dimanche 29 avril 2012

LE PUR MIRACLE DE L'AMOUR



 FLYING CARPET 

30 mars 1994

Acrylique sur toile ; diamètre 160 cm






LE PUR MIRACLE DE L'AMOUR




Comment rendre
La douceur sublime
Proprement irréelle
Nimbée d'or
De tendresse folle
La douceur joueuse et caressante
Qui nous enveloppait il y a quelques jours de cela
Comment rendre
La pure extase de vivre
Dans la tendresse
Dans les rires et dans la joie
Dans les jeux
Où vous gagnez toujours
Les jeux de l'amour d’abord
Où très doux et très courtois
Je savourais
(Tout à l'emportée de ma joie)
Le mouvement
Où je vous laissais gagner
La première
De l'ultime félicité les rivages
Ceux que l'on ne peut aborder que dans une sorte de grand ravage
Et des exclamations extrêmes
Tant on est bouleversé de s’y rejoindre
Vous me serrant si fort contre votre cœur
Palpitant
Ondulant et constrictant de bonheur
Moi goûtant tellement votre victoire
Dans ses débordements d'abord
Et puis dans son long savourement
Sans paroles
Clonique et extatique posément –
Que
Tout à me délecter
Des sensations divines que me procurait votre jouissance
(De ses premiers excès à son épuisement émerveillé)
J'en oubliais presque la mienne
Et où
À la fin
Je vous entendais
Dans une sorte de lointain
Et dans un sourire
Me murmurer ce que vous avez désigné explicitement comme un haïku :
C'est un assassinat pur et simple
Si je ressuscite
Je porte plainte
Comment donc rendre
Cette tendresse
Ces rires
Cette joie
Dans ces jeux
Ceux que l'on nomme
Si joliment
Dans un monde si laid
Les jeux de l'amour
Dont je viens de parler
Et dans les autres ensuite
Ceux que l'on joue
Caressants
Immergés
Côte à côte
Dans la douceur sublime
Proprement irréelle
Nimbée d'or
De tendresse folle
Dans la douceur joueuse et caressante
Et où
Vous gagnez toujours
Faisant mentir le proverbe
Heureuse au jeu, heureuse en amour 
À moins que là également
Très courtois et très doux
Je ne vous laisse gagner
La première
Trop heureux de savourer votre beauté et votre joie… –
Comment rendre tout cela ?
À considérer l’ensemble
Et son caractère sensualistement surnaturel
Il me semble que nous devions les laisser tous
À leurs affaires
Et jouir de ce miracle
Sans nous occuper du reste
Car au vrai nous sommes d’une clique rare
Si rare que je n’en vois ni n’en ai vu nulle part
De pareille
Ni de si belle –
Qui a affaire
Nimbée d'or
Et de tendresse folle
À la merveille des merveilles…
Les grands sentiments sont sans pareils
Les grands sentiments sont sans paroles…




Le 29 mars 2010.












R.C. Vaudey  Journal d'un Libertin-Idyllique (Illuminescences) 2010-2011


.





jeudi 26 avril 2012

UNE SEULE PHRASE DE W. REICH...


"PEINTURE PARIÉTALE"
 ("Le lobe parétal joue un rôle important dans la sensibilité de la peau, 
la connaissance du corps et de l'espace, et le langage")

