mardi 27 juin 2017

Les premiers principes doivent être hors de discussion






Les plus beaux jours du monde
Lorsque nous allions
Dans nos campagnes
Pare-brise baissé 
Écouter Telemann
Portés par le souffle léger de l’Amour


L’amour coule toujours
Dans nos corps et dans nos âmes
Bien après que nous avons déployé
Les ailes de l’ange
De la féminitéetdelamasculinitémêlées
Dansé le hula hoop
Le Ouh là là Houp
Et bien d’autres gigues et gavottes
Qui mènent à cette extase
Médusante
Tonitruante
Contemplative galante
Qui fait passer celles qu’offrent le peyotl
Et les autres différentes camelotes
Pour ce qu’elles sont : des transes idiotes
Des trucs tout juste bons pour des cinéastes
Ou la foule injouissante
Grégaire et vieillotte


Et je revois l’époque
Des Indes Galantes :
La société du Spectacle
Défoncée et balnéaire
Le troupeau des “Beautiful People”
Jet setters” et autres marioles
En toc 
Gonflé à la coke
Auquel j’appartenais:
À bien y repenser :
L’Enfer


Dans cette société de la montre
Arasée et anti-poétique
L'Enfer, c’est les autres
Et l’Homme anti-contemplatif et anti-galant
Camé à bloc
Est malheureux de ses semblables
Qu’il doit singer et dominer
Dans le bruit, la fureur et à chaque instant
Tandis qu’il gigote
Ou prend des poses
Incessamment
Dans le banc
Avec les autres morues, les autres harengs






La liberté et l’amour
N’ont vraiment commencé qu’avec mon exil 
Volontaire
Sur mes terres
Dans mon nouveau Piémont-Sardaigne
Et dans mon vert corps
À trente-huit ans
Comme Montaigne


Jeunes filles, Jeunes gens
Quelque aptitude au jeu, au dépassement
Et à l'amour abandonné
Sans connaissances spéciales
Si beaux ou intelligents
Prenez-en bonne note :
Avec ce monde d’injouissants en ribote
Et de dévots et de cagotes
Toujours tous en tas ou en procession
Les premiers principes doivent être hors de discussion :



Ne vous commettez jamais 







Le 27 juin 2017
Journal d'un Libertin-Idyllique (Illuminescences) 2017






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vendredi 23 juin 2017

Air vulgaire d'un temps qui ne l'est pas moins







On se coule dans l’or brûlant des jours
Sans y penser
Et d’ailleurs
À ce point d’incandescence
Qui pourrait penser !


C’est une touffeur libératrice
Et proprement mystique
Qui nous laisse dans les éblouissements muets…


Ne retentissent que nos rires et nos cris de joie
Dans cette campagne solitaire
Et partout ailleurs accablée
Quand
Assis dans l’eau
Dans le petit bain
On se poursuit
En marchant sur les mains :
Courses folles
Plongées
Enlacements
Petits baisers légers :
Les amants aiment jouer dans l’eau
C’est certain
Où ils batifolent
Et qui semble toujours leur être une source de joie
Et de sensualité tendre et frivole


Si les vivants aiment jouer dans l’eau et l’or du Temps
Les morts-vivants et les injouissants
Tout secs
Ne jurent que par ce qu’ils connaissent :
Ni l’amour
Ni la liesse
Ni la noblesse
Et moins encore la paresse
Quand ils entendent ce mot-là
Ils font vite un signe de croix
Révisent leur charia en express
À toute berzingue leur torah
Et tous vérifient la caisse
Et refont leurs comptes en vitesse
Pour voir si des fois
Il n’en manquerait pas… —
Et ils se battent comme les fils de chiffonniers
Qu’ils sont
Pour accumuler tout l’or du monde de l’exploitation :
Ceux-là pour le boum-boum de leur tuning
Ceux-ci pour le bling-bling de leurs holdings :
On a les joies qu’on peut :
Mort aux cons !
(Je sais, c’est un programme ambitieux )


