mardi 31 décembre 2013

Le bleu du Temps





LA MUSIQUE DE L'AMOUR ET LE BLEU DU TEMPS

Dans la douceur et la splendeur
De l'année finissant
Dans le soleil et le bleu du temps
Entre deux fêtes en tête-à-tête
Qui sont autant d'émerveillements —
Dans le calme et la création de leur préparation
Nous négligeons l'époque
Dans notre grand lit d'amants

Dans nos caresses et nos baisers
Je ne peux qu'admirer
Votre parfaite disposition à aimer
Ainsi que la façon dont le ciel vous a faite —
La parfaite droiture de votre cœur
Qui vous a été donnée —
Et cet abandon et cette spontanéité
Que nous nous sommes offerts
Que nous nous sommes créés

Je pénètre donc votre cœur
Avec ce mélange de douceur et d'ardeur
Que m'inspirent notre joie et nos rires
Et avec ce grand appétit gourmand
Qui ne va qu'en augmentant

Aimant et ardent
Je connais parfaitement la partition que nous jouons
Tous les points d'orgue
Les pauses
Les demi-pauses
Les soupirs
Les demi-soupirs
Les cris
Les feulements
Qui marquent chaque moment
Du mouvement mélodique
Du mouvement conjoint —
Qui nous exécute
Que nous exécutons

J'en connais tous les « ornements » :
L'appoggiature
Dont la durée dépend du caractère du moment —
Le trille
Et ses alternatifs battements
Puissants-profonds
Légers-entrant —
Et
Également
Le caractère de chaque « mouvement »
Qui lui détermine la durée absolue
De chacun de ces signes puissants
Que nous fait à travers eux
Le Temps —
Tantôt Largo
Large et lent —
Tantôt Adagio ou Allegro
Prestissimo, rarement... —
Qui nous entraînent toujours
Con anima et Con fuoco
Parfois Maestoso
Parfois Grazioso
Mais toujours
En finissant dans un Tempo giùsto
Con allegrezza
Risoluto et Sostenuto
Au firmament
Des beaux amants


Vous êtes si délicate et si parfaite
Que je vous laisse ouvrir la voie de ce concert
Et vous interrompez ainsi souvent
Tel élan exaltant
Mais qui mettrait fin à vos beaux et puissants mouvements —
Pour nous offrir un plus grand final
Où l'on s'enfonce corps et âme
Tous deux
En se laissant posséder
Musicalement
Harmoniquement
Par la con-corps-dance
Ce seul vrai langage des Dieux
Noble
Passionné
Enflammé
Abandonné
Évident
Que nous avons découvert
Amoureusement
Mais aussi
Que nous nous sommes offert
Que nous nous sommes créé
En négligeant l'époque
Dans notre grand lit d'amants


Et, au réveil
Dans ce monde pourtant abandonné
Au crime et à la désolation… —
L'envie de peindre me reprend…
Tandis que vous êtes fraîche et gaie comme une enfant

Aujourd'hui
Alors qu'en bas la plaine baigne
Dans le brouillard et puis les peines
Ici c'est la douceur et la splendeur
De l'année finissant
Dans le soleil
Et le bleu du Temps
Qui règnent…

Évidemment…


Le 31 décembre 2013







Journal d'un Libertin-Idyllique (Illuminescences) 2010-2013



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dimanche 29 décembre 2013

L'Alpha et l'Oméga





Joie pelvienne

Délié de la joie

Nous nous engouons dans le Temps
Sans délai subitement intensément
D'une saisie pure et simple
Ardente fulgurante
Profonde appuyée
Reptante intense
Immense découplée
En danse dans l'illimité
Et dans laquelle se délie
Soudain
Toute la joie de l'éternelle belle jeunesse-beauté du monde


Puissant profond et tendre battement d'ailes des hanches
Souffle ample profond aimant mêlé


Décontenancés dans la joie
Nous nous traversons de tout notre cœur

Pour nous rejoindre

Voguant

Dans l'Alpha et l'Oméga du Centaure




Le 29 décembre 2005



Journal d'un Liberrtin-Idyllique (Illuminescences) 2002-2005

(In A.S. 3)






Héloïse Angilbert
« Lovers »
Détournement numérique
2004





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jeudi 26 décembre 2013

Les damnés de la Terre





Cher ami,
...
À force de les invoquer depuis plus d’un siècle et demi, ils ont fini par se dévoiler au grand jour, et nous savons aujourd'hui à quoi ils ressemblent, ces damnés de la Terre — sur lesquels tant d'espoirs étaient fondés, à quoi ressemblent leur intimité, leur “sexualité”. L’intimité et la sexualité de ceux que j'appelle les injouissants contemporains.

