mercredi 31 mai 2017

Poésies III (3 juillet 2012)






R.C. Vaudey. Poésies III


Les idées s'améliorent. Le sens des mots y participe. Le plagiat est nécessaire. Le progrès l'implique. Il serre de près la phrase d'un auteur, se sert de ses expressions, efface une idée fausse, la remplace par l'idée juste. 





Il n’est pas difficile de définir l'amour. Ce qu'on peut en dire, c’est que dans l'âme c'est une passion, dans le cœur c'est une tendresse, et dans le corps une ardeur puissante et délicate de s’unir à ce que l'on aime au travers du mystère de l’extase harmonique.

*

Nous ne pouvons ignorer un amour pur et exempt du mélange de nos autres passions, mais seulement le cacher au fond du cœur.

*

On peut trouver des femmes qui ont entendu parler de libertinage idyllique; mais il est rare d'en trouver qui l’aient jamais connu.

*

Il n'y a qu'une sorte d'amour sensualiste, et il n’y en a même pas de différentes copies.


*

La jouissance prête son nom à un nombre infini de commerces qu'on lui accole, et où elle n'a non plus de part que le Doge à ce qui se fait à Venise.

*

Ce que, le plus souvent, les Hommes ont nommé amour n'est qu'une société, qu'un ménagement réciproque d'intérêts, et qu'un échange de bons offices; ce n'est enfin qu'un commerce où l'amour-propre se propose toujours quelque chose à gagner.

*

Le caractère n’est pas, comme on le croit encore parfois, le développement des qualités individuelles premières, sensibles et poétiques, mais bien leur décomposition et leur refonte entière. C’est un second édifice, bâti avec les décombres du premier dont on retrouve parfois les débris, avec un plaisir mêlé de surprise. C’est celui qu’occasionne l’expression naïve d’un sentiment naturel qui échappe à un être que l’on croyait avoir été totalement cuirassé par la souffrance et l’adversité. C’est comme un fragment d’ancienne architecture dorique ou corinthienne, dans un blockhaus.


*

Les plaisirs harmoniques enseignent aux hommes à se familiariser avec les femmes ; et réciproquement.

*

Nos contemporains ont si peu de sens qu’ils se trouveraient ridicules d’aimer l’amour, la poésie.

*

L’amour exige des soins. Il faut être souple, amusant, n’offenser jamais, plaire sans effets, ne se mêler que du plaisir et déserter les affaires, cacher son secret, savoir s’égayer au lit et à la  table, et jouer des mots et des idées sans quitter sa chaise : après tout cela, on peut croire plaire.
Combien de joies et de jeux ne pourrait-on partager, si on osait aller à l’amour avec la même énergie que l’on va chaque matin à la guerre « économique ».
*
Quelques folles et quelques fous se sont dit dans une orgie : il n’y a que nous qui soyons le vrai de la vie charnelle des Hommes ; et on les croit.

*

Les Libertins-Idylliques ont le pas sur les libertins, comme ayant l’honneur de représenter les Hommes poétiquement riches.

*

Les Libertins-Idylliques seraient presque seuls à parler de l’amour charnel, sans les libertins qui s’en piquent.

*

Celui ou celle qui s’habille le matin avant huit heures pour entendre plaider à l’audience, ou pour voir des œuvres étalées au musée, ou pour se trouver aux répétitions d’une pièce prête à paraître, ou qui se pique de travailler, est un être auquel il manque la jouissance, la contemplation et l’amour.
                                                                                      
*

L’amour, ordinairement, va de la médiocrité à l’horreur et de l’horreur à la médiocrité.

*

L’amour est la relation où le plus humble et le plus commun des Hommes est une personne.

*

L’amour est une hypothèse que le cœur, lorsqu’il est solitaire — et noble —, déploie autour d’une belle rencontre.

*

Peut-être qu’après tout, la meilleure justification des Libertins-Idylliques est l’évident besoin d’ « amateurs » de l’art de vivre, de jouir et d’aimer.






Le 3 juillet 2012.