16 juin 2003 

Acrylique sur toile, 270 x160 cm




Cette simple phrase de W. Reich : “Si l'on persévère dans un comportement sexuel non génital, la fonction génitale devient troublée. La stase sexuelle qui en résulte, réactive à son tour les fantaisies et le comportement prégénital.”, cette simple phrase de Reich n'a, 70 ans après sa formulation, toujours pas été comprise, et la littérature et l'art du XXe siècle ont été l'illustration parfaite de cette stase sexuelle dont il parlait, et même l'exploitation de cette mine de l'or noir de l'inconscient dont j'ai parlé, dans sa veine sexuelle, dont les interdits religieux et moraux avaient jusque-là barré l'accès, exploitation qui s'est donc d'abord réalisée – avant d'être industrialisée – sous la forme de l'art et de la littérature, chaque nouvel arrivant dévoilant un peu plus ce que Breton appelait “l'infracassable noyau de nuit du monde sexuel” dont il disait qu'il soutenait “l'admirable, l'éblouissante lumière, de la flamme de l'amour porté à l'incandescence”, tel que “Je sublime” de Benjamin Péret, par exemple, l'avait exprimé, poursuivant en écrivant que l'admirable, l'éblouissante lumière de la flamme ne doit pas nous cacher de quoi elle est faite, nous dérober les profondes galeries de mines, souvent parcourues de souffles méphitiques qui n'en ont pas moins permis l'extraction de sa substance, une substance qui doit continuer à l'entretenir si l'on ne veut pas qu'elle s'éteigne.


Mais Breton avait tort : l'éblouissante lumière de la flamme de l'amour n'est pas faite des souffles méphitiques (même sublimés) qui sourdent continûment de l'inconscient, de ses terreurs, de ses rages, et, conséquemment de ses anéantissements, refoulés, et qui se manifestent sous la forme de tous les fantasmes, de toutes les addictions, de toutes les volontés mauvaises, et heureuses de l'être, qui, inlassablement, étreignent les êtres et leur mal-être.
C'est l'inverse qui est vrai : c'est l'amour contrarié (parfois déjà in utero et après) qui a produit ces terreurs, ces rages, et, conséquemment, ces anéantissements, refoulés, ces souffles méphitiques qui sourdent continûment de l'inconscient et qui se manifestent sous la forme de tous les fantasmes, de toutes les addictions, de toutes les volontés mauvaises et heureuses de l'être qui, inlassablement, étreignent les êtres et leur mal-être.


C'est cependant en partant de ce point de vue, faux, que les surréalistes – et d'autres, en même temps, et après – ont tout fait pour lever tous les tabous qui empêchaient que l'on traitât librement de ce que Breton appelait tout aussi incorrectement “le monde sexuel et tout le monde sexuel, perversions comprises”, et qu'ils ont entraîné l'époque dans leur sillage.


Plus correctement, il faut dire qu'ils n'étaient eux-mêmes que la manifestation de ce mouvement beaucoup plus profond – qu'avaient déjà manifesté Sade et Freud, comme le notait aussi justement Breton – de ce désir en quelque sorte, de l'inconscient d'apparaître en pleine lumière et de se libérer de ses terribles secrets, de ses formidables haines, de ses anéantissements démesurés.



Le diable en chaque homme et dans l'Histoire, depuis l'origine, voulait non pas, comme le croyait Freud, être masochistement aimé en étant puni pour avoir défoulé sadiquement sa rage, mais, par-dessus tout – et c'est pour cela que l'on peut envisager quoi que ce soit comme un travail analytique – il voulait libérer sa peine, débonder ses larmes, se comprendre et être compris, sortir de l'enfer du sadomasochisme : le diable en chaque homme et par le biais de l'Histoire voulait – pour reprendre les mots d'une autre (Julia Kristeva) – enfin connaître “le sens du jugement qui accompagne la grâce de la catharsis” : le calme et les Lumières. Et puis trouver finalement le jeu, la joie et la jouissance du Temps qui les suivent.