Le développement de la pornographie amateur et, depuis quelques années, d'Internet, nous offrent une collection assez complète de leurs occupations. On pouvait se demander — et l’introspection et l'analyse nous permettaient déjà de nous en faire une très malheureuse idée — à quoi se livraient ces masses de “damnés” dans ces endroits déshérités de l'Amérique profonde, de la France profonde, de l'Allemagne profonde etc., quelle était la vie “sexuelle” de ces caissières, de ces garagistes, et aussi de ces dentistes, de ces petits notables locaux ou régionaux, de leur encadrement politique etc.

Tous nous l'exposent sans plus de problèmes. Il y a 30 ans, la plupart étaient ravagés par la peur, la honte, ou tout simplement le refoulement de cela. Aujourd'hui, ils font en quelque sorte, eux aussi, une exploration des pulsions secondaires et de leurs fixations prégénitales ou de leurs expressions dans la sexualisation prégénitale.

Mais ils ne le font pas en considérant ces phantasmes et cette fixation dans la prégénitalité comme étant symptomatiques de la misère de leur passé, de leur présent ; ils ne leur indiquent pas et ne leur permettent pas de retrouver, de revivre, de dépasser un désespoir terrible, une fureur et une rage intenses, une souffrance incoercible, pas plus qu'ils ne les engagent à souhaiter la ruine du monde qui a ainsi ruiné leurs capacités amoureuses et poétiques.
Non, ils ouvrent un club, ou bien un site Internet, et tentent de rentabiliser leurs délires d'enfants malheureux en trouvant un certain nombre d'autres malheureux qui partagent leurs “fantaisies”. Et — Ô miracle! pour les plus anciens... — ceux qui partagent leurs délires (un “Traité de savoir-vivre sadomasochiste” paru chez Gallimard dernièrement en dresse, parait-il, une liste…) apparaissent soudainement comme les champignons après la pluie : la misère n'est plus la misère et dans la troupe il n'y a pas de jambes de bois.

Tout ce qui se manifeste ainsi, dont nous savons très bien — pour l'avoir vu des dizaines de fois à l'œuvre et l’avoir reconnecté avec son fonds émotionnel originel miséreux — que ce n’est que la partie déjouée, et visible, d'un iceberg de souffrances, d'angoisses, de désespoirs passés et présents (et aussi anticipés du futur), ils l'institutionnalisent, en quelque sorte, en en revendiquant la particularité — ce qui est une forme historiquement plutôt neuve, me semble-t-il, de résistance dans “l'analyse”.
La société de l'Injouissance, telle que je la définis, quasi autogérée, est même grandement fondée sur l'exploitation « économique » de ce filon-là.

Les damnés de la terre ne se sont donc pas levés mais plutôt couchés et, dans la très petite portion de temps qu'ils peuvent sauver au travail, aux transports en commun, aux “divertissements” familiaux, conviviaux etc., ils organisent quelques petites explosions “dionysiaques” de cette misère ritualisée, “sexualisée”.

Les plus pauvres, comme je l'ai dit, essaient d'en faire un gagne-pain, sur Internet ou ailleurs. Les plus cultivés essaient d'en faire des livres, et, dans le dernier courant de “l'art”, il s'agit de transformer cela en œuvres de “plasticiens”.
Dans un genre : “J'ai la gale, je l'ignore, ça me démange mais j'ai fait de cette démangeaison une très belle performance.”. Et dans le genre, la pauvre Millet a le pompon

On sait donc aujourd'hui parfaitement à quoi pensent, à quoi rêvent, non seulement les jeunes filles mais aussi les sous-préfètes, les “plasticiennes performers”, les critiques et les mathématiciennes. Et encore, les boulangers et les boulangères, les joggers et les randonneurs, la caissière et son vigile.
C’est moche.

De toute façon, ils n'ont le temps pour rien d'autre que cela. Le reste, l'essentiel, c'est la lutte qu'ils doivent mener pour se nourrir, pour leur carrière, pour se loger, se battre pour ou contre leurs enfants, pour ou contre leur conjoint, et pour acquérir les différentes farces et attrapes produites par le spectacle, sans lesquelles — et même avec lesquelles — ils se sentent si peu de chose.

