mercredi 23 avril 2014

JUSQU'À LEUR CŒUR VOS SOIES






Comment rendre le désir complice
Amoureux
Porté à ce point de transe voluptueuse extrême
Où se sont évanouis
Depuis longtemps déjà —
Nos Moi
Où renversée et offerte
Pour vous –
Ondulant et pénétrant
Pour moi —
J'entrouvre délicatement
Avec force
Et me fraye
D'un seul mouvement
Jusqu'à leur cœur —
Vos soies…
Tandis qu'elles n'aspirent qu'à moi
Et que s'unissent ainsi souverainement nos Soi ?

Et alors notre émoi !

Comment rendre l'adéquation mirobolante
De soi au monde
Qui continue cela
Dont on repousse les limites à l'extrême
Qui d'abord vous y invite
Dans les exclamations et les rugissements de l'extase
Puis vous aspire et vous saisit
Dans une douceur de miel
Et vous déglutit
Et vous danse
Ondulante
Le monde…
Qui ne saurait être plus beau
Et dont on est en quelque sorte
À ce moment
Le centre…
L'extatique pivot ?

La force mirobolante
À Pâques
Nous saisit
Comme elle emporte de puissance phénoménale
Renaissante
Tout ce qui autour de nous jaillit
Et qui
En quelques jours
S'est ouvert le monde
Qui
Ici
Nous fait
Comme un nid
De verdure
De lilas
Et de silence
Pour que danse
Au moins en un point du monde –
La puissance, l'élégance et la grâce
Et
Bien sûr
L'amour
Qui avec va…

Les jours qui suivent…
Dans la contemplation et les rires…

La douceur qui caresse
Nos corps
Là…


Et encore las…






Le 23 avril 2014




.
.



jeudi 17 avril 2014

Comment le concept de « Société de l'Injouissance » vint au jouisseur contemplatif — galant





La psychanalyse n'a pas toujours ignoré la génitalité et la forme particulière de l'extase — contemplative — sur laquelle elle débouche, que ceux qui, comme Balint, la haïssent secrètement, pour se savoir l'ignorer, qualifient de « mystique » — ce qui dans leur bouche est péjoratif — ; elle a seulement parfois pensé, de façon tout de même assez étonnante, qu'il était plus facile de s'abandonner aux pulsions secondaires que de rechercher cette forme aboutie de la complétude sentimentale et charnelle.

Si l'on met de côté, pour le dire comme Debord, les échappés du zoo intellectuel de Vincennes (Deleuze et Guattari) et le petit gourou qui était venu s'y faire huer pour avoir rappelé au public d'ahuris qui se trouvaient là qu'en cherchant la Révolution ils se cherchaient un maître, et qu'ils le trouveraient — ce qui arriva effectivement, avec les appointements mensualisés, ou exceptionnels, qui vont avec les rampements de la soumission —, si l'on met de côté, donc, ces clownesques « exceptions françaises », la psychanalyse (Kakar, etc.) n'ignora pas le mouvement de cette maturation de la vie sentimentale et sexuelle qu'avait souligné Freud, mouvement qui doit finir par aboutir à cette forme accomplie de la sentimentalité et de la vie charnelle que représente la complétude génitale, au grand dam de l'infantilisme exacerbé — et parfaitement commercialement exploité — de cette époque de damnés toujours davantage désinhibés, et toujours davantage désespérés — qui avait, il y a déjà un demi-siècle, trouvé sa parfaite idole et son parfait modèle, cynique et suicidaire : je parle bien sûr de ce malheureux Warhol, pour qui l'art, c'est-à-dire l'exploitation « artistique » de ces pulsions infantiles exacerbées, par les drogues et de toutes les façons possibles, était un business.

Libération et exploitation de l'infantile refoulé, exhibition hystérique du régressif présentée comme dépassement, possession par la terreur et la souffrance les plus terribles revendiquée comme transgression progressiste, le tout associé au roi « business », voilà les clefs pour comprendre sur quoi est bâti l'enfer qu'est ce que j'ai défini comme La Société de l'Injouissance.

La remarque du psychanalyste Balint avait été seulement, à l'époque, qu'il était en quelque sorte plus simple de rester fixé sur des comportements infantiles et névrotiques, sur des pulsions secondaires, que de rechercher cette forme aboutie — malheureusement mise en avant par Freud avec ses remarques sur la Zärtlichkeit — de la vie sentimentale et amoureuse. Mais, bien sûr, si Balint avait pu si facilement renoncer à la poursuite et à l'éloge de la complétude amoureuse, c'est qu'il ignorait, faute de l'avoir vécue, cette forme mirifique de la jouissance qu'est la jouissance génitale, cette jouissance pour ainsi dire viscérale, caractérisée par sa pulsation clonique, harmoniquement accordée, dans la congruence, dans un même mouvement d'abandon, chez l'homme et chez la femme. Que Reich, le premier, avait mise en évidence.