C'est donc à d'autres qu'à ceux qui emboîtèrent, dans le courant du XXe siècle et dans les mouvances littéraires et artistiques, le pas des surréalistes, que revenait le privilège d'effectuer d'autres sondages encore plus mémorables dans cet univers de l'infracassable nuit du monde sexuel et du reste, pour y faire, et y trouver, la lumière.
Toute la littérature et tout l'art de la fin du XXe siècle (sur la base de ce postulat de départ erroné que l'on a affaire, avec les pulsions prégénitales, à des composantes essentielles pour la recherche de la liberté, de l'amour et du merveilleux) manifestent cet art de la transgression où il s'agit d'ouvrir à chaque fois une porte jusque-là plus ou moins dérobée aux regards par la répression religieuse et morale antérieure et de libérer à la curiosité et au jour des comportements sexuels prégénitaux dont le seul intérêt est d'avoir justement été tenus longtemps sous le boisseau et frappés par l'anathème mais qui, pour la santé des individus, n'indiquent par eux-mêmes rien de bon et ne peuvent en aucune façon permettre ce dépassement de leur détresse infantile ni non plus le déploiement de leur sexualité dans une maturité libre et déliée (la véritable “révolution sexuelle” donc parlait W. Reich),  puisque s'il est évident que si c'est un enchantement pour un homme ou une femme parvenu à la maturité amoureuse, et quel que soit l'âge auquel il ou elle y parvient, de pouvoir explorer la sensation émouvante et poétique de la rencontre avec l'autre qui est en même temps la découverte de soi-même et l'abandon à la puissance du monde, il est non moins évident que les fantaisies prégénitales, en maintenant l'individu en quelque sorte enfermé en lui-même et en le condamnant à utiliser l'autre et le monde à des fins ressentimentales de défoulement auto-érotique, plus ou moins destructeur ou autodestructeur, éternisent, à l'inverse, la “défaillance de la faculté de rencontre” – qui est d'ailleurs, le plus souvent, leur cause.
Toutes les fantaisies prégénitales, en ce sens qu'elles ramènent à l'enfance, à l'interdit, à la dépendance, à la souffrance refoulée, et plus ou moins sexualisée, à l'inexpérience et à l'ignorance, pérennisent cet état d'immaturité qui va bien à la société spectaculaire-marchande.


Debord dans In girum : “Partout on les traite en enfants devant lesquels bafouillent des spécialistes improvisés de la veille.”


Freud à Ferenczi dans sa lettre du 1er janvier 1910: “Je vous confie volontiers une idée qui m'est venue juste au tournant de l'année : l'ultime fondement des religions, c'est la détresse infantile de l'Homme. Mais je m'épargne le développement.


Donc cette phrase essentielle de Reich, citée plus haut, ne sera pas comprise avant longtemps.
Tous ceux que nous voyons, particulièrement les libertins, les libertaires-pubertaires – et donc partisans des genders –, les sulfureux, les transgressifs etc. sont justement ceux qui sont le plus attachés à cette forme quasi-militante de l'infantilisme, ou de l'infantilisme revendiqué, mais qui refusent de voir ce dont le sulfureux est la manifestation.
Ils s'opposent à tous les cagots qui, eux, ne veulent même pas voir le sulfureux, ces galeries méphitiques souterraines et sexualisées de la misère des individualités – et l'opposition en France, et ailleurs aussi, est en quelque sorte quasi-politique entre une droite (officiellement) plus ou moins franchement “réactionnaire”, et une gauche (officiellement) plus ou moins “libertaire”. On a donc au moins deux camps en présence qui, pour ce qui est du jugement, du sens et de la grâce, ne valent pas mieux l'un que l'autre.


Dans les fantaisies sexuelles prégénitales (je le sais, j'y étais...) ce qui s'est perdu ou ce qui n'est jamais atteint, c'est la puissance déliée de l'individu, la jouissance de sa force, de l'abandon à sa force, et de la joie partagée, puissante qui, de ce partage, résulte. Exulte.






R.C. Vaudey. Avant-garde sensualiste 4 juillet 2006 - mai 2008


vendredi 20 avril 2012

Le Programme Or du Comme-Un. (suite)






 Nietzsche :
Fi de croire que, par un salaire plus élevé, ce qu'il y a d'essentiel dans leur détresse, je veux dire leur asservissement impersonnel, pourrait être supprimé ! Fi de se laisser convaincre que, par une augmentation de cette impersonnalité, au milieu des rouages de machine d'une nouvelle société, la honte de l'esclavage pourrait être transformée en vertu ! Fi d'avoir un prix pour lequel on cesse d'être une personne pour devenir un rouage ! Êtes-vous complices de la folie actuelle des nations, ces nations qui veulent avant tout produire pour être aussi riches que possible ? Votre tâche serait de leur présenter un autre décompte, de leur montrer quelles grandes sommes de valeur intérieure sont gaspillées pour un but aussi extérieur ! Mais où est votre valeur intérieure si vous ne savez plus ce que c'est que respirer librement ? Si vous savez à peine vous posséder vous-même ? Si vous êtes trop souvent fatigués de vous-même, comme d'une boisson qui a perdu sa fraîcheur ? Si vous prêtez l'oreille à la voix des journaux et regardez de travers votre voisin riche, dévoré d'envie en voyant la montée et la chute rapide du pouvoir, de l'argent et des opinions ? Si vous n'avez plus foi en la philosophie qui va en haillons, en la liberté d'esprit de l'homme sans besoin ? Si la pauvreté volontaire et idyllique, l'absence de profession et le célibat, tels qu'ils devraient convenir parfaitement aux plus intellectuels d'entre vous, sont devenus pour vous un objet de risée ?


