Comment
oublier ce concert si touchant
La
douceur des vallons
L'élégante
châtelaine
Nous
parlant de son Pleyel de 1920
— Je
jouais sur un semblable –
Enfant
—
Le
monde sait se faire avenant
Émouvant
Avec
si peu de moyens
Si
loin des fous furieux
Des enragés mondains
Des
Rastignacs psychopathes
Et
de tous ceux que leur injouissance
— Tissée
de leurs souffrances —
Mène
à répandre constamment leur fiel
D'exhérédés
de l'Intemporel
Le 2 septembre 2019
R.C.
Vaudey
Journal
d'un Libertin-Idyllique (Illuminescences) 2019
La
jouissance du Temps vue par Schopenhauer (durch
die "Platorote" Brille)
"[…
] le sujet du vouloir ressemble à Ixion attaché
sur une roue qui ne cesse de tourner, aux Danaïdes qui puisent
toujours pour emplir leur tonneau, à Tantale éternellement altéré.
Mais vienne une occasion extérieure ou bien une impulsion interne
qui nous enlève bien loin de l’infini torrent du vouloir, qui
arrache la connaissance à la servitude de la volonté, désormais
notre attention ne se portera plus sur les motifs du vouloir; elle
concevra les choses indépendamment de leur rapport avec la volonté,
c’est-à-dire qu’elle les considérera d’une manière
désintéressée, non subjective, purement objective; elle se donnera
entièrement aux choses, en tant qu’elles sont de simples
représentations, non en tant qu’elles sont des motifs: nous aurons
alors trouvé naturellement et d’un seul coup ce repos que, durant
notre premier asservissement à la volonté, nous cherchions sans
cesse et qui nous fuyait toujours; nous serons parfaitement heureux.
Tel est l’état exempt de douleur qu’Épicure vantait si fort
comme identique au souverain bien et à la condition divine: car tant
qu’il dure nous échappons à l’oppression humiliante de la
volonté; nous ressemblons à des prisonniers qui fêtent un jour de
repos, et notre roue d’Ixion ne tourne plus. Mais cet état est
justement celui que j’ai signalé tout à l’heure à titre de
condition de la connaissance de l’idée; c’est la contemplation
pure, c’est le ravissement de l’intuition, c’est la confusion
du sujet et de l’objet, c’est l’oubli de toute individualité,
c’est la suppression de cette connaissance qui obéit au principe
de raison et qui ne conçoit que des relations; c’est le moment où
une seule et identique transformation fait de la chose particulière
contemplée l’idée de son espèce, de l’individu connaissant, le
pur sujet d’une connaissance affranchie de la volonté; désormais
sujet et objet échappent, en vertu de leur nouvelle qualité, au
tourbillon du temps et des autres relations. Dans de telles
conditions, il est indifférent d’être dans un cachot ou dans un
palais pour contempler le coucher du soleil. Une impulsion
intérieure, une prépondérance de la connaissance sur le vouloir
peuvent, quelles que soient les circonstances concomitantes,
occasionner cet état. Ceci nous est attesté par ces merveilleux
peintres hollandais qui ont contemplé d’une intuition si objective
les objets les plus insignifiants et qui nous ont donné dans leurs
tableaux d’intérieur une preuve impérissable de leur objectivité,
de leur sérénité d’esprit; un homme de goût ne peut contempler
leur peinture sans émotion, car elle trahit une âme singulièrement
tranquille, sereine et affranchie de la volonté; un pareil état
était nécessaire pour qu’ils pussent contempler d’une manière
si objective, étudier d’une façon si attentive des choses si
insignifiantes et enfin exprimer cette intuition avec une exactitude
si judicieuse: d’ailleurs, en même temps que leurs œuvres nous
invitant a prendre notre part de leur sérénité, il arrive que
notre émotion s’accroît aussi par contraste; car souvent notre
âme se trouve alors en proie à l’agitation et au trouble qu’y
occasionne la violence du vouloir. C’est dans ce même esprit que
des peintres de paysage, particulièrement Ruysdael, ont souvent
peint des sites parfaitement insignifiants, et ils ont par là même
produit le même effet d’une manière plus agréable encore. Il n’y
a que la force intérieure d’une âme artiste pour produire de si
grands effets; mais cette impulsion objective de l’âme se trouve
facilitée et favorisée par les objets extérieurs qui s’offrent à
nous, par l’exubérance de la belle nature qui nous invite et qui
semble nous contraindre à la contempler. Une fois qu’elle s’est
présentée à notre regard, elle ne manque jamais de nous arracher,
ne fût-ce que pour un instant, à la subjectivité et à la
servitude de la volonté; elle nous ravit et nous transporte dans
l’état de pure connaissance. Aussi un seul et libre regard jeté
sur la nature suffit-il pour rafraîchir, égayer et réconforter
d’un seul coup celui que tourmentent les passions, les besoins et
les soucis: l’orage des passions, la tyrannie du désir et de la
crainte, en un mot toutes les misères du vouloir lui accordent une
trêve immédiate et merveilleuse. C’est qu’en effet, du moment
où, affranchis du vouloir, nous nous sommes absorbés dans la
connaissance pure et indépendante de la volonté, nous sommes entrés
dans un autre monde, où il n’y a plus rien de tout ce qui
sollicite notre volonté et nous ébranle si violemment. Cet
affranchissement de la connaissance nous soustrait à ce trouble
d’une manière aussi parfaite, aussi complète que le sommeil et
que le songe: heur et malheur sont évanouis, l’individu est
oublié; nous ne sommes plus l’individu, nous sommes pur sujet
connaissant: nous sommes simplement l’œil unique du monde, cet œil
qui appartient à tout être connaissant, mais qui ne peut, ailleurs
que chez l’Homme, s’affranchir absolument du service de la
volonté; chez l’Homme toute différence d’individualité
s’efface si parfaitement qu’il devient indifférent de savoir si
l’œil contemplateur appartient à un roi puissant ou bien à un
misérable mendiant. Car ni bonheur ni misère ne nous accompagnent à
ces hauteurs. Cet asile, dans lequel nous échappons à toutes nos
peines, est situé bien près de nous; mais qui a la force de s’y
maintenir longtemps? Il suffit qu’un rapport de l’objet purement
contemplé avec notre volonté ou notre personne se manifeste à la
conscience: le charme est rompu; nous voilà retombés dans la
connaissance soumise au principe de raison; nous prenons connaissance
non plus de l’Idée, mais de la chose particulière, de l’anneau
de cette chaîne, à laquelle nous appartenons aussi nous-mêmes;
nous sommes, encore une fois, rendus à toute notre misère. — La
plupart des Hommes s’en tiennent le plus souvent à cette dernière
condition; car l’objectité, c’est-à-dire le génie, leur manque
totalement."
Le Monde comme volonté et
comme représentation
.