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dimanche 28 mai 2017

Se baigner toujours dans ce même fleuve miraculeux qui transporte l'or de la jouissance du Temps









L'amour absolu
Dans la fournaise
Le grand amour d'absolu aise
Votre féminité qui monte au ciel
D'autorité
Et offre ses vagues mystiques
Divinement ondoyées

La grande masculinité
Qui de moi s'est emparée
Et son offrande tant désirée
Qui serpente dans la splendeur
Qu'elle concourt à créer
Des sentes capiteuses que vous lui offrez
Des calle onctueuses que vous lui créez
Jusques au Paradis
Dont je caresse incessamment l'huis

Le sourire céleste de nos âmes

Notre absolu calme
Dans cet emportement si démesuré


Notre souveraineté
Absolue dans ces extrêmes degrés de la volupté


Notre majestueuse aisance
Qui se coule
Et glisse en extases
Dans les vagues
Du triomphe de l'abandon à la suprême lasciveté


Nous nous aimons
Nous nous suivons
Partout
Gracieusement
Les yeux fermés


Étions-nous ces enfants
Vous courant devant
Dans nos prés et nos forêts
Tenant ma main et m'entraînant
Moi bondissant
Vous emmenant toujours de l'avant ?

Nous sommes aujourd'hui ces amants
Parcourant
Olympiens
Comme ces enfants
Les terres de l'Infinité
Que nous découvrons
Nous qui les connaissons si bien


Plus tard, je tenterai
De rendre l'Inconcevable
Pour essayer de le garder
De dire l'Indicible
Pour faire connaître ce qui ne peut être nommé


Puissent un jour d'autres amants
Rencontrer
À l'apogée de l'aisance et de la puissance folles
Ce que nous y avons trouvé :
Ce Pactole
Dont les ondes bienheureuses transportent…
Lors de la jouissance  
Et après longtemps…
L'or de la jouissance du Temps


Ces jours-ci
Ce soir
Tout particulièrement
Ma gratitude envers la vie
Est infinie


Héloïse, je vous aime


















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jeudi 25 mai 2017

The long Leash








R.C. Vaudey. Poésies III




Les idées s'améliorent. Le sens des mots y participe. Le plagiat est nécessaire. Le progrès l'implique. Il serre de près la phrase d'un auteur, se sert de ses expressions, efface une idée fausse, la remplace par l'idée juste. 







Il y a certains défauts — et nous nous flattons d'en avoir quelques-uns comme : le dédain des foules et même du monde – quelle que soit son élévation –; le goût pour le loisir, voire l’oisiveté, mais éclairée; et quelques-autres —, il y a certains défauts, donc, qui préservent des vices épidémiques, comme on les voit, dans nos temps de peste, se propager : un esprit de troupeau, consumériste, enragé et festif, qui sera probablement bientôt remplacé par son contraire : un esprit de meute, anti-consumériste, belliqueux mais plus que jamais enragé, — et vous sauvent de la contagion de l’injouissance devenue forcenée.


*


L’extase harmonique et l’amour sensualiste ne sont pas comme ces charlatans d’usuriers puritains et leur Commerce, qui nous trompent sans cesse. Et pour moi, le bonheur n’a commencé que lorsque je les ai eus trouvés. Par contre, je mettrais volontiers sur la porte de l’auto-proclamé Paradis marchand le vers que le Dante a mis sur celle de l’Enfer :
Lasciate ogni speranza, voi ch’entrate.

C’est d’ailleurs ce que j’ai dit, en 1989, à Berlin, aux artistes que j’ai rencontrés alors, et qui étaient allemands de l’Est — à peine venaient-ils de cesser de l’être.



*


On pourrait dire : les Sensualistes sont pauvres ou riches, mais sur leurs terres, indépendant des hommes, et seulement aux ordres de la nécessité, tandis que l’homme moderne riche ou pauvre est dépendant, et aux ordres d’un autre homme ou de plusieurs. Mais qui, aujourd’hui, est « indépendant » des autres hommes — quand il faut subir les conséquences de leurs activités insensées ?