Exceptée pour les professionnels, cette résurgence plus ou moins violente de la souffrance refoulée et ce divertissement de l'angoisse et du ressentiment — qui les saisissent par moments, par cette prétendue “sexualité”, comme pour leur permettre de “décompresser” —, ils ont peu de temps à y consacrer. D'ailleurs, « décompressés » leur va bien.
C'est donc certainement là l'activité “sexuelle” la plus compatible avec leur réalité première de producteurs de plus-value, de servants du spectacle marchand, de serviteurs surmenés du vide, d'adorateurs de la marchandise — ou même de contempteurs professionnels de ses insuffisances ou de ses injustices – ou même encore de sa destructivité.

Dans ces conditions, sortir dans le monde est quelque chose que nous ne faisons guère. Encore une fois, nous finirions comme des curiosités pour ceux qui, il y a quelques années encore, se seraient rangés eux-mêmes au rayon des curiosités. Dans l'enfer des bibliothèques.

Le dernier homme ne connaît pas le diable. Ce dernier est mort avec Dieu.
Il le pratique donc avec une innocence feinte et il s'étonne que la société autour de lui, et le monde en général, soient si violents — mais c'est la même violence qui se manifeste, différemment – ici et là.

C’est ce qu’énonçait un collage sensualiste, de 1987 :

Voici l'histoire secrète
des événements qui se déroulent aujourd'hui
cette anti-révolution
et avec
la démocratie pour mot d'ordre

Dans tous les pays
du monde
les pépés,
morts très jeunes,
font la loi
contaminés, emportés dans le tourbillon,
les kids dans leur majorité
déploient d’immenses efforts pour être encore plus coriaces
la nouvelle génération,
le cerveau lavé de toute velléité de beauté céleste
fraîcheur, vitalité oubliées se reconnaît dans les momies,
leurs goûts, leurs rêves, leurs fantasmes.
Frénésie des masses

JE N’INVENTE RIEN. J’OBSERVE.

En face sourit la beauté
l’harmonie
Une fraîcheur rassurante

Tout est chic

nous jouissons
intensément
nous transmettons de folles émotions
aux femmes
même lointaines etc.


On peut dire que ceux qui étaient jeunes en 1987, ce sont ces adultes qui pour beaucoup ont déjà des enfants qui effectivement ont, comme leurs trentenaires de parents avant eux, le cerveau lavé de toute velléité de beauté céleste.








Avant-garde sensualiste 3
Janvier 2005/Juin 2006



Collage 1987





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lundi 23 décembre 2013

Aux anges, citoyens !




La puissance extatique ou : “Aux anges, citoyens !”

À propos des sentiments océaniques du fœtus : il me semble que l'on exagère beaucoup la béatitude absolue du fœtus qui me paraît plutôt un être en perpétuelle mutation accélérée ; il faut plutôt voir dans cette surestimation des capacités extatiques de la vie prénatale une forme de fantaisie sur cet âge de la vie qui prend naissance chez des gens — les injouissants contemporains — rendus incapables, par toute leur existence, de s'y abandonner, ou, pour le dire peut être plus justement, souffrant d'impuissance extatique.

La puissance extatique — poétique, amoureuse — est, à mon avis, un état spontané possible de la conscience de l'homme — qui se développe ou s'atrophie, sous les coups du destin, mais qui existe tout au long de l'existence ; il me semble que la vie du fœtus est tout aussi transformée, et travaillée par la transformation — et, qui plus est, accélérée —, que celle de l'homme âgé, par exemple ; le désir et la sensation de croissance, le désir et la sensation d'expansion, le désir et la volonté de naître pour connaître, à son tour, l'ample amour, le vaste monde, me paraissent tout autant marquer ce moment intense et profond de la vie qu'une aptitude à l' extase océanique, et représenter ce qui occupe et anime la vie fœtale.

La puissance créatrice du vivant qui auto-bouleverse constamment le nouveau-né, ensuite, est, elle aussi, marquée par l'appétit, la soif de volupté, le rire, le désir tout autant que par la capacité à l'extase océanique, que par cette capacité, que l'on voit aux nourrissons, à être “aux anges”.

