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"PEINTURE PARIÉTALE"
("Le lobe parétal joue un rôle important dans la sensibilité de la peau,
la connaissance du corps et de l'espace, et le langage")
16 juin 2003
Acrylique sur toile, 270 x160 cm
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Cette
simple phrase de W. Reich : “Si l'on persévère dans un
comportement sexuel non génital, la fonction génitale devient
troublée. La stase sexuelle qui en résulte, réactive à son tour
les fantaisies et le comportement prégénital.”, cette simple
phrase de Reich n'a, 70 ans après sa formulation, toujours pas été
comprise, et la littérature et l'art du XXe siècle ont été
l'illustration parfaite de cette stase sexuelle dont il parlait, et
même l'exploitation de cette mine de l'or noir de
l'inconscient dont j'ai parlé, dans sa veine sexuelle, dont les
interdits religieux et moraux avaient jusque-là barré l'accès,
exploitation qui s'est donc d'abord réalisée – avant d'être
industrialisée – sous la forme de l'art et de la
littérature, chaque nouvel arrivant dévoilant un peu plus ce que
Breton appelait “l'infracassable noyau de nuit du monde sexuel”
dont il disait qu'il soutenait “l'admirable, l'éblouissante
lumière, de la flamme de l'amour porté à l'incandescence”, tel
que “Je sublime” de Benjamin Péret, par exemple, l'avait
exprimé, poursuivant en écrivant que l'admirable, l'éblouissante
lumière de la flamme ne doit pas nous cacher de quoi elle est faite,
nous dérober les profondes galeries de mines, souvent parcourues de
souffles méphitiques qui n'en ont pas moins permis l'extraction de
sa substance, une substance qui doit continuer à l'entretenir si
l'on ne veut pas qu'elle s'éteigne.
Mais
Breton avait tort : l'éblouissante lumière de la flamme de l'amour
n'est pas faite des souffles méphitiques (même sublimés) qui
sourdent continûment de l'inconscient, de ses terreurs, de ses
rages, et, conséquemment de ses anéantissements, refoulés, et qui
se manifestent sous la forme de tous les fantasmes, de toutes les
addictions, de toutes les volontés mauvaises, et heureuses de
l'être, qui, inlassablement, étreignent les êtres et leur
mal-être.
C'est
l'inverse qui est vrai : c'est l'amour contrarié (parfois déjà in
utero et après) qui a produit ces terreurs, ces rages, et,
conséquemment, ces anéantissements, refoulés, ces souffles
méphitiques qui sourdent continûment de l'inconscient et qui se
manifestent sous la forme de tous les fantasmes, de toutes les
addictions, de toutes les volontés mauvaises et heureuses de l'être
qui, inlassablement, étreignent les êtres et leur mal-être.
C'est
cependant en partant de ce point de vue, faux, que les
surréalistes – et d'autres, en même temps, et après – ont tout
fait pour lever tous les tabous qui empêchaient que l'on traitât
librement de ce que Breton appelait tout aussi incorrectement “le
monde sexuel et tout le monde sexuel, perversions comprises”, et
qu'ils ont entraîné l'époque dans leur sillage.
Plus
correctement, il faut dire qu'ils n'étaient eux-mêmes que la
manifestation de ce mouvement beaucoup plus profond – qu'avaient
déjà manifesté Sade et Freud, comme le notait aussi justement
Breton – de ce désir en quelque sorte, de l'inconscient
d'apparaître en pleine lumière et de se libérer de ses terribles
secrets, de ses formidables haines, de ses anéantissements
démesurés.
Le
diable en chaque homme et dans l'Histoire, depuis l'origine, voulait
non pas, comme le croyait Freud, être masochistement aimé en étant
puni pour avoir défoulé sadiquement sa rage, mais, par-dessus tout
– et c'est pour cela que l'on peut envisager quoi que ce soit comme
un travail analytique – il voulait libérer sa peine, débonder ses
larmes, se comprendre et être compris, sortir de l'enfer du
sadomasochisme : le diable en chaque homme et par le biais de
l'Histoire voulait – pour reprendre les mots d'une autre (Julia
Kristeva) – enfin connaître “le sens du jugement qui accompagne
la grâce de la catharsis” : le calme et les Lumières. Et puis
trouver finalement le jeu, la joie et la jouissance du Temps qui les
suivent.