*


C’est une vérité reconnue que les Libertins-Idylliques ont remis les mots à leur place en bannissant les subtilités scolastiques, dialecticiennes, métaphysiques jugées par eux grotesques et illusoires : ils sont revenus à l’immédiat et aux sens, en amour, en théorie et en politique. Quoique sur ce dernier point ils soient vagues…


*


Pour ne parler que de cela, on sent combien ce mot, amour, renferme d’idées complexes et métaphysiques. Notre siècle en a senti les inconvénients ; et, pour ramener tout au simple, pour prévenir tout abus de mots, il a établi que l’amour ne présentait d’autre intérêt que comme commerce au sens que l'épicier donne à ce terme , et comme forme du divertissement des pulsions destructrices et autodestructrices dans la consommation — et même, parfois, la consumation — de l’autre. D’un enfer l’autre : du mariage arrangé et durable aux liaisons éphémères et dérangées. Autrefois, ce mot, amour, était une source d’équivoques et de contestations : à présent, rien de plus clair. Telle personne correspond-elle à mon fantasme ? N’y correspond-elle pas ? Voilà l’état de la question. C’est une simple question de faits, qui s’éclaircit facilement par les questionnaires et les relevés bancaires. Elle correspond : elle est sinon mon choix, du moins celui de ma névrose, qui peut prétendre à tout, le temps d’un caprice.
On sent combien la netteté et la précision épargnent de querelles et de discussions, et combien le commerce, dont il est question, devient commode et facile, et la vie désespérée.
Elle l’était déjà avant.


*


Les hommes sont ainsi faits qu’ils pourraient tout aussi bien, demain, faire assaut de « sensualisme », et tout faire pour se distinguer au jeu de savoir qui est le plus idyllique dans le libertinage, qui vit le plus complétement sa génitalité enfin découverte et explorée, qui a le mieux compris, revécu, analysé, dépassé ses pulsions partielles et secondaires, — de la même façon qu’aujourd’hui qu’ils se les font exciter et marchandiser par des usuriers puritains, ils jouent avec fureur au jeu qu’ils leur tendent, c’est-à-dire au jeu de qui sera le plus libertin — dans le précédent sens du terme —, le plus sadien, le plus transgressif ? Etc.
Il y a beaucoup de différences entre les deux situations envisagées : l’une d’elle, c’est que l’on préfère, lorsque l’on est affamé, les modes qui veulent que l’on offre à ceux qui meurent de faim des festins, plutôt que celles qui enseignent à les tirer comme des lapins. Si j’ose dire.


*


Avoir des liaisons nombreuses, ou même illustres, ne peut plus être un mérite pour personne, dans un pays où l’on plaît seulement par ses vices, et où l’on n’est recherché que pour ses travers.


*


La plupart des relations amicales dans la Société de l’Injouissance, la camaraderie, etc., tout cela est à l’amitié ce que le sigisbéisme était à l’amour.


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La parenthèse de l’art est un des grands secrets de la Société de l’Injouissance contemporaine.


*


Une vérité cruelle, mais dont il faut convenir, c’est que dans la Société de l’Injouissance, tout est art, science, calcul, apparence, piège à rats, dissimulation. Dans toutes les formes de la propagande — appelée « communication » —, qu’elle soit idéologique, politique ou marchande, ce qui paraît la grâce d’un premier mouvement est en fait une combine, à la vérité très prompte, mais très fine et très savante, — et j’en ai vu associer le calcul le plus réfléchi à la naïveté apparente de l’abandon le plus étourdi. C’est le négligé savant d’une exposition, d’où l’art a banni tout ce qui ressemble à l’Art, ou encore où la plus grande liberté cache la plus grande laisse (The long Leash, comme on dit en latin d’époque). C’est une publicité où rien ne semble fâcheux, et tout, nécessaire. En général, c’est là le malheur de l’homme dans cette forme moderne de la domination que d’être séduit par ses penchants les plus intimes, puisqu’il a laissé voir et que les organisations ad-hoc ont découvertson faible et sa prise !
J’ai vu ceux qui se prétendaient leurs plus intimes amis politiques ou commerciaux faire des blessures à l’amour-propre et à la vie même de ceux dont ils avaient surpris les secrets rouages et obtenu le suffrage. Il paraît impossible que dans l’état actuel de la Société de l’Injouissance, il y ait un seul homme qui puisse cacher le fond de son âme et les détails de son caractère, et de ses faiblesses, à son ordinateur. Mais encore une fois, il faut porter (dans ce monde-là) la dissimulation si loin qu’on ne puisse pas même y être suspect de la voir partout et de sembler vouloir lui échapper, — ne fût-ce que pour ne pas être méprisé comme ne voulant pas être acteur dans cette pauvre troupe de misérables comédiens.