Le Chœur des Libertins-Idylliques :
Cher ami,
Nous respirons librement et nous nous possédons nous-mêmes autant que faire se peut. Et nous ne savons toujours pas ce que c’est que d'être fatigué de soi-même comme d'une boisson qui a perdu sa  fraîcheur. Nos voisins, le pouvoir, l'argent et les opinions, nous leur avons depuis longtemps opposé, et sans appel possible, une complète fin de non recevoir. Nous lisons à peine ; et certainement pas les journaux. Aller, philosophiquement, en haillons, we would prefer not to, quant au célibat, nous l'avons remplacé, comme vous le savez, par l'idylle, tout simplement. Prônant l'amour. Lyriques, libertins, idylliques.


Gustave Flaubert :
Les chevaux et les styles de race ont du sang plein les veines, on le voit battre sous la peau et les mots, depuis l'oreille jusqu'au sabot. La vie ! La vie ! Bander ! Tout est là ! C'est pour cela que j'aime tant le lyrisme. Il me semble la forme la plus naturelle de la poésie. Elle est là toute nue et en liberté. Toute la force d'une œuvre gît dans ce mystère, et c'est cette qualité primordiale, ce motus animi continuus (vibration, mouvement continuel de l'esprit, définition de l'éloquence par Cicéron) qui donne la concision, le relief, les tournures, les élans, le rythme, la diversité.


L'auteur du “Roman de Flamenca” :
Quand deux amants purs et sincères se regardent, les yeux dans les yeux comme deux égaux, ils ressentent à ma connaissance, selon le véritable amour, une telle joie dans leur cœur, que la douceur qui y prend naissance leur ranime et nourrit tout le cœur. Et les yeux, par où passe et repasse cette douceur qui envahit le cœur, sont si loyaux qu'aucun des deux n'en retient rien à son profit.


Chateaubriand :
Il ne manque à l'amour que la durée pour être à la fois l'Éden avant la chute et l'Hosanna sans fin. Faites que la beauté reste, que la jeunesse demeure, que le cœur ne puisse se lasser, et vous reproduirez le ciel.


Le Chœur des Libertins-Idylliques :
Nous nous y attachons, très Cher, nous nous y attachons. Et dans une époque qui avait redécouvert l’orgiastique, c’est-à-dire le plus archaïque et le plus rudimentaire, et qui voulait absolument y voir le plus neuf et même l’avenir de l’amour, nous avons réussi à vivre, d’abord, à faire paraître sur la scène du monde, ensuite et en même temps, l’orgastique, cet accord, physiologique et sentimental, si particulier, des sexes opposés tel qu'il se manifeste magnifiquement dans l’abandon “génital”, “harmonique” et à le définir pour ce qu’il est : une forme de voie royale qui s'ouvre à l'humanité tout autant que l'humanité y ouvre – et pour laquelle toutes les autres entreprises ne peuvent être que des objectifs secondaires dont l'unique objet ne doit être que de participer à cette entreprise supérieurement humaine – puisque dans l'humanisation et le raffinement de la jouissance amoureuse telle qu’ainsi nous la définissons se trouve portée à son plus haut degré ce qui constitue la spécificité même de l'humain : son “appropriation” souveraine, artiste, raffinée et caressante du mystère et du sacré immémorial du merveilleux auto-mouvement du monde que manifestent les mouvements de la pulsation de la vie : dans son apparition ; dans sa disparition-transformation, parfois; et enfin dans le magnifique abandon aux tout-puissants emportements spontanés de la jouissance – dans lesquels s’expriment le déploiement, et l’ouverture à la grande santé, de l’Homme – qui manifestent ainsi cette irrépressible puissance primordiale qui trouve là, enfin, dans cette jouissance de l'humain, sa douceur, sa tendresse, sa splendeur et son sens.
Le sens de l'Eternel Retour.
Le grand oui de la vie à la vie.


