dimanche 18 octobre 2020

En présence du Ciel… de nouveau

 

 

 

Au retour du premier concert

Depuis décembre…



Dans la collégiale du Palais

Où chacun porte un masque

Je dois imposer cet engagement pris

À une vieille tête brûlée butée

Et j'y parviens à force d'autorité



On me salue pour cela

Je crains que ce demi-esclandre

Ne nous gâche la soirée



Un violoncelle

Une soprano

Un théorbe

Voilà nos vaisseaux

Pour le baroque précoce



Des airs italiens

Peu joués

Ou inconnus

Le voyage commence doucement

Jusqu'au Ricercar d'Ortiz

Où là j'applaudis

Et où l'assemblée me suit



Elle n'osait pas  

Et n'attendait que cela



Venu choqué

Réellement renversé

Blessé d'avoir failli me faire écraser

Une fois encore —

Par ce portail dégondé

Je suis littéralement bouleversé

Emporté dans un maelström d'émotions



La soprano — juste devant moi — le voit

Mes sourires

Mes pleurs

Ma joie

Elle semble n'avoir d'yeux que pour moi :

Pour elle aussi c'est la première fois :

Elle nous le dit



« De nouveau en présentiel »

Ajoute le théorbe



Le mot nous fera rire

Au retour

Mais là

Entre Barbara Strozzi

Et Frescobaldi —

Je me sens plutôt en présence du Ciel

Moi aussi

De nouveau



Après trois ou quatre rappels

Le public est debout



Nous sommes tous merveilleusement émus



C'est un concert que j'aurais préféré évité

Et que je n'oublierai jamais





Je ne suis pas Xi Kang

Moi pourtant si proche de lui —

Lorsqu'il dit que la musique

N'a ni joie ni tristesse



Il faudrait pour qu'il en fût ainsi

Que nous naissions hors du corps de notre mère

Quand nous ne sommes pendant neuf mois

Que le cœur battant de ses propres sensations

Et ces associations de sons et d’émotions

Nous imprègnent



Le devenir prime sur le surgissement :

Ainsi se transmet

Aussi —

L'or du Temps







Le 18 octobre 2020

Journal d’un Libertin-Idyllique (Illuminescences) 2020

 

 

 

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