Cette corrélation entre le sentiment de la puissance se déployant voluptueusement et l'accès à la béatitude, cette capacité à être “aux anges”, est une constante de la vie humaine, et la vie prénatale ne me paraît pas devoir être, absolument, le lieu privilégié de cette béatitude.

« À ce point de précision, on voit bien pourquoi rien, ni les consolations des bouddhismes, les calculs du tantrisme, les blasements de l'alcoolisme, les absences excitées de l'échangisme, les terreurs du conformisme, ni non plus les stupéfiances des substances hallucinogènes, pas plus que les ivresses de la cocaïne, de la gloire, du succès, ni la puissance de l'argent, le calme de l'étude, les joies aigres de la misanthropie et celle des collections patiemment rassemblées, ni non plus la jouissance du pouvoir pas plus que les défoulements athlétiques ou les agencements méticuleux des utopismes, et tout le reste que je ne nomme pas, ne peut se comparer aux charmes de l'humanité réalisée dont je parle en ce moment. » Manifeste sensualiste. (Note de 2013)

Seul le traumatisme de la naissance — que je ne crois pas être non plus une donnée biologique (comme la nécessité de l'oxygène pour notre vie l'est, par exemple) mais plutôt une donnée de beaucoup de civilisations patriarcales me semble avoir donné cette surévaluation des capacités à l'extase chez le fœtus, alors que j'y vois plutôt un moment de vie électrisée par un mouvement de transformation perpétuelle et accélérée.

Sans doute faut-il voir dans cette exagération de la paix prénatale une expression du besoin de dormir (non pas au sens d'un sommeil voluptueux mais d'un désir, compréhensible, d'oubli) qui frappe ceux que la vie ne laisse jamais en repos, dans un monde inadapté à la sensualité du vivant, et un reste de cette époque où l'on imaginait encore le nouveau-né, et, a fortiori, le fœtus, seulement animé d'une vie purement végétative, sans émotions et dépourvu de sens et de sensibilité.


R.C. Vaudey

Avant-garde sensualiste 2

Janvier/Décembre 2004




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jeudi 19 décembre 2013

Vagues






Vagues d'équinoxe au solstice





Vous êtes particulièrement resplendissante
Ce matin
Dans la grisaille et le crachin
Tiède
De décembre
Et du monde avec

Hier
Il y avait de moi
Vous délivrant pour ainsi dire
De votre rhume
En “marabout” de “l'acupuncture interne”
Comme nous en plaisantions tendrement
Ce matin
Ces puissantes vagues d'équinoxe et d'écume
Qui me venaient
Incessamment
Dans un enroulement complet
Puissant et sans appel
De mon bassin et de mes hanches
Mus de l'ampleur de tout mon corps
Les mêmes
Sans aucun doute
Que l'on voyait
Encore
Ailleurs
Battre immensément
Les phares et les falaises
Couvrant
Dans un jaillissement d'écume blanche
Comme d'une immense tendresse
L'immensité des plages
Où elles s'étincelaient
Finalement
Et qui pour moi
Ici
Dans notre amour
Me déroulaient d'aise
Dans la puissance et le battement
Incontrôlé et mugissant
De tout mon être
Se délectant
Ravi et gourmand
Impétueusement
De la puissance
Et de la tendresse
De ce mouvement

À battre ainsi
Tempétueusement
Nos phares et nos falaises
De cette grande vague d'équinoxe
Il fallait bien qu'à un moment cesse
Notre résistance à tant de force
Et que les sentant sous moi soudain céder
Je couvre
En vous suivant
Dans l'instant même
Dans un interminable coup de semence
D'un jaillissement d'écume blanche
Et comme d'une immense tendresse
Vos plages dorées
Immenses …
Tu sais
Celles
Toujours
Toi et moi
On s'étincelle







Le 10 décembre 2007




Journal d'un Libertin-Idyllique










lundi 16 décembre 2013

L'ère de l'Injouissance




Infantilisme sexuel pas ludique

On pourrait parler d'accès ou de crises d'infantilisme sexuel pas ludiques donc… comme l'on parle d'accès ou de crise de “paludisme”.
Les marécages de la misère ancienne de chacun, ceux dans lesquels la plupart pataugent, au présent, ceux vers lesquels ils se voient aller et craignent, demain, de se perdre, sont les régions où se contracte et s'intensifie cette maladie.