André Breton :
L'avons-nous assez désirée, rappelle-toi, cette ignorance du reste !


Bergson :
L'humanité gémit, à demi écrasée sous le poids des progrès qu'elle a faits. Elle ne sait pas assez que son avenir dépend d'elle. A elle de voir d'abord si elle veut continuer à vivre. A elle de se demander ensuite si elle veut vivre seulement, ou fournir l'effort nécessaire pour que s'accomplisse, jusqu'à notre planète réfractaire, la fonction essentielle de l'univers qui est machine à faire des dieux.


Debord :
Les commerçants, aujourd'hui, ne se sentent plus. La société marchande, au XIXe siècle, n'avait pas encore atteint ces extrémités. Elle trouvait sans doute scandaleux que Mallarmé écrivît, mais pour d'autres raisons. On ne lui aurait pas reproché sur ce ton le caractère non rentable de ses ouvrages. 


Schlegel :
C’est uniquement par l’amour et la conscience de l’amour que l’Homme accède à l’Homme.


André Breton :
Je ne nie pas que l'amour ait maille à partir avec la vie. Je dis qu'il doit vaincre et pour cela s'être élevé à une telle conscience poétique de lui-même que tout ce qu'il rencontre nécessairement d'hostile se fonde au foyer de sa propre gloire.


Nietzsche :
Mais où se déversent finalement les flots de tout ce qu'il y a de grand et de sublime dans l'Homme ? N'y a-t-il pas pour ces torrents un océan ? – Sois cet océan ; il y en aura un.


Shitao :
Je détiens l'Unique Trait de Pinceau, et c'est pourquoi je puis embrasser la forme et l'esprit du paysage. Il y a 50 ans, il n'y avait pas encore eu co-naissance de mon Moi avec les Monts et les Fleuves, non pas qu'ils eussent été valeurs négligeables, mais je les laissais seulement exister par eux-mêmes. Mais maintenant les Monts et les Fleuves me chargent de parler pour eux ; ils sont nés en moi, et moi en eux. J'ai cherché sans trêve des cimes extraordinaires, j'en ai fait des croquis ; Monts et Fleuves se sont rencontrés avec mon esprit, et leur empreinte s'y est métamorphosée, en sorte que finalement ils se ramènent à moi, “le Disciple de la Grande Pureté.”


Le Chœur des Libertins-Idylliques :
Ce qui est vrai des Monts et des Fleuves est vrai de l’amour .


Debord :
On peut se demander comment un ordinateur saura traduire le mot “noblesse”, dans quelque temps ?






Avant-garde sensualiste 4 (juillet 2006-mai 2008)

mercredi 11 avril 2012

R.C. Vaudey ou l'Antésade (suite)


Alors que le soleil se couchait et qu'ils étaient tous sur la plage de B… près de C…, sur les rivages de l'océan Indien, l'assistant de Lin-tsi demanda à R.C. Vaudey quelle importance il attribuait, dans le fameux Tableau du monde qu'il peignait, à la sensualité. 

Vaudey répondit :
— « La sensualité est la possibilité permanente d’arracher le monde à la captivité de son insignifiance et, dans l'époque présente, de s'extraire de la civilisation moderne : cette invention d’ingénieur blanc pour roi nègre. »

Lin-tsi dit :
— « C'est comme le vieil air : "Au bord de la rivière recommençaient le soir ; et les caresses ; et l'importance d'un monde sans importance." ; même si on ne les a pas écrits, cette phrase et ces aphorismes le mériteraient ! » Et il éclata de rire.