C'est
donc à d'autres qu'à ceux qui emboîtèrent, dans le courant du XXe
siècle et dans les mouvances littéraires et artistiques, le pas des
surréalistes, que revenait le privilège d'effectuer d'autres
sondages encore plus mémorables dans cet univers de l'infracassable
nuit du monde sexuel et du reste, pour y faire, et y trouver, la
lumière.
Toute
la littérature et tout l'art de la fin du XXe siècle (sur la base
de ce postulat de départ erroné que l'on a affaire, avec les
pulsions prégénitales, à des composantes essentielles pour la
recherche de la liberté, de l'amour et du merveilleux) manifestent
cet art de la transgression où il s'agit d'ouvrir à chaque fois une
porte jusque-là plus ou moins dérobée aux regards par la
répression religieuse et morale antérieure et de libérer à la
curiosité et au jour des comportements sexuels prégénitaux dont le
seul intérêt est d'avoir justement été tenus longtemps sous le
boisseau et frappés par l'anathème mais qui, pour la santé des
individus, n'indiquent par eux-mêmes rien de bon et ne peuvent en
aucune façon permettre ce dépassement de leur détresse infantile
ni non plus le déploiement de leur sexualité dans une maturité
libre et déliée (la véritable “révolution sexuelle” donc
parlait W. Reich), puisque s'il est évident que si c'est
un enchantement pour un homme ou une femme parvenu à la maturité
amoureuse, et quel que soit l'âge auquel il ou elle y parvient, de
pouvoir explorer la sensation émouvante et poétique de la rencontre
avec l'autre qui est en même temps la découverte de soi-même et
l'abandon à la puissance du monde, il est non moins évident que les
fantaisies prégénitales, en maintenant l'individu en quelque sorte
enfermé en lui-même et en le condamnant à utiliser l'autre et le
monde à des fins ressentimentales de défoulement auto-érotique,
plus ou moins destructeur ou autodestructeur, éternisent, à
l'inverse, la “défaillance de la faculté de rencontre” –
qui est d'ailleurs, le plus souvent, leur cause.
Toutes
les fantaisies prégénitales, en ce sens qu'elles ramènent à
l'enfance, à l'interdit, à la dépendance, à la souffrance
refoulée, et plus ou moins sexualisée, à l'inexpérience et à
l'ignorance, pérennisent cet état d'immaturité qui va bien à la
société spectaculaire-marchande.
Debord
dans In girum : “Partout on les traite en enfants devant
lesquels bafouillent des spécialistes improvisés de la veille.”
Freud
à Ferenczi dans sa lettre du 1er janvier 1910: “Je vous confie
volontiers une idée qui m'est venue juste au tournant de l'année :
l'ultime fondement des religions, c'est la détresse infantile de
l'Homme. Mais je m'épargne le développement.”
Donc
cette phrase essentielle de Reich, citée plus haut, ne sera pas
comprise avant longtemps.
Tous
ceux que nous voyons, particulièrement les libertins, les
libertaires-pubertaires – et donc partisans des genders –,
les sulfureux, les transgressifs etc. sont justement ceux qui sont le
plus attachés à cette forme quasi-militante de l'infantilisme, ou
de l'infantilisme revendiqué, mais qui refusent de voir ce dont le
sulfureux est la manifestation.
Ils
s'opposent à tous les cagots qui, eux, ne veulent même pas voir le
sulfureux, ces galeries méphitiques souterraines et sexualisées
de la misère des individualités – et l'opposition en France, et
ailleurs aussi, est en quelque sorte quasi-politique entre une droite
(officiellement) plus ou moins franchement “réactionnaire”, et
une gauche (officiellement) plus ou moins “libertaire”. On a donc
au moins deux camps en présence qui, pour ce qui est du jugement, du
sens et de la grâce, ne valent pas mieux l'un que l'autre.
Dans
les fantaisies sexuelles prégénitales (je le sais, j'y étais...)
ce qui s'est perdu ou ce qui n'est jamais atteint, c'est la puissance
déliée de l'individu, la jouissance de sa force, de l'abandon à sa
force, et de la joie partagée, puissante qui, de ce partage,
résulte. Exulte.
R.C.
Vaudey. Avant-garde sensualiste 4 juillet 2006 - mai 2008