En détournant la définition du paludisme on obtiendrait :
L'infantilisme sexuel est la maladie la plus répandue dans le monde. Longtemps contenue par l'embrigadement social dans une forme endémique qui donnait lieu à diverses formes de sublimations, guerrières, religieuses, philosophiques, politiques, artistiques, littéraires, et à leurs exaltations et à leurs transes — ou, encore, à des rituels orgiastiques saisonniers ou élitistes —, il se manifeste aujourd'hui de plus en plus par des accès de fièvre de compulsion sexualisée, plus ou moins intermittents, sans périodicité caractéristique particulière.

La visibilité de la maladie, sinon sa virulence, semble donc ainsi en relation directe avec l'effondrement des structures sociales et individuelles des anciennes formes de l'embrigadement historique et sociétal, religieux et culturel.

Il est à noter que, frappés par l'insatisfaction et le sentiment torturant d'être en marge de l'existence qui caractérisent la maladie, les sujets atteints, lorsqu'ils ne sont pas possédés par cette fièvre de compulsion sexualisée, tentent le plus souvent de conjurer cette insatisfaction et cette angoisse et les pulsions destructrices et autodestructrices qu'elles entraînent tout autant que celles-ci les produisent dans des formes plus ou moins ritualisées d'un certain nombre de jeux basés sur la prédation et l'accumulation symptomatiques de la régression sadique-anale le plus souvent associée à cette affection dont, le plus répandu, le jeu économiste lui-même, donc, produit par cette peste endémique de l'infantilisme sexuel et poétique qui l'aggrave encore en retour en se chargeant toujours davantage d'une violence qui se nourrit elle-même de la désagrégation des structures sociales, religieuses, comportementales, politiques etc. que ce jeu entraîne : ces structures coercitives et castratrices — quoique responsables de l'étiologie de ce mal — ayant contenu, en quelque sorte et jusque là, ses ravages sous des formes historiques et sociales plus ou moins stabilisées.

L'injouissance c'est-à-dire l'incapacité à la jouissance poétique, puissante et paisible de soi-même, de l'autre, du monde, et, finalement, du Temps caractérise cette maladie infantile du sensualisme, cette maladie infantile de l'humanité qui se manifeste par une dégradation de la sensibilité, une forme d'anesthésie sentimentale et corporelle due à une fragmentation et une diminution de la perception sensorielle provoquées par la formation, à la suite des agressions pré et périnatales, d'abord, et puis familiales et sociales ensuite agressions qui doivent elles-mêmes être replacées tant dans le cours de l'histoire de l'évolution des êtres humains, depuis leur origine, que dans l'organisation présente du monde , d'une forme de rigidité et de dureté caractérielles dont on peut observer les manifestations aussi bien au niveau du cuirassement musculaire qu'au niveau de la rigidité et de la fixité de l'organisation neuronale que révèlent les progrès de l'étude du cerveau et de son fonctionnement.

En tant que peste endémique, l'infantilisme sexuel et poétique doit cependant être compris comme une forme d'adaptation à un milieu — et à son histoire — lui-même pathogène : l'histoire de l'humanité soumise depuis les temps historiques à la loi du sado-masochisme donc de l'enrégimentement et de la soumission sociale.

Seules, au XXe siècle et en ce début de XXIe siècle, des conditions particulières, propices à la compréhension et au dépassement des conditions de vie et de relations interpersonnelles favorisant ce mal, ont pu le faire apparaître pour ce qu'il est, ou du moins pour ce qu'il pourrait être : une forme encore immature, plus ou moins douloureuse et violente du pré-humain, dans le mouvement d'apparition de l'humanité.

La forme — physiologiquement et caractériellement profondément structurée et enracinée, hautement transmissible, et recréant toujours les conditions de sa reproduction — de la préhumanité, mais qui pourrait laisser place, peu à peu, par sa compréhension-dépassement à l'émergence de l'humain.





Avant-garde sensualiste 4 ; Juillet/Mai 2008





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vendredi 13 décembre 2013

Des “jouisseurs” féodaux






Cher ami,

Ce qui semblait inquiéter X par exemple, c'est tout ce qui pourrait ressembler à la mise sur un piédestal de la femme telle qu'on la trouve chez Breton, par exemple. Pour nous il s'agit d'élaborer un rapport d'égalité.
Non pas qu'il puisse exister une réelle égalité (différence d'âge, différence d'expériences etc.) entre des individus mais une volonté commune, une volonté poétique commune, une volonté de liberté commune, une volonté de poésie commune, une confiance, une capacité au jeu communes etc. le goût partagé de cette aventure poétique-là, c'est cela dont il s'agit et qui est effectivement peut-être un peu étrange pour certains.

