mercredi 23 juillet 2014

CHEVANCE






Dans la nuit de l'après-midi
De ce jour de juillet
Celle que lui donnait un ciel terrible d'orage —
Nous étions là
Allongés sur notre grand lit
À badiner et à flirter
Parlant de choses et d'autres
Pour rire
Et pour
Délicieusement
Nous effleurer
Tandis que le monde
De la terre au ciel et tout autour
Dantesque
Grondait
Faisant vibrer le granit des murs
Et de notre « palais » trembler les poutres et les planchers
Jusqu'à ce que nous soyons frappés d'un coup de foudre
Faisant grésiller et griller nos ampoules
Moi bondissant alors hors du lit
Passant d'un étage à l'autre
Pour déclencher les disjoncteurs
Ne vous rejoignant qu'après nous en avoir bien isolés
Tandis qu'il redoublait toujours
Dans son ardeur
Magmatique…

De retour
Accueilli en sauveur
Je me voyais félicité
D'un baiser magnifique
Qui nous ouvrait la porte de la félicité…
Le monde grondait certes toujours
Et toujours plus fort —
Mais il me semblait qu'il grondait alors
Une symphonie céleste à notre romance
Tandis que
Exquisément
Perlait déjà l'eau de l'amour

Ensuite, c'est nous qui avons grondé le plus fort
Longuement
Du début à la fin de notre course
Vous énormément —
Effaçant cette Terre et son ouragan
Dilatant la vie
Merveilleuse
Palpitante
Jouissant de ses houles profondes
Celles qui
Lorsque je cessais de dilater le monde
À l'envi –
Caressaient ondulemment
En transe
Mon vit…

(Il faut dire aussi
Que nous avons
Ces derniers temps
Pris le parti
...
...
Ce qui
Évidemment
...
Nous fait gémir rugir et jouir énormément
Dès l'avant…)

Bien installés dans notre merveilleuse chevance
Toute de volupté bouillonnée
Ayant oublié le règne des furies de la chrématistique
Portés par celles des dérèglements climatiques
Emportés dans nos immenses grondements
Nous jouissions longuement
Éperdument
De cet emportement insensé dans la volupté
Jusqu'à ce que n'y pouvant plus
Vous vous retiriez
Vous retournant
Pour accueillir
De front
Ma mâle volupté
Et que ne reprenne la tornade
Qui devait à la fin
Nous éparpiller
Et que n'éclate au final mon orage
Laissant vos champs tout détrempés
Et moi pantelant de nos excès

Depuis ce jour nous rions avec le chat élégant
Et un peu fou
Qui fait le poirier et marche sur les pattes de devant…
J'écris mes Mémoires
La nuit ou tard le soir
Dans la pluie des jours
De l'Été
Et nous goûtons le Temps
Caressants
L'entrecoupant de petits baisers…


En regardant le monde et ses fureurs
Dangereusement en progrès —
Avec sa misère guerrière pré-programmée
Je ne peux que remercier le ciel
De m'avoir permis de trouver
Dans cet Enfer
De l'Inutile et du Fer
Ce miraculeux miel
De la joie et de l'abandon accordés…
Que nous retrouvons sans cesse
Au creux de nos oreillers de chair fraîche
Et dont on se pourlèche
Comme des princes
Dans votre petit jardin de paresse
Beau comme un Rubens…

Et
À mon tour
J'écris ce petit air
Inspiré par l'astral
Que j'intitule Les Très Riches Heurs Du Mâle
En saluant mon ami très cher
Charles Baudelaire...





Le 23 juillet 2014


R. C. Vaudey


Lire le texte intégral dans Journal d'un Libertin-Idyllique (Illuminescences) 2014.

À paraître.




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