Et parce qu'il ignorait également la jouissance du Temps, la contemplation galante, sur lesquelles débouche cette forme particulière de l'attendrissement amoureux et de la jouissance charnelle que, les premiers, nous avons découvertes, relevées et puis surtout chantées — dans une civilisation européenne si profondément marquée par la haine des sens (ainsi que Nietzsche l'avait déjà remarqué) qu'un médecin français, le Dr Odile Buisson, pouvait faire remarquer récemment que, si l'Afrique a excisé physiologiquement les femmes, l'Europe, elle, les a excisées théoriquement, — le clitoris n'ayant pour ainsi dire pas eu d'existence dans la littérature médicale avant ses propres recherches.

Civilisation européenne pour laquelle le sexe féminin est un trou, et le sexe masculin un engin, quand le Cheikh Nefzaoui — et même si on peut l'accuser de misogynie —, dans Le Jardin Parfumé, donnait au sexe féminin plus de quarante noms (et presque autant pour le masculin), chacun caractérisant chaque sexe en fonction de sa vitalité et de son caractère propres… (Interviewant cette remarquable gynécologue, la pauvre bourde de ce malheureux Moati, pérorant timidement avec cette idée que « c'est tout de même l'homme qui prend alors que la femme reçoit et ne saurait prendre », et s'étant vu infliger, immédiatement, le plus drôle et le plus imagé des démentis qui soit, — Moati qui, étant né à Tunis, aurait pu au moins avoir entendu parler — à défaut de l'avoir connu — sinon de El ladid, le délicieux ou de El duhkak, le broyeur, au moins de El addad, le mordeur, ou mieux encore de El meussas, le suceur, « qui, dominé par l'ardeur amoureuse, à la suite de nombreuses et voluptueuses caresses ou d'une longue continence, se met à sucer le membre qu'il reçoit avec une force capable d'épuiser tout son sperme, agissant ainsi avec lui comme l'enfant qui tête sa mère », et que les poètes ont chanté dans de nombreux vers...


Le problème est que la non réalisation poético-génitale entraîne (tout autant qu'elle en découle) la guerre des sexes et la domination de pulsions prégénitales, sadiques-anales, orales etc., chez les hommes comme chez les femmes, pulsions prégénitales qui déterminent des structures caractérielles dangereuses, marquées par le désir de la dépendance, politique ou consumériste, l'avidité et l'insensibilité, la destructivité et l'autodestructivité etc..


Le vrai problème, c'est que tant que l'Homme ne sera pas devenu un jouisseur contemplatif — galant, il restera la pire et la plus insensible — et la plus sadiquement, ou masochistement, heureuse de l'être — des bêtes.





R.C. Vaudey




Le 17 avril 2014






.



jeudi 3 avril 2014

VIVAT !



 




Dans la réjouissance du printemps
Qui tout autour de nous
Explose 
La jeune herbe verte
Qui partout
À perte de vue
Jaillit de la terre
Et la couvre
Les fleurs blanches des épineux
Les crocus
Les jonquilles
Les primevères
Les fleurs des amandiers
Celles des pruniers
Les fleurs jaunes de cet arbuste que je ne sais nommer
Hier le ciel si bleu
Vif comme le vent
Qui balayait le monde
Le soleil se couchant
(Alors qu'on restait allongés
Ou dans des mouvements très lents) –
Dans cet immense mouvement
De toute beauté
Qui réengendre le monde
Tandis que parlant de Bahia
Par je ne sais quel détour
Nous en étions arrivés à l'aventurier masqué
Nous avons commencé par éclater de rire
Terrassés
Par ce que cela nous inspirait
Si j'ai beaucoup et souvent ri
Au temps de la ganja
Maintenant que par goût je suis sobre comme un chameau
Et que
(Sauf à Venise)
Nous ne buvons que de l'eau
Je dois à la vérité de dire
Que ces rires sont vraiment les plus beaux
Ils précèdent toujours l'amour
Et marquent l'ivresse
Qu’il nous donne
Dans laquelle déjà nous sommes
Et où déjà nous avons perdu
Avec bonheur
Toute notre tête –


Avec l'immense force éruptive
Qui
Partout
Autour de l'immense vaisseau d'immenses pierres
De granit
Où l'on habite
Soulève et refait le monde
(Et nous et le vaisseau de pierre avec)
À quoi d'autre pouvions-nous donc nous attendre
Qu’à cette immense force
Onctuante
Ondulante
Forte
Intense et sans temps mort
Qui ne nous lâchait pas une seconde
Nous entraînant sans relâche
Et jusqu'au bout
Dans la démesure profonde
L'aspiration gorgée
Soyeuse et sans appel 
Vers cet immense cri
Que je vois comme
Un colossal et viscéral vivat !
Et l'exclamation même de ce pur moment du monde



Eh quoi !
Que faire de plus explandissant
Dans le fabuleux du printemps
Que de pousser
À l’unisson
Dans un magmatique hourvari
Avec la plus belle des houris
Le plus fantastique des hourras !






Le 12 avril 2010












R.C. Vaudey.  Journal d’un Libertin-Idyllique (Illuminescences) 2010-2011



.