Le 19 juillet 2012.









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lundi 22 mai 2017

Le chœur des arbres — Vair et velours — Souveraineté






Le chœur des arbres




Le petit vent joueur
Se croit bien à l'abri
Dans son invisibilité
Eh non ! C'est bien lui
Que je vois jouer
Au loin dans les prés
Avec les grandes herbes folles
Qu'il entraîne dans une incessante farandole


Le chœur des arbres qui ondulent
Le mugissement qui balaie les collines
C'est encore lui qui caresse ou bouscule
La beauté du monde qu'ainsi il câline




Le 17 mai 2017






Vair et velours 



Mes mains irradiantes
Comme décuplées de mon sang battant
Comme il bat dans la plante de mes pieds
Le []épais
Le vôtre gaînant merveilleusement
Comme une sublime bouche de vair
Ou un majestueux gant de velours
Nous avançons au milieu des Vertes Prairies de la volupté
Auprès desquelles le Paradis des Chrétiens est moyen
Celui des Juifs ou des Mahométans du flan
Le DevaChan des Bouddhistes et autres Taoïstes triste
Et le Walhalla des Norvégiens rien


Et le lendemain :
La sublime sérénité 
Et le diagnostic détaché
Assuré
Insoucieux
Noble
Orgueilleux


Nous sommes des inventeurs bien autrement méritants
Que tous ceux qui nous ont précédés
Des musiciens même
Qui avons trouvé quelque chose comme la clef de l'amour


L'amour était une énigme…
L'amour contemplatif — galant en est la clef…







Le 19 Mai 2017










Souveraineté





Le monde ramassé à quelques collines
Aux chants de quelques oiseaux sauvages
Et aux facéties de deux autres — domestiques
(À l'instant même où j’écris ceci
Leur “attaque” taquine d’un chat alangui
Délicatement ouvert au soleil
Et qui doit bondir pour éviter leurs becs)
Le monde ramené à Monteverdi
Ou — comme hier soir — à Haendel
La vie comme jouissance de la plus intense volupté
Et je regarde la misère
Considérée sous ses aspects
Sentimental
Poétique
Sexuel
Voluptueux
Environnemental
Musical
Intellectuel
Caractériel
Et j’en passe
J’observe les ravages
Des hommes et de leurs paysages —
Dus à la perte de la souveraineté individuelle
Donc à l’injouissance
Et le monde qui en découlent


Heureux ceux qui ont pu arrêter ce monde
À leur porte
Pour lui faire rendre compte






Le 21 mai 2017
Journal d'un Libertin-Idyllique (Illuminescences) 2017






mercredi 17 mai 2017

Miscellanées contemplatives — galantes







J'ouvre le salon-atelier de peinture :
Ma vie s'offre à moi
En ses couleurs successives
Je sors : les rosiers balancent leurs premières fleurs
Dans un petit air de beauté bienheureuse
Silencieuse


Étonnamment onctueuse et tendre
Dans un merveilleux mouvement
Absolument virginal
Ainsi va notre extase amoureuse sentimentale
(Ce qui se trouve le plus dans l'amour contemplatif galant
C'est la jouissance
Puissante
Paisible
De la sensation
Du sentiment
Du mouvement
De l'arrêt du mouvement
De l'extase sensorielle
Dans une variété de nuances
Qui semblent infinies
Et toujours stupéfiantes
Ce qui se trouve le plus dans l'amour contemplatif galant
C'est l'amour
Et l'émerveillement )


Je vous en dirais tant
Mais je dois m'arrêter de peindre
Saisi par la paix du couchant




Post-scriptum :


Plus tard
Au loin
La chaîne bleue des Alpes
Couronnées de blanc
L'infinité
Le firmament
Ouverts aux doux amants
Le pivert et le coucou
Qui ne lâchent pas l'affaire
Et une trobairitz et un troubadour portugais
Qui nous sauvent des fous
(Quand ni la philosophie, ni l'art, ni la poésie
N'ont encore été sauvés par nous)


Mais est-ce bien tout ?