Hubert
Qui travaille sans filet et sans compter les heures
Pourrait bien remplacer Maurice
Un pauvre
Comme Job
Mais snob
Qui tient à ses “week-ends” (!)
Pour faire de la mob
Et à son salaire brut !
Je vous le dis : une brute !
Dont les prétentions coûteraient une blinde
À ceux qui sont déjà plus riches que tous les maharadjahs de l’Inde


Le match des bagnards
En bas les trimards
En-haut les charognards
Est annoncé pour cet été :
La prime au vainqueur est coquette :
Quatre cent cinquante milliards !
Mazette !
C”est une somme rondelette !
Mais au final qui paye ?
Les niakoués
Et la planète


En attendant laissons jouer Messieurs Couperin et Marais


Ni riches ni pauvres
Les contemplatifs galants manquent seulement de liquidités


Or donc allons nous baigner !








Le 23 juin 2017
Journal d'un Libertin-Idyllique (Illuminescences) 2017




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Où l'on rend hommage à M. Poot, au Lineadombra












Pierre Bonnard
Paradis terrestre








Lorsque Billie et Amy eurent fini leur duo inattendu, nous avons tous applaudi, très émus. Je voyais en face de moi cette vieille canaille de Lin-tsi qui fredonnait : « And we don't want nothing but joy ! », et il y mettait beaucoup d'intensité, tout en prenant un air très inspiré. Bien entendu, la petite Marlène l'accompagnait — portée par l'afghan… —, et tout ça faisait le plus drôlatique et en même temps le plus charmant des tableaux.


J'ai oublié de dire qu'ils s'étaient levés, dès le début du morceau, et s'étaient mis à danser un slow…


Tandis qu'ils se frottaient en ondulant encore, la petite Marlène m'a demandé : « Qu'est-ce que vous avez donc tant contre les idéalistes, et en quoi peuvent-ils vous déranger ? »

Les questions théoriques, c'était pas son fort à la belle effrontée mais étant donné l'anti-intellectualiste primaire qu'elle fréquentait, ça n'allait pas la gêner.

« Prenez, dis-je, ce crétin de Platon, avec ses Idées à la con : quelque part existe une perfection dont le sensible n'est qu'une pâle copie. Une ombre, en quelque sorte. Voilà bien une idée de boutiquier de l'expérience contemplative ! » 


Lin-tsi approuvait, le nez dans les cheveux de Marlène, tout en continuant à danser en fredonnant Cigarettes and coffee, ce qui la forçait à sans cesse tourner la tête pour me regarder.


«  Un peu plus de 2000 ans plus tard, on finit avec ce pauvre Hegel et son : "Il n'y a rien de nouveau sous le soleil de la nature", les plantes et des animaux étant censés avoir été fixés une bonne fois pour toutes lors de la Création, tandis que "seule la marche de l'Esprit est progrès".
À peu près au même moment, notre ami Schopenhauer, ici présent, se laisse aller en appliquant la règle à l'Homme : "Eadem, sed aliter (la même chose, mais d'une autre manière). Celui qui a lu Hérodote a étudié assez l'histoire pour en faire la philosophie ; car il y trouve déjà tout ce qui constitue l'histoire postérieure du monde : agitations, actions, souffrances et destinée de la race humaine, telles qu'elles ressortent des qualités en question et du sort de toute vie sur terre." 

Et puis arrive Malinowsky. Et, comme pour Freud, il apporte de mauvaises nouvelles. »

Schopenhauer, tout occupé avec la belle Amy qui l'avait rejoint, s'arrachant un instant à leurs caresses et à leurs baisers, me souffla, très détendu — il avait entre-temps récupéré le joint — : « Ach ! Herr Doktor ! On voit que vous n'avez pas connu ma mère, qui me désespérait ; j'étais jeune, je voulais être admiré, l'effacer des Lettres, où elle brillait ; certes, j'ai un peu hypostasié mais, de toute façon, le plus souvent, l'Homme est un loup pour l'Homme… vous allez pas m'en faire tout un foin… »

« En parlant de foin… », a dit Marlène, et hop, toujours collée comme une liane à notre Lin-tsi — qui chantait toujours Cigarettes and coffee, avec la voix d'Otis, en la faisant danser —, elle lui a repiqué le joint.

Ça devenait une habitude.

