lundi 13 août 2012

LES BEAUX-ARTS AMOUREUX




Description de : “LA VIE”
et de l'installation-vidéo-théorique :  “Manifeste sensualiste”.

(Exposition : Prolégomènes à un troisième millénaire sensualiste ou non. Juin 2001.)




L'Avant-garde Sensualiste, qui redéploie le genre du manifeste et ceux de la théorie et de la poésie, redéploie également celui des arts qui doivent chanter les très riches et très “grandes heures de l'Homme”, pour parler comme Nietzsche. 

Ainsi le Manifeste Sensualiste n'a-t-il pas attendu plusieurs années après avoir été écrit pour se retrouver au centre d'une nouvelle forme d'art. À peine avait-il été rédigé qu'aussitôt nous en fîmes, dans l'esprit de celui de qui avait fait Critique de la séparation, un montage vidéo qui se présentait  ainsi :  un écran noir avec une voix off, celle d'Héloïse Angilbert, lisant le Manifeste avec, de temps en temps, apparaissant sur cet écran, des cartons (“Pour en finir avec la Séparation” etc.), quelque chose entre Hurlements en faveur de Sade (que, cette fois, l'on aurait pu nommer Feulements d'amour en défaveur de Sade), et le film La société du spectacle, ce qui était une façon, avec le titre de l'exposition pour Breton , de saluer ceux à qui nous devions en quelque sorte ce beau voyage.

Mais cette installation vidéo théorique puisqu'il faut la nommer ainsi qui était jouée dans une salle sombre était elle-même partie d'un tout qui est la vraie, et absolument inédite, réalité du Manifeste sensualiste qu'elle composait avec une autre forme d'installation réalisée, elle, d'un cube de lin écru de 3 m de côté, dans une pièce contiguë, sombre elle aussi, cube à l'intérieur duquel on apercevait par un œilleton le lit et les draps blancs défaits d'amour, éclatant de  l'extraordinaire  blancheur que leur donnait la lumière noire, et les lettres :“LA VIE” (en rose, fluorescent, bien sûr) qui montaient et descendaient et qui semblaient être responsables du grincement significatif — de ce lit — que l'on entendait, installation qui est un poème, (comme le Manifeste) mais en trois dimensions, d'une jeune femme, à l'amour, et aussi à l'amour charnel, et à leurs émerveillements ; et ce sont ces deux éléments : l'humour et la poésie du lit qui grince et de LA VIE qui danse, associés aux propos que je tiens dans le Manifeste et avec, pour y accéder (ce qui dans la réalité n'avait pas pu être vraiment réalisé), un long labyrinthe composé de draps blancs, qui constituaient une situation tout à fait neuve et poétique — au-delà des bêlements sur la fin de tout — et qui, pour ceux qui auraient pu en comprendre la portée, manifestait, chargée d'un tout nouveau sens, et tout à fait inédite par la  forme de vie et d'association qui avait présidée à son inspiration, cet art neuf — après tant d'années de famine poétique — où s'allient le très personnel et l'impersonnel dont je parlais dans les “Précisions”, où se déploie le style de chacun pour célébrer ce qui en même temps dépasse l'un et l'autre, et qui est — en même temps qu'un hymne à l'amour — un appel à la vie, à l'amour, et à leur belle révolution historique nécessaire. Un art de la longue vue. Un art de la longue vie.

Je peux décrire facilement ce à quoi ressemble l'art des sensualistes puisqu'il n'a été montré que très rarement au public.  Mais, puisque je l'ai décrit, on ne pourra pas dire plus tard qu'il était impossible de faire en ce début de troisième millénaire une forme d'art vraiment neuve, puisqu'on a vu qu'en reprenant des éléments de l'ancienne avant-garde du cinéma, ou de sa destruction, du milieu du siècle dernier, la vieille image familière et poétique du labyrinthe, le principe de l'installation — qui n'est rien si l'on n'y met pas un sens historique et personnel — et aussi, tout simplement, l'écriture, bref en combinant quelques éléments que l'on connaissait déjà, et seulement par l'interaction de ces éléments placés dans cette perspective personnelle, historique et philosophique-là, et évidemment grâce à la conjonction particulière de ceux qui les avaient réunis (conjonction qui avait d'ailleurs présidé à la création de ces éléments) on pouvait faire quelque chose d'aussi poétique qu'un koan ou une calligraphie zen que l'on devait faire, également, au sortir d'un moment de grâce ; et beaucoup dans ce que j'ai décrit de ces combinaisons d'éléments théoriques et visuels avait été fait au sortir d'un instant de grâce amoureuse —, mais placés là aussi dans un esprit de bouleversement tendre du monde.

Ceux qui voudront de leur côté s'essayer à l'existence des Libertins-Idylliques telle que je l'ai décrite dans les Précisions (“Jeunes gens, jeunes filles, quelque aptitude à l'amour abandonné et à la poésie, si beaux ou intelligents, vous pouvez donner un sens à l'Histoire, avec les sensualistes... Vivez, aimez, écrivez, créez !”), si la chance des rencontres leur sourit, et s'ils parviennent à s'en donner les moyens, trouveront eux aussi, très facilement, ces phrases de réveil d'un genre particulier dont  je parlais, dont ils pourront faire une très nouvelle et  très ancienne poésie, et aussi l'inspiration de nouvelles formes d'art pour marquer les très riches et très grandes heures de leur propre humanité et de leur propre histoire, en combinant ou non les éléments de l'ancien art du XXe siècle, qui avait commencé avec Dada sur la base du : “Rien n'est vrai tout est permis” (qui sous-entendait quelque chose de violent et de négatif), XXe siècle dont nous avons marqué le terme en retournant cette proposition en un : “Rien n'est vrai tout est possible”, où le possible est chargé cette fois de toute notre puissance et de tout notre désir poétiques créateurs positifs, XXe siècle enfin qui a donné à l'art la plus grande liberté. 

Ils pourront ainsi enrichir l'histoire encore balbutiante de l'individu et faire en sorte que l'on ne puisse plus dire que ce qui aura été important dans leur vie n'aura pas laissé de traces, et qu'elle aura été marquée, uniquement, par le Spectacle régnant; et ainsi, de proche en proche, il est possible que l'intelligence de l'Histoire et le feu de la passion et des beaux sentiments, les beaux-arts amoureux, qui améliorent si bien les mœurs, gagnent.


R.C. Vaudey. Le 12 mars 2002.
  


(Extrait d'un courrier de mars 2002 et mis en ligne dans le Bulletin numérique 1. Juillet/décembre 2003. www. avantgardesensualiste.com)