— « Ou bien, dit Ikkyu, comme ce constat, non de Debord, comme cette phrase que vous venez de citer, mais toujours de Nicolás Gómez Dávila :
« Un corps nu résout tous les problèmes de l’univers ».

Ou encore comme cela, que l’on trouve dans le Kuttini Mahatmyam, dit Héloïse :
— « Quelles que soient les pensées qui nous occupent, elles s'évanouissent lorsque vient le moment de l'étreinte.
Quand l'homme et la femme s'unissent et ne font plus qu'un, il n'y a rien sur cette planète qui saurait dépasser la joie de ce moment. »

Shinme, la belle fiancée de Ikkyu, dit à son tour :
— « Elle s'agrippe au profond ciel nocturne de ton corps, ses rauques soupirs d'amour exhalent un secret parfum qui se répand furtivement dans le monde entier : que sont donc les étoiles resplendissantes qui remplissent cet univers dansant, sinon les perles de sueur dispersées par leur violente bataille d'amour »

La belle Lise, qui accompagnait toujours Lin-Tsi, déclama élégamment :
— « La Fleur de Lotus, l'organe sexuel de la partenaire, est un océan de béatitude.
Cette fleur de Lotus est également un endroit transparent, où la pensée de l'illumination peut s'élever.
Lorsqu'elle est unie au Sceptre, l'organe mâle, le mélange de leurs fluides se compare à l'élixir produit par la combinaison de la myrrhe et de la muscade.
De leur union émerge une pure connaissance qui explique la nature de toutes choses. »

Et tous riaient et applaudissaient, et l’assistant avec, caressant lui aussi sa belle.

— « Au regard de cela, qu'est-ce que le reste ? Toutes les théories sur l'Être ou sur le Néant, sans parler de la suite ? … : Macache woualou ! » dit Lin-Tsi, avec sa façon directe.
« Nada ! Rien ! » répétaient les autres en chœur.
« Du bruit avec la bouche ! » disait l'un.
« Des millions de volumes de papier noirci pour rien, même pas bon comme torche-cul ! » disait l'autre.
 Et l'un contrefaisait les théoriciens « libertaires-solaires » nietzschéens-de-gôche, l'autre les « sombres-nihilistes » schopenhaueriens-de-tous-azimuts ; on mimait les pro-situs ombrageux, qui s'entre-déchiraient ; les pompeux heideggériens faisaient se gondoler l'assemblée, qui demandait déjà grâce lorsque quelqu'un imita les pratiquants du zen puis les raffolants du taoïsme et d'autres « exoticités » ; les lourds kantiens parurent à tous irrésistibles, et lorsque l'on singea d'improbables sensualistes, les rires étaient à leur apogée.

Le jour, il y avait eu le ciel, le soleil et la mer. 
La nuit, de peine lune, était tombée d'un coup, chaude et étoilée. Les vagues, irréellement, brillaient des reflets roses phosphorescents que leur donne, à cette période de l'année, une espèce particulière de microplancton que l'on trouve sur ces côtes.
Comme le feu faiblissait, les couples se levèrent et se quittèrent en riant, enlacés, pressés de se retrouver dans l'intimité.

