mercredi 5 juillet 2017

Nous t'affirmons, amour contemplatif — galant !








C'est en riant dans notre grand lit au frais
Dans la pénombre de l'été
Que l'on s'aimait
En chantant en chœur
En anglais
Que l'on croyait que l'on pouvait voler !
Quelle hilarité !

Épuisés de rires
On a fini par s'embrasser
De grands baisers langoureux
Parfaitement liquoreux
Comme une porte dérobée qui s'ouvre
Et qui vous dérobe au monde entier
Et vous bascule dans un univers
De féeries
Caressantes et enfiévrées…

Le rire est le propre des amants
Ils y perdent leur tête assurément
Il est le signe de cette ivresse
De cette gaîté
Qui les ont déjà emportés
Il efface les préoccupations séculières
Et ouvre au Temps
Voluptueux
Sans affaires

L'amour lorsque l'on s'aime
Est une pulsation élémentaire
Dont la plus pure illustration
Si l'on en croit le vieux Wilhelm —
Est la méduse…
Qui pulse élégamment
Comme pulsent les corps que méduse
L'Abandon…
Sans tensions

Dans ce grand abandon
À la pulsation élémentaire
Le sexe de la femme est une anémone contractile
Qui s'ouvre se ferme se déploie se resserre et se tend

Le phallus
Que l'anémone désire tant —
Pourrait être la clef de l'amour
Mais qui peut dire de source sûre
Qui est la clef et qui est la serrure
Dans cette affaire ? —
Chez les amants palpitants
Son intromission n'est pas un déchirement
Un éclatement
Un défoncement
Rien de tout ce qu'elle est
Ou voudrait être –
Chez l'Injouissant
L'ordinaire mort-vivant
Le malheureux chien de guerre —
C'est un déclenchement :
Le déclenchement encore plus grand de cette pulsation
Clonique
Involontaire
Sentimentale extatiquement
Qui dans la délicatesse des Soi qui s'ouvrent
Et de leur mouvement congruent
Emporte et va emporter les deux amants
Au gré des découvertes prodigieuses
Que leur procurent ce grand battement
Cette transe…
Miraculeusement…

« Une caresse de ton doigt
Déclenche tous les courants ondulants…
Et commence la nouvelle harmonie !
Un peu de toi, de plus en moi…
C'est la levée du nouvel Homme
Et son en-marche
Dans la Beauté convulsivement !
Ton sexe s'introduit en moi : le nouvel amour !
Mon sexe te saisit péristaltiquement — le nouvel amour !
Viens !
Change le temps en Temps ! »
Chante l'amante à son amant
« Élève n'importe où la substance de nos fortunes et de nos vœux
Je t'en prie ! »

Et l'amant lui répond :
« … Arrivés de toujours, nous nous en irons partout… ».


« Ô mon Bien !
Ô mon Beau !
Harmonie somptueuse où je ne trébuche point !
Envolée féerique !
Hourra pour l'œuvre inouïe et pour le corps merveilleux, pour la première fois !
Cela commença sous les rires des enfants
Cela finira par eux. »
Chantent les amants heureux…

« Ces élixirs vont rester dans toutes nos veines même quand
La fanfare tournant —
Nous serons rendus à l'ancienne inharmonie
Ô maintenant, nous si dignes de ces extases !
Rassemblons fervemment cette promesse surhumaine
Faite à notre corps et à notre âme créés :
Cette promesse, cette puissance !

L'élégance, l'insouciance, la jouissance !

Nous avons enterré dans l'ombre l'arbre du bien et du mal
Et déporté les honnêtetés tyranniques
Afin de pouvoir trouver notre très pur amour
Cela commença par notre grand goût très doux
Et cela finit
Ayant été saisis sur-le-champ de cette éternité —
Cela finit par une éclampsie au ralenti dans des parfums de Paradis... »

Rires des enfants
Festivisme des esclaves bruyants
Bunga-bungas des injouissants dominants
Orgie romaine et tutti quanti
Austérité des vierges
Horreur des figures et des objets d'ici…
Sacrés soyons-nous par le souvenir de nos féeries…

« Ma vie commençait par toute la rustrerie
Voici que cela se poursuit par des anges de flamme et d'extase. »
Se dit l'amant

« Incomparables expériences d'ivresse, sainte !
Quand ce ne serait que pour la joie dont tu nous as gratifiés
Nous t'affirmons, amour contemplatif — galant !

Nous n'oublions pas que tu as glorifié chacun de nos âges
Nous ne pouvons qu'aimer ce nonchaloir, cet abandon
Nous savons donner notre vie tout entière tous les jours à l'amour
Enfin, on l'espère… —
Voici le temps des idylliques libertins… »
Chantent encore les amants complices

Et, plus tard, le soir
Tout doucement :

« Quand nous somme très forts, — qui recule ?
Très gais, qui tombe de ridicule ?
Quand nous sommes très méchants, que ferait-on de nous ?
Parez-vous, dansez, riez, — nous ne pourrons jamais envoyer l'Amour par la fenêtre.»





Le jour s'allonge
Et tonne l'orage
Je remercie le ciel…
Je peux me taire
J'ai dit...










R. C. Vaudey. Le 29 juin 2014.





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