La plupart de ceux qui avaient entamé ce processus de révolution du monde sont tombés sur des bourgeoises et ont fini avec des destins tout à fait programmés. Ceux qui ont eu les moyens d’échapper à cela (tu te souviens de la remarque de A. disant que seuls ceux qui avaient des fortunes personnelles avaient échappé aux conséquences de leur révolte contre ce système) se sont finalement retrouvés çà et là dans le monde — enfin, beaucoup d'entre eux — seuls, à boire, à fumer, à prendre diverses drogues, avec leurs petites “camarades” mercenaires, un jour thaïlandaises, l'autre jour vietnamiennes, hier russes, demain birmanes etc., c'est-à-dire seuls avec eux-mêmes et avec leurs phantasmes nés de la solitude et seulement capables d'essayer de les assouvir dans la solitude ; mais on peut seulement calmer momentanément la puissance du phantasme, jamais l'assouvir si assouvir signifie l'éteindre puisqu'il n'est lui-même que le symptôme d'une souffrance, d'un traumatisme refoulés, ignorés qui tant qu'ils demeurent et tant qu'ils ne sont ni revécus, ni compris, ni intégrés ne permettent pas la disparition de ce symptôme : le phantasme, donc.

Certains sont allés faire des analyses — et l'analyse, c'est le premier stade, le stade minimum de l'humanité, du rapport humain. Si, bien entendu, l'analyste est un être sensible. Dans cette relation, une forme de confiance, une forme d'aventure s'établit: ils y ont trouvé des pères à aimer et des mères à aimer qui se sont transformés en pères à haïr et en mères à haïr, et là ils ont compris que l'aventure avait commencé. Ceux qui sont sortis grandis de cette expérience d'humanité, d'intégrité, et de déploiement de l'intelligence et de la sensibilité, que sont-ils devenus ? Pour ma part, je l'ignore.
Que le monde actuel remette en cause la psychanalyse et les diverses formes de l'analyse — quels que soient par ailleurs nos désaccords théoriques avec les uns et les autres — n'est pas étonnant. Le projet inconscient de l'injouissant hystérique contemporain est de détruire la moindre parcelle d'humanité, la moindre parcelle d'intelligence, la moindre parcelle d'aventure commune partagée. Et donc aussi ce voyage étrange où l'on aime, où l'on hait celui ou celle qui vous permet de déployer votre propre sensibilité, votre propre humanité, votre propre poésie.
...
La grandeur de Nietzsche c'est d'avoir pensé que les idées que les hommes ont lorsqu'ils sont dans un état misérable de leur énergie (déprimés, malades, cruellement frappés par le destin, souffreteux en général, mourants même) ne sont pas meilleures que celles qu'ils ont lorsqu'ils sont pleins d'énergie. Personne, et surtout pas Nietzsche, n'a sous-estimé le poids que les outrages de la vie quelle que soit la forme qu'ils prennent donnent à la réflexion d'un homme. Mais ce qui est le plus beau, c'est le gai savoir, la puissance renaissante. La plupart du temps les penseurs, manifestant ainsi leur participation inconsciente au mouvement souterrain du nihilisme (ou consciente à sa manifestation évidente), ont toujours mis en avant les pensées nées sur le terreau de l'affaissement, de l'affaiblissement et de l'effroi : finalement, ce sont ces pensées, ce sont ces états que l'on rencontre le plus souvent chez l'homme du patriarcat marchand dédivinisé.
...
Les sensualistes expliquent que l'antique guerre des sexes, la vieille séparation entre les sexes déterminent l'insuffisance de toutes les constructions philosophiques, théoriques, précédentes, et même celle des anciennes sagesses. (Ce n'est pas la sexualité de l'être parlant qui va aussi loin exactement que son langage peut atteindre mais exactement l'inverse : le langage de l'être parlant va aussi loin exactement que sa capacité d’abandon à la volupté peut atteindre : regardez ce pauvre Kant.)