À ce moment-là, Casanova a fait remarquer en riant que ce n'était pas du foin mais du pollen.

Marlène lui a répondu : « À propos de pollen, savez-vous que le pollen des plantes transgéniques — comme celui des autres d'ailleurs — essaime à des dizaines de kilomètres à la ronde, contaminant toutes les cultures identiques des environs… »


Puisque vous en parlez, ai-je relevé du tac au tac, voilà un exemple des ravages de l'idéalisme. Pour éviter ce problème, alors que l'on présume les espèces et les variétés fixées une fois pour toutes, et pour en prévenir toute disparition, on prélève en quelque sorte le modèle « idéal » de chacune d'entre elles, et on stocke, au Sptizberg, ce qu'on pense en être le catalogue prétendument complet, quant à la vérité il n'y a pas de semence « idéale » ni de catalogue figé, tout est emporté dans l'infini mouvement de l'auto-création du monde, et le vivant lui-même est la manifestation de ce mouvement, de cette éternelle transformation.


— La Volonté ! Rien que la Volonté, disait Schopenhauer


De puissance ! ajoutait Nietzsche.


— Et cette peste de l'idéalisme avant d'avoir infecté les zombies de la financial agronomy avait déjà ravagé les esprits qui, au XIXe siècle, ont fixé les règles qui commandent aux semenciers français. Si vous voulez savoir ce qu'est une critique pratique de l'idéalisme à la con de Platon et consorts, regardez Pascal Poot, un type qui fait pousser ses tomates sans eau, quasiment sur les cailloux, sans soins, et sans les tuteurer. »


Personne — sauf Lin-tsi — n'était jardinier, mais l'extravagance de mes propos m'acquit l'intérêt de la noble assemblée tout occupée, dans la nuit vénitienne étoilée, à s'embrasser et à se peloter délicatement, à qui mieux mieux — d'une façon que les « clubs libertins » et les « rêves partis » ont (heureusement !) rendue aujourd'hui interdite, ringarde… « vieux jeu » — : Casanova et Arété ; Aristippe et Billie ; Schopenhauer et Amy, et même la môme Marlène et Lin-tsi, tous se sont arrêtés de s'agourmander, pour me regarder.


Lin-tsi, que le jardinage intéressait puisqu'on le pratiquait dans tous les monastères qu'il avait fréquentés, m'a demandé : « Sans arroser ? Dans le Midi ! Avec la canicule de ces mois derniers ! Et il fait comment, votre hippie ? »


Je lui expliquai rapidement la technique, que j'avais vue sur son site, qui consiste à mettre en place, la première année, des pieds des tomates — dans les conditions que j'ai décrites — qui ne donneront quasiment pas de fruits. À récolter ensuite les quelques fruits que l'on a obtenus, à recueillir les graines — avec tout l'art délicat qu'il détaille — pour les faire germer et les mettre en terre l'année suivante. Après avoir acclimaté ainsi pendant trois ou quatre ans les plantes, on obtient des sujets résistants à toutes les maladie, et qui poussent sans eau, dans des sols caillouteux, sans tuteurage, et sans aucun entretien. La même technique étant valable pour tous les fruits et légumes, pour les céréales, le maïs etc. »


« Merde ! » a fait Lin-tsi, puis, avec sa vulgarité légendaire : « Avec leurs barrages et leurs systèmes d'irrigation, qui leur coûtent un bras, leurs désherbants et leurs produits phytosanitaires, qui leur foutent le cancer, leurs heures de tracteur et le gasoil, ils se font quand même niquer grave, vos paysans ! »


C'est le but, ai-je répondu. Enfin, le but est plutôt la valeur d'échange, pas la valeur d'usage. Le paysan dans tout ça, c'est juste encore un peu de viande humaine dans un processus financier qui sera bientôt entièrement automatisé. Mais c'est une chaîne, c'est le cas de le dire : il faut compter également avec les bêtes humaines qui avalent le produit final. Et qui font partie du cycle.