Vous et moi dans la beauté d'un soir
De jour de gloire
Pour nous seuls amants





Le 14 mai 2017 
Journal d'un Libertin-Idyllique (Illuminescences) 2017






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vendredi 12 mai 2017

Les idées s'améliorent...








R.C. Vaudey. Poésies III




Les idées s'améliorent. Le sens des mots y participe. Le plagiat est nécessaire. Le progrès l'implique. Il serre de près la phrase d'un auteur, se sert de ses expressions, efface une idée fausse, la remplace par l'idée juste. 










Il est injuste d’exiger d’une âme maintenue dans un infantilisme amoureux incurable qu’elle ait la même vigueur que d’autres arrivées à la complétude. Est-on surpris qu’un enfant ne puisse ni penser, ni chanter, ni prôner les plaisirs de la vie comme un homme fait ? Ne serait-il pas plus étrange qu’il fût comme un adulte formé et en pleine santé ? Et, puisqu’il n’a jamais goûté que des fruits verts, on ne saurait lui reprocher de ne pas connaître les délices des fruits mûrs et gorgés, et personne ne peut lui en vouloir de ne pouvoir les encenser : refuserons-nous à un homme qui n’a jamais connu — seul, à deux, ou en groupe — que les plaisirs infantiles — et plus ou moins envenimés — de l’auto-érotisme « à prétexte », où se limitent les pulsions partielles, le privilège que nous accordons à un enfant ? Et oserons-nous assurer qu’il n’a jamais eu le courage d’aller à la plénitude charnelle et sentimentale celui qui — formé par Georges Bataille, le marquis de Sade ou Marc D’Aurcelle — aura manqué à en entendre parler, dans une société où elle ne présente aucun intérêt — comme tout ce qui est poétique et sentimental ?


*


Il est faux que les sensualistes, possédant de bonnes qualités, très utiles aux autres, ne sont à eux-mêmes d’aucune utilité; comme un cadran solaire qui, placé sur la façade d’une maison, est utile aux voisins et aux passants, mais pas au propriétaire qui est chez lui : ils ne doivent qu’à eux-mêmes, et à leurs bonnes lectures, d’être là où ils sont — et où ils se plaisent tant à être.


*


L’expérience de la complétude amoureuse est ce qui donne de l’autorité aux réflexions sur l’amour ; tandis que les jeux de la prégénitalité énervent toujours la personnalité et le discours.


*


Ceux qui ne peuvent comprendre la vie amoureuse que comme le coït reproductif — ou analgésique —,  et ceux qui la comprennent comme « jeux érotiques », et qui, les uns et les autres, veulent limiter cette « vie amoureuse », ainsi diversement comprise, au seul sexe opposé, le font sur la base de préceptes moraux ou religieux — et ignorent eux-mêmes ce dont ils parlent. Pour une individualité dont le mouvement vers la maturité sexuelle et sentimentale a été bloqué, et qui reste dominée par les pulsions partielles, il n’y a finalement aucune autre raison que morale ou religieuse à préférer le sexe opposé puisque, de fait, tout se prête à ces jeux.


*


C’est parce qu’elle, seule, offre « l'abandon en absolu simultané à la gloire orgastique et à l'extase qui la suit [qui] signifie tout à la fois la réalisation puissante, totale, incontrôlée de ce principe même du vivant, et l'accession à cette forme particulière de béatitude qui est le cœur même de l'humanité, puisqu'elle n'appartient qu'à l'humain et que seuls les humains peuvent connaître la rencontre élégante, belle, puissante, extasiée, amoureuse qui aboutit à cette jouissance et à cette extase-là ; que seul sur la terre parmi toutes les créatures l'Homme peut jouir ainsi ; de sorte que la conscience extasiée que cette jouissance amoureuse des amants — telle que je l'ai définie — permet d'atteindre est vraiment ce qui est typiquement et uniquement humain. » qu’il faut préférer — lorsque la vie vous fait la grâce de vous l’offrir — la génitalité telle que, après Ovide et W. Reich, nous la définissons. Et pour aucune autre raison.
Et c’est ce point qui nous oppose, nous autres moralistes sensualistes, à toutes les sortes de moralisateurs.