Nous pouvons affirmer cela parce que nous appartenons à des générations qui ont pu, pour la première fois dans l'histoire, expérimenter une forme de relation différente de ce qui s'était joué jusque-là entre les hommes et les femmes. Nous indiquons ainsi à ceux qu'occupent les affaires de famille, leur mariage, leur partage des tâches et des activités selon les sexes ou non, le monde en général, nous leur indiquons l'origine de l'insuffisance de la plupart de leurs théories, l'origine du désespoir secret qui imprègne beaucoup de leurs goûts, et de leur art.
Plutôt que de nous remercier, ils nous jettent des pierres. 

Étendre ces formes de la relation entre êtres humains, et ces formes sublimes de la conjonction des sexes opposés étendre ces formes supérieures de la rencontre entre êtres humains à l'ensemble de la population de la planète est une question qui ne nous concerne pas vraiment. C'est un travail de très longue haleine et le temps que prendrait sa réalisation nous verrait très évidemment ailleurs.

Donc, en gros, cela concerne ceux qui nous jettent des pierres et leurs enfants et leurs petits-enfants. Pas nous
Cependant, nous indiquons.
Et nous prônons.




A.S. 4






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mardi 10 décembre 2013

Sentences




Mépriser tout ce qui sent la nécessité. Cette grande race de singes qui parlent aime la mort, les combats et tout ce qui peut y être utile. La dure survie, la bataille éternelle, les luttes de clans, de classes, de castes, la guerre des sexes, tout l'héritage de cela, la vilenie dans les mœurs, dans les goûts, dans les habitudes, dans les promiscuités, dans les amitiés viriles, les complicités féminines, les luttes fratricides, soricides, les jeux, les usages.
Mépriser tout cela : le grand singe brailleur, batailleur, à la survie jamais assurée.


La grâce de l'élégance la gratuité de l'aisé la splendeur de la facilité l'ampleur du délié la somptuosité du sans-souci la délicatesse du souverain


Nietzsche encore trop peuple avec son goût pour les “forts.”


Sentences.








Avant-garde sensualiste 2 ; Janvier/Décembre 2004



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vendredi 6 décembre 2013

Docteur ès nihil




Le nihilisme, compris comme la critique de l'idéalisme — qui superpose au monde fortuit, un monde ordonné – de toute éternité et pour l'éternité — est le plus souvent associé à un pessimisme plus ou moins radical : c'est une erreur.

Parfois, la découverte du fortuit princeps se mêle d'un malin plaisir à la destruction : elle se teinte alors d'une joie mauvaise de faire tomber et de voir s'effondrer l'illusion d'un monde ordonné. Cette surdétermination, historiquement datée et idiosyncratiquement caractérisée — sadienne, au fond — gâche, le plus souvent, la fraîcheur du « Rien n'est vrai » par un « Tout est permis » — ressentimental – en dernière analyse.

Plus encore, on prend le plus souvent pour du nihilisme un idéalisme en quelque sorte inversé, que Nietzsche appelait l'idéalisme en laid, qui — dans une posture inverse mais dans une démarche identique à celle de l'idéalisme en beau — superpose au monde fortuit, un monde assurément laid et mauvais :
Être assuré, même du pire, c'est être rassuré — et telle est la raison d'être de l'idéologie.
Dans un cas comme dans l'autre.

Enfin, lorsque l'extase de la contemplation est remplacée par son exact contraire — lorsqu'elle est, pour une raison ou une autre, impossible , c'est-à-dire lorsqu'elle est remplacée par l'effondrement et l'effroi devant ce qui est alors perçu comme l'étrangeté absolue, apparaît une autre forme du nihilisme marqué, lui, par la sidération et par l'horreur, infinie, du vide — vécu comme sidérant. (L'analyse et le revécu des traumatismes archaïques, l'expérimentation des psychotropes les plus puissants, les deuils et les traumatismes s'accompagnent toujours de ces expériences terrorisantes, et plus ou moins résurgentes, de déréalisation.)

Freud, qui disait ne rien entendre à la musique et au sentiment océanique, a, pour l'avoir connu — comme beaucoup d'entre nous —,. décrit parfaitement cela.