Les bêtes humaines, élevées hors sol, elles sont pareilles, tout affaiblies, elles aussi, a dit Marlène. Par l'asepsie. Vous voyez le parallèle… Lorsque l'organisme n'a plus d'ennemis, il s'attaque lui-même. On appelle ça les maladies auto-immunes. Heureusement, pour faire du profit, y'a la financial pharmacy qui va bien avec la financial agronomy. C'est bien prévu tout de même.
Aujourd'hui, faut manger des vers parasitaires du cochon ou bouffer de la poussière d'étable si on veut pas finir direct au cimetière. D'ailleurs, c'est ce qu'on fait avec le vieux brigand » — elle parlait, bien entendu, de son amant.


À bien les regarder, ces deux-là, avec leur dégaine de hippies — parfumés au patchouli – je le sentais d'où j'étais —, ils craignaient rien de l'asepsie. De toute façon, ils étaient morts, — je ne voyais pas pourquoi ils devaient avaler de la poussière d'étable pour se préserver des allergies…


« Tout ça à cause de Platon et de son idéalisme à la con ?, a demandé Marlène.


Non, à cause d'une distorsion misérable de la perception qui rend possible l'échange en créant l'équivalence : un baiser de Marlène est semblable à un baiser d'Arété.
C'est l'injouissance — la projection hallucinée dont nous parlions — qui fait que pour ceux qui n'ont pas lieu : « un trou est un trou », — et je m'excusais auprès des dames de devoir citer la canaille.
Ce sont la femme esclave et son fils né d'un viol — et qu'elle hait à mort —, ce sont ceux-là même qui sont à l'origine de l'Histoire — qui commence justement avec l'agriculture et l'élevage —, qui, surchargés de souffrance, de désespoir, de haine refoulés, ayant perdu toute capacité à la jouissance du Temps, ont régressé et projettent de façon hallucinatoire un monde suprasensible consolateur : des Idées, ou un Père-Dieu omnipotent.


—  Moins t'es sensible, plus tu tombes dans le suprasensible ! Mince ! a fait Marlène, les idées, même à la con, c'est puissant.


Elles ont la puissance des œuvres d'art, ai-je dit. »


Avec Nietzsche on s'est regardés, et puis il s'est lancé : ce jardinier était son Zarathoustra, le Zarathoustra des champs et des vergers… Un nietzschéen, un vrai… Et pas de gauche, le jardinier… : sacrifier les faibles pour permettre à la puissance de se déployer, faire l'inverse de ce qu'avait prêché pendant deux mille ans le christianisme chandâla… voilà ce qu'il faisait avec ses Solanacées. 

Nietzsche en avait assez, il voulait qu'on bute tout de suite tous les malvenus, tous les fumiers de la financial agronomyet tous ceux du capitalisme financiarisé, et pendant qu'on y était les sectateurs de toutes les religions, de toutes les idolâtries, tous idéalistes, héritiers de Platon, qui avaient réifié la vie, qui la niaient et l'affaiblissaient en la surprotégeant, en l'enfermant dans des carcans… Pour faire du profit… Ou des béni-oui-oui… Et, tant qu'à faire, on buterait tous les autres aussi… Les socialistes, les anarchistes, les gauchistes, les frontistes, les sémites et les antisémites, les promariagegays et les antimariagegays, tous les genres des genres de cons, oui !, qu'il disait, dans son accès… — les mahométans, leurs ennemis, les confucéens, les mallarméens, les rimbaldiens, les debordistes, les nietzschéens, surtout les nietzschéens, et tous les autres, il en oubliait forcément… Il enrageait de pas pouvoir tous les citer, et il commandait une autre vodka…

À la table d'à côté, je voyais Céline qui bichait.


« Laissez tomber, ce serait trop dur, ils sont trop nombreux. C'est pire que le chiendent : en buteriez-vous cent que mille, que dis-je, dix-mille, seraient déjà sur les rangs. Qu'ils se butent tous entre eux. Il y a des temps où l’on ne doit dépenser le mépris et la poudre qu’avec économie, à cause du grand nombre de nécessiteux. » ai-je dit avec la voix de Gabin dans Le baron de l'écluse, une blague entre nous qui d'habitude l'amuse, mais qui là ne l'a pas calmé. Il voulait tuer tous les affreux. J'avais du mal à l'apaiser. Il avait toujours été du genre nerveux.