Tous passèrent devant deux pêcheurs qui se préparaient à partir en mer, dans leur pirogue à balancier ; et qui les saluèrent.
L'un des pêcheurs demanda à l'autre
— « Que reste-t-il de tout ça, pour ceux et celles que Vaudey a appelé les injouissants contemporains ? »
— « Rien ! » répondit l'autre, qui ajouta :
— « Pour paraphraser Guy-Ernest Debord, je dirai qu'au réalisme et aux accomplissements du système qui emploie ces fameux injouissants contemporains — système qu'ils plébiscitent, et qu'ils ont façonné, par leur misérable réalité — on peut déjà connaître les capacités personnelles des exécutants qu'il a formés. Et en effet ceux-ci se trompent sur tout, et ne peuvent que déraisonner sur des mensonges : ce sont des salariés pauvres qui se croient des propriétaires, des ignorants mystifiés qui se croient instruits, et des morts qui croient voter.
Séparés entre eux par la perte générale de tout langage adéquat aux faits, perte qui leur interdit le moindre dialogue ; séparés par leur incessante concurrence, toujours pressés par le fouet dans la consommation ostentatoire du néant, et donc séparés par l'envie la moins fondée et la moins capable de trouver quelque satisfaction, ils sont même séparés de leurs propres enfants, naguère encore la seule propriété de ceux qui n'ont rien.
Ces enfants, ils les ont abandonnés, comme ils se sont abandonnés eux-mêmes, à des machines et aux plus archaïques des robots — dont ils ne sont que les servants — qui leur ont déversé, depuis leur plus jeune âge, et de façon toujours plus violente et réaliste, les images du meurtre, du viol et de la destruction.
Ce sont tous des sadiens — qui se revendiquent comme tels, ou qui s'ignorent — plus ou moins pleurnichards, plus ou moins enragés, qui passent leur temps, d'une façon ou d'une autre, à penser à la mort mais sans en avoir jamais connu le goût. Ils s'en pourlèchent macabrement les neurones sans savoir qu'elle pourrait les saisir dans l'instant même.
Ce sont des brêles, tous et toutes plus tordu(e)s, vicieu(ses)x et mauvais(es) les uns et les unes que les autres, qui ne connaissent et n'aiment que la violence et la mort ; et ça tombe bien parce que l'époque va les servir, comme elle en a déjà servi d'autres auparavant. »
« Y a quand même une logique… » conclut l'autre, et il se leva pour se diriger vers leur embarcation.
Et ils partirent en mer, pêcher.





samedi 7 avril 2012

CLEF DE VOÛTE...






CLEF DE VOÛTE
DE TOUS LES ARTS DÉLICATS
QUI EN CE PAYS FLEURISSENT…









L'automne est chaud
Tapissé d'un bruissement roux
Beau comme la première enfance
Quand on marche
Où l'on voudrait plonger les mains
Pour faire voler la joie


Le soleil qui filtre
À travers le vert et le jaune pâle du feuillage
Émerveille mes yeux


Une légère brise
Fait parfois
Un caressement de faîtes
Qui occupe l'air
Et le son du monde
Un instant
Mais seule la source au bassin
Joue sa mélodie
Constante


C'est dans cette même merveille-douceur du monde
À laquelle nous ouvre
L'amour
Que nous nous offrons l'un à l'autre
Dans les rires et les parfums
Tout d'abord


Quand je caresse votre corps
Chaque parcelle de votre corps –
Je caresse votre amour et l'aventure
Et toute cette beauté du monde


Lorsqu'après les baisers
Fiévreux
Passionnés et tendres
Je pénètre votre corps
C'est toute cette beauté du monde
Que je pénètre
Calme
Passionné et tendre
Et à laquelle je m'abandonne
Tous les tangages et toutes les houles
Que je sens nous prendre
Dans le calme ou dans la fougue
Ils sont ce caressement-merveille
Du monde
Que nous sommes
Qui nous entoure


Les éminentes imminences de jouissance
Qui nous défont
Dans des exclamations extrêmes
Et que l'on laisse passer
Comme on laisse passer une vague
Extrême
Pour en attendre une autre
Plus extrême encore
C'est cette même merveille-puissance
Suprême-douceur du monde
Où l'on joue
Qui nous emporte
Dans laquelle on baigne –
Qui tisse et tresse
Fait et défait
Nos corps
Encore


Finalement c'est la puissante beauté
De l'irrépressible mouvement du monde
Qui nous fait jouir
Que nous faisons jouir
Dans le nœud de Möbius de l'emportement suprême de l'intense extase harmonique de l'Amour


Finalement donc
C'est le monde qui nous fait jouir
Que nous faisons jouir
En nous faisant jouir
Tout à la fois
D'un coup
Tour à tour…





Écrit en toute reconnaissance
de causes dans l'après-midi doré du 10 septembre de l'automne de l'an de grâces que nous sommes









(Le 10 septembre 2007.)






R.C. Vaudey ; Journal d'un Libertin-Idyllique (Illuminescences) 2006-2009 






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