches
L'histoire de la Terre
Comme à livre ouvert —


Nous sommes à cet instant des enfants
Sur cette masse magmatique en fusion
Qui avec sa galaxie
Tourne éperdument dans la nuit
Tout en se refroidissant
Et sur la croûte de laquelle nous nous aimons
Et nous passons…


À trois cent soixante degrés
La vue et la vie sont une splendeur
Dans la brume fraîche
De cette après-midi ensoleillée


Le lendemain
Nous traversons le Rhône à pied
Et nous marchons d'un pas décidé
Au milieu d'un pont routier déserté…


Les choses ont bien changé
Sur la Pangée
Morcelée —
Où les animalcules
Qui s'y sont développés
S'affrontent et se bousculent


Que restera-t-il d'eux dans trois cent millions d'années ?


Un autre jour, nous allons écouter les musiciens…
Il n'y sont pas — mais le chœur y est bien —
Tout est aimable
Nous défendons maintenant de l'Immatériel
Les zones poétiques de sensibilité


Le Rio Négro a son manifeste
Nous avons le nôtre — de notre côté —
L'ensemble est cohérent…
Lorsque nous en parlons
Les gens sont contents
Que n'ont-ils aimé de la même façon
Il y a dix sept ans –
Le bel amour que nous leur offrions…




Avec tout cela, le temps dédié à notre art contemplatif — galant est écourté…
Le désert est le secret de l'amour :
« Consacrez toute votre vie à l'amour et au merveilleux
Et négligez le reste »
Est un propos de poète mystique anachorète
Ou plus justement cénobitique – puisque nous vivons à deux —
Retiré dans sa thébaïde raffinée 
Ne pas l'oublier…


Aujourd'hui l'Avant-garde sensualiste avait vingt-sept ans
Et j'étais pourtant plutôt comme un adolescent !
Tout m'était trop beau
Trop bon
Dans l'amour qui nous unissait
Tandis que je m’étirais fantastiquement 
Bienheureux au Ciel


Dans la nuit
J'écris l'histoire de cet amour…
Ses aventures et son si beau tour…
Inespéré…
Je dis comment il s'est intensifié
Sensualistement
Et tout aussi bien mystiquement
Spirituellement
Tout en se déployant
Matériellement…
Naturalistement…


Toutes ces choses
Qu'à l'époque nous ne pouvions pas même imaginer
Ni espérer —
Puisque personne ne nous avait dit qu'elles existaient…
Et qu'il nous a fallu nous aussi les inventer… 


La Pangée
Elle se disloque dans le temps
Sur la croûte de ce globe en fusion se refroidissant
Tournoyant dans l’espace glacé de la matérialité


L’amour contemplatif — galant
Il nous fusionne dans le Temps
Ce miracle rayonnant de l’Éternel Présent —
 Dans le saisissement muet du directement vécu et de l’ineffable…
Là où s’effacent toutes les fables
Et toutes les représentations…


Comprenne qui pourra…
— Évidemment











Le 15 décembre 2019 
R.C. Vaudey
Journal d'un Libertin-Idyllique (Illuminescences) 2019






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