Finalement, c'est Casanova qui a fait diversion.


« Faire pousser des fruits merveilleux, gorgés, juteux, en terrain hostile, c'est un peu votre style, à vous deux — il s'adressait à Héloïse, tout doucereux —, et, pour en revenir à des choses plus terre à terre, entre le bois raméal fragmenté, vos variétés adaptées à l'environnement où elles sont nées, et le reste, à la fin, vous allez pouvoir la sauver, votre Humanité.


Parlez pas de malheur ! », a murmuré Schopenhauer.



Amy a compris que Nietzsche, qui était plus ivre que mort, pouvait vite grimper dans les tours, elle a tendu son verre en disant : « Je suis sur les graviers : qui me ressert ? », une fois que je lui eus rempli de Vignes de l'Hospice, elle l'a vidé et s'est levée, seule, et a attaqué, toujours d'Otis, Try a little tenderness, un truc bourré de testostérone mais de la bonne, de la sensualiste en somme.

Quelque part sur les Zattere, les instruments sont entrés dans le mouvement, les uns après les autres… jusqu'à l'acmé.

« Try a little tenderness », c'était vite dit : Nietzsche n'était pas Gandhi.





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mardi 20 juin 2017

La sensibilité retrouvée






Émouvantes à Bouvante
Agustina Meroño
Et Ketty Faurie
l'étaient

Comme elle était infiniment touchante
La Désolée
De Marin Marais
Telle qu'elles nous l'offraient —
Qui nous faisait irrésistiblement pleurer

Le regard et le toucher
Qui traversent le monde —
Les improvisations inspirées
De Madame Ketty Faurie
Sensible et préférant le retrait… —
La puissance altière et ample
De Madame Agustina Meroño
Chassant au loin
Des ondes puissantes de son corps
Des vagues impérieuses et délicates de son archet –
Tout ce qui aurait pu l'entraver —
Comme tout cela était beau !

Dans l'humble et délicieuse petite église
Bach, Ortiz, Marais revivaient…
Deux dames leur donnaient leur vie…
Grâce auxquelles nous ressentions l'impact
Du génie de chacun Intact
Et comme en tête à tête avec lui

Sans alcool
Sans la frénésie de la « fête »
Sans fumée ni cachets
Si loin du Spectacle
Dans ce sobre réceptacle
Se déployaient la puissance vraie
La vraie délicatesse
La vraie sensibilité
Dans cette concentration inspirée et recueillie
D'où s'élevaient du clavecin de Ketty
De la viole d'Agustina
De l'émotion pure la voix
Une sublime poésie

Avec juste ce qu'il faut de solennité
Dans un merveilleux geste gratuit
Nous était ainsi ouvert l'infini

La grâce est sans affaire
Elle jaillit où on ne l'attend pas


Même si toujours on l'espère…









Le 20 juin 2017
Journal d'un Libertin-Idyllique (Illuminescences) 2017




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mercredi 14 juin 2017

Les poètes sont les législateurs non reconnus du Monde









Avant Turner, les couchers de soleil n'existaient pas :
Lorsque par hasard un gentleman en croisait un
Il remarquait bien cet éclat de splendeur
Cette aura d'apothéose qui tout à coup le nimbait
Mais il en ressentait de la gêne
Et pour la dissiper
Il regardait le plafond
Allumait une cigarette
Demandait à son majordome qu'on lui apportât quelque chose à boire ou à manger
Ramené de la cave ou du cellier —
Ou encore il proposait à sa maîtresse d'aller se montrer
Aux terrasses des endroits à la mode




Avant Cézanne, la Sainte-Victoire n'existait pas :
Lorsque par hasard un gentleman la croisait
Il remarquait bien cet éclat de splendeur
Cette aura d'apothéose qui tout à coup le nimbait
Mais il en ressentait de la gêne
Et pour la dissiper
Il regardait le plafond
Allumait une cigarette
Demandait à son majordome qu'on lui apportât quelque chose à boire ou à manger
Ramené de la cave, du cellier ou de la glacière —
Ou encore il proposait à sa maîtresse d'aller se montrer
Aux terrasses des endroits à la mode