À l'opposé de ce nihilisme de la terreur du vide absolu, Nietzsche a présenté une forme, en quelque sorte jubilatoire, d'un nihilisme de la plénitude, du trop-plein absolu, avec sa théorie de l'Éternel Retour et de l'amor fati, où le « Rien n'est vrai » débouche cette fois sur un « Tout est possible » — qui est aussi bien un « Tout a été, est et sera possible. »

Cette critique radicale de l'idéalisme, ce nihilisme jubilatoire, est en quelque sorte le grand discours cosmique : « Le fatalisme extrême est au fond identique avec le hasard et l'activité créatrice. (Pas de hiérarchie des valeurs dans les choses ! Il faut la créer !) »

Personnellement, j'aurais souligné : Il faut la créer!

Mais, si l'on excepte quelques rares cas où transparaît encore de façon évidente un malin plaisir destructeur, personne avant nous ne s'était hasardé dans ces formes de l'activité créatrice où le fortuit princeps peut tout aussi bien laisser place — si on en a le bon plaisir — au sensualisme princeps et à ses passions affirmatives, où le monde est perçu comme « un jeu divin » placé par-delà le bien et le mal, et où le poète, en antéphilosophe, peut dire : Ego fatum !

À ce point d'accord et de plénitude on peut admettre qu'il est difficile d'associer le concept de Néant — que plus de deux mille ans de métaphysique ont connoté négativement – quand il est pour nous, les « artistes de rang supérieur » (« Le "Moi", le "Sujet", pris comme ligne d'horizon. Renversement de la perspective. »), ce qui ouvre au jeu - et au Je - suprêmes.
C'est pourquoi nous l'avons — avec ceux de nihilisme et de nihiliste — abandonné depuis longtemps à cette époque condamnée, pour lui préférer avec ceux de libertinage et de libertin idylliques celui d'impermanence (qui est extra-européen).

Mais, au fond, on pourrait, tout aussi bien, pour nous qualifier, parler de nihilisme et de nihilistes idylliques — si l'association de ces termes n'était, pour nos oreilles européennes, encore plus choquante que celles de libertin, de libertinage, et d'idyllique.


Où peut bien mener une telle métaphysique — ou plutôt une telle anti-métaphysique ! — et à quoi peut-on bien aboutir en partant, à vingt ans, de telles considérations ?

Pour répondre à ces questions, et pour finir aimablement et en chanson, comme il se doit, tout en tranchant d'avec les apeurements névrotiques pascaliens, nous allons rejouer maintenant un air, à jamais heureusement acquis, qui s'intitule :



SÉRÉNADE




mais qui aurait pu tout aussi bien s'appeler :




AU CENTRE DE L'UNIVERS


La vérité toute simple
C'est que j'aime jouir
Du mouvement souple
Puissant et extrême
Qu'entraîne notre interpénétration
Suprême
Caressante
Coulée
Où se déploie pour moi à chaque fois
La sensation
Suprême
Caressante
Coulée
Puissante et extrême
Et de ma maturité
Et du sentiment
Surabondant
Que j'ai
De tant vous aimer

Cette interpénétration d'apothéoses
Nous l'aimons tant
Que nous lui sacrifions sans y penser
Tout le reste
Et passés les premiers baisers
Et les premières ardentes caresses
Sans plus attendre
Nous la reprenons
Extatiquement
Le souffle coupé
Impatients et tranquilles
De nous laisser emporter
Par son divin déroulé

Depuis que je vous ai rencontrée
Rien d'autre
De l'amour charnel
Ne m'intéresse
Ni bouche
Ni seins ni fesses —
Rien que cet amour interpénétrant
Qui me déroule en puissance
En douceur et en ivresse
Qui me voit explorer
Et ma maturité
Et le sentiment surabondant
Que j'ai
De tant vous aimer

On dit remercier le ciel
Sa bonne étoile
Sa bonne fortune...
Assis là dans la nuit
Seul
Sous les étoiles et le ciel
En gentilhomme de fortune
Au centre de l'univers
Goûtant la chance de la plénitude
C'est le cœur débordant d'une immense gratitude
Que j'ai dicté
Pour vous
Ces quelques lignes
Sous la fenêtre de la chambre où vous dormez
D'un sommeil où j'espère vous rejouez
Quelques-unes de nos harmonies
D'apothéose enamourée

À la vie !
À l'amour !
À la bonne étoile !
À la galaxie en spirale étoilée de l'amour que nous aimons tant jouer !
Dont nous aimons tant être les jouets !
À vous mon amour...






Le 24 septembre 2007, pour le poème.
Le 7 décembre 2013, pour le reste.





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