jeudi 31 août 2017

Docteur ès nihil








Le nihilisme, compris comme la critique de l'idéalisme — qui superpose au monde fortuit, un monde ordonné – de toute éternité et pour l'éternité — est le plus souvent associé à un pessimisme plus ou moins radical : c'est une erreur.

Parfois, la découverte du fortuit princeps se mêle d'un malin plaisir à la destruction : elle se teinte alors d'une joie mauvaise de faire tomber et de voir s'effondrer l'illusion d'un monde ordonné. Cette surdétermination, historiquement datée et idiosyncratiquement caractérisée — sadienne, au fond — gâche, le plus souvent, la fraîcheur du « Rien n'est vrai » par un « Tout est permis » — ressentimental – en dernière analyse.

Plus encore, on prend le plus souvent pour du nihilisme un idéalisme en quelque sorte inversé, que Nietzsche appelait l'idéalisme en laid, qui — dans une posture inverse mais dans une démarche identique à celle de l'idéalisme « en beau » — superpose au monde fortuit, un monde assurément laid et mauvais :
Être assuré, même du pire, c'est être rassuré — et telle est la raison d'être de l'idéologie.
Dans un cas comme dans l'autre.

Enfin, lorsque l'extase de la contemplation est remplacée par son exact contraire — lorsqu'elle est, pour une raison ou une autre, impossible , c'est-à-dire lorsqu'elle est remplacée par l'effondrement et l'effroi devant ce qui est alors perçu comme l'étrangeté absolue, apparaît une autre forme du nihilisme marqué, lui, par la sidération et par l'horreur, infinie, du vide — vécu comme sidérant. (L'analyse et le revécu des traumatismes archaïques, l'expérimentation des psychotropes les plus puissants, les deuils et les traumatismes s'accompagnent toujours de ces expériences terrorisantes, et plus ou moins résurgentes, de déréalisation.)

Freud, qui disait ne rien entendre à la musique et au sentiment océanique, a, pour l'avoir connu — comme beaucoup d'entre nous —,. décrit parfaitement cela.

À l'opposé de ce nihilisme de la terreur du vide absolu, Nietzsche a présenté une forme, en quelque sorte jubilatoire, d'un nihilisme de la plénitude, du trop-plein absolu, avec sa théorie de l'Éternel Retour et de l'amor fati, où le « Rien n'est vrai » débouche cette fois sur un « Tout est possible » — qui est aussi bien un « Tout a été, est et sera possible. »

Cette critique radicale de l'idéalisme, ce nihilisme jubilatoire, est en quelque sorte le grand discours cosmique : « Le fatalisme extrême est au fond identique avec le hasard et l'activité créatrice. (Pas de hiérarchie des valeurs dans les choses ! Il faut la créer !) »

Personnellement, j'aurais souligné : Il faut la créer!

Mais, si l'on excepte quelques rares cas où transparaît encore de façon évidente un malin plaisir destructeur, personne avant nous ne s'était hasardé dans ces formes de l'activité créatrice où le fortuit princeps peut tout aussi bien laisser place — si on en a le bon plaisir — au sensualisme princeps et à ses passions affirmatives, où le monde est perçu comme « un jeu divin » placé par-delà le bien et le mal, et où le poète, en antéphilosophe, peut dire : Ego fatum !

À ce point d'accord et de plénitude on peut admettre qu'il est difficile d'associer le concept de Néant — que plus de deux mille ans de métaphysique ont connoté négativement – quand il est pour nous, les « artistes de rang supérieur » (« Le "Moi", le "Sujet", pris comme ligne d'horizon. Renversement de la perspective. »), ce qui ouvre au jeu - et au Je - suprêmes.
C'est pourquoi nous l'avons — avec ceux de nihilisme et de nihiliste — abandonné depuis longtemps à cette époque condamnée, pour lui préférer avec ceux de libertinage et de libertin idylliques celui d'impermanence (qui est extra-européen).

Mais, au fond, on pourrait, tout aussi bien, pour nous qualifier, parler de nihilisme et de nihilistes idylliques — si l'association de ces termes n'était, pour nos oreilles européennes, encore plus choquante que celles de libertin, de libertinage, et d'idyllique.


Où peut bien mener une telle métaphysique — ou plutôt une telle anti-métaphysique ! — et à quoi peut-on bien aboutir en partant, à vingt ans, de telles considérations ?

Pour répondre à ces questions, et pour finir aimablement et en chanson, comme il se doit, tout en tranchant d'avec les apeurements névrotiques pascaliens, nous allons rejouer maintenant un air, à jamais heureusement acquis, qui s'intitule :



SÉRÉNADE




mais qui aurait pu tout aussi bien s'appeler :




AU CENTRE DE L'UNIVERS


La vérité toute simple
C'est que j'aime jouir
Du mouvement souple
Puissant et extrême
Qu'entraîne notre interpénétration
Suprême
Caressante
Coulée
Où se déploie pour moi à chaque fois
La sensation
Suprême
Caressante
Coulée
Puissante et extrême
Et de ma maturité
Et du sentiment
Surabondant
Que j'ai
De tant vous aimer

Cette interpénétration d'apothéoses
Nous l'aimons tant
Que nous lui sacrifions sans y penser
Tout le reste
Et passés les premiers baisers
Et les premières ardentes caresses
Sans plus attendre
Nous la reprenons
Extatiquement
Le souffle coupé
Impatients et tranquilles
De nous laisser emporter
Par son divin déroulé

Depuis que je vous ai rencontrée
Rien d'autre
De l'amour charnel
Ne m'intéresse
Ni bouche
Ni seins ni fesses —
Rien que cet amour interpénétrant
Qui me déroule en puissance
En douceur et en ivresse
Qui me voit explorer
Et ma maturité
Et le sentiment surabondant
Que j'ai
De tant vous aimer

On dit remercier le ciel
Sa bonne étoile
Sa bonne fortune...
Assis là dans la nuit
Seul
Sous les étoiles et le ciel
En gentilhomme de fortune
Au centre de l'univers
Goûtant la chance de la plénitude
C'est le cœur débordant d'une immense gratitude
Que j'ai dicté
Pour vous
Ces quelques lignes
Sous la fenêtre de la chambre où vous dormez
D'un sommeil où j'espère vous rejouez
Quelques-unes de nos harmonies
D'apothéose enamourée

À la vie !
À l'amour !
À la bonne étoile !
À la galaxie en spirale étoilée de l'amour que nous aimons tant jouer !
Dont nous aimons tant être les jouets !
À vous mon amour...






Le 24 septembre 2007, pour le poème.
Le 7 décembre 2013, pour le reste.





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