Avant les contemplatifs — galants
L'extase harmonique et la jouissance du Temps n'existaient pas :
Lorsque par hasard des amants les croisaient
Ils remarquaient bien cet état de splendeur
Cette aura d'apothéose
Dans lequel ils baignaient
 Qui tout à coup les nimbait
Mais — après — ils en ressentaient presque de la gêne
Et pour la dissiper
Ils regardaient le plafond
Allumaient une cigarette
Allaient chercher quelque chose à boire ou à manger
Ramené du réfrigérateur —
Ou encore se proposaient d'aller se montrer
Aux terrasses des endroits à la mode




Amants, heureux amants, donc, qui après nous vivez…




Soyez assurés  :
Une fois recherchés
Trouvés
Connus et apprivoisés
Ces magnifiques phénomènes sensualistes dont nous parlons
Qui seuls surpassent la splendeur des aurores boréales —
Continueront de se répéter infiniment avec les mêmes effets
Et vous ne vous en lasserez jamais




Et les personnes vraiment cultivées et accomplies en parleront toujours



C'est même à cela qu'on les reconnaîtra



On s'était parfois demandé à quoi servaient les poètes
C'est-à-dire les seuls vrais « philosophes » ?



Le rôle du poète, on le voit, est de fonder le Monde
Et aussi de montrer
Et de rappeler
Ce que les amants peuvent chercher et trouver
Autrement, les amants ne sachant, le plus souvent, pas mettre de mots
Sur ce qu’ils vivent
Le laissent faner
Ou surtout trop peu sûrs d’eux
Le laissent filer

La carte au trésor
Recevez, Madame, Mademoiselle, Monsieur, l'assurance etc.

Voilà ce à quoi nous servons





Le 14 juin 2017 
Journal d'un Libertin-Idyllique (Illuminescences) 2017






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jeudi 8 juin 2017

Plaisir des larmes — Catharsis galante







Nous nous aimons
Jouissant de concert
Dans la Joie
Les beaux cris et les larmes
Mais aussi
Jouissant au concert
Dans la joie
Les bravi et les larmes
Pleurant de toute notre âme
Sans nous regarder
À la fin de Didon et Énée
Transportés par Purcell
Que nous avions enfin rejoint
Bravant les cataractes
Et cette terrible nuit
De fin d’après-midi
Que faisait l'orage
Avant de déboucher
Dans cette pure Merveille
Comme une oasis de lumière et de Beauté
Au milieu d'un monde climatiquement dérangé
Pris dans sa folie planétaire

Les yeux encore baignés de larmes
Sortant dans la douceur revenue du soir
Bouleversés
Enthousiasmés
On croisait d'inquiétants barbus endjellabalisés
Du genre de ceux dont on apprendrait
Le lendemain
Que tandis nous jouissions de Purcell
Ils poignardaient avec rage
À Londres
Pas très loin de l'endroit
Où avait été donné cet opéra
La toute première fois


Cherchant pourquoi cela me touchait tant
Je me souvenais enfin
Qu'il y a trente ans
J'avais enjambé des rangs de spectateurs
Couru et bondi sur une scène
Pour détourner et désarmer
D'un implacable mouvement de aïkido
Un taliban afghan illuminé
Armé de son Pech-qâbz
Décidé à massacrer
Une danseuse balinaise
À ses yeux le diable incarné
Sur laquelle il s'était jeté

Et je réalisais alors seulement
En pensant aux morts
Et aux blessés
Et aux vies
Définitivement meurtries de ces derniers
Ce que j'avais fait
Et pourquoi la danseuse m'avait tant remercié
De lui avoir sauvé la vie


Plus tard, je relisais ce que j'écrivais deux jours auparavant
Au réveil de l'amour
Sortant tout juste de notre lit
Où nous aussi nous déchaînions des cataractes
Notre lit… cette pure Merveille
Comme une oasis de lumière et de Beauté
Au milieu d'un monde climaxtiquement dérangé
Pris dans sa folie planétaire  :


Pure magie
Coin de Paradis
Vous avez quelque chose d'un ange
Héloïse Angilbert









Journal d'un Libertin-Idyllique (Illuminescences) 2017






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