*


Une personnalité dominée par les pulsions partielles est trop tourmentée et trop ardente — mais d’une ardeur mauvaise — pour avoir du goût pour le libertinage idyllique. Pour avoir du goût pour le libertinage idyllique, il ne suffit pas d'avoir en soi la faculté de goûter les belles et douces choses de la complétude amoureuse — faculté qui déjà est si rare —, il faut encore du loisir, une âme libre et vacante, redevenue comme innocente, non livrée aux fixations infantiles, non affairée, non bourrelée d'âpres fantasmes sadomasochistes et d'inquiétudes et de divagations prégénitales ; une âme désintéressée et même exempte du feu trop ardent du désir exacerbé — tel que le façonne la sexualisation de la souffrance passée ou présente —, non en proie à sa propre veine insolente ; il faut du repos, de l'oubli, du silence, de l'espace autour de soi. Que de conditions, même quand on a en soi la faculté de les trouver, pour jouir des choses délicates de l’amour accompli. !


*


François de La Rochefoucauld a exposé les raisons de la prospérité de la négativité : « Rien n'est si contagieux que l'exemple, et nous ne faisons jamais de grands biens ni de grands maux qui n'en produisent de semblables. Nous imitons les bonnes actions par émulation, et les mauvaises par la malignité de notre nature que la honte retenait prisonnière, et que l'exemple met en liberté. »
Rendre la malignité encore plus maligne, en la livrant fièrement à la publicité — et la honte, honteuse — est donc le programme de toute domination moderne, c’est-à-dire s’appuyant sur la dissolution — tandis que les formes anciennes ordonnaient de combattre la première, et d’accentuer la seconde.
Plus généralement, c’est aujourd’hui le moyen qu’il conviendra de préférer à tout autre pour dissoudre les peuples — qu’unissent toujours de mauvaises et belliqueuses raisons — et les individus, dans le même mouvement ; — ce qui permettra de s’en assurer le meilleur contrôle et d’en tirer le meilleur profit.


*


La beauté de l'amour consiste à aimer un être honnête et délicat — en l’étant soi-même.


*


La galanterie suprême de l'amour est de nous faire vivre des choses miraculeuses d'une manière habituelle.


*


C’est un homme très averti de la malice humaine qui a pourtant écrit — le plus exquisément et le plus justement — sur la constance en amour : « La constance en amour est une inconstance perpétuelle, qui fait que notre cœur s'attache successivement à toutes les qualités de la personne que nous aimons, donnant tantôt la préférence à l'une, tantôt à l'autre; de sorte que cette constance n'est qu'une inconstance arrêtée et renfermée dans un même sujet. »


*


Je ne suis pas l'un des prophètes pour ces temps présents bien que le silence m'enveloppe. Ce que j’ai à dire à quoi serait-il bon au monde d’aujourd’hui de l’apprendre. Il a déjà les procédés de la mode, ses martyrs et ses morts-vivants, et dix mille sortes de partisans de dix mille mouvements, tous plus fanatiques les uns que les autres : qu’il s’en contente. Je ne viendrai pas en grossir les rangs.
Je persévère dans la voie que je me trace et cette voie est désormais ouverte ; nous y serons longtemps seuls à marcher à deux — et c’est tant mieux —, mes idées manqueront à ce monde et à ceux qui l’adopteront : hommes d'ordre ou transgressifs.
Je ne suis pas davantage un transgressif qu’un homme d’ordre, les deux me font pareillement horreur, et je m'établis au-dessus de leur querelle, je romps d'avec l'alternative en assignant un nouvel axe à l’art de vivre et d’aimer : je veux que le sensualisme princeps, dépassement dialectique de la vieille opposition entre le patriarcat esclavagiste-marchand — qui a, et aura, façonné l’Histoire — et l’ancestral matriarcat préhistorique, préside — s’il le faut sur les ruines de ce qui aura été l’Histoire — à l'établissement de la Cité future, et je déplace tous les signes : ce qui fut négligé ne doit plus l'être et ce qui ne l'est pas encore le deviendra sans faute ; ma révolution la voilà toute, elle s'amorce sous nos yeux et mes idées la réfléchissent.
Ce n'est pas l'utopie que je professe, c'est une vérité que j'entrevois.




R.C. Vaudey




Juillet 2012





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Les idées s'améliorent...









R.C. Vaudey. Poésies III




Les idées s'améliorent. Le sens des mots y participe. Le plagiat est nécessaire. Le progrès l'implique. Il serre de près la phrase d'un auteur, se sert de ses expressions, efface une idée fausse, la remplace par l'idée juste. 










Il est injuste d’exiger d’une âme maintenue dans un infantilisme amoureux incurable qu’elle ait la même vigueur que d’autres arrivées à la complétude. Est-on surpris qu’un enfant ne puisse ni penser, ni chanter, ni prôner les plaisirs de la vie comme un homme fait ? Ne serait-il pas plus étrange qu’il fût comme un adulte formé et en pleine santé ? Et, puisqu’il n’a jamais goûté que des fruits verts, on ne saurait lui reprocher de ne pas connaître les délices des fruits mûrs et gorgés, et personne ne peut lui en vouloir de ne pouvoir les encenser : refuserons-nous à un homme qui n’a jamais connu — seul, à deux, ou en groupe — que les plaisirs infantiles — et plus ou moins envenimés — de l’auto-érotisme « à prétexte », où se limitent les pulsions partielles, le privilège que nous accordons à un enfant ? Et oserons-nous assurer qu’il n’a jamais eu le courage d’aller à la plénitude charnelle et sentimentale celui qui — formé par Georges Bataille, le marquis de Sade ou Marc D’Aurcelle — aura manqué à en entendre parler, dans une société où elle ne présente aucun intérêt — comme tout ce qui est poétique et sentimental ?


*


Il est faux que les sensualistes, possédant de bonnes qualités, très utiles aux autres, ne sont à eux-mêmes d’aucune utilité; comme un cadran solaire qui, placé sur la façade d’une maison, est utile aux voisins et aux passants, mais pas au propriétaire qui est chez lui : ils ne doivent qu’à eux-mêmes, et à leurs bonnes lectures, d’être là où ils sont — et où ils se plaisent tant à être.


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L’expérience de la complétude amoureuse est ce qui donne de l’autorité aux réflexions sur l’amour ; tandis que les jeux de la prégénitalité énervent toujours la personnalité et le discours.


*


Ceux qui ne peuvent comprendre la vie amoureuse que comme le coït reproductif — ou analgésique —,  et ceux qui la comprennent comme « jeux érotiques », et qui, les uns et les autres, veulent limiter cette « vie amoureuse », ainsi diversement comprise, au seul sexe opposé, le font sur la base de préceptes moraux ou religieux — et ignorent eux-mêmes ce dont ils parlent. Pour une individualité dont le mouvement vers la maturité sexuelle et sentimentale a été bloqué, et qui reste dominée par les pulsions partielles, il n’y a finalement aucune autre raison que morale ou religieuse à préférer le sexe opposé puisque, de fait, tout se prête à ces jeux.


*


C’est parce qu’elle, seule, offre « l'abandon en absolu simultané à la gloire orgastique et à l'extase qui la suit [qui] signifie tout à la fois la réalisation puissante, totale, incontrôlée de ce principe même du vivant, et l'accession à cette forme particulière de béatitude qui est le cœur même de l'humanité, puisqu'elle n'appartient qu'à l'humain et que seuls les humains peuvent connaître la rencontre élégante, belle, puissante, extasiée, amoureuse qui aboutit à cette jouissance et à cette extase-là ; que seul sur la terre parmi toutes les créatures l'Homme peut jouir ainsi ; de sorte que la conscience extasiée que cette jouissance amoureuse des amants — telle que je l'ai définie — permet d'atteindre est vraiment ce qui est typiquement et uniquement humain. » qu’il faut préférer — lorsque la vie vous fait la grâce de vous l’offrir — la génitalité telle que, après Ovide et W. Reich, nous la définissons. Et pour aucune autre raison.
Et c’est ce point qui nous oppose, nous autres moralistes sensualistes, à toutes les sortes de moralisateurs.


*


Une personnalité dominée par les pulsions partielles est trop tourmentée et trop ardente — mais d’une ardeur mauvaise — pour avoir du goût pour le libertinage idyllique. Pour avoir du goût pour le libertinage idyllique, il ne suffit pas d'avoir en soi la faculté de goûter les belles et douces choses de la complétude amoureuse — faculté qui déjà est si rare —, il faut encore du loisir, une âme libre et vacante, redevenue comme innocente, non livrée aux fixations infantiles, non affairée, non bourrelée d'âpres fantasmes sadomasochistes et d'inquiétudes et de divagations prégénitales ; une âme désintéressée et même exempte du feu trop ardent du désir exacerbé — tel que le façonne la sexualisation de la souffrance passée ou présente —, non en proie à sa propre veine insolente ; il faut du repos, de l'oubli, du silence, de l'espace autour de soi. Que de conditions, même quand on a en soi la faculté de les trouver, pour jouir des choses délicates de l’amour accompli. !


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François de La Rochefoucauld a exposé les raisons de la prospérité de la négativité : « Rien n'est si contagieux que l'exemple, et nous ne faisons jamais de grands biens ni de grands maux qui n'en produisent de semblables. Nous imitons les bonnes actions par émulation, et les mauvaises par la malignité de notre nature que la honte retenait prisonnière, et que l'exemple met en liberté. »
Rendre la malignité encore plus maligne, en la livrant fièrement à la publicité — et la honte, honteuse — est donc le programme de toute domination moderne, c’est-à-dire s’appuyant sur la dissolution — tandis que les formes anciennes ordonnaient de combattre la première, et d’accentuer la seconde.
Plus généralement, c’est aujourd’hui le moyen qu’il conviendra de préférer à tout autre pour dissoudre les peuples — qu’unissent toujours de mauvaises et belliqueuses raisons — et les individus, dans le même mouvement ; — ce qui permettra de s’en assurer le meilleur contrôle et d’en tirer le meilleur profit.


*


La beauté de l'amour consiste à aimer un être honnête et délicat — en l’étant soi-même.


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La galanterie suprême de l'amour est de nous faire vivre des choses miraculeuses d'une manière habituelle.


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C’est un homme très averti de la malice humaine qui a pourtant écrit — le plus exquisément et le plus justement — sur la constance en amour : « La constance en amour est une inconstance perpétuelle, qui fait que notre cœur s'attache successivement à toutes les qualités de la personne que nous aimons, donnant tantôt la préférence à l'une, tantôt à l'autre; de sorte que cette constance n'est qu'une inconstance arrêtée et renfermée dans un même sujet. »


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Je ne suis pas l'un des prophètes pour ces temps présents bien que le silence m'enveloppe. Ce que j’ai à dire à quoi serait-il bon au monde d’aujourd’hui de l’apprendre. Il a déjà les procédés de la mode, ses martyrs et ses morts-vivants, et dix mille sortes de partisans de dix mille mouvements, tous plus fanatiques les uns que les autres : qu’il s’en contente. Je ne viendrai pas en grossir les rangs.
Je persévère dans la voie que je me trace et cette voie est désormais ouverte ; nous y serons longtemps seuls à marcher à deux — et c’est tant mieux —, mes idées manqueront à ce monde et à ceux qui l’adopteront : hommes d'ordre ou transgressifs.
Je ne suis pas davantage un transgressif qu’un homme d’ordre, les deux me font pareillement horreur, et je m'établis au-dessus de leur querelle, je romps d'avec l'alternative en assignant un nouvel axe à l’art de vivre et d’aimer : je veux que le sensualisme princeps, dépassement dialectique de la vieille opposition entre le patriarcat esclavagiste-marchand — qui a, et aura, façonné l’Histoire — et l’ancestral matriarcat préhistorique, préside — s’il le faut sur les ruines de ce qui aura été l’Histoire — à l'établissement de la Cité future, et je déplace tous les signes : ce qui fut négligé ne doit plus l'être et ce qui ne l'est pas encore le deviendra sans faute ; ma révolution la voilà toute, elle s'amorce sous nos yeux et mes idées la réfléchissent.
Ce n'est pas l'utopie que je professe, c'est une vérité que j'entrevois.




R.C. Vaudey